Théophile, Viia Jusiinianiy citée par Alemanni,p
2. Debidour, de Théodora Justiniani Augmti uxore^ p. 17- 19. Cf. Isambert, Histoire de Justinien, H, 265-266. — M. Debidour réfute Alemanni par ces arguments qui paraissent concluants: La loi abrogeant le rescrit de Constantin se trouve dans la seconde édition du Code qui parut seulement en 534, et ce recueil l'attribue à Justinien et non à Justin. Alemanni qui donne arbitrairement à cette loi la date de 523 y joint, en outre, deux passages de NovelkBf publiées seulement. Tune en 535, Tautre en 541.
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loiHier aussi que, le jour de la révolte des Nikales, la populace, qui prodiguait toutes les invectives à Justinien, n'ait pas ramassé quelque injure immonde dans la vie passée de l'impératrice pour la jeter à la face de son époux ? N'est-il pas surprenant enfin qu'aucun chroniqueur byzantin ne parle de la jeunesse de Théodora, et plus surprenant encore que les écrivains ecclésiastiques, les Cyrille, les Pelage, les Évagre, les Victor de Tunnes, les Libérât, les Anastase, les Nicephore Calliste, tous si hostiles à l'hérétique ennemie du concile de Chalcédoine, ne fassent point intervenir parmi leurs malédictions les souvenirs de cette abominable renommée qui avait empli Constantinople ?
Le règne de Justinien s'annonce comme un grand règne. A Constantinople, dans les provinces, sur les frontières s'élèvent de nouveaux édifices et de nouvelles forteresses. Le faubourg des Syques (les Figuiers), agrandi et embelli, devient le quatorzième quartier de la cité ; la ville de Palmyre renaît de ses ruines, plus magnifique qu'auparavant; une nouvelle couche d'inscriptions, témoignant de la puissance de l'empereur et de l'ordre de l'Empire, couvre la Grèce,
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l'Asie Mineure, le littoral de l'Afrique jusqu'aux Colonnes d'Hercule. Le savant Tribon ien, nommé questeur, entreprend avec dix-sept jurisconsultes la recension des lois romaines. Le code juslinianéen règne dans tout l'Empire. Les rapports de l'Église et de l'État, les préséances entre Tëvôque de Rome et le patriarche de Conslantinople sont réglés. Bélisaire et Sittas, dont Juslinien a eu le mérite de découvrir les qualités militaires alors qu'ils servaient sous ses ordres comme officiers subalternes de la garde de Justin, tiennent tête aux Perses et terminent la guerre qui durait depuis trente ans. D'autres généraux, Germain, Pierre, Cyriaque, soumettent les Tzanes, battent les Barbares qui s'étaient avancés en Arménie, et repoussent les Esclavons au delà du Danube. La grande politique de Justinien, qui consiste à faire des vassaux des peuples dont il ne peut faire des sujets, commence à porter ses résultats.
Mondon, capitaine renommé, fils du roi des Gépides et issu de la race d'Attila, envoie sa soumission et se met avec ses troupes à la
solde de Justinien. Gordas, roi des Huns de la Chersonnèse, Gretès, roi des Hérules, entrent dans Talliance impériale. Sur tous les points, les vastes frontières de l'Empire sont à l'abri des insultes des Barbares. Que dit le peuple? Le peuple acclame le nouvel empereur, qui, l'année de son avènement, a pris pour la seconde fois le titre de consul et a inauguré son nouveau consulat par les courses et les spectacles les plus magnifiques qu'on eût encore vus dans l'Hippodrome *.
Ces courses de chars, importées d'Olympie à Rome et de Rome à Constantinople, passionnaient le peuple des grandes villes de l'Empire. Cette passion dominait et remplaçait toutes les autres. Les Gréco-Romains du Yi® siècle mettaient aux rivalités, aux luttes parfois sanglantes des hippodromes, l'ardeur qui les animait naguère dans les élections et les discussions de l'agora et du forum.
Les courses satisfaisaient à la fois les pas-
1. Codex I, I et passim. Procope, de BeUo Persic.y L, xiii- XXII ; De jEdific^ U et HI , passim, ; Malala, p. 425-445 ; Théophane, p. 147-162.
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sions politiques, Tamour des spectacles et la folio du jeu. La population formait deux associations rivales, qui prenaient leur nom de la couleur des tuniques des cochers. Il y avait la faction verte et la faction bleue. Chacune avait ses chefs, son trésor, son amphithéâtre particulier, ses chevaux, ses chars et son personnel de cochers, de funambules, de montreurs de fauves, d'employés de toute sorte; chacune formait une milice municipale possédant sa bannière et ses insignes, ses fonctions et ses prérogatives *. On a prétendu que chacune des deux factions représentait tel ou tel principe politique, telle ou telle opinion religieuse *. C'est une simple conjecture à quoi Ton pourrait opposer plus
i. Cf. Procope, de Bello Persic, I, xxiv. Cassiodore, Var, Epi8t.jHifbï>LébeaUf Histoire du Bas-Empire^ viii, p. 184. Krause, die Byxantiner des Mittelalters. Rambaud, le Sport et l'Hippodrome à Constantinople (Revue des Deux Mondes^ i5 août 1871), de. — A rorigine,il y avait quatre factions, les Bleus, les Verts, les Rouges et les Blancs ; au vi' siècle, elles s'étaient réduites à deux.
2. Baronio, Annales Ecclésiast.jlX, p. 534. Paparrigopoulo, Histoire de la Civilisation hellénique, p. 157-160.
d'uQ fait. Cependant, comme l'empereur, qui avait les mêmes passions que ses sujets, avouait généralement ses sympathies pour l'un ou l'autre parti, il arrivait que les mécontents se mettaient parfois dans le parti adverse. Ainsi, sous un empereur qui était Bleu, la victoire des Verts devenait un triomphe pour l'opposition. Mais qette opposition, à mieux dire celte fronde, ne reposait sur aucun principe et n'avait d'autre but, en général, que le remplacement d*un ministre ou d'un préfet. Les Constantinopolitains ne pensaient pas à revenir à la république.
Marc-Aurèle se félicitait de n'avoir jamais eu la tentation de favoriser les Bleus ou les Verts. Justinien n'avait pas cette sagesse. Il tenait pour les Bleus, et non plus que Théodora, qui avait les mêmes sentiments, il ne cachait ses préférences. Les principaux magistrats de l'Empire, qui brillaient plus [)ar leurs talents que par leurs vertus, profitaient des sympathies des souverains à l'égard d'un parti pour accabler le parti
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adverse d'injustices, d'exactions et de mauvais traitements. Ces hommes sachant que les plaintes des Verts seraient mal accueillies au palais, bravaient sans risque la haine et les malédictions. Il n'y avait pour les Verts aucune garantie dans l'administration, aucune équité dans les tribunaux. De leur côté, les Bleus, sûrs de l'impunité, molestaient les Verts en toute occasion. Les partis ainsi surexcités en venaient aux mains; le sang coulait souvent dans les rues. On pouvait craindre le retour des désordres de l'année 520, qui avaient été si rigoureusement réprimés par le préfet Théodote à Constantinople et par le préfet Éphrem à Antioche *. Justinien savait-il dans quel état se trouvait la capitale ? L'empereur vivait comme isolé dans cet immense palais; les bruits de la grande ville n'arrivaient pas jusqu'à lui. Sans doute il ne connaissait des événements qui s'y passaient et de l'opinion
1. Procope, de Bello Pente. y I, 24; Iltatw. arcan., Vil. Malala, p. 4i6. Théophane, p. i5i, Victor de Tunnes, p. 947.
qui y régnait que ce que lui en apprenaient les rapports plus ou moins mensongers des fonctionnaires.
Mais il y avait à Constantinople un lieu où s'étaient réfugiées les dernières libertés ronîaines, où le peuple pouvait librement faire entendre sa voix à l'empereur. C'était l'Hippodrome, forum, tribunal suprême et Capitole de la seconde Rome.
Le 13 janvier 532*, premier jour des ides de Tannée, une fouie plus nombreuse encore qu'à l'ordinaire envahit THippo* drome. Cent mille spectateurs prennent place sur les gradins et se pressent dans les promenoirs. On commence les cris et les chants, on déploie les bannières bleues et vertes des factions. Bientôt le patriarche, les
1. Jean Malala, p. 473 ; Chronique PaschalB, p. 336. Cf. Maralt, Chronologie byzantine, p. 156-157.
patrices, les ducs, les comtes, les exarques occupent les loges qui leur sont réservées.
Des détachements des quatre corps de la garde impériale, scholaires, domestiques, cubiculaires et silentiaires, dont resplendissent les casques et les cuirasses rehaussés d'or, viennent se ranger autour de leurs étendards sur la terrasse du Py. Les portes de bronze du Kathisma s'ouvrent; Justinîen, entouré de ses grands officiers et suivi de gardes et d'eunuques, s'avance au bord de la tribune. 11 porte le sceptre et la couronne. Les acclamations et les murmures éclatent et se confondent dans une immense clameur. Justinien appelle la bénédiction divine sur le peuple en traçant le signe de la croix avec le pan de sa trabea de pourpre.
Les chars entrent dans l'arène. Les acclamations cessent parmi les Bleus; les rumeurs continuent dans l'amphithéâtre des Verts.
Justinien patiente et feint de ne rien entendre. Mais, les murmures et les cris devenant plus nombreux et plus significatifs, il
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donne Tordre à l'un de ses officiers, nommé le mandatorj d'interpeller le peuple. Les Verts sont d'abord intimidés, et c'est respectueusement, presque humblement qu'ils formulent leurs plaintes :
€ — Un grand nombre d'années à toi, ô Auguste Justinien I Tu vaincras. Mais nous souffrons toute sortes d'injustices, ô toi qui es seul bon, et. Dieu le sait ! nous ne pouvons en supporter davantage. Nous n'osons pourtant nommer notre oppresseur, de peur que sa faveur n'augmente et que nous ne courrions de plus grands dangers encore.
— S'il se passe de telles choses, je n'en sais rien, répond prudemment Juslinien par la voix du maodator*. »
A ces mots, le porte-parole des Verts le prend sur un autre ton, et le plus étonnant dialogue s'engage entre Justinien, les Verts et les Bleus, qui ne tardent pas à intervenir. Les formules serviles se mêlent aux invectives, les cris de colère aux plaisanteries
1. Chronique Paschale, p. 336; Théophane, p. 155. Cf. Malala, p. 474.
ironiques, tes invocations à Dieu aux plus horribles blasphèmes. Questions et réponses, plaintes et menaces se succèdent comme les strophes et les antistrophes d'un chœur tragi-comique.
« — Quoi ! tu ne sais rien ? dit le porteparole des Verts. Quoi I sainte mère de Dieu I tu ne sais pas que celui qui nous opprime sans relâche est un ofiicier de ton palais ?
— Aucun d'eux ne vous a offensés.
— Notre bourreau, c'est Calopodios, le chambellan et le gardien du glaive, ô notre maître à tous.
— Mais Calopodios ne s'occupe pas do vous.
— Ah I qu'il ne recommence pas ! Il aura le sort de Judas, Dieu lui donnera la récompense qui lui est due.
— Êtes-vous venus dans l'Hippodrome pour insulter les magistrats ?
— L'injuste aura le sort de Judas.
— Taisez-vous, juifs, manichéens, samaritains !
2H2 THKODORA.
— La mère de Dieu nous protège 1
— Je vous dis, reprend le mandater en raillant, de vous faire baptiser jusqu'au dernier.
— Qu'il soit fait comme tu Tas ordonné, ripostent les Verts, en raillant aussi. Qu'on apporte ici l'eau lustrale, nous voulons être baptisés jusqu'au dernier.
— Méprisez-vous la vie ? s'exclame Juslinien, devenu furieux.
— Chacun y tient. Si nous disons quelque chose qui te déplaise, ne t'en offense pas, ô trois fois Auguste. Dieu n'écoute-t-il pas tout avec patience ?... Mais dis-nous pourquoi il n'y a pas de justice pour les Verts.
— Vous mentez I
— Qu'on supprime la couleur que nous portons, et les tribunaux n'auront plus rien à faire. Il y a eu un meurtre ce matin ; c'est certainement quelqu'un de nous qui l'a commis... Nous sommes toujours condamnés.
Tu es la fontaine de sang. Plût à Dieu que ton père ne fût jamais né, il n'eût pas engendré un assassin.
— Vous allez mourir I »
Les Bleus interviennent alors :
€ — Vous seuls êtes des assassins !
— Non, c'est vous!
— Non, c'est vous, vous seuls!
— Qui a donc, hier, tué le marchand de bois?
— C'est vous I
— Qui a tué le fils d'Épagathos ?
— C'est vous, encore vous !
— Dieu ! ayez pitié ! il n'y a plus de vérité.
— Dieu est étranger au mal, reprend sentencieusement, par la bouche du mandator, Justinien qui ne perd pas de vue ses idées théologiques.
— Si Dieu est étranger au mal, pourquoi vivons-nous dans l'oppression ? Qu'on appelle un philosophe ou un solitaire pour résoudre la question.
— Blasphémateurs ! ennemis de Dieu, vous tairez-vous ?
— Si tu trouves que nous en avons dit assez, nous nous tairons, ô trois fois Au-
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guste... Porte-toi bien, Justice ! Maintenant tes arrêts sont nuls. Nous désertons et nous nous faisons juifs. Mieux vaut devenir gentils que d'être menés par les Bleus, Dieu le sait I
— Horreur I s'écrient les Bleus. Nous ne voulons pas regarder de ce côté. Quelle envie on nous porte I quel outrage on nous fait I
— Qu'on déterre un jour les ossements de ceux qui resteront plus longtemps à ce spectacle! » s'écrient d'une seule voix les Verts, et après avoir proféré cette imprécation, ils quittent tous l'Hippodrome ^
C'est la plus grave offense à la majesté impériale. Justinien rentre aussitôt dans son palais, et les Bleus se retirent à leur tour. On n'était encore qu'au milieu de la journée. Le préfet Eudémon, irrité de la scène qui s'est passée au cirque et dont il craint de porter la responsabilité, veut faire un exemple et surtout veut faire du