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typique se présente de la façon suivante : :
Le début est en général spontané, sans traumatisme,sans autre dermatose antérieure et- les lésions ont d'emblée leur aspect caractéristique. Elles atteignent en premier lieu les doigts, beaucoup plus rarement les orteils. Souvent c’est au niveau de la sertissure d’un ongle qu’apparaissent de la rougeur, du gonflement, puis une phlyctène dont le contenu peut être d’emblée ou secondairement purulent avec l’aspect d’une tourniole vulgaire. En même temps le malade accuse quelques sensations douloureuses.
Dans d’autres cas, le sujet ressent un peu de prurit local et voit apparaître en un point quelconque des doigts ou des orteils de petites vésicules entourées d’une auréole rouge; le liquide qu’elles contiennent est clair ou, plus souvent, trouble. Elles se dessèchent rapidement.
L’affection évolue dès lors par poussées qui se succèdent de façon ininterrompue et au cours desquelles les lésions tendent à s’étendre à plusieurs doigts, à la main ou au pied. Ce fait constitue une des principales particularités de la maladie et lui fait mériter le nom d’acrodermatite continue.
La dermatose constituée offre un aspect caractéristique
Tout d’abord son siège : elle occupe les extrémités, c’est-à-dire les doigts et moins souvent, secondairement en général, les orteils. Les lésions sont plus où moins étendues : aux mains, dans les cas les plus typiques, elles occupent plusieurs doigts et les deux
mains sont prises d’une façon symétrique. Elles sort surtout localisées à la face palmaire des doigts; on en voit également sur les faces latérales; elles sont moins fréquentes sur la face dorsale, sauf au niveau de la sertissure des ongles qui est leur siège d’élection.
La lésion essentielle est le plus souvent une pustule; parfois le liquide, d’abord clair, ne tarde pas a se troubler. Il existe cependant une forme séreuse pure; forme vésiculeuse envisagée plus loin.
Les dimensions de la pustule sont variables, de celles d’une tête d’épingle à celles d’un pois. Elle est arrondie, d’aspect blanchâtre ou blanc-jaunâtre. Classiquement, elle ne fait aucune saillie appréciable à la surface du tégument; elle ne bombe pas comme une pustule de pyodermite microbienne banale; c’est une pustule plate. Cependant M. Gougerot a observé et nous a montré des pustulettes et des vésicules séreuses bombant sous l’épiderme et faisant saillie. Elle est entourée d’une auréole rouge peu étendue.
Ces éléments primordiaux se groupent en nombre variable; leurs bords se confondent; ils forment alors des nappes purulentes aplaties, plus ou moins étendues, à contours polycycliques, entourées d’une zonc rouge.
L'évolution des pustules est très rapide : en deux ou trois jours, parfois moins, elles atteignent leur complet développement; elles se rompent alors, laissant sourdre une quantité minime de liquide et l’épiderme commence à se dessécher. Bientôt, à la place
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de la pustule ou de la nappe purulente se voit une petite surface où l’épiderme est aminci, rosé, luisant, mais nullement ulcéré. Sur les bords, les débris du couvercle épidermique se soulèvent, formant une collerette qui va se détacher sous forme de squames en lambaux. Cette période de desquamation va durer de quinze à vingt jours en moyenne.
Parfois les vésicules se dessèchent très rapidement, sans issue de liquide, laissant après elles une véritable croûte plutôt qu’une squame.
À la suite de plusieurs poussées successives séparées par de courts intervalles, des placards rouges finissent par persister et on peut y étudier des éléments d’âge différent : ces placards, d’étendue variable, à contours irréguliers, mais nettement délimités, sont recouverts de place en place par de minces squames groupées en colierettes; disséminées entre les squames, des pustules à des stades différents de leur évolution témoignent de poussées plus récentes. Parfois ces plaques se creusent de fissures douloureuses au niveau des plis.
Les phénomènes subjectifs qui accompagnent ces lésions sont d’ordinaire peu intenses; ils sont cependant constants. C’est avant tout le prurit, qui précède en général l’éruption et persiste pendant l’évolution des pustules jusqu’à leur rupture. Souvent aussi les malades accusent des sensations de brülure, de tension, de picotements, d’élancements. Habituellement ces douleurs sont strictement localisées au siège des lésions cutanées; elles ne présentent aucune irradia-
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tion. Dans un cas d'Audry, les douleurs étaient d’une violence intolérable et irradiaient le long des membres (Ann. de Dermatologie 1901 p. 913); dans deux cas de Gougerot, inédits, les douleurs étaient souvent violentes, empêchant le sommeil et revenant par crises.
On ne note d’ailleurs aucun trouble objectif de la sensibilité, sinon une légère hyperesthésie au niveau des placards éruptifs. En tout cas, pas d’anesthésie.
De même, pas d’atrophie musculaire au voisinage des lésions.
Le laboratoire n’est d’aucun secours pour le diagnostic. On a vu ce qu’il fallait penser des germes parfois trouvés dans les lésions cutanées : ces pyogènes ne sont que des microbes d'infection secondaire. Les examens du sang pratiqués par Bodin (1), Penet (2) ont montré une formule leucocytaire et une éosinophylie normales. La ponction lombaire faite par Chatellier (3) dans un cas a mis en évidence ure légère réaction méningée par l’existence d’une lymphocytose, sans albuminose ni hypertension du liquide céphalo-rachidien.
L'évolution, caractère essentiel sur lequel il faut encore insister, se fait par poussées successives; la durée de chaque poussée est de quinze à vingt jours; ces poussées survenant tous les quinze jours, tous les
(1) Bodin. — Ann. de Derm. 1903, p. 691.
(2) Penet. — Ann. de Derm. 1918, p. 362.
(3) Chatellier, — Ann. de Derm. 1921, p. 131.
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huit jours et même tous les jours, on comprend que des lésions puissent être observées d’une façon permanente sur les régions atteintes.
La durée de l’affection est indéfinie. Traitée par les topiques locaux, ‘on l’a vue se prolonger sur des dizaines d’années : quarante-cinq ans chez une malade de Stowers (British Journal of Dermatology 1% janv. 1896 p. 1).
Au cours de cette longue évolution les doigts atteints finissent par subir des altérations profondes et permanentes; les ongles s’épaississent, se stricnt longitudinalements deviennent friables; ils se détachent et, à la longue, finissent par ne plus repousser. Ils
laissent après leur chute un moignon déformé sur
lequel se développeront des vésiculo-pustules au :
cours des poussées ultérieures.
Il est tout à fait exceptionnel que des poussées généralisées envahissent toute la surface du tégument (Hallopeau) (1); il s’agit soit d’une éruption pustuleuse, soit de simples placards érythémateux. La muqueuse buccale a été le siège de vésicules dans quelques cas.
Enfin, caractères négatifs importants, jamais cette dermatose, malgré son aspect pustuleux, ne donne lieu à des complications septiques locales (Iymphangite, adénopathie) ou viscérales; jamais, exception
faite du seul cas mortel étudié par Frèche, Hallopeau
(1) Hallopeau. — Soc. de Derm. 1890, p. 39.
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et Laffitte, en dépit de sa longue durée, elle n’entraîne la moindre altération de l’état général.
Tel est le tableau sous lequel se présentent le plus habituellement les acrodermatites continues. Se fondant sur les différences d’aspect de l’éruption, Hallopeau décrit trois formes cliniques : vésiculeuse, purulente, mixte.
Audry (1), d’après l’intensité des symptômes et la gravité de l’évolution, distingue, à côté de la forme type, qualifiée suppurative et mutilante, deux autres variétés :
Une forme légère où les lésions sont limitées à un seul doigt et revêtent le plus souvent le type vésiculeux (Ann. de Derm. 1897 p. 303 — 1899 p. 573); les ongles sont respectés; les pieds ne sont pas atteints; cette variété se confond assez exactement avec le type vésiculeux d’'Hallopeau;
Une forme grave, forme maligne progressive, dont il n’existe qu’une seule observation (Frèche-Hallopeau-Laffite. Ann. de Derm. 1897 p. 491 et 1277, 1899 p. 563). Après avoir revêtu pendant trois ou quatre ans le type habituel, les lésions s’étendirent aüx quatre membres puis à tout le corps offrant l’aspect de placards érythémato-pustuleux avec tuméfaction de la face. L'état général s’altéra, la fièvre apparut, prenant le type hectique et la mort survint par septicémie. Nous avons vu que pour Bodin il ne s’agissait
(1) Audry. — Ann. de Derm. 1901, p. 913.
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pas là d’une acrodermatite mais d’un impétigo herpétiforme de Hébra (1).
Il reste à dire quelques mots des divers procédés qui ont été mis en œuvre dans le traitement des acrodermatites continues. Tous les antiseptiques locaux ont été essayés : permanganate de potasse, eau d’Alibour, teinture d’iode, bleu de Méthylène, nitrate d'argent etc. Hallopeau a obtenu une amélioration durable par l’emploi de l’eau oxygénée étendue de deux parties d’eau bouillie, imbibant des compresses appliquées d’une façon permanente (Soc. de Derm. 1902 p. 287).
Les pommades diverses, antiparasitaires, réductrices, calmantes, les pansements humides, simples où antiseptiques, n’ont jamais guéri ces lésions.
Bodin préconise l’emploi d’un parasiticide non irritant, par exemple, dans les cas moyens, le liniment oléocalcaire phéniqué au 1/1000; dans les cas légers, une crème contenant 5 % d’eau d’Alibour ou un peu d’acide borique (Peris Médical 1929 p. 185) (2).
En réalité, aucun de ces traitements n’est satisfaisant; les améliorations, quand elles se produisent, ne sont que très passagères. Seule la radiothérapie, bien
(1) Bodin. — Paris médical, 6 Mars 1920, p. 185.
(2) Nota. — Dans une récente publication (Ann. de Derm. Avril 1927, p. 193), H. Oltramare, J. Golay et A. Starobinsky, de la clinique dermatologique de l’université de Genève, signalent un cas de guérison par lemploi d’un auto-vaccin strepto-staphylococcique.