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CHAPITRE IV

La forme érythémato-squameuse et fissuraire de Gougerot

Dans les variétés d’acrodermatites envisagées jusqu'ici les vésicules ou les pustules constituent l’élément essentiel. Elles caractérisent les formes classiques et c’est leur apparition au cours d’états érythémato-squameux mal déterminés qui a permis de poser le diagnostic. Dans les variétés nouvelles décrites par M. Gougerot, on ne voit jamais, au cours de l’évolution, d’éruption vésiculeuse ou vésiculo-pustuleuse, et cependant de nombreux arguments permettent de les rattacher aux acrodermatites. Les observations qui vont suivre permettent d’en juger

OBSERVATION IV (dûe à M. le Professeur agrégé Gougerot)

Le malade, âgé de cinquante-cinq ans vient consulter pouf des lésions érythémato-squameuses des doigts.

Dans ses antécédents, on ne trouve que la syphilis contractée à vingt-et-un ans et actuellement muette avec Bordet- Wassermann négatif.

Les lésions des doigts sont survenues à trente-trois ans sans raison apparente; elles ont eu dès le début l’aspect actuel avec une intensité variable; l'affection évolue en effet

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par poussées, celles-ci survenant sans facteur étiologique net sauf qu’elles paraissent en partie conditionnées par les saisons, survenant surtout au printemps et à l’automne. Ces poussées durent de deux à trois mois. Entre elles, des lésions persistent mais beaucoup plus discrètes.

Elles siègent en-permanence aux extrémités des deuxième et troisième doigts des deux mains, aux faces dorsale et palmaire de la troisième phalange. Rarement, au cours des poussées, la dermatose envahit le pouce droit.

Depuis 1919, le malade, revu périodiquement, présente toujours les mêmes lésions, absolument identiques à celles décrites dans l’observation II : aspect érythémato-squameux avec fissures douloureuses, sans vésicules ni pustules.

Toutes les recherches bactériologiques ont été négatives.

Instruit par le malade n° II, M. Gougerot préconise la radiothérapie : en un mois la guérison est obtenue et depuis elle se maintient sans récidive.

Deux autres malades présentant des lésions analogues au niveau de plusieurs doigts ont été observés par M. Gougerot. Ils ont été guéris par la radiothérapie.

Dans certains cas les lésions sont plus atténuées; elles n’atteignent qu’un seul doigt tout en restant aussi typiques. Ces formes atténuées sont périodiques ou permanentes :

OBSERVATION V (dûe à M. le Professeur agrégé Gougerot)

La malade présente depuis vingt ans à la même époque, au printemps, des lésions érythémato-squameuses et fissuraires de l’index droit. D’ordinaire les lésions guérissent spontanément en quelques jours, mais en 1923 elles persistent plu-

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sieurs mois; les fissures ont semblé se fermer après badigeon au nitrate d’argent, mais l’état érythémato-squameux a persisté et les fissures n’ont pas tardé à récidiver.

L'aspect des lésions est exactement le même que chez les malades IT et III : même état érythémato-squameux, mêmes. fissures; absence de vésicules et de pustules.

Il est à remarquer que le doigt est souvent froid, et cela, indépendamment des poussées épidermiques.

La malade n’a pas été revue.

Il s’agit ici, en somme, d’une variété atténuée, d’abord périodique, puis permanente.

A côté de ce cas se place celui que nous avons observé à la Consultation de M. Gougerot

OBSERVATION VI n° 6780 (Gougerot et Héber-Suffrin)

La petite malade, âgée de dix ans, est amenée à la consultation du soir de l’hôpital St-Antoine le 2 Novembre 1926 pour des lésions cutanées persistantes du médius droit.

L’interrogatoire ne révèle pas d’antécédents pathologiques notables, personnels, héréditaires ou collatéraux, sauf, chez la mère, des adénopathies cervicales tuberculeuses multiples actuellement guéries .

Les lésions ont apparu pour la première fois en 1920; elles occupaient alors la main gauche envahissant tous les doigts. Au bout de trois années cette première atteinte a guéri spontanément. }

Mais depuis cette époque le médius droit est envahi. Depuis lors il est resté toujours malade. Les lésions ont commencé sous le bord libre de l’ongle; elles se sont étendues peu à peu à toute l’extrémité de la pulpe.

Elles ont toujours conservé les mêmes caractères : la

pulpe est rouge, légèrement œdématiée, douloureuse; l’épiderme, sec, desquame finement et sans arrêt; la desquamation est limitée par une collerette à tracé irrégulier qui déborde la rougeur et la tuméfaction. La sertissure de l’ongle est épaisse de un millimètre, kératosique, mais sans lésions envahissantes sous-unguéales.

L’ongle est strié, cannelé longitudinalement, mais il n’est jamais tombé.

L’examen bactériologique des squames ne montre aucun microorganisme; leur culture sur gélose Sabouraud ne donne lieu au développement d’aucun champignon.

La petite malade est envoyée à M. Zimmern pour être soumise au traitement par les rayons X. Bientôt, le 3 décembre 1926, après trois irradiations, on observe une amélioration très nette : il n’existe plus que quelques fines squames localisées à l’extrémité de la pulpe, sans rougeur des téguments. Le doigt a repris son aspect normal, il n’est nullement tuméfié; l’ongle ne présente plus aucune altération. Revue le 11 Mars 1927 elle est complètement guérie. Il a suffi de trois séances de radiothérapie.

Dans toutes ces observations il s’agit de lésions purement érythémato-squameuses et fissuraires, s’accompagnant de phénomènes douloureux dûs à lexistence de fissures.

Leurs caractères essentiels sont : leur localisation à l’extrémité des doigts, leur évolution par poussées, s’échelonnant sur de longues années, leur résistance aux traitements habituels par les topiques locaux et leur curabilité par la radiothérapie.

L'absence complète de vésicules à l’œil nu et à la vitropression ne permet pas de classer ces lésions

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