‹ Aspects Atypiques de l'Acrodermatite Continue d'HallopeauChapitre 15 sur 24 · TA VE · texte numérisé non relu

TA VE

Depuis 1918 le malade a été revu à plusieurs reprises en raison des douleurs des fissures et des échecs thérapeutiques; les lésions ont toujours le même aspect; les doigts sont surtout pris à leurs faces dorsale et latérale, sur l’étendue des troisième et deuxième phalanges; l’extrémité de la pulpe est constamment envahie, mais les lésions ne dépassent pas la première phalange; la peau est œdématiée, rouge, squameuse; les squames, très adhérentes, irrégulières, petites ou larges, sont mal délimitées; le grattage méthodique de Brocq ne montre aucune vésicule à la coupe ou à la vitro-pression avec le papier à cigarettes; on atteint le derme qui saigne sans rencontrer de vésicules. Les bords des lésions sont de plus irréguliers; l’érythème déborde largement l’épiderme squameux de trois à huit milimètres. Les fissures sont constantes, plus ou moins profondes, toujours très douloureuses, saignant facilement; les ongles sont cannelés.

Le malade affirme qu’au début, pendant les trois premières années, l’épidermite était avant tout vésiculo-pustuleuse, que cet état érythémato-squameux fissuraire n’est survenu que peu à peu, de longs mois après les poussées de vésiculopustules, et qu’encore maintenant il survient des vésiculopustulettes. De fait en Février 1923, sans raison connue, les lésions augmentent et, sur la nappe érythémato-squameuse habituelle, surtout à l’extrémité de la pulpe, on aperçoit une douzaine environ de vésiculo-pustulettes de un à deux millimètres, qui ne dureront que trois semaines. Pendant ce temps tous les traitements échouaient régulièrement : nitrate d’argent, eau d’Alibour, permanganate, fuchsine ete, baume de Bessade, pâte d’Alibour, pommades mercurielles, crysophaniques, resorcinées, etc.

L'apparition des vésiculo-pustulettes permettant de rattacher ce cas singulier à l’acrodermatite d’Hallopeau, la radiothérapie fut aussitôt tentée et la guérison complète fut

PEER e CPE

obtenue en un mois; depuis lors il n’a plus eu de récidive. Tous les examens des squames et des vésiculo-pustulettes

restèrent négatifs, ne montrant que du staphylocoque blanc

banal : pas de champignons. Bordet-Wassermann négatif.

OBSERVATION III (dûe à M. le Professeur agrégé Gougerot)

Forme de transition avec la forme vésiculeuse

Une jeune femme brésilienne de vingt-sept ans, hérédosyphilitique guérie (Bordet-Wassermann négatif au Desmoulières), ayant eu des attaques tuberculeuses bénignes, semblant éteintes (pleurésie sèche à la base gauche), souffre depuis l’âge de vingt-deux ans et sans raison connue d’acrodermatite de la main droite. M. Gougerot la voit de passage à Paris en septembre 1925. L’extrémité de tous les doigts est atteinte mais les poussées sont surtout marquées aux quatrième et cinquième doigts : c’est la forme classique vésiculeuse.

Sur un fond rouge, œdématié, douloureux, sont disséminées de huit à trente vésicules plates ou hémisphériques de deux à trois millimètres, rarement quatre millimètres, contenant un liquide clair riche en polynucléaires éosinophyles. Les poussées surviennent sans raison connue, parfois peut-être déclenchées par les règles. Les douleurs sont variables, inconstantes. Les lésions revêtent toujours le même aspect depuis cinq ans, sans aucune autre lésion cutanée ou muqueuse.

L'examen général ne révèle aucun trouble viscéral. On compte 9 p. 100 de polynucléaires éosinophyles dans le sang.

M. Gougerot propose l’opothérapie, les réducteurs et surtout la radiothérapie. Elle repart pour lJ’Amérique et n’est revue qu’en Mai 1926.

Depuis décembre 1925 les lésions vésiculeuses ont dis-

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paru faisant place aux lésions actuelles érythémato-squameuses fissuraires identiques à celles du malade précédent, atteignant surtout les deuxième et troisième doigts. Elle repart, voyage en Europe et la radiothérapie ne peut être pratiquée qu’en Juillet : elle guérit en six semaines et elle est restée guérie depuis lors.

On peut déduire de ces observations qu’il existe nettement des formes où les lésions vésiculeuses et vésiculo-pustuleuses ne constituent pas la manifestation unique de la maladie; pendant de longues périodes l'affection ne se traduit que par un état érythémato-squameux et fissuraire sur lequel vient se greffer de temps à autre une poussée vésiculeuse ou pustuleuse éphémère. L’existence de ces poussées, le succès de la radiothérapie suffisent pour faire admettre ces lésions dans le cadre de l’acrodermatite continue.

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