CHAPITRE Î
Les formes vésiculeuses et vésiculo pustuleuses
Ces formes, les seules décrites par les classiques, peuvent être ainsi définies : une dermatose caractérisée par des poussées incessantes de vésicules ou de vésiculo-pustules, siègeant aux exfrémités, et dont l’évolution se poursuit pendant des années malgré tous les traitements habituels, si la radiothérapie n'intervient pas.
La première observation de cette maladie a été présentée à la société de dermatologie en 1890 par Hallopeau (1); cet auteur n’en fait pas dès l’abord une entité morbide : son malade présente en même temps un syndrome de Raynaud; les lésions n’affectent que les doigts les plus atteints par l’asphyxie; il croit donc se trouver en présence d’une manifestation nouvelle de la maladie de Raynaud, comparable à la gangrène symétrique, trouble le plus fréquemment observé, ou à la sclérodermie, plus rare.
Mais chez son second malade présenté en 1892 (1), Hallopeau ne note aucun trouble circulatoire au niveau des extrémités; les lésions des doigts sont identiques à celles qu’il a précédemment décrites. Il con-
(1) Hallopeau. Soc. de Derm. 1890, p. 39 — 1892, p. 200.
sidère dès lors qu’il se trouve en présence d’une dermatose nouvelle où la maladie de Raynaud ne jouerait qu’un rôle étiologique adjuvant. I] la nomme polydactylite suppurée récidivante, appellation que par la suite, après l’étude de nouveaux faits, il remplacera par celle d’acrodermatite suppurative continue.
De nombreux auteurs (Sutton, Audry, Frêche, Carle, Bodin et Hallopeau lui-même) ont, dans les années qui suivirent, présenté de nouveaux cas de cette dermatose. Audry (1) décrit une forme séreuse sans suppuration et préfère donner à la maladie le nom de phlycténose récidivante des extrémités.
On discute sur la pathogénie : s’agit-il d’une dermatose microbienne ? (Hallopeau), ou d’un trouble névritique ? (Audry, Frêche etc); sur sa nature : estce une entité morbide (Hallopeau, Audry) ? — doitelle au contraire entrer dans le cadre d’une autre dermatose connue (Carle, Bodin) ?
Tous les essais thérapeutiques, qui se bornent à l'emploi de topiques locaux, restent vains. Hallopeau signale seulement une amélioration persistante par l'eau oxygénée.
En 1904, Montgomery (2) en Amérique, Hallopeau (3) en France, obtiennent presque en même
(1) Audry. — Annales de Derm. 1897, p. 303 et p. 1141 — 1899, p. 573 — 1901, p. 913.
(2) Montgomery. — Journal of the american medical association, 23 Juillet 1904.
(3) Hallopeau. — Soc. de derm. 1904, p. 333.
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temps leurs premiers succès par l’emploi de la radiothérapie.
Depuis cette époque, de nouvelles observations ont été publiées par Carle, Hudelo et Hérisson, Sutton, Danel, Dubreuilh, Penet, Bodin, Chatellier etc. Les mêmes discussions pathogéniques reviennent. Les résultats thérapeutiques ne sont pas toujours notés; cependant on continue à signaler les heureux résultats obtenus par la radiothérapie.
On ne possède que de faibles notions sur l’étiologie des acrodermatites :
Faut-il incriminer le traumatisme ? Chez tel sujet la maladie avait débuté au pouce gauche à la suite d’un coup de marteau reçu sur ce doigt (Hallopeau Soc. de Derm. 1892 p. 200); tel autre avait été piqué sous l’ongle par une écharde (Frèche : Ann. de Derm. 1897 p. 491) etc. Mais, dans l’ensemble, le nombre de ces cas est trop restreint pour que l’on puisse attribuer un rôle étiologique au traumatisme.
L’âge et le sexe sont sans influence.
Dans quelques cas on a pü noter un certain rapport entre l’évolution de l'affection et les fonctions génitales chez la femme : poussées au moment des règles, arrêt au cours d’une grossesse (obs. de Carle, Ann. de Derm. 1902 p. 130, de Bodin Ann. de Derm. 1920 p. 193, obs. personnelle).
Dans un seul cas, l’affection a semblé à Chatellier et Audry revêtir un caractère familial : la grandmère et la tante maternelle du malade présentaient
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des lésions identiques (Chatellier Ann. de Derm. 1921 p. 131).
La pathogénie, après de nombreuses discussions, reste obscure
Pour Hallopeau, l’infection locale par les microbes pyogènes suffit à expliquer les lésions observées : les examens bactériologiques pratiqués chez ses malades par MM. Darier, Jeanselme,Laffitte, ont montré l’existence de staphylocoques blancs ou dorés dans le liquide des pustules. L’allure spéciale de la maladie, ses poussées répétées, sa longue durée résulteraient da la localisation même des lésions aux extrémités l'épaisseur de l’épiderme dans ces régions permettrait la repullulation incessante des germes microbiens qui se développeraient là comme en vase clos. à l’abri des agents thérapeutiques. Hallopeau ne nie d’ailleurs pas complètement le rôle de la névrite, celle-ci serait secondaire à l’infection locale et interviendrait-seulement dans la détermination de poussées symétriques au membre opposé.
Au contraire, dans la théorie d’Audry, qui rallie un grand nombre de suffrages, la névrite serait primitive et favoriserait le développement de l’infection dans le domaine du nerf lésé.
D’ailleurs, dans ces deux conceptions, quelle que soit l'importance attribuée aux lésions nerveuses, l'infection joue un rôle prépondérant, puisque c’est elle qui intervient directement dans la détermination des lésions cutanées.
De nombreux arguments s'opposent à ces hypo-
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