‹ Assainissement des villes par l'eau, les égouts, les irrigationsChapitre 37 sur 51 · III. LES VOIRIES · texte numérisé non relu

III. LES VOIRIES

Suppression de Montfaucon. — Commission de 1835. — Les voiries méritaient d’être profondément modifiées, car les bassins de Montfaucon étaient quelque chose d’affreux.

En 1832, M. Gisquet, alors préfet de police, voulut s’en rendre compte par lui-même. Il y trouva des gens qui, dans ces lacs dé vidanges, repêchaient des poissons morts qu’on servait aux barrières. Plein du désir de changer ce hideux état de choses, il consulta le conseil de salubrité et lui demanda des études dont Parent-Duchâtelet devint encore l’âme, et dont il fut en 1835 le rapporteur.

Montfaucon ne pouvait subsister ; mais comment le remplacer? — Par le progrès des habitudes de propreté, l’usage de l’eau dans les ménages, les cuvettes hydrauliques, les water-closets, les bains à domicile remplissaient rapidement les fosses devenues étanches. Il n'y avait pas 1/10 de matières solides dans les liquides qu’on vidangeait à Paris, et qu’on versait aux Buttes Chaumont.

Au lieu d’un cube de 50 mètres qui était le chiffre en 1790, on était en face d’un apport journalier de 250 à 300 mètres cubes, destiné probablement à doubler.

Fallait-il songer à créer une marine qui n’aurait eu à amener que de l’eau à Bondy?

« Si le précédent des voiries n’existait pas, n’était-il pas évident, disait le rapport, que Paris ferait comme Londres et enverrait tout à l’égout et à la rivière? Mais il ne faut pas perdre de vue les besoins de l’agriculture, et on peut les satisfaire, dès

qu’on adopte le système diviseur qui sépare les solides et les liquides. Les liquides, dilués et ainsi rendus inoffensifs, iront en Seine ; les solides désinfectés deviendront la matière de fabrication des engrais. »

Le conseil de salubrité de 1835 émettait l’avis que la solution radicale et économique du problème des vidanges consistait à introduire partout dans les maisons les cuvettes hydrauliques et le système diviseur devenu plus tard le système des tinettesfiltres; il voulait qu’on autorisât l’écoulement des liquides aux égouts, et en même temps la libre disposition pour le propriétaire des solides désinfectés.

Pour appliquer ce programme, il eût fallu de l’eau dans toutes lés maisons, des égouts dans toutes les rues, et l’on en était encore bien loin. Aussi revint-on à l’idée d’envoyer à Bondy, par le procédé le plus rapide, les liquides qu’il fallait cesser de verser à Montfaucon.

Dépotoir de la Villette. — C’est alors que M. Mary, observant avec sagacité qu’on pourrait étendre aux eaux troubles les moyens mécaniques déjà appliqués aux eaux claires, fit, après de vives contestations, adopter le projet d’une conduite de 10 kilomètres destinée au transport des vidanges entre Paris et Bondy.

C est la solution du dépotoir de la Villette, lequel, proposé dès 1842, approuvé en 1845, s’ouvrait en 1849 et remplaçait enfin le hideux Montfaucon.

Le dépotoir avait à recevoir en citerne les arrivages de tonnes remplies chaque nuit aux fosses des maisons particulières. Des pompes à vapeur devaient produire 1 aspiration a la Villette et le refoulement jusqu’aux bassins de Bondy. Le mouvement des matières épaisses dans celte conduite, qu'on comparait à une longue seringue de 10 kilomètres, paraissait impossible ou ridicule. L’administration eut la fermeté de soutenir 1 ingénieur, M. Mary, qui risquait son nom et son avenir. Quand vint

l’épreuve, le résultat fui un succès. Les résistances de frottement dans la conduite, au lieu d’être excessives, ne dépassaient pas 1 mètre par kilomètre, ou une atmosphère de pression pour franchir la distance de 10 kilomètres, dans un tuyau de 0 m ,30 : c’était presque la perte de charge que l’eau aurait dû subir dans les mêmes conditions.

Le dépotoir de la Villette, lavé, éclairé, ventilé, planté par les soins de M. Mille, devint une usine ordinaire au milieu d’un quartier industriel. Et pourtant les citernes recevaient dès le début près de 800 mètres cubes de vidanges par nuit, cube qui plus tard s'éleva jusqu’à 2000 mètres cubes. Une excessive propreté fut l’arme du succès.

Celte lutte contre l’infection et l’ordure fut pour celui qui écrit ce livre la cause de direction de ses études. Il crut dès lors avec foi que l’eau, l’air, la culture devaient vaincre l’insalubrité partout.

désinfection. — Il reste à parler de la désinfection et des usines. Le sulfate de fer, quand pour la désinfection la couleur est indifférente, le chlorure de zinc, quand on veut des liquides de teintes moins sales, sont, avec une addition de poudre charbonneuse, les agents les moins chers et les plus employés. Un préfet de police qui lit beaucoup pour la salubrité, M. Carlier, après des essais répétés devant lui, prit à cœur la désinfection, crut qu’elle allait remédier au mal et rendit en 1850 et 1851 des ordonnances qui prescrivaient la désinfection préalable des fosses, permettaient d’écouler aux ruisseaux les liquides et d’emporter les solides aux voiries particulières moyennant un droit de 1 fr. 25 c. par mètre cube perçu au profit de la Ville.

On profita d’abord de ces mesures de tolérance, car en 1855 sur 300000 mètres cubes représentant l’ensemble des vidanges de Paris, l’écoulement aux ruisseaux compta pour un tiers, pour 100 000 mètres cubes ; mais bientôt les plaintes s’élevè-.

rent contre l’infection et la couleur des ruisseaux, et il fallut interdire les écoulements de liquides à ciel ouvert.

Mais il y avait un pas de fait.

Le droit de prise des matières de vidanges, le monopole qui jusqu’ici existait au profit de la Ville, se trouvait remplacé par un régime de libre disposition au profit des extracteurs, moyennant des garanties de désinfection préalable, et l’acquittement d’une taxe municipale.

Les industries chimiques. — Les compagnies de vidanges en profilèrent pour se compléter par des usines d’engrais traitant les matières récoltées dans la clientèle. 11 y a partage des solides et des liquides, partage obtenu par le dépôt en citernes et la décantation. Les liquides sont distillés avec les appareils qu’emploie l’industrie pour la fabrication de l’alcool. Ici c’est le carbonate d’ammoniaque qu’on concentre, qu’on salure par l’acide sulfurique, et qui devient le sulfate d’ammoniaque dont les plaines de grande culture ont besoin.

Les parties solides, les matières pâteuses sont desséchées, pulvérisées, avec des appareils empruntés d’ordinaire à la sucrerie. Elles produisent un guano qui peut aussi s’expédier au

Les usines ont formé autour de Paris un cercle d’investissement, et comme leurs fours 11 e savent pas brûler les ammoniaques composées qui s’échappent par les cheminées pendant le traitement à chaud, le mauvais air descend avec les vents tournants sur presque tous les quartiers. Nous retrouverons plus tard les malaises et les plaintes du public.

Résumé de la période. —En résumé, si la période de 1800 à 1850 a donné les canaüx de navigation et le port de commerce •le la Villelle, la période de 1830 à 1850 eut le mérite de faire l’amélioration de la rue, l’amélioration de la maison ne se discutant pas encore.

La révolution des trottoirs transforme les voies publiques. La chaussée fendue avec ses revers coupés de ruisseaux, avec son caniveau central éclaboussant les passants, avec ses grosses bornes de refuge, fait place à la chaussée bombée, unie, régulière, sans cassis, offrant aux voitures et aux piétons une circulation distincte.

Les eaux de distribution de l’Ourcq, amassées à l’aqueduc de ceinture, traversent les diamètres de la cité, en alimentant le réseau des conduites secondaires. A l’extrémité des lignes maîtresses, elles montent à des réservoirs d’épargne qui emmagasinent tout ce qui ne se dépense pas d’un apport de jour et de

Grâce à ces réserves, on peut en tête de chaque îlot de maisons poser une borne-fontaine qui, coulant avec force une ou deux heures par jour, lave par des chasses les ruisseaux et emporte vers la bouche d’égout les eaux ménagères sorties des habitations et les eaux qui ont nettoyé la chaussée.

La canalisation du sous-sol commence avec un réseau d’affluents qui jettent à l’égout de ceinture ou directement en Seine la masse des eaux sales : c’est le « tout à la rivière pratiqué dans l’intérêt de la voie publique. D’ailleurs, les galeries - , encore étroites, sont réglées de largeur, de hauteur, de pente ; elles ont le lavage et la ventilation.

Enfin, Montfaucon a disparu : les pompes à vapeur du dépotoir refoulent les matières jusqu’à Bondy, et les compagnies de vidanges s’essayent au traitement industriel pour devenir des fabriques d’engrais.

Est-ce suffisant? Non certainement : les grands travaux de l’époque qui suit le prouveront. Mais le service était centralisé, ordonné, mis en train; les éléments d’une solution rationnelle se discernaient. On le devait surtout à M. Emmery, et l’on ne saurait oublier son nom.

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