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II. SERVICE D’ENSEMBLE DANS LES MÉTROPOLES

Pour achever l’étude que nous avons entreprise, il reste à présenter l’état actuel des services dans les trois capitales de Londres, Berlin et Paris. Distinguons les principes et les procédés d’application : les principes, discutés et fixés par la science, sont à peu'près partout les mêmes ; les procédés changent avec le climat et les habitudes.

Principes. — Il faut de l’eau pure, et les eaux de source, limpides et fraîches, valent mieux que les eaux de rivière, souvent troubles et de température inégale. Cela est admis. La difficulté vient avec les eaux d’égout : que faut-il en faire ?

. Ce sont les leçons de Liebig et Dumas qui, démontrant qu’un admirable équilibre existe entre les trois règnes de la nature, ont prouvé que les débris, les résidus de la vie devaient retourner au sol et à l’atmosphère. La restitution fut reconnue une loi.

Puis l’école de la réforme anglaise mit en lumière la circulation. L’eau d’égout peut se comparer au sang dans le corps humain. C’est de la chair coulante, qui apporte aux plantes leur nourriture d’élection, et qui reparaît vive et pure, prête à recommencer son cercle de fonctions,

La preuve de l’épuration des eaux manquait : elle fut donnée parle docteur Frankland et M, Schlœsing. Un sol perméable est un filtre qui arrête à la surface les matières suspendues, et qui) dans la couche traversée, brûle et minéralisé les matières organiques dissoutes. Il y a là un véritable foyer de combustion

lente, mais il faut que Pair s y renouvelle avec les intermittences d’arrosage.

Pourquoi, lorsque les immondices fermentent à l'abri de l’atmosphère, se dégage-t-il des gaz toxiques, qui constituent la putréfaction? Ici interviennent les vues profondes de M. Pasteur : les infiniment petits sont à l’œuvre dans la période de la décomposition. Les microbes anaérobies pullulent, enlevant l’oxygène aux matières qui le contiennent, préparant par degrés l’apparition de leurs successeurs, les aérobies, qui ne peuvent vivre que dans l’air libre.

Ces' microbes divers, noyés dans les poussières flottantes, peuvent être des semences de contagion, qui lèveront, si on leur livre un milieu de culture favorable. C’est aux cellules de l’organisme à se défendre, et comme le germe peut pénétrer en nous avec l’air que nous respirons, avec l’eau que nous buvons, notre santé réclame dans la maison et dans la rue de l’air pur et de l’eau pure.

Ces principes posés, voyons comment on les applique.

Les Métropoles , — Dans les capitales, on tend à considérer la Cité, centre du mouvement des affaires, comme le noyau d’une zone assez étendue pour offrir une large place à des habitations nouvelles.

Londres a porté l’étendue de la Métropole à 33000 hectares, sillonnés par des voies de transport rapide. Berlin, qui n’a encore que 2400 hectares de terrains bâtis, domine 6000 hectares, enveloppés par les voies du Métropolitain et de la Ceinture. Paris, qui depuis l’enceinte des fortifications a englobé 7800 hectares, absorbera probablement le département de la Seine. Les projets des réseaux de circulation, de la distribution d’eau, des collecteurs d’égouts, se préparent en vue d’une Métropole de 48 000 hectares,

Entrons maintenant dans ces grandes villes, et Voyons-y l’état actuel des eaux, des égouts et des irrigations,

Londres. — Londres prend 88 pour 100 de ses eaux aux rivières de la Lea et de la Tamise : les sources de la craie ne livrent encore que 12 pour 100. La dotation monte à 160 litres par tête pour une population de 5 millions d’âmes, et presque en entier elle va au service privé. L’eau de rivière, assez douce, est aujourd’hui bien filtrée, mais de température variable comme les saisons. De plus, elle est livrée pour une forte part en service intermittent, et la citerne, nécessaire alors, est reconnue une abomination domestique, tant elle est sale et dangereuse. Quand on veut le service à pression constante et plus de citerne, il faut subir des taxes supplémentaires. Aussi Londres appelle les eaux de source, la distribution sur conduites toujours en charge, et des tarifs uniformes. Peut-être pour y arriver faudrait-il la fusion des huit compagnies qui se partaient le territoire, et une centralisation des eaux analogue à celle qui s’est établie pour les égouts avec le Metropolitan Board of Works.

Berlin. — Berlin abandonne de plus en plus les eaux de rivière de la Sprée pour l’alimentation aux puits-sources de la nappe des sables. La dotation y est de 60 litres par tête- pour une population de 1200000 âmes : elle est appliquée presque uniquement au service privé. L’air pluvieux du climat, ici comme à Londres, lave les chaussées et les ruisseaux. Berlin, rajeuni par la réforme, ne vise qu’à faire pénétrer dans toutes les habitations la distribution et le drainage qui ont assaini les quartiers

Paris. — Paris est la seule capitale qui jouisse d’une double canalisation. Les eaux des rivières d’Ourcq, de Marne et de Seine

appartiennent aux voies publiques, aux squares, aux fontaines décoratives, aux usines : c’est un service à basse pression. Les sources pures, limpides et fraîches de la Dhuis et de la Vanne sont réservées à la distribution privée, et montent à haute pression jusqu’aux derniers étages, prêtes en même temps en cas d’incendie. La dotation pour 2400000 âmes de population est de 170 litres par tête ; 110 litres, presque les deux tiers, répondent aux besoins publics, les besoins domestiques gardant 60. Il y a double tarif, et liberté d’usage, modéré par le compteur qui sert de frein aux

Ces bases d’exploitation sont établies, vérifiées, acceptées : ce que l’on cherche, c’est l’augmentation des quantités d’eau de rivière et de source, et en même temps l’abaissement des tarifs, de manière à répandre de plus en plus l’usage de l’eau, et à élever le ménage parisien aux habitudes de propreté des ménages belges et anglais.

LES Egouts

Londres. — Le drainage doit s’examiner dans la maison et dans la rue .

A Londres, lamaisondevient un modèle de salubrité surveillé par des associations de propriétaires. Elle est drainée avec des tuyaux de petit diamètre, dans lesquels l’eau circule. Les conduites, commençant avec le'plomb, finissant avec le grès, s’infléchissent en siphon dès qu’il faut ménager une fermeture hydraulique.

Les descentes sont distinctes et spéciales pour les vidanges, les eaux pluviales et ménagères. Elles sont lavées par des réservoirs de chasse intermittents, aérés par des ventouses en libre communication avec l'atmosphère. Elles se réunissent avant la pénétration en égout, et là un dernier siphon de protection est nettoyé par toutes les eaux qui ont passé dans la maison.

L’eau et l’air travaillent partout ensemble.

Dans les rues, l’égout de briques n’a d’autre fonction que l’écoulement souterrain des eaux de toute nature, publiques ou privées : il n’a jamais à recevoir de conduites. 11 va grandissant de section à mesure qu’il répond à des bassins de plus en plus étendus ; ovoïde d’abord, puis circulaire, il devient un triple ■aqueduc quand il s’agit de porter l’émissaire jusque dans la baie de Tamise. Les curages s’opèrent le plus possiblè par des courants dont la vitesse se rétablit au bas des pentes par l’aspiration de machines. La force mécanique est à l’œuvre au dedans et au dehors de la Métropole. Londres s’est exonéré du mal intérieur des eaux d’égout au prix d’une dépense de cent millions. Mais la perte à la mer, qu’on croyait suffisante, produit déjà des inconvénients si graves, qu’il faut reprendre la question des débouchés.

Berlin. — Berlin, pour des raisons d’économie, de situation, a adopté comme organes du drainage des maisons et des rues, les tuyaux de grès de petit diamètre. Les galeries, assez hautes pour admettre un ouvrier debout, sont ici des collecteurs. Jusqu’à présent ces dispositions ont réussi, et les obstructions dans le réseau souterrain ont été facilement enlevées. Probablement pourtant, les améliorations intérieures tendront à développer les égouts de briques. Déjà, dans les voies d’àctive circulation, s’il y a d’un côté de la chaussée un tuyau en grès, il y a de l’autre côté un ovoïde de type réduit en briques. On surveille mieux alors les écoulements et les dépôts.

de drainage en égouts de grande section. Il le fallait pour mettre partout les conduites d’eau soUs galeries et pour affranchir les Voies publiques du désordre des fouilles de branchement. Il en est résulté la ville souterraine, monument bien digne de l’attention de l’étranger. Cés galeries, préparées au mouvement des

ateliers, ont des voies de fer de O”,60 et de 1”,20 et des banquettes enfermant le cours des eaux, banquettes le long desquelles on circule à pied sec. Les manœuvres mécaniques, aidées par le travail des chasses, rendent de jour en jour le curage plus facile et plus sûr, et permettront de tenir la ville souterraine dans le même état de propreté, de salubrité même que la tille dè circulation. Il le faut, pour qu’il n’y ait pas d’obstacle à un progrès que l’hygiène de la maison exige : c’est la suppression des fosses fixes et l’écoulement des vidanges en égout. Dès que les radiers seront toujours libres de dépôts et parcourus par des eaux torrentielles, les matières noyées iront sans cesse et sans delai des waters-closets des logements aux champs d’épu-

Londres. — Londres a cru en avoir fini de ses eaux d’égout en les jetant dans la baie de Tamise. Au bout de vingt ans les inconvénients se révèlent. Le chenal maritime s’obstrue par des îlots de boue auprès des émissaires du drainage. Les équipages, les pêcheurs, les riverains se plaignent des vases et des courants infects. La Commission de 1884 a déclaré que la voie qui conduisait les navires au port de Londres ne pouvait rester ainsi corrompue, et qu’il y avait nécessité impérieuse à l’assainir. Elle a indiqué comme remède la séparation, dans les eaux d’égout, des solides et des liquides, l’emploi des solides comme terrain d’engrais, l’épuration des liquides par la filtration intermittente. Les études qui vont venir ramènent vers les seules solutions définitives, celles qui terminent la circulation par la restitution.

Berlin. — Berlin a pris du premier jour son parti. L’assainissement en ville, enlevé aux écoulements en rivière, y repose

sur l’irrigation des sables. Les résultats ont apparu aussi favorables que les promettait la théorie. Seulement, pour marcher dès le premier jour avec sécurité, il a fallu subir la culture en régie, et compter sur l’avenir pour changer de régime et appeler le concours de la culture libre.

Paris. — Paris pour atteindre le même but a adopté une autre voie. L’épuration des eaux d'égout a été tentée par les procédés chimiques et par l'application au sol. C’est l’irrigation qui est restée maîtresse du terrain.

La Ville a cherché des cultivateurs libres, elle a fait à ses frais leur éducation, et a trouvé en eux les meilleurs auxiliaires. La plaine de Gennevilliers, avec ses doubles récoltes sur 600 hectares, ses 200 familles vivant à l’aise malgré de forts loyers, et ses 850 vaches laitières nourries sur ses herbages, peut compter comme l’une des campagnes les plus fécondes du pays. Elle est le point d’appui de l’assainissement dans Paris, car elle a prouvé que les eaux noires additionnées de vidanges peuvent devenir des eaux limpides, fraîches, pures de matières organiques, et qui coulent à la Seine, comme des ruisseaux partis de la montagne.

Mais le service rendu à l’assainissement du fleuve ne porte encore que sur un quart du débit total des égouts. Pour que la totalité des courants qui salissent la Seine soit épurée il faut un prolongement d’aqueduc de 18 kilomètres vers la presqu’île de la vallée : et il faut au bas de la forêt de Saint-Germain, sur les terrains domaniaux d’Achères, un régulateur de 1200 hectares permettant de consommer en régie à l’extrémité ce que les cultivateurs libres n’auront pas utilisé sur la route. C’est la demande que forme la Ville de Paris près des pouvoirs publies, et qui est combattue avec passion par des intérêts effrayés. La décision viendra, nous le croyons, et dix ans après qu’elle aura été appliquée, on ne comprendra plus qu’elle ait pu être si difficilement conquise.

Résumé. — En résumé, si Londres appelle un meilleur régime des eaux pures et une épuration rationnelle des eaux d’égout; si Berlin, sans viser au grand, a réussi rapidement et économiquement une transformation nécessaire, Paris, pour devenir une ville aussi salubre que belle, réclame comme compléments :

Dans le service privé, la maison assainie sur le modèle de la maison anglaise;

Dans le service public, la ville souterraine tenue avec la propreté de la ville de circulation, et la campagne mise en état d’assurer l’épuration des eaux d’égout par l’union de la cullure libre avec le travail en régie d’un régulateur.

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