‹ Assainissement des villes par l'eau, les égouts, les irrigationsChapitre 8 sur 51 · ANAUX D ' ARROSAGE · texte numérisé non relu

ANAUX D ' ARROSAGE

de taille solidement assemblées. Ces ouvrages datent des Maures, ils ont huit cents ans d’existence, et ils tiennent encore contre les crues du torrent.

Quant aux prises en tête des canaux d’arrosage, des acequias, elles consistent on ouvertures maçonnées de 1 à 2 mètres de largeur, avec des vannages fermés par des vis en bois. Les hauteurs des seuils par rapport à la crête des barrages, comme les largeurs des ouvrages, sont connues et inscrites dans les pièces d’archives des associations.

La dotation de chaque aeequia est fixée par des litres qui distribuent entre les ayants droit 138 filets d’eau. Qu’est-ce que le filet? On ne le sait guère, mais on constate que, dans la sécheresse d’étiage, chaque association se trouve avoir une part proportionnelle du débit total, comme si de sentiment les Maures avaient cherché la répartition en parties aliquotes, ce qui est au fond la répartition d’équité.

Les canaux qui distribuent l’eau dans la Huerla viennent aussi des Maures, car on les trouve désignés dans les chartes du treizième siècle. A celle époque le conquérant, don Jayme d’Aragon, eut la sagesse de maintenir ee qui existait.

« Vous jouirez des eaux, dit-il aux usagers, ainsi qu’on l’avait établi et pratiqué du temps des Sarrasins. »

Don Jayme prit en outre une mesure dont nous verrons les conséquences : il augmenta la dotation du canal de Cuart, sous condition que les eaux couleraient deux heures chaque jour pour laver les égouts de Valence.

Récoltes. — Dans la Iluerta, on fait en grande culture quatre récoltes en deux ans, chanvre, haricots, blé, maïs. En culture maraîchère, il y a production sans relâche de primeurs, pois, artichauts, melons, piments. On va chercher les fumiers do la ville, on achète beaucoup de guano ; de plus on a dérivé les eaux d’égout. Dès qu’elles sortent de la porte des Juifs et atteignent le territoire dé Rusafa, elles sont barrées et aban-

donnent une boue qu’on dessèche et qui devient du terreau, tandis que les eaux troubles sont directement appliquées en irrigation. Comme elles portent l’engrais avec elles, elles font de leurs usagers, les plus favorisés, les plus riches cultivateurs de la plaine.

En outre des céréales et des légumes, le pays a des mûriers plantés sur le bord des rigoles, et qui permettent l’éducation des vers à soie. Les fruits, les oranges et les grenades réussissent en grand du côté d’Alcira, sur les bords du canal royal du Xuear, qui roule 22 mètres cubes par seconde.

Vers la mer, du côté des lagunes de l’Albufera, sont les rizières. Rien ne manque, pas même la canne à sucre, qui alimente ici déjà des sucreries.

Valeur de la terre. — La richesse créée par l’irrigation peut se prouver d’un mot. Les terres arrosées, les regadot , se vendent de 9 à H 000 francs l’hectare, là où les terres de même région non arrosées, les secanos, valent à peine 1000 francs. On affirme qu’un ménage valencien, type de travail infatigable et de sobriété, vit sur un jardin de 2 fanegas, ou 1650 mètres carrés, sur moins d’un cinquième d’hectare, en payant pourtant un cher fermage.

Ainsi l’eau a décuplé la valeur de la terre.

Les syndicats. — Les sept aeequias répondent pour l’administration à sept syndicats distincts qui régissent à peu près autant de communes.

Longtemps l’usage et la coutume ont suffi aux associations; mais on a senti les lacunes de la tradition, et on l’a remplacée* surtout au siècle dernier, par des règlements discutés entre les intéressés et sanctionnés par l’administration supérieure.

En voici la substance.

Régit e t — Dans la plaine de Valence l’ea

de la terre. Nul ne peut vendre une terre sans le droit à l’usage de l’eau.

Celte prescription s’applique même aux tours d’arrosage, que nul ne peut vendre ni céder. L’eau non utilisée fait retour à la masse, et va aux besoins à satisfaire ailleurs.

Les usagers de chaque acequia forment une association qui se réunit en assemblée générale pour les affaires importantes, préparation ou réforme du règlement, nomination du syndic et des élus qui forment le comité d’administration, vote de l’impôt pour le curage, l’entretien ou les travaux neufs. Les décisions se prennent à la majorité des voix, sans tenir compte des hectares représentés.

Le syndic. — A la tête de l’association est un syndic.

Le syndic est le dispensateur des fonds de la communauté, le régulateur de la répartition des eaux en temps de disette, et le juge des contestations relatives aux arrosages. Malgré ces fonctions importantes, le syndic peut ne savoir ni lire ni écrire; mais il doit être laboureur, sindaco-labrador , et l’un des bons et honnêtes cultivateurs de la commune. Il est assisté par des élus, et a pour agents un conducteur des travaux, des surveillants d’arrosage et un garde.

L’arrosage commence à l’amont, à la tête du canal, et se poursuit sans désemparer jusqu’à l’extrémité d’aval. La durée d’ouverture des vannes n’est limitée qüe par les besoins de la récolte. En temps de sécheresse le syndic ne considère plus qu’une chose, les récoltes qu’il faut sauver, et les chanvres passent en première ligne parce qu’on les coupe en juillet.

C’est donc l’administration du père de famille.

Le tribunal des eaux. — Reste à juger les contestations, et ici paraît une institution populaire à laquelle le gouvernement central a toujours craint de toucher : c’est le tribunal des eaux, el tribunal de las aguas. Tous les jeudis, à onze heures, la

foule s’assemble devant le porlail oriental de la cathédrale : du temps des Maures c’était l’entrée de la mosquée, et là se rendait la justice. Les sept syndics prennent place, et font appeler les causes, qui sont de deux sortes : contraventions constatées par le garde, ou plaintes d’un usager contre un autre.

Le syndic de l’acequia où le fait s’est passé expose l’affaire comme ministère public; il laisse l’appréciation à ses collègues,! : qui jugent séance tenante et prononcent la sentence en Valencien : c’est l’ancienne langue limosine, que le castillan n’a pu vaincre-..'

L’appel est de droit, mais personne n’en use, et la décision’ est obéie, souvent même sans que le notaire ait à l’enregislrer.

L’irrigation modèle. — Du riche pays de Valence, qui fait les légumes, les oranges, les grenades, la soie, le riz et même le sucre; qui expédie des primeurs aux halles de Paris et qui approvisionne d’oranges les marchés de Londres et de New- York,- nous emportons plus d’un souvenir,..

L’irrigation y décuple la valeur du sol, et les terres arrosées valent dix fois le prix des terres sèches. .

Les eaux d’égout se révèlent comme un engrais completll puisque, là où on l’emploie, la terre ne réclame plus ni fumier ni guano.

Enfin la Huerla, où les intérêts, d’un riche labeur pourraient exalter des natures violentes, la Iluerta s’administre tranquillement, sous l’empire, de règlements qu’un syndic laboureur applique en père de famille.

Quittons l’Espagne et passons maintenant en Italie; mais avant d’aborder les irrigations du Milanais, tentons de reconnaître ce qu’était l’assainissement dans l’ancienne Rome, la ville modèle de l’ancien monde.

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