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Le regretté Marcel Schowb s'était fait un malin plaisir de relever des singularités d'expression dans certaines régions de la haute Presse. Que dirait-il maintenant? — Gomme il prenait beaucoup d'amusement à ce petit jeu, je veux dédier quelques évolutions de cette nouvelle forme de diabolo, à son ombre, sans nul doute, heureuse^ si les Ghamps-Elyséens traitent avec la considé. ration qu'ils méritent ceux qui n'ont vécu, dans ce bas monde, que pour les bonnes lettres, et ne tirèrent de sérieux agrément que des fréquentations spirituelles comme des spéculations désintéressées.
Je sais parfaitement que rien ne fait rien et que, d'ailleurs, ce serait les désobliger eux-mê* mes que d'attacher trop d'importance aux mots légers qui se posent, sur nous, soir et matin^ comme un vol d'étourneaux, quand nous ouvrons cette porte de cage qui est une bande de journal.
Néanmoins, s'il n'est pas utile (qu'est-ce qui est utile?), s'il apparaît même puéril de demander
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la perfection à des formules qui n'y visent pas, il peut être divertissant de rechercher ce qui les éloigne de la relative supériorité à laquelle leurs expressions pourraient prétendre, et qui n'est pas inaccessible puisque nous la voyons parfois réalisée.
La partielle utilité des Carnets dits mondains^ est double, c'est entendu : plaire à ceux dont ils mentionnent les actes, ou les servir, souvent Tun et l'autre; puis, intéresser les lecteurs. Notez qu'il n'est pas question de divertir ces derniers. Si le Carnet mondain y réussit, c'est sans le chercher ; il parle avec sérieux, ou du moins, il le croit; c'est pour cela qu'on peut le chicaner amicalement, cela va de soi, sur certains de ses dires.
Et, tout d'abord, il est un monosyllabe qui possède le don du caméléon et se colore du ton de l'épithète, comme ce saurien,de la nuance qu'il avoisine.
Ce monosyllabe c'est le mot : Thé. Nous avons eu les Thés priés de Madame Muhlfeld, les Thés littéraires de Madame Goy au. Voici maintenantes Thés poétiques delà. Duchesse de Rohan, dans son hôtel de la rive gauche, plaisamment dénommé, par un de nos amis : l'Hôtel de Rohanbouillet.
Examinons un peu les divers mélanges du verbe, grâce auxquels on obtient ces variétés du plant somnifuge.
Les premiers de ces trois sortes de thés sont des Thés priés, parce que la dame qui les donne est une fort aimable personne, laquelle ajoute à ses autres mérites celui de ne pas écrire (qualité
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fort rare, chez les dames, par le temps qui court). Donc le thé d'une telle maîtresse de maison ne commande pas, il prie (aussi l'expression de thé priant serait-elle plus juste), il prie d'abord qu'on vienne, puis qu'on excuse l'hôtesse de ne pas verser de l'encre dans les tasses.
Le thé de Madame Goyau (Péko à pointes bleues) se montre modeste en n'exigeant pas d'ajouter le qualificatif de poétique à celui de littéraire. Il le pourrait sans mentir. Madame Goyau fait de fort jolis vers ; mais, évidemment, son samovar au métal puissant fume pour la prose ; aussi, Téminente verseuse abandonne-t-elle à la petite bouilloire de la duchesse de Rohan le titre de poétique.
Celle-ci « qui depuis !.. » se contenta, il n'y a pas encore longtemps, d'être une maîtresse de maison particulièrement affable. Ce noble genre est devenv si rare, et ne compte plus qu'un si petit nombre de prêtresses, que l'on ne saurait assez louer, selon moi, celles qui le pratiquent encore. Je ne vois plus guère que Madame Greffulhe, la Marquise de Jaucourt, la Comtesse Aimery de La Rochefoucauld et Madame A. Annan de Caillavet, chez lesquelles on puisse se présenter, un jour de réception, sans risquer de trouver Tamphitryonne assise au piano ou accordant sa lyre.
Quant à la Comtesse Jean de Castellane, avouerai-je qu'elle m'a fait trembler, ces dernières semaines? Je m'en accuse humblement. Cette véritable Grande Dame, cette Patricienne accomplie, faudrait-il nous résigner à la voir, elle aussi.
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délaisser les solides palmes du bon accueil^ pour les aléatoires lauriers du lyrisme ?
Dieu soit louél cette crainte fut vaine; et rien que ravoir éprouvée était la preuve que le jugement irréfléchi peut parfois s'exercera l'égard d'une personne supérieure.
Il n'était question de rien moins que d'une Préface aux mémoires d'une aïeule. Cette Préface, je viens delà lire ; elle est parfaite. De telles lignes, énonçant clairement ce qu'elles conçoivent si bien, non seulement il est loisible à une femme de les écrire, mais il serait infiniment regrettable qu'il ne se trouvât pas, de temps à autre, quand la fortune le permet (trop rarement !), l'héritière d'un grand nom et d'une noble pensée, pour nous parler ainsi des dons exceptionnels d'une ascendante, parmi lesquels je salue entre tous < le charme puissant d'une conversation qui agissait sur ses interlocuteurs, à l'égal d'un bienfait. »
Qu'il faut de tact pour traiter un pareil sujet avec tant de mesure voulue, do réserve sentie, une telle notion de sa compétence, au lieu de taquiner les coccinelles et les gondoles, les papillons et les torpilleurs 1
Si je ne parle ici, ni de Madame Lemaire ni de Madame Besnard, c'est parce qu'elles sont artistes avant d'être maltresses de maison, et par conséquent, ne rentrent pas dans le sujet, sortent du cadre.
Pour en revenir à Madame de Rohan qui eut, un temps, un long temps, le bon goût de verser, aux
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poètes dignes de ce nom, un thé qu'elle n'assaisonnait que de sa bonne grâce, elle leur impose maintenant son petit souchong, sans s'apercevoir qu'un thé qui n'a pas infusé n'est rien que de Teau tiède. Et, dame I de Teau tiède entre les repas, ça ne réussit pas à tout le monde.
Je prie de croire que je ne mets personnellement aucune malice dans ces petites objections. Ce serait d'ailleurs superflu. Si donc, par hasard, il s'en rencontrait un brin, ce serait une génération spontanée. J'en voudrais seulement faire jaillir un peu de raison. J'ajoute que les citations entre guillemets sont scrupuleusement exactes et que, si je nomme les personnes qui en font le sujets c'est le compte-rendu qui a commencé et m'en donne l'exemple ; du reste, il ne s'agit que d'une discussion enjouée, sur divers points de sociologie, sans rien d'intentionnellement désobligeant pour ceux qui nous en fournissent le prétexte.
Commençons galamment par les dames : il s'agit d'une séance de tableaux vivants donnée à Dinard.
< C'étaient des a/]fîcAe5, scrupuleusement reproduites, et que des quatrains élégamment troussés et dits par M. de Fouquières présentaient au public :
1^ Cacao. Une charmante Hollandaise blonde, etc ..»
Certes, nous apprécions cette fève de choix et la nutritive pulvérisation de cet aliment d'épargne. Mais ne semble-t-il pas qu'il aurait gagné à se voir glissé dans le corps du programme, plutôt
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que le couronner du sonore début de ses syllabes ré^étées^ Bis repetita. Passons.
7® < La Saxoléine est représentée par la comtesse Georges de Montesquieu... »
Voilà un pétrole qui se met bien.
13» < En péplum liberty rose, la Princesse Albert de Broglie représente, assise, le Pears' Soap» »
Timide objection : ce produit étant couleur d'ambre, le ton du péplum n'est pas juste. En outre, cet élément d'hygiène porte assez haut dans le monde sa légitime célébrité, pour que l'aimable princesse qui daigne le figurer, puisse, ce me semble, se mettre debout pour exalter cet objet fungible.
< M. Chéramy a fait hier une très jolie conférence sur V Œuvre poétique de 3f»« la Duchesse de Rohan (I). Avec un rare bonheur^ M. Chéramy a, dans son ana* lyse subtile^ montré en quoi les poésies de M"»« la Duchesse de Rohan se différenciaient et se distin^ guaient de celles des autres femmes poètes. »
Nous permettra-t-on d'ajouter : « J'te crois !.. »
€ Il a dit excellemment pourquoi les pièces charmantes qui composent le recueil Les Lucioles sont si sincères^ si pures de sentiment^ si exactes dans Vart descriptifs si touchantes quand elles analysent le cœur humain^ si tendres et si discrètes en toute occasion, si