LE BALZAC DE L'ENFANCE
Il n'y a pas à se le dissimuler, la même maldonne qui règne parmi les humains^ sévit parmi les marbres. Ainsi que nous voyons, criblées de plaques et comblées d'honneurs, des médiocrités dont l'avenir aura vite fait d'oublier le titre et les titres, tandis que des noms, destinés à devenir, pour la postérité, l'objet d'un culte, continuent à ne rayonner que de leur propre éclat, lequel du reste leur suffit, avec l'appréciation de quelques nobles esprits et l'estime de quelques grands cœurs, — de même nous voyons l'espace de nos places et la verdure de nos jardins, chaque matin, diminués par un peuple encombrant de statues^ auxquelles ne suffit pas d'être presque toutes laides, et qui exigent encore de conférer la durée et la dureté du Carrare, à des renommées de cire ou de neige, de vent ou de fumée.
J'y pensais, l'autre jour, en voyant remplir, par un de mes amis, le bulletin que venait de lui adresser l'éditeur qui prépare un nouvel annuaire. Ce repère sq. dénommera-t-il le Qui êtes-vous?
comme quelques-uns le prétendent? Ce serait un intitulé assez conforme au goût du jour, qui baptise d'appellations, telles que Je sais tout et LiseZ'moi,àQ\yyi de ses périodiques préférés. Il n'importe. L'important est de constater les progrès (d'aucuns disent les ravages) accomplis, depuis vingt ans, par ce genre de recueils spéciaux. Lorsque, né malin, M. Ehret, il y a environ quatre lustres, inventa de publier un livre, lequel devait avoir plus de lecteurs que Ylmitation, les Fables de La Fontaine ou Paul et Virginie, bien que (ou peut-être à cause de cela) ce livre contint seulement le nom et l'adresse de ce qui constituait, à ce moment exact, ce qu'on pouvait encore appeler la Société Parisienne, quelques-uns prévirent le péril: la concurrence, d'où devait fatalement résulter le désir de l'emporter sur l'éditeur voisin, en publiant un détail de plus sur les conviés du festin alphabétique.
Ainsi advint 1 Nous connûmes bientôt, non seulement l'emplacement que chacun assigne, à ce que, durant l'hiver, les € Mondanités > intitulent: ses salons; mais les domaines qui lui procurent, pendant Tété, pour quelques millions de fraîcheur ou pour deux sous d'ombre. Nous n'ignorâmes pas le jour de madame, qui soit dit en passant, est presque toujours (pourquoi?) le mercredi, et il nous fut impossible de ne pas savoir le nombre des enfants, les alliances et les parentés, bien que pas toujours décoratives.
Les compétitions elles ambitions, s'étant éveillées, au cours de cette chasse au renseignement,
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il semble difficile (on peut Taffirmer sans plaisanterie) qu'on n'en arrive pas à compléter ce qui fut — (ou parut être) — innocemment, au début, une indication nécessaire, par l'adresse des couturiers et des tailleurs, de la patronne et du patron, par Ténumération des personnes qui fréquentent chez eux, ce qui d'ailleurs ne manquera pas d'utilité, puisque, sur l'énoncé de tel ou tel, il sera loisible de ne pas s'y rendre. On saura, de celui-ci ou de celle-là, quel est son médecin, quels sont ses marchands, lesquels conservent un confesseur.
Peut-on supposer (doit-on le craindre ou s'en applaudir ?) que le souci de vérité et de sévérité mènera plus loin, et que certaines abréviations finiront par mettre le lecteur au courant de ce qui pourrait bien être les faiblesses de l'individu? Alors le manuel n'aura plus rien à envier à la conversation, s'il lui est donné d'imprimer une étiquette à faux, sur la vertu ou sur le vice, en un mot de donner, au cancan et au potin, l'importance d'un matricule.
Quoi qu'il en soit, nous n^en sommes aujourd'hui qu'au Qui êtes-vous ? lequel procède encore avec courtoisie, j'en conviens ; mais il faut bien se l'avouer, sinon sans ménagements, du moins sans ambages. Jugez-en plutôt par cet avis accompagnant une demande de détails précis. N'est-^ce pas, en vérité, un peu comminatoire ?
Nous venons vous prier de nous aider j dans votre intérêt comme dans le nôtre, en facilitant l'établissement exact de la note qui vous concerne.
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et que, en Vahsence (Tune réponse de votre part, nous serions obligés d^établir, avec des renseigne^ ments forcément moins sûrs.
Gomment ne pas s'exécuter, en face de ce petit alinéa qui» sans avoir l'air de rien, avec son toi\ candide, n'est pas sans vous causer un léger frisson en donnant à entendre que, faute de tout dire, vous pourriez bien tout d'un coup vous apparaître, à vous et au monde, revêtu des mêmes insignes qui décorent votre fabricant de roquefort (un légionnaire de haut goût et de bonne odeur) ou faisant partie d*une société savante au même titre que le roi Midas, ou le conseiller Botlom?
Revenons au questionnaire que je vis dernièrement sur la table d un de mes amis, qui s'occupait sinon à le remplir, du moins à le meubler. Gomme il en était au quatrième alinéa, celui des productions^ ce fut avec plaisir que je suivis sa main qui traçait, non sans visible satisfaction personnelle, et d'une écriture fort ornementale, la longue liste des livres aux noms harmonieux, lesquels sont gravés dans beaucoup d'esprits et résonnent dans bien des cœurs. Quand il eut fini et que ce fut le tour des récompenses^ non seulement la satisfaction de mon ami ne parut pas diminuer, mais plutôt s'accroître, à laisser en blanc (comme à vrai dire c'était son devoir) Pespace qui leur était destiné. Il en fut de même aux quatre autres passages étiquetés : Décorations. Principaux titres universitaires j littéraires, scien* tifiqueSj artistiques, etc. Fonctions, dignités pri-*
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vées et publiques, exercées précédemment. Sociétés littéraires j artistiques^ financières.
Ayant, dis-je, forcément laissé tout à fait intact, le papier réservé à ces énumérations fastueuses, il écrivit modestement : < homme de lettres » sur la ligne qui commençait ainsi : Titres et situation actuelle.
Or, réfléchissant après tout, que Verlaine et d'Aurevilly n'auraient point agi autrement, je compris, dans une mesure, la satisfaction de mon ami. Je m'imaginai, fort occupés à remplir les alinéas qu'il lui fallait hien laisser vides, tels ou tels de nos contemporains, obligés, en revanche, de laisser en blanc la partie consacrée à l'œuvre. Je crus voir se remplir des actions de grâces de l'avenir et des bénédictions de la postérité, les régions disponibles du papier que j'avais sous les yeux, parmi lequel (au rebours de ce qui avait lieu pour beaucoup), l'œuvre seule tenait de la place, s'en remettant avec confiance au futur, de la dédommager pour la négligence du présent.
Et, précédant ces actions de grâces, une voix s'élevait qui était âpre ; elle clamait ces paroles d'Hello : « L'injustice se paye à d'effroyables intérêts composés. » — Une autre la dominait qui était évangélique et qui murmurait : « Mon ami, montez plus haut I >
Puis, comme pour chasser ce qu'il y avait, tout de même, de mélancolique, dans ces nobles oracles, mon regard s'arrêta sur le dernier paragraphe du questionnaire. Il avait trait aux distrac^ tions. Et je compris qu'il allait devenir impossible
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de risquer un piquet, dans l'ombre, sans que le Docteur Branly en fût infonné ; que l'on allait, enfin, étaler au grand jour le nom de ceux qui, réfractaires au bridge, s'obstinent à Vécarté, cependant que de plus retardataires en sont encore à ne vouloir entendre parler que du traditionnel troumadame.
Revenons aux statues. Gomme je le disais, au début de cet article, on procède, avec elles, ainsi qu'on Ta fait â Pégard de certains vivants. On les fait attendre. Je n'en veux pour preuve que celle de Gautier, laquelle, vraiment, s'attarderait par trop si, empressons-nous de l'ajouter, cela n'était parfaitement indifiérent. Ce n'est pas que je regrette l'effort dont quelques-uns m'ont su gré et qui me fit, en 1896, j'ose le rappeler, contribuer, je puis le dire, de toute mon initiative, à cette forme de justice envers la Grande Marcelline. Mais enfin, cette forme dej ustice-là, les grands morts peuvent s'en passer, tout comme certains vivants se passent de l'autre.
Celle qu'on se prépare à rendre à Madame de Ségur (et c'est là que je voulais en venir) me trouve tout à fait sympathique. Je me préparais à l'écrire, peut-être un peu plus abondamment ; d'autres m^exemptent de ce soin. Et comme ils le font avec élégance, exactitude et alacrité, je me bornerai à quelques réflexions qui, celles-là, je veux Tespérer, me seront personnelles. Je ne parle point de
celle qui est contenue dans le titre que je donne à ces Ugnes. Pour mon compte, ayant décidé d'intituler de la sorte ce que je voulais écrire sur le propos de Madame de Ségur, je ne crus pas devoir faire autrement parce que je n'étais pas seul à penser ainsi. Tous ceux qui s'exerceront sur le sujet penseront^ je crois bien, de même.
Gomment, en effet, ne pas tenir pour une hum« ble préparation au grand défilé de la « Comédie humaine >, cette petite procession de pantins, qui se disloquent, depuis quarante ans, sous Tinamovible couverture rouge et or des livres d'étrennes ? — Ah 1 cette couverture, tendre comme un coupde pistolet, lamode abeauchanger et les belles plumes d'autruche d'autrefois, se voir remplacées par ces vilains petits plumeaux échevelés, sur les chapeaux de femme, la reliure empourprée et dorée se gaufre invariablement sous les intitulés chers à nos jeunes ans. Et au-dessous, PAuberge de FAnge Gardien nous prépare à la Maison du Chat qui pelote, cependant que le général Dourakine nous présente au général de Montriveau,ami de la Duchesse de Langeais, tandis que l'âne mémorialiste nous entraine vers la jument Pénélope, laquelle conduisait Mademoiselle Gormon à sa propriété du Prébaudet.
Gette œuvre de Madame de Ségur, je ne suis pas bien certain qu'elle soit très morale. On y jongle d'assez irrévérencieuse façon avec les perruques des personnes âgées et leurs ridicules. En outre, l'enfance n'est-elle pas d'elle-même assez impres* sionnable, pour qu'on n'y ajoute point en faisant
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défiler devant elle, sous le crayon excessif de Gastelli, de Bertall et de Bayard, un groupe capricant de méchantes dames fouettées, de revéches violoneuses escortées de Polonais bizarres, de roussins philosophes et de vieux grognards slaves qui brandissent des pilons de poulet^ en prédisant M. de Vogtié, et la vogue, d'ailleurs passagère chez nous, du roman russe ?
Mais cela, c*est la façon de penser des barbons que nous sommes devenus, — dans le cœur des-^ quels s'élèvera toujours une voix enfantine et reconnaissante, à regard de celle qui, la première, avec une infatigable complicité et une pernicieuse patience, nous apprit à nous raser les sourcils, à chiper la boite à ouvrage de nos mères, à engloutir la crème de nos fermiers, à jeter les poupées de cire dans les bains de pied bouillants et à nous mettre sous les gouttières, les jours de pluie.
xni
Madame Mondanité et Monsieur Monde
MADAME MONDANITÉ ET MONSIEUR MONDE A la Comtesse de Martel.
Gela ne fait pas de doute^ nous voici arrivés à r&ge où nous allons dire, en soupirant^ les choses qui nous faisaient sourire quand nous les entendions formuler par des gens qui avaient, en ce temps-là, notre âge d'aujourd'hui.
Donc, pareils aux vieux messieurs que nous avions pris l'habitude d'ouïr, quand nous naissions au monde, et que préludait Patti, ou Nilsonn, évoquer les ombres de la Pasta, de la Grisi et de la Frezzolini, nous allons nous mettre à affirmer que tout était mieui( de notre temps. Et, pour commencer, je me dépêche d'ajouter que nous n'aurons pas tort.
Il serait long d'énumérer tous les points sur lesquels cette préférence s*exaltera, en se diversifiant. Je veux seulement, aujourd'hui, en noter et classifier quelques-uns, sous les deux aspects désignés par le titre de cet essai. J'entends : la manière d'être des Salons et celle de la Rue.
En ce qui concerne cette dernière, je lisais récemment un enchanteur article de M. Lavedan,
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sur le propos des Champs-Elysées. Non pas la prairie d'asphodèle où se rencontrent les vertueux défunts ; mais Tavenue de marronniers où les Parisiens respirent désormais l'odeur du pétrole, en risquant^ à chaque tour de roue^ de rejoindre les héros d'Homère.
Après nous avoir, je le répète, de la plus séduisante façon, recloué à sa place, chacun des agréments de la vieille promenade, et constaté que cet attrait n'y fait pas défaut, l'auteur do l'article néglige d'ajouter, qu'on n'en va pas moins le rencontrer lui-même plus rarement, dans ce lieu qu'il décrit avec tant de prédilection, et dont le prestige en décroîtra, car c'est sinon, heureusement, en guise d'adieu, en tout cas sous forme d'au revoir, que leur apologiste adresse aux Champs- Elysées ce salut de la main.
Oui, je me le suis laissé dire, et le bruit en court, M. Lavedan va quitter Paris, sinon tout à fait, du moins longuement ; enfin n'y résidera plus, se contentera d'y conserver un pied-à-terre ; mais, tout comme, depuis longtemps, M. Pierre Loti, installera ses lares sur un point provincial de notre sol, et non moins que M. Paul Adam, à qui l'on prête une intention semblable.
Si je cite ces notables exemples d'une manifestation inattendue et nouvelle, c'est qu'ils sont de ceux qui créent une question, et, dans le même temps la résolvent.
Les jours prévus par M. Maurice Barrés semblent venus, la décentralisation commence.
Cherchons-en les causes, ou plutôt la cause, car
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il 7 en a une qui domine les autres. Cette cause^ c'est VAuto.
J'écrivais naguère que les progrès ont pour effet (d'ailleurs bienvenus) de nous restituer parfois des vieilles choses regrettées. C'est ainsi que l'auto nous avait déjà rendu cet espoir délicieusement décrit par Vigny, cet « espoir d'arriver tard dans un sauvage lieu », et dont la locomotive nous avait privés depuis tant d'années.
Or, une autre chose, tombée en désuétude, que l'auto est en train de nous rendre, c'est le château, et la vie de château, sous une forme renouvelée. Et cette forme, ce sera la vie au château^ où désormais on passera son année, dégoûté par les encombrements citadins meurtriers et délétères.
Et cela n'est que justice, cette nouvelle manifestation de la loi de Malchus, appliquée à la locomotion. Ce n'est pas en effet : « Qui se servira de Tauto, périra par l'auto » qu'il faut écrire. Pour être parfois douloureusement exact, cet aphorisme, grâce à Dieu, n'est qu'occasionnel. Non, ce qu'il faut dire c'est ceci : « Qui sera chassé par l'auto, reviendra par l'auto. » Voilà le vrai. Toute une nouvelle forme d'existence est contenue dans cet axiome dont la preuve commence à s'effectuer. Le fait m'est affirmé. Des châtelains qui avaient vendu leur terre pour habiter Paris, cherchent à la racheter ; et quand ils n'y parviennent pas, en acquièrent une autre. Le voisinage d'une ville plus ou moins importante facilite les achats^ permet les distractions, et la tyrannie de Paris, je ne dis pas cesse, mais se détend^
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par rapport aux Français, à mesure qu'elle devient plus universelle.
Sem m'écrivait récemment, dans une jolie lettre d'Angleterre :« Londres, à côté de Paris, c'est un chapeau haut de forme à côté d'un chapeau de Reboux. > Soit dit en passant (nous y reviendrons), un compliment moins beau quïl n'en a Pair. C'est exact ; mais il faut tout de même en rabattre. Paris a perdu de son charme, il n'y a pas à se le dissimuler. Cela tient à cinq raisons principales que nous allons détailler.
La première de ces raisons est l'encombrement des voies. Sur de certains points de la ville, cet encombrement va jusqu'à donner un démenti à une vérité mathématique. La ligne droite n*y apparaît plus comme le plus court chemin cTun point à un autre. Notamment aux abords des Magasins du Printemps ou de la rue du Quatre- Septembre, les stations forcées sont devenues si longues qu'il faut parfois rebrousser chemin pour aller plus vite; et quand le préposé aux accidents se décide à relever son bâton, l'on est déjà loin.
Comme sur d'autres points, ceux-là sociaux, la rencontre de deux civilisations, l'une montante, Tautre descendante, ne va pas sans encombres, ni sans entraves. Il est probable que naîtront (c'est sans doute déjà fait) de nouvelles cités, appropriées aux modes nouveaux de locomotion. Mais, dans ce qui nous reste de notre vieux Paris
modifié, la rencontre de ce qui survit des chevaux, avec ce qui survient de Tautomobile, avec les omnibus et les autobus, les trams et les camions, les fiacres et les grosses dames, fait, de nos coins de rues, un nœud gordien d'élans arrêtés et d'efforts suspendus que, non seulement ne saurait trancher le sceptre au ripolin de nos gardiens pacifiques, mais en présence duquel expirerait le pouvoir de l'épée même d'Alexandre.
Soit dit en passant, c'est, depuis longtemps, un de mes étonnements, qu'entre tant de prétentions au perfectionnement, il ne soit encore venu à l'esprit de personne d'en réaliser un qui s'impose entre tous. Je veux dire : un service des villes, par les régions inférieures, et grâce à des souterrains qui permettraient de ne laisser circuler, sur les voies visibles, que des véhicules de luxe et d'agrément, tandis que la charrette ou le tombereau, le déménagement ou le blanchissage, pour ne parler que de ceux-là, devraient aborder les édifices par en-dessous, et accomplir silencieusement, ou du moins dans un tapage exilé, leurs utiles fonctions, leurs nécessaires offices.
Dans sa Machine à mesurer le temps, Wells envisage cette question, et, du même coup, démontre ce qui pourrait être son danger final, si on la poussait à Textrême. Quoi qu'il en soit de ce danger, il ne me parait pas plus redoutable que l'état actuel de nos boulevards.
Au reste, la même observation pourrait être faite, en ce qui concerne les corridors des hôtels. Quand eat-ce donc que les voyageurs y pourront
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circuler^ans être exposés à se heurter contre un café-au-lait ou un seau de toilette, parce qu'il y aura des corridors de service, comme il y a depuis longtemps, des escaliers de service ?
Pour la rue, il est peu probable qu'elle demande, chez nous, à quelque transposition de Velevated américain, le dégorgement qui s'impose. Je ne le regrette pas. Nous avons droit à un soulagement plus catégorique. Je veux croire qu'il viendra de la Cité aérienne, enfin créée, par la direction des aérostats qui desserviront entre elles des maisons de taffetas et des édifices de toile gommée.
Ayant ainsi parlé de l'encombrement de la rue, je veux examiner celui des salons; mais non sans avoir encore noté quelques-uns des points qui nuisent à l'agrément du dehors. Au reste, j'entends dire que l'édilité s'est enfin aperçue de l'urgence de Tun d'eux : je veux parler de la plaie, de la pluie des petits papiers qui, pour la plupart, sans doute, s'étant envolés de la main des distributeurs de prospectus, se sont ensuite, plus nombreux que les sauterelles d'Egypte, abattus sur le sol, et là, piétines par les passants, ou délavés de pluie et maculés de boue, infligent à des coins de la Ville-Lumière, jadis lumineux, l'aspect des pelouses, un lendemain de fête civique. On m'affirme que des bottes vont être votées, et destinées à recevoir, des mains du promeneur soucieux du décor de la cité, les déplorables
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imprimés qui la polluent. Je le souhaite, non sans me demander s'il ne serait pas plus simple d'interdire la distribution des prospectus, dont il semble avéré que jamais, sur la foi d'aucun d'eux, personne se soit dirigé vers l'endroit qu'ils préconisaient.
Or, avouons-le, si cet endroit était le Bois de Boulogne, ou quelqu'un des lieux de divertissements qui s'y rencontrent, ne serait-on pas en droit de déplorer que les circonstances hygiéniques et les conditions atmosphériques de fraîcheur, d'agrément, et de salubrité qui nous y attiraient, se voient atténuées, sinon anéanties par l'odeur du pétrole, qui l'emporte sur celle des acacias, comme le danger de l'écrasement l'emporte sur l'avantage de l'exercice ?
Maintenant, quand je citais tout à l'heure le propos de Sem, comparant (sous couleur d'en écrire réloge) Paris, à un chapeau de Reboux, je faisais ime restriction, et cette restriction, c'était tout bonnement que les chapeaux de femmes sont devenus si affreux, qu'ils ne se contentent pas seulement d'enlaidir les jolis visages qu'ils ont mission d'embeUir, mais gâtent aussi les paysages.
Baudelaire l'a écrit, il y a longtemps : si l'on condamnait les femmes à porter, pour leur peine, les atours qu'elles mettent, pour leur plaisir, elles seraient inconsolables. Jamais la réflexion n'a paru plus juste.
Ce dernier sinistre de la mode date de l'hiver dernier. J'avais lu, dès lors, dans un compte rendu de mariage, et l'une de ces singulières
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phraséologies du chiffon auxquelles eette cérémonie donne habituellement lien, la description d'un couvre-chef, qui, déjà, m'avait inquiété. « Capote disparaissant sous les paradis,.. » ainsi s'exprimait la prière d'insérer de la chapelière. Depuis, les paradis ont fait place aux volubilis^ et la capote continue de disparaître. Ce n'est pas que j'y voie un inconvénient, autre que celui de contribuer à l'incohérente rédaction de ces abat-jour botaniques et monumentaux qu'on nous donne aigourd'hui pour des coiffures.
Une des infortunées qui acceptent, sans assez de réflexion, de concourir à ces gageures de modistes, et de les propager, ayant eu la sagesse, ou l'imprudence de me consulter sur la tarte-auxfleurs dont elle s'était surmontée, je crus devoir lui répondre ainsi : « Prenez la plus petite des clochettes qui vous recouvrent, et retournez-la sur votre tète. Elle lui composera un parasol suffisant. Et jetez tout le reste par la fenêtre. Ça vous fera un massif par-dessus le marché ; à moins que le buisson n'étouffe le promeneur qui passait par là, dans le moment. »
Il serait trop long d'insister sur ce chapitre. Feuilletez seulement, le jour qu*il vous offre avoir un « concours de chapeaux », un de ces magazines qu'empêche de dormir la vogue de Femina.
Vous n'en croirez pas vos yeux de la laideur, à la fois médiocre et folle, de ce qu'il vous offre à admirer. Car ce n'est pas même malin. Pas trace d'une recherche, qui pourrait être manquée,mais, du moins, présenter une om'bre d'effort. Non, des
tobs en paille, renversés, et sur lesquels on a fixé des plomeaox. On dirait de ces fragments de costumes rudimentaires que se fabriquent les enfants pour jouer des charades à la campagne, en pillant pêle-mêle la garde-robe de leurs mamans et l'armoire aux balais.
Vous vous souvenez de ces trois poissons de rÉvangile, avec lesquels le Seigneur, en les multipliant, avait donné à manger à toute une foule. Il semble qu'on en ait agi de même à Tégard des aigrettes de la Comtesse d'Haussonville et de la Comtesse de Ludre, et que ces deux accessoires bien connus, de la mondanité parisienne^ aient fait des petits (devenus grands) sur tout ce que nous avions^ de crin et de paille d'Italie. U n'en résulte pas moins qu'un bel élément de toilette, longtemps destiné à l'ornement de la tête, a, désormais, moins Tair de sortir de la chapellerie Virot que de la brosserie Rony ; et que les magnifiques plumes d'autruches qui en constituaient le plus important décor, ont fait place à des chasse-mouches^ lesquels ressemblent à ce qui reste, dans un fourré, du carnage d'un oison par un émouchet.
Je soupçonne nos dames, momentanément égarées par une orientation mal dirigée de l'élégance, de ne pas ouvrir l'œil avec assez de clairvoyance, sur le subterfuge de leurs fournisseurs qui, peutêtre sans modifier le total de Taddition, remplacent les coûteuses et belles garnitures auxquelles la dépense donnait droit, par des fac-similé sans valeur comme sans beauté.
Quant à la vogue qui leur en tient lieu, elle
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n'est pas saas participer de Tescamotage. C'est ainsi qu'un bijoutier malin avait, il y a quelques années, inventé de monter le vide. Je n'exagère pas. Cet homme vendait la sertissure d'une épingle de cravate ou d'une broche. L'espace, naguère occupé par une belle pierre, restait inoccupé, tout en se cotant, bien entendu, aussi cher que s'il avait été saphir ou rubis, émeraude ou turquoise. Il y a encore de belles heures pour la bijouterie. Pour la chapellerie aussi, nous venons de le prouver, ou du moins, de nous y essayer. On distribue des prix, à l'issue de ces concours de chapeaux ; m'est avis que la récompense la mieux méritée par ces abat-jour et ces rabat-joie, serait d'en faire un feu de la Saint-Jean, qui dédommagerait amplement d'une odeur de plume brûlée, par le plaisir de revoir, débarrassés de ces enlaidissants galurins, des minois qui, souvent, méritent mieux.
Pour en finir avec ce sujet, un de ceux qui, d'ailleurs, selon l'expression de Goethe, « méritepit l'étude, si Ton sait bien le démêler >, disons que la principale condamnation du chapeau féminin, tel que, non content d'avoir jusqu'à ce jour, gâté les spectacles,il va maintenant jusqu'à déshonorer les temples et empoisonner les déjeuners en ville, c'est qu'il ne témoigne aucun désir de traiter exceptionnellement la tête qui le porte^Fai-
ies jouer aux quatre coins, sur leurs quatre fronts, les chapeaux de quatre dames. Celle qui était coiffée de violet vous apparaîtra coiffée de vert, et réciproquement, sans que le résultat en soit, pour vous, plus ou moins agréable; pas plus que, pour Tune ou l'autre, plus ou moins seyant, et que le crâne de ces victimes du choix rapide et du conseil peu éclairé, comme peu désintéressé, ait joué un autre rôle que celui d'un « champignon » de modiste.
Rien ne saurait davantage prouver Pexactitude de ces dires légèrement profonds, que l'apparition d'une élégante véritablement digne de ce nom, de plus en plus rarement mérité.
Cette apparition, il me fut encore donné de Tadmirer, Tautte jour, que je remontais par hasard, l'Avenue du Bois, dont m'éloigne d'ordinaire, non moins sa déchéance par l'auto, que son bariolage et son discrédit par la Mode. Tout d'un coup, je la crus désenchantée, en même temps qu elle me reparut enchantée, quand je vis passer près de moi, d'une allure noble, un attelage de prix, traînant, sous la conduite d'une livrée soignée, une calèche, cette conque si savamment construite pour mettre en valeur la beauté. Une femme en deuil y était assise, dont le noir discrètement orné éclipsait, autour d'elle, les toilettes criardes. Elle portait un chapeau seyant et mesuré^ sur lequel un bouquet de plumes proportionnées donnait une exquise et forte leçonàl'empanachement d'alentour.
Cette Dame, — pourquoi ne pas le dire, puis-
que c'est rendre un hommage dû, à celle qui ne se lasse pas de donner à notre temps, des leçons d'élégance, d'ailleurs inentendues ? — cette Dame (qui ne Taurait reconnue, à la description que j'en viens de faire, de ceux que réjouit, uni à bien d'autres mérites, le spectacle de l'art du vêtement?) c'était la Marquise de Jaucourt.
J'ai encore vu, mais il y a bien longtemps, d'assez jolis petits chapeaux sur la tête de Mademoiselle Bartet, à des réceptions académiques. Madame de Bonnières, aussi, en porta, peut-être même en inventa d'agréables. Mademoiselle Sorel, enfin, en coiflFa de réussis ; mais, cela, plus récemment, tout récemment, ce matin.
« Son sourire semblait d'un monstre»,, elle tombal » Lucie. (Musset travesti.)
Après avoir étudié quelques-uns des aspects actuels de nos rues, examinons ceux de nos salons.
Si nous avons rangé les premiers sous le titre de Monsieur ilfonrfe, cette rubrique de notre invention n'était que pour s'assortir à celle de Madame Mondanité, que nous voulons décerner à nos croquis d'intérieur, celle-là, empruntée à la descrip-
tion d'un monument, duquel cette inquiétante appellation désigne, depuis longtemps, une des figures symboliques.
Cette Madame Mondanité est une des statues de la Cathédrale de Bâle. Elle nous présente, en son aspect immodeste et ricanier, maniéré et grimaçant, une allégorie de ce superficiel état de vie qui prétend se substituer à THumanité, dont elle ne nous offre que la singerie. Au reste, Teffigie du Diable, en costume royal, qui minaude sur une des parois du même temple, pourra fort bien nous fournir, en guise de pendant à celui de sa compagne, un allégorique portrait de Monsieur Monde.
Mais si le cœur de la Mondanité en hennin peut bien ne pas différer sensiblement du cœur de la Mondanité en casquette de chauffeuse, les dehors de la Dame nous apparaissent assez différents de ceux qu'elle présentait aux constructeurs de cathédrales, pour que nous apportions quelques retouches à Timage qu'ils nous en ont léguée.
Un jour que je méditais, au sujet de ces choses, je vis se dresser devant moi un Être plus singulier que Y Ange du Bizarre d'Edgar Pôe. Fort élevé, quant à la stature, non moins ample, pour la corpulence, il eût été difficile de préciser son sexe ; bien qu'il portât des atours féminins : on aurait dit un gros homme qui se serait habillé en dame, pour faire rire. Il était vêtu d'une robe lâche, d'un boa, pour la confection duquel il semblait qu'on eût plumé un troupeau de dindons, et
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coiffé d'un diadème assez pareil à celui d'un roi de jeu de cartes.
Mais pas le roi de carreau, le roi du Carreau.
L'Etre comptait sur ses doigts le nombre de repas qu'il avait pris avec des princes ; et^ tout en faisant des mines de petite fille^ parlait d'un accent dans lequel il y avait du yankee et du petitnègre, du zézaiement et du coq-à->ràne.
Comme je l'examinais, avec une envie de m'égayer, dans laquelle il entrait de la terreur, j'entendis soudain une voix qui disait :
€ Tu as devant toi, la Mondanité, telle que
< notre temps l'a faite. Tu peux, à ton gré, l'ap-
< peler Madame Tour ou Madame Four. Ces deux « noms lui conviennent également : le premier
< signifiant qu'elle cherche à s'élever, le second « qu'elle rencontre des obstacles. Elle a la grande deur de Madame Legrand^ la distinction de « Madame Moore, le son de la Marquise de Saint- « Paul. Elle est bornée au nord, par Madame « Bénardaky, au sud, par Madame Porgès, à l'est, « par Mademoiselle Singer, à l'ouest par Rosa « Malheur.
« Et, au centre, il y a, d'ordinaire, un Roi en « exil ou une Altesse de passage, qu'on se dispute
< à déjeuner ou à dîner, rarement d'ailleurs, pour « Lui ou pour Elle ; mais pour le mondain échoàix
< lendemain, qui sert à Paris gouailleur bienqu'a- « vantageux^ à l'Europe attentive et à la Province € édifiée^ une aile de Grand-Duc ou une patte de
< Prince Héritier, accommodées à la savoureuse « sauce Ferrari.
HADAME MONDANITi ET MONSIEUR MONDE 173
< Elle t'invite. Madame Tour, tu crois te dirî- « ger vers un palais; on te reçoit dans un entre- « sol, où la harpe de Louis XVI est remplacée par
< un piano DQLécanique,et la statuette de Glodîon,
< par un nègre automate. Cependant la Dame fait
< la loi aux Rois, comme le Dieu de Bossuet; et
< c'est ainsi qu'on pourrait transposer, pour elle, « deux célèbres vers :
Elle offre la pâture aux Grands de noire Terre Et sa bonté s'étend sur le Roi d'Angleterre.
€ C'est sans doute pour cela qu'un artiste, « récemment descendu dans votre ville, s'écriait € avec une admiration mêlée d'effroi : « Mais qu'est- « ce donc, qu'est-ce que cela peut bien être que € Madame Tour? Depuis mon arrivée ici, on ne
< me parle que d'EUe. Hors Madame Four, pas de « salut, pas d'épaté, pas de galette I Qu'est-ce € donc, qu'est-ce que cela peut bien être que
< Madame Four?..
< Est-ce le vrai Dieu, est-ce le Bon Diable ; un « symbole, une institution, un prête-nom ou une € raison sociale ; est-ce le Grand Lama, le Grand « Mogol ou le Grand Manitou ; est-ce le divin Cré-
< pitus, l'Impératrice du Congo, le Pape des fous, « ou la Reine des blanchisseuses? »
€ Ainsi parla le chanteur au nom incongru, qui « voulait percer à Paris.
« C'est tout cela, et rien de tout cela, — au- € rait-on pu lui répondre — . C'est l'ogresse aux
174 ASSEllBlie DE NOTABLES
€ dents séparées qui a dévoré ce que vous aimiez, « Tintimité discrète, la conversation brillante, les
< nobles assemblées, où le décor somptueux s'al-
< liait au spectacle d'art, la fête des yeux, à celle
< de Tesprit. — Tout cela, elle l'a remplacé par le € Cake-Walk et le Bridge 1
€ Oui, je le sais, vous prétendez encore offrir
< ce que les comptes rendus appellent un « thé
< littéraire ». — Et, en passant, pouvez-vous me
< dire ce que cette expression signifie ? — Pour-
< quoi pas un chocolat pensant ou un café méta- € physique? — On sait ce que c'est que le thé € Chambard, mais le thé littéraire/ — Qu'est-ce « qui distingue le thé littéraire, de celui qui ne € l'est pas? — Est-ce, que le premier voit se détaxe cher sur sa bouilloire. M"* Vacaresco, chapeau- € tée d 'hortensias, bombant sous son noir et débite tant, au nez de la Comtesse Recopé, stupéfaite, « une ballade roumaine, ou des vers enflammés, € dans le goût de ceci :
Nous nous sommes aimés dans la Campagne Étrusque?..
« Mais revenons à Madame Tour.
€ C'est encore la Maman Vauquer d'une Pension
< de Famille, dont l'écot se paye avec un titre. « Seulement, sa clientèle, eUe a failli la perdre, € une fois, et pour toujours ; car elle danse sur la « corde raide, la pauvre Madame Four! Oui, pau- « vre ; car si elle est à blâmer, elle est aussi à « plaindre, avec cette lourdeur, qui veut jouer la « légère et, malgré l'indulgence dont on lui a fait
€ preuve, l'expose à risquer un faux pas et une
< culbute, dont seraient les premiers à rire, ceux « qu'elle ose tenir pour des amis, mais qui ne € sont que les abonnés de son casino, en même « temps que les lions de sa cage. Et ces lions « pourraient bien la dévorer, quelque soir qu'elle
< aura cessé de plaire à leur négligence amusée
< et à leur condescendance distraite.
« Un jour que la nature de la Dame (qui est
< violente) avait repris le dessus, et laissé repa-
< rattre les dessous d'une éloquence verbeuse, « mais assez mal embouchée, et devant un audi*
< toire sélect j un assistant apitoyé s'approcha de € Celle qui allait anéantir, en un instant, le fruit
< de tant d'eflforts ; et, d'une voix, à la fois impé- « rieuse et douce, en tout cas, persuasive, cer-
< tainement, la rappela, par un mot, à Perdre, à € la décence, à l'instinct de conservation : « Je € crois de mon devoir de vous avertir. Madame, € lui souffla-t-il, que si vous laissez échapper € une syllable de plus, il faut renoncer aux « Duchesses/ »
€ Ce quos ego eut un effet immédiat. Madame € Four cessa de parler. Et, depuis, Madame Tour € continue de monter. Elle a écrasé le Monde, € elle menace le Ciel. »
Sur ces paroles, la voix se tut. Et^ son écho, tristement, se prolongea dans mon cœur; et, curieusement, je considérais celle dont venaient de m'être commentés les entreprises et les consommations, les faiblesses et les crimes, lorsque tout d'un coup, il se passa une chose extraordinaire:
176 ASSBMBliE DB NOTABLES
Madame Tour... tomba I
Que dis-je, tomba? s'effondra, s'abattit, devant moi, sourdement, lourdement^ comme un pachyderme drapé de mousseline de soie.
Et, encore, ce n'est pas exactement m'exprimer ; disons que, llnstant d'avant, elle s'érigeait^ insolente et massive, occupant, encombrant l'espace^ masquant la vue des tableaux et des horizons; l'instant d'après, elle n'était plusl Elle n'était plus même < le foin aride et sans figure » dont l'Écriture décrit et déplore l'affaissement, avec poésie. Non, elle n'était plus rien, qu'un probiscidien gémissant, et donnant à s'écrouler, en même temps qu'à s'envoler, devant nous, la mort subite d'un éléphant en baudruche.
Et, auprès d'elle, une dame du meilleur monde, celle-là, se contentait de s'écrier, sans conviction, d'un air à la fois compatissant et amusé, et d'ail* leurs sans oflfre d'appui : « Oh 1 Madame Four, Madame Four! » et, bien plutôt comme pour reprocher une incongruité, que pour assister un malheur.
Au reste, dans le cas où une piqûre d'épingle, n'aurait pas suffi pour dégonfler cette apparence, il eût fallu des treuils et des cabestans, qui ne se trouvaient pas à la portée de l'aimable assistante.
Madame Tour s'était-elle embarrassé, dans le coin d'une carpette, ce pied dont elle croyait dominer si solidement Madame Mondanité et Monsieur Monde ? — Ou ces deux derniers, dont la
bienveillance éphémère n^est jamais complètement acquise, avaient-ils, d'un tremblement de parquet^ fait justice de Celle qui avait pris, son volume, pour de rimportance, sa marotte, pour un sceptre, le d'Hozier, pour un livre ouvert, et le chapeau de Robert Houdin, pour une couronne fermée?
Et je songe à tout cela, dans le soir tombant, sur le balcon de ma maison rêveuse, en écoutant les paons du Jardin d^ Acclimatation appeler désespérément, par son petit nom, le pianiste Delàfosse, d*uncri, à la fois strident et nasillard...
Du Snobisme
DE QUELQUES-UTYES d'oTRE SES CAUSES, AVEC CERTAINS DE SES EFFETS
Il y a, de cela, des années, un vieux pilier du Second Empire (c'était une dame) déjeunait chez lui (ou, si vous préférez, chez elle), au bord de la Riviera^ dans une villa somptueuse. Il — ou elle — avait fait sa promenade du matin, et en rentrait tout édifié, — ou tout édifiée. II y avait de quoi. La dame (ou, si vous préférez^ le pilier) avait visité le yacht d'une Altesse, et ne tarissait pas sur la majestueuse élégance de l'embarcation lissée, polie, policée, poncée* — Les convives écoutaient pieusement, assaisonnant leurs huîtres du souvenir des citrons qu'on leur décrivait, et qui assuraient, chaque matin, au noble navire, l'immaculée netteté de son deck.
Un silence respectueux suivit le récit ; un de ces silences dont Shelley a écrit qu'ils remplissent la pause obscure.
Tout à coup, une voix s'éleva, pareille à la < note bizarre » dont parle Baudelaire, et qui se détachait d'autant plus nettement sur ce silence, qu'il était lui-même plus religieux. Cette voix
disait : « Moi aussi, fai visité un yacht qui était très beau : il s^appelait Snobismo. »
Un écrivain réputé, qui était présent, m'a conté la chose que, j'espère pour lui, il admirait, mais non sans une sorte de terreur ; au souvenir du scandale provoqué par Tinterpellation, scandale d'autant plus inouï qu'il resta muet, mais qui dure encore !
Ce sont quelques-unes des cabines du yacht dénommé par cette vaillante voix, que je veux visiter aujourd'hui.
Aussi bien le vocable est-il de ceux que la littérature a lancés dans le langage, lequel en use, la plupart du temps, sans grand souci des nuances.
Peu de Français ont lu l'ouvrage de Thackeray, d'où le terme a jailli. Ce n'est pas le lieu de spécifier toutes les interprétations que son inventeur lui attribue. Je me contenterai, après en avoir nettement précisé la formule, au sens qu'on donne chez nous, à ce mot et à cette chose, d'établir qu'il existe un vrai Snobisme et un faux Snobisme, un bon et un mauvais, comme de tout ce qui règne sous le soleil.
Quelqu'un me disait, un jour : « Il faudrait manquer d'esprit pour ne pas être snob. > — Celui-là parlait évidemment du bon Snobisme, j'entends du Snobisme appliqué aux fréquentations intellectuelles ; et, par suite, il avait raison. Précisons.
DU SNOBISMB 183
Le Snobisme, tel qu'on l'entend chez nous, pour-* rait se définir ainsi : le faiij et le goût de se sen^ tir amplifié par des accointances supérieures.
Ce sera donc uniquement du sens que chacun donnera, pour son compte, à ce titre de supérieur, que dépendra la qualité du Snobisme qu'il prati* que.
Autant dire, cela va de soi, que le Snobisme, visant les supériorités sociales, sera le petit ; tandis qae celui qui visera les supériorités morales, sera l'autre, le valable.
Autrefois (je ne parle même pas de très longtemps) il existait des catégories mondaines. Ce qu'on appelait alors l'Aristocratie (les morceaux en sont quelquefois bons) constituait un de ces groupements, pour beaucoup, le plus considérable. — Il avait, pour terrain, des salons élus auxquels on a, depuis, donné du sélect, quand ils ont cessé d'exister... il y a des mots qui tuent 1 A quoi donc attribuer la rupture de ces champs clos ? — Peutêtre, tout simplement, au désir d'y avoir accès, dont brûlèrent des gens qui en représentaient la négation, et qui, à force d'insistance, y ont réussi, entraînant, à leur suite, la ruine de l'endroit, comme, pour les murailles de Jéricho, l'entrée des trompettes.
Au reste, qu'on ne s'imagine pas que je déplore cette chose, je la constate ; et qu'on ne suppose pas davantage que je mette une mésestime, dans ce que j'écris de ces trompettes de chambre, qui peut-être (c'est à eux de le prouver) valaient mieux que ce qu'ils détruisaient. — Je dis que leur avè-
1S4 ASSBMBliE DE NOtABLBS
nement le détruisait ; et cela, je le pense ; mais sans ajouter que ce soit un malheur.
Seulement, si ceux gui ont aboli ces salons-là> par le simple fait d'y pénétrer, s'imaginent qu'ils s'y sont introduits, on voit qu'ils se trompent. C'est, au contraire, les salons qui se sont écroulés à leur approche. — Tout au plus, ces nouveaux venus ont-ils visité les locaux, et franchi le mur derrière lequel il se passa quelque chose. Mais se croire du groupe qui jadis régnait là, leur est aussi interdit^ qu'aux pillards du Palais d'été, se prétendre engagés par FEmpereur de la Chine.
Ce qu'il reste, de ces salons envahis, n'est plus même nominatif, et n'a plus de sens que pour ceux qui tiennent absolument à leur en donner. Ceux-là, ce sont uniquement ceux qui ne veulent pas avoir perdu le prix de leur conquête. Us refont, non sous d'autres formes, mais avec un autre aspect, ce qu'ils ont vu faire à ceux qui ont du moins su leur donner le désir de les imiter.
Notez que je ne parle pas seulement des salons aristocratiques, mais aussi des salons bonapartistes qui leur avaient succédé. Je connais une dame qui se croit élégante parce que, traitant de M. Primoli, elle l'appelle G^5^^(sans que, d'ailleurs, j'aie jamais pu comprendre pourquoi). — Cette dame, elle me fait penser à ce vieillard des bords de rOrénoque dont nous entretient Michelet, et qui usait d'un idiome démodé que, seul, entendait un kakatoès qui lui tenait compagnie. Et ce vieillard formula : « Quand cet oiseau et moi, nous
serons morts, il n'y aura plus personne pour parler cette langue. »
Suivez un peu les Echos, dits mondains. Au < Carnet Funéràibe », quand vous lisiez, il n'y a pas encore bien longtemps, à propos d'une mort, le nom des familles qu'elle mettait en deuil, ce n'était guère que pour annoncer, au Gotha Européen, que les La Rochefoucauld, les La Trémoille ou les Mortemart, avaient perdu Pun des leurs. Aujourd'hui vous lisez fort bien, d'un décès, qu'il met en deuil les familles Triplepatte ou Lamberciep, et ce n'est que justice. Pourquoi, en efifet, cette inégalité, devant la Mort, de groupes évidemment aussi anciens, si ce n'est aussi connus ?
Pour les réceptions, il en va de même. C'est journellement que M"*' Chauvet et Lingot annoncent au monde attentif qu'elles ne reprendront leur « jour > qu'à telle date de tel mois, ce qui, à vrai dire, ne représente pas une maladroite façon de nous assurer qu'elles reçoivent (oh! dans quels salons de poupée I) — Autrefois, ce mot de récep^ tion comportait un local. De nos jours, on s'en tire dans une chambrette. Même on y donne, à ce que je vois, des thés priés dont la formule me semble étrange; pourquoi pas des cafés implorés et des cacaos suppliés ?... Ça viendra peut-être.
J'ai connu des intérieurs de haute aristocratie intellectuelle, où l'on recevait en veston, dans la fumée du tabac et la mousse des bocks. Il s'y disait de belles choses. Ces intérieurs ont changé, sans gagner au change, en devenant Louis-Seize. On y rencontre des marquises, qui sont des cru-
186 ASSEMBlis DB NOTABLES
ches, auxquelles je préférais de beaucoup les pi-^ chets de Gruber.
Ce qui survit, des chevaux, rencontre ce qui se développe, des autos, par les voies encombrées; et le Gouvernement qui opprime un culte, affirme que ce n*est, en aucune façon, pour le persécuter, mais pour permettre aux autres religions de se montrer au pair.
Des dames, qui font des vers de mirliton, pour papillottes ou noix dorées, se voient exalter au même titre que des Muses àTinspiration véritable.
Un «donneur de sérénades » fait entendre quelques glouglous chez un chameau, flanqué de quatre veaux, d'autant de chats, de castors et de lapins, dans un vieux chenil. Le compte-rendu y va de la superlative élégance, du miraculeux enchantement et de V immensité triomphale !
Ça, c'est le Géraudelisme de la musique.
La Province, qui ne sait pas que les duchesses sont en toc et que le buffet vient de chez Potin, se fendra peut-être d'un billet, en souvenir des gros noms et des petits fours, quand le « longuement ovationné » ira essayer Tacoustique de La Chapelle-aux-Pots ou de Petton ville, sans oublier, à l'Etranger, les élégantes capitales de Chillon,de Boom et de Pina.
La caractéristique de notre époque, c'est le mélange. Elle ne s'en cache pas et, sans doute, a, pour cela, ses raisons, dont la meilleure serait un résultat homogène oi)tenu à la suite de toutes ces mixtures et de ces miscellanées. Notre génération ne le verra point. Il faut donc lui être in-
dolgente quand elle s'attriste un peu de vivre dans le méli-mélo,mème s'il en doit germer quelque chose.
C'est ce que n*a pas fait, selon nous, assez ressortir notre jeune ami, Albert Flament,dans l'article qu'il écrivait, l'autre matin, pour justifier son temps. Car, ayant abordé la question sous l'angle de l'ironie, il ne s'aperçut pas que luimême allait contre son raisonnement. Il voulait dire (il avait raison) qu'il ne faut pas désespérer d'une ère, quelle qu'elle soit, qui produit de véritables artistes et de vraies œuvres d'art. Seulement, ayant cité des noms à l'appui de son dire, il mêla le faux et le vrai, le commun et le rare, le médiocre et le pire... et sa démonstration s'en trouva infirmée. Ce qui ne serait pas arrivé si, maintenant les noms qu'il avait bien fait de choisir^ il eût mis, à la place des autres, par exemple, ceux de Besnard,de Lobre et de Boldini^de Rodin et de Troubetzkoy.
Ce qui demeure touchant, au milieu de tout cela^ (touchant comme il arrive souvent au comique), c'est rinunense petit prestige que paraissent continuer d'avoir, pour certains, le tilre, après tout romainement achetable, et la particule universellement accessible.
En voici un curieux exemple : je sais des intérieurs fondés depuis quarante ans, et dont les maîtres, au cours des trente-cinq premières années, ont su, ont dû se contenter de relations bourgeoises, d'ailleurs excellentes, leurs pairs, leurs amis, desquels ils n'ont pu, pendant sept lustres, ne
188 ASSBMBLBB DE NOTABLES
pas apprécier des ascendants à leur décHn, en même temps que saluer une jeunesse à son aurore.
Brusquement ces intérieurs se sont irrigués d'aristocratie, ou de ce qu'ils tiennent pour tel. Les comptes rendus de leurs réceptions ne sont plus que des martingales de titres, des parolis de principautés, que non seulement ils additionnent, mais encore qu'ils récapitulent. On dirait des vocalises de marquisats et de vicomtes, de duchés et de baronnies.
C'est loisible et, d'ailleurs, innocent ; mais ce qui n*est pas exacte c'est de donner tout cela pour de Vintimité, puisque l'intimité, il faut en convenir, ce seraient les connaissances éprouvées de la première période, et non pas les comtesses d'hier ou les margraves de la veille, lesquelles représentent, au contraire, fort nettement, la céré?nonie.
Tout cela c'est une affaire de goût et véritablement iaoffensif. Des ménages parfaitement unis, sur d'autres points, peuvent différer sur celui-ci.
J'en vois deux exemples célèbres;
Et je les vois si bien qu*ils me crèvent les yeux.
Quand M. de Béhague, qui donna son nom à l'un des savoureux et substantiels éléments de nos cartes de restaurant, aperçut une carte de visite sur laquelle sa femme avait fait graver, pour lui, le titre de comte, il riposta plaisamment: « En ce qui vous concerne, faites comme il vous plaira. Madame ; mais, veuillez bien, sur ce point, vous abstenir en ce qui me regarde, si vous ne voulez
pas que je fasse inscrire, sur mes propres bristols, le titre de « marchand de moutons, »
Non est disptitandum.
De même, dans le compte rendu de nos fêtes mondaines, il est rare (si la fête veut se montrer digne de ce nom), que vous ne rencontriez pas le nom de la Comtesse Houssaye. Quant à M. Houssaye, il s'en tient à son titre d'Académicien. C'est encore une affaire de goût.
Quant à ceux et celles qui portent des noms de paysages, ils se contentent de les débiter par tronçons. Ça ne fait de mal à personne.
Qu'importe qu'un Deschamps ou un Dubois se représente à vous, sous l'aspect prévu d'un Des Champs ou d'un Du Bois? L'important, c'est que vous le reconnaissiez, si vous l'avez connu aimable, du temps qu'il se contentait de s'écrire en un mot.
Et, puisque me voici sur ce sujet, j'en profite pour conter une histoire de Deschamps, et une autre de Dubois, toutes deux réjouissantes.
Commençons par Deschamps. Un aimable jeune homme de ce nom (il existe plusieurs aimables jeunes gens de ce nom) s'entend, un jour, demander au téléphone par une dame de ses amies qui est fort' en colère. Elle vient d'apprendre par d'autres, et le lui reproche, le mariage de son interlocuteur. Le célibataire se récrie: il n'a nulle envie de renoncer à cet état ; le fiancé en question n'a aucuns rapports avec lui. Et il ajoute, avec dignité : « Il s'agit de Deschamps quelcon^ ques. >
Passons aux Dubois.
Ceux-ci avaient^ entre autres, pour représentant^ une dame qui se montra plus ingénieuse. Il ne lui suffit pas de scinder en deux lopins, le territoire qui lui servait de nom, elle inventa le tréma en matière de Dubois ; et on eut la surprise -de l'entendre annoncer harmonieusement, lors d un dîner, sous le titre de Du Bois.
Une de ses amies (qui ne la chérissait pas, comme il arrive) s'adressant à elle, au cours du repas, lui dit plaisamment: « Aimez-vous les petits pois ? »
Ce que j'ai nommé le bon Snobisme, celui qu consiste à se sentir amplifié par la fréquentation des êtres de valeur mentale ou morale, c'est de celui-là qu'on peut dire qu'il faudrait être bien sot pour ne pas le ressentir et le pratiquer. Il ne représente, en effet, rien moins qu'une des données de ce Culte des Héros, sur lequel Carlyle se basait pour juger de la dignité, ou de l'indignité de ceux qui l'exercent ou le méprisent.
Le jour où Heine se sentit ému, en présence de Gœthe qu'il voyait pour la première^fois, et jusque-là de ne rien trouver d'autre à lui dire, qu'une réflexion sur le rapport entre les prunes et la soif, il donna une preuve de Snobisme que l'on s'en voudrait de ne pas imiter.
J'en sais une non moins belle, qui m'a été contée par Ferdinand Bac. Je suis heureux de la lui devoir.
AU cours d'une visite que ce délicat artiste fit^ dans sa prime jeunesse^ à je ne sais plus quelle ville d'Allemagne, il prit, un jour, son repas, dans une hôtellerie, en compagnie d'un homme fort âgé, qui venait là depuis de longues années. Us lièrent conversation. Et comme le voyageur s'étonnait de voir son commensal rester fidèle à une table que sa chère ne paraissait point recommander, le vieillard lui répondit :« Vous avez raison, monsieur, ce dont je me nourris est sans saveur; et pourtant, je ne l'échangerais pas contre les mets les plus succulents, parce qa'il me semble toujours le manger, au son de la voix de Rivaroll. .>
Le grand causeur avait jadis firéquenté cette auberge, et oelui qui ne s'était pas lassé de l'entendre en gardait un tel souvenir que la monotonie des aliments s'assaisonnait à jamais pour lui, de cette éloquente mémoire :
Voilà un bel éloge de la conversation.
Madame de Maintenon remplaçait parfois, on le 8ait,unr6timanquant, par une histoire bien contée. Rivarol a fait mieux : l'écho lointain de sa prodigieuse faconde, sans jamais pouvoir redevenir silencieux, et jusque même dans la Mort, a remplacé toute la cuisine, pour un gourmet de l'esprit, un friand de la parole.
Tel est le bon Snobisme. Celui-là, Dieu nous garde d'en être exempts 1
Pour le Snobisme social, c'est autre chose. Je veux dire que, si M"* Moore se sent amplifiée (je ne dis pas grossie) chaque année, le 1* avril, quand le roi d'^^igleterre, qui Ty habitue^ depuis
quelques ans^ daigne accepter le poisson^ en chocolat que cette Américaine de marque lui présente sur la Côte Biarrotte, j'approuve la dame dans la mesure où le souverain est un homme d'esprit.
Cependant, pour mon compte, je l'avoue, je préférerais la personne qui se jugerait accrue, pour avoir reçu un éloge de M. Hermant ou de M. Richepin, de M. Lavedan ou de M. France.
Quand j'étais enfant, de méchantes personnes auxquelles je demandais de me conter de belles histoires, s'en tiraient parfois avec une < nouvelle en peu de mots > (déjà I) qui mettait en scène un roi et un pois, de façon fort singulière.
Voici une historiette qui, elle, met en scène un grand roi et une grosse dame.
Il y avait une fois une grosse dame qui brûlait de connaître un grand roi, et un grand roi qui ne voulait pas connaître la grosse dame. Celleci, qui était tenace et roublarde, usa d'un subterfuge : elle monta dans son auto et se mit à suivre l'auto du grand roi, par toute la Terre, comptant sur une panne... que Dieu permit. Alors,en efltet, ainsi que l'avait longuement escompté la forte suiveuse, plutôt que de séjourner deux heures dans la poussière, ou dans la boue (car je ne sais plus en quelle saison se passait Ja chose),le grand roi accepta Thospitalité dans l'auto de la grosso dame qui, depuis> est heureuse.
DC tNOUBBCB 193
Eh bien 1 non, pas du tout^ elle ne l'est point; quelqu'un vient de la trouver pleurant ; et comme on lui en demandait la raison, elle sanglota cette réponse : € Je pleure, parce que je ne peux pas m'empècher d'être si snob 1 »
Panachés