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C'est ainsi que^ depuis plusieurs années, les collections publiques abondent en propriétés privées. Elles regorgent de lent by^ autrement dit de prêté par — car L'invention est anglaise^ et constitue une sorte de compromis, lequel équivaut à une donation anticipée, si toutefois, jusqu'au dernier moment. Ton se montre bien sage de part et d'autre. Le jour où le corbeau Pons se décide à s'envoler de ce monde, il laisse tomber son fromage entre les pattes avisées des renards préposés à la garde des galeries ; et c'est tout bénéfice pour elles, quand le fromage est en pâte tendre.

Ne perdons pas de vue cette dernière, puisqu'aussi bien c'est elle qui nous amène à ces petites réflexions. Vraiment, on comprend les historiques amours qu'elle a suscitées. Elle m'apparalt, à moi, comme le dernier mot de la joie des yeux, pour le bibelotier de race. Mais la joie des yeux ne va pas seule. Edmond de Concourt affirme que Ton reconnaît le véritable amateur à la façon jouisseuse dont il palpe et manie l'objet d'art. Mais quand cet objet d'art est une p&te tendre, cette délicatesse du toucher va jusqu'à l'infinie précaution, à une sorte de déférence, en même temps, respectueuse et amoureuse , dans le tact, laquelle donne l'idée d'une manière de galanterie possible, à l'égard de la chose inanimée.

Cela s'explique. N'y a-t-il pas, en vérité, d'une

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chair féminine, et de la plus fine, dans la volupté qu'oflfre aux doigts ^effleurement de cette couverte ? Et, comme il s'y ajoute, pour l'agrément des yeux, quelque chose de féminin, aussi, dans Fatour qui la décore, Tillusion est telle que je tiens pour un des derniers plaisirs du « vieux marcheur» le sérail d'une collection de cette sorte.

Quelqu'un m'a rapporté, un jour, en me l'attribuant, un mot, à ce sujet. Je ne Tai qu'à demi reconnu, comme il arrive de celles de nos boutades qui nous reviennent. Néanmoins, celle-là m'ayant paru exacte et assez jolie, j'en accepte la paternité.

Elle me faisait dire, cette remarque, en présence d'une exceptionnelle vitrine : « Oh ! ces tasses... quand on pense qu'elles ont été nues/ >

Cette remarque s'accorde avec celle qui précède; elle nous représente le blanc de Sèvres comme une chair vivante et charmante, sur laquelle les décorateurs, qui sont des brodeurs, ont drapé des atours ravissants, pleins de rubans et de guirlandes.

Si donc je crois découvrir de l'amour, dans le faible d'un collectionneur pour ses tasses habillées, du fait d'une femme, le même goût me parait être de la coquetterie. C'est, ma foi, une belle coquetterie, et qui n'est pas à la portée de beaucoup, que celle qui unit Madame de La R... à sa collection de mignonnettes. Je ne dirai pas qu'elle nous les dispute, dans les ventes célèbres; je dirai qu'elle nous les arrache ; mais non, certes, sans bourse délier ; et les spectateurs naïfs de

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ces étonnantes enchères s'étonnent, seuls, de voir payer beaucoup plus qu'au poids de l'or, ces pots de chambre de poupée.

Je sais une autre collection de dame et dont la réunion m'est plus chère. Elle appartient à Madame B..., femme d'un goût éclairé et rare, qu'une longue et chère intimité avec l'intérieur Groult ne pouvait que disposer plus sûrement à la noble fréquentation des belles choses.

Cette dame possède, ni plus ni moins, trois douzaines de tasses de Sèvres, dont la réunion m'avait séduit^ au point que j'ai rêvé d'en tracer la monographie dont le titre — à vrai dire, le plus joli — fut, seul, mené jusqu'à l'accomplissement.

Jugez-en plutôt. L'Essai qu'il baptise devait, en effet, s'intituler: Les trente-six petites belles.

Mais je me trompe, le titre de ce chapitre ne fut pas seul à survivre au projet de Pécrire, que j'avais conçu. Je me rappelle avoir composé deux petites pièces pour l'heureuse propriétau»e de ces tendres douzains. Elles donneront la mesure de ma prédilection pour leurs modèles :

Nous vous appellerons : Dame des Porcelaines^ Madame ; c'est un titre énorme et délicat Devant lequel, s'il se pouvait qu'on l'appliquât, Les Elfes du grand Will retiendraient leurs haleines.

Les appellations semblent toutes vilaines Près de ce nom, si plein de fleurs de syringat

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Et de (leurs de prunier, qu'on le dirait légat

De tout un Printemps bleu dont les mains en sont pleines.

Trente tasses de France, où burent des Dauphins, Et qui semblent garder, sur leurs rebords divins, Le baiser délicat de ces petites lèvres.

Trente tasses de Chine, où, parmi des lotus.

Semblent encor courir, sur leurs flancs d'or vêtus, Les ongles aiguisés d'Impératrices mièvres... — L'Empire du Milieu fraternise avec Sèvres.

Les Trente^Six Petites Belles, Vous savez que je nomme ainsi Vos ravissantes ribambelles De tasses — de chefs-d'œuvre aussi !

Des plants, tout entiers, de fleurettes, Le long de leurs anses, grimpants.

Leur colorent des collerettes Où se rattachent des rubans.

Que, dans leur cœur, aient bu des Reines, Des Dauphins, effleuré leur flanc.

Les fait se sentir souveraines Et rend notre toucher tremblant.

Auprès d^elles^ je pense aux lèvres Qui se posèrent sur leurs bords Et, maintenant, loin de nos fièvres, Boivent l'oubli des baisers morts.

Je voudrais bien parler ici de rétonnante cot

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