‹ Assemblée législative de Québec [microforme]Chapitre 1 sur 2 · M. L'ORATEUR · texte numérisé non relu

M. L'ORATEUR

Depuis un mois notre première pensée a été, en entrant chique matin dans cette enceinte, de nous enquérir de l'état de santé du représentant de Sa Majesté dans le Gouvernement de notre Province. Cette inquiétude est maintenant changée eu un sentiment profond de chagrin et de douleur ; cette douleur affecte non seulement la Chambre et celui à qui incombe la tâche d’en être l'expression, mais encore elle ‘serre le cœïr de toute la nation. La perte.

que nous regreltous en est pas une

qui affige un parti politique seul ; c'en est une où les regrets sont unanimes et sont partagés de tous.

Si la politique nous divise, elle ne saurait nous partager quand il s’agit de rendre hommage à la mémoire d’un homme qui fut promu, pour ses talents, son patriotisme et sa vertu, au premier poste qu’un Canadien puisse occuper dans cette province.

Le talent, le goût du travail accompagués de la vertu sont les trois puissances morales qui ont ouvert au fils d'un humlile et honorabie paysan du Comté de Montmorency, lies carrières variées qu’il a parcourues pendant cinquante ans, pour venir s’éteindre, revêtu du titre et des qualités de Lieutenant Gouverueur de la lrovince de Québec.

Réné Edouard Caron n’a rien dû à la protection ni à la faveur; en 1826 il ertrait au barreau de Québec sans autre protecteur que son travail, son énergie et la détermination de s’y faire une position houo:able.

Né avec le si-cle, il était arrivé à l’âge mûr à lépoque la plus critique de notre histoire politique ; il n’a pas hésité à partager son temps entre sa clientèle et la politique. Il ne fut pas le dernier à

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demander les réformes qui eurent pour résultat de nous assurer le gouvernement constitutionnel dont nous jouissons aujourd'hui.

Ce que d’autres voulaient à tout prix, il le voulait comme eux, mai:

il ne le demandait qu’à des moyen:

constitutionnels ; c’est Ià la plus belle page de sa vie; il demandait la réforme, il la demandait partout et toujours ; mais il ne l’espérait que de la justice et de la modération.

Si sa manière de voir eûl prévalu, nous n’aurious pas à regretter des martyrs politiques d’un côté, et de l’autre le spectacle d’une même faniile divisée entre elle pour refuser ce que la justice, la raison, la paix et la prospérité du pays exigeaient, C’est à cette époque que nous pouvons dire qu'il à gagné la devise: Fortiler in re, suaviler în modo.

La réforme est venue sans que Pacrimonie entre les deux partis ait élé complètement effacée. C’est surtout alors que par son esprit conciliant et modéré, M. Caron a été utile en contribuant à amener les hormmes politiques,les uns a profiter sans abus des réformes obtenues, et les autres à ne pas regretter

TT LE d’avoir accordé ce que ia justice leur faisait un devoir de ne pas refuser plus longtem;ss.

Après dix neuf années de carrière politique il a été appelé à prendre place sur le banc judiciaire de cette Province comme juge de la Cour Supérieure, el ensuite comme juge de la Cour d’Appel. La confiance publique qui l’avait -ccompagné et qu’il avait toujours méritée, l’a suivi dans ce nouvel emploi.

En 1859, de concert avec ces collègues les Juges Morin et Day, il commença l'érection du p.us beau monument qu’une nation puisse posséder. Ce monumentest un petit livre sur le frontispice duquel on lit ces mots «Code Civil du Bas Canada. »

Ce petit livre est un temple où le pauvre comme le riche, l'étranger, l’homme de toutes races de toutes nat'onalités entrent avec confiance et trouvent la même justice et la mênie protection pour leurs propriétés et leurs famiiles.

M. l’Orateur, en 1873 l'honorable juge Caron était appelé à remplir le poste de Lieutenaut-Gouveraeur se cette Province ; l'on se rappelle l'accueil favorable qui a été fait à

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cette nomination ; la Province entière s’est réjouie de voir un homme aussi Capable, qui s'était toujours dévoué aux intérêts publics, qui avait sacrifié la plus longue partie de sa vie à travailler pour ses concitoyens, chargé de représenter Sa Ma jesté auprès de nous.

Getlte nomination a été accueillie non pas comme la nomination d’un parti politique ; mais tous les partis se sont réunis pour dire que le choix de Sa Maj sté ne pouvait'tom:

ber sur un plus digne.

M. l’orateur, c’est de cette date surtout que l’on peut dire que l’homme que nous regrettons appartnaiet à cette Législature. En est-il un dans cette chambre, en estil un en dehors de cette chambre qui puisse aujourd’hui apporter autre chose qu’un sentiment de regret, de voir qu’il nous a été trop tôt enlevé ? Je ne crois pas qu’il existe un seul homine dans le pays qui puisse exprimer un autre sentiment.

J’ai ditque c'était de cette datesurtout qu’il avait appartenu à cette Législature je devrais dire plus tôt que nous lui avons appartenu ; certainementqu’il nous à traités comme les

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