‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 105 sur 114 · nvril · texte numérisé non relu

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Suite de la dieouESion du budget des finanoef . — Pensione 4 la pairie contervéeE a la prière de M. Goudchaux. — M. Considérant.

Nous voici en pleine Californie. Les chercheurs d'or arrivés hier sur le Placer du ministère des finances se sont immédiatement mis à la besogne. Inquiétés comme ils l'ont été toute la journée |>nr les peaux

502 L'ASSEMBLÉE MATIOiNALE CO.MIQLK.

ronges , ils n'ont pu faire une récolte bien abondante. Aujourd'liui encore l'expédition a d'abord rencontré quelques difficultés ; les ])eaux rouges étaient retournés dans leurs montagnes , mais plusieurs pionniers indigènes ont barré avec un amendement l'entrée du cbapitre 1 1 , dans lequel on disaitqu'il y avait une grosse pépite de 4i0,000 fr. destinée aux pensions de la pairie. Ce trésor excitait naturellement la convoitise de .M. Passif et des Européens qui l'accompagnaient; aussi ont-ils fait les plus violents efforts pour s'en emparer. Les pionniers, de leur côté, se sont défendus avec un véritable acbarnement. On remarquait à leur tète un certain (!lais-Bizoin, orateur malais, petit, noir, couvert de poil et même un peu tatoué, mais très-nerveux, et le nommé Lherbette , qui effraie l'ennemi en imitant d'une façon terrible le bruit de la crécelle. Tous les deux ont fait des prodiges de réduction ; il a fallu se battre à coups de pioche, et je ne sais pas si M. Passif l'aurait emporté, quoiqu'il fût soutenu par les forces régulières de la commission , sans une allocution du bon M. Goudcbaux. C'est ce morceau d'éloquence qui a mis les bulletins favorables aux mains de l'Assemblée. Il eût été d'ailleurs bien difficile d'y résister. On ne saurait imaginer avec quelle présence d'esprilM. Goudcbaux, voyant qu'il avait affaire à une bande de gens de toutes les nations, s'est servi d'un langage de son invention qui pût être à la portée de chacun.— « Vô voloir, s'est-il écrié, donner le grosse pépite? ou bien j'affre le honte, signor, de jeter grand livre de la dette dans le rivière, ia meinher! » En s'exprimant ainsi, M. Goudcbaux était persuadé qu'il parlait la langue franque — en usage dans les pays où l'on fait la troque. Il ajoutait d'ailleurs le geste aux mots avec une bonhomie naïve qui aurait rendu le discours aussi intelligible aux sauvages eux-mêmes , qu'un ballet comique dansé par cet ancien mime de l'Opéra qu'on nommait le père Barrez. On n'a encore entendu cette année qu'un seul orateur qui , par la simplicité de son éloquence et l'emploi assez original ([u'il faisait des mots, mérite d'être comparé à l'excellent M. Goudcbaux. — En souvenir de cet orateur, on appelle familièrement M. Goudcbaux : le Caumdièrc des finances et de la vertu.

Après s'être emparé de la grosse pépite , M. Passif a pénétré sans obstacle dans le Placer, et nous n'avons pas lardé à découvrir un endroit où il semble que la nature ait voulu réunir tous les trésors de la Californie. Le sol est littéralement jonché de crédits; il n'y avait qu'à se baisser pour en ramasser. On n'a point perdu de temps en paroles, et en moins d'un quart d'heure le ministre des finances a mis une douzaine de chapitres dans son sac.

Pendaiil rpio les chercheurs d'or se reposaient un |iru, nu pinl(iso|ilie du

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pays que les Indiens appellent Foiuou-Fourou , parce qu'il vil dans une extase perpétuelle, est sorti du creuxd'un rocher, et a prié poliment qu'on voulût bien lui consacrer la séance de demain. — Ce n'est pas sans étonnement que nous avons reconnu que le Fourou - Fourou ressemblait extraordinairement à M. Considérant , et qu'il portait comme lui une paire de moustaches suffisantes pour tout un corps d'armée. Le Fourou-Fourou était d'ailleurs enveloppé dans un large paletot qui empêchait de voir s'il avait une queue prenante terminée par un œil phalanstérien. Ainsi habillé il n'était pas plus cxccntrire qu'un autre orateur, et comme il a parlé avec émotion et conviction , on l'a écouté avec bienveillance. Ouelques représentants disaient même que le Fourou-Fourou était un philosophe dont il ne fallait point décourager la folie douce , parce que l'on pouvait apprendre de lui quelque chose d'instructif dans ses moments de lucidité. — J'avoue franchement que le peu qu'il a dit m'a louché et que je suis très-curieux de connaître le moyen que Fourou-Fourou préfend avoir de faire le bonheur de l'humanité. Son remède vaudra bien, en somme, le spécifique Faucher contre les infirmités préfectorales, — et la suppression de l'impôt sur les boissons, où M. Mauguin , qui a paru tantôt fort exalté, voit le dernier mot du socialismc-r(f!(/n.

\!i avril.

Cours de fouriérisme p.ir Victor CoriEidérant. — Kpilcgue de Pierre Leroux.

L'.4ssemblée a donc interrompu le cours de ses travaux pour écouter ^I. Considérant, qui avait eu le bon goût de s'habiller en simple civilisé et de laisser ses attributs dans le vestiaire afin de prévenir favorablement ses collègues. Considérant a parlé pendant quatre heures qui lui ont tenu lieu des trois séances de nuit (ju il a\ail précédemment exigées pour expliquer son système. Cette nou\elle édition de la Dcimcralic }>n< ifiqitc ii\wou\ô à ceux qui ne lisent pas ordinairement le journal de -M. Considérant , qu'il peut y avoir à (.harenton des hommes de beaucoup de talent , et trèscapables de soutenir une conversation raisonnable jusqu'au moment où on leur conteste d'être le bon Dieu. M. Considérant ne s'est pas démenti une seule minute; c'est avec un regard tendre, une douceur inefTable cl toutes les marques d'une profonde sensibilité, qu'il a terminé la lecture de son livre en demandant au gouvernement douze cents hectares de la forêt de Saint-'iermain |)our commencer ses expériences de phalanstère.

— Dites plutôt de la forêt rie IJondy! a crié M. (Irandin , cpB -<• cinii liMi{iiMr'< «ibligé lie vi> fane rcmarqtHT p.n snii iii;uin;ms fioùt.

hiiï l/ASSliMBI.ÉK iNATIO.NAI.K CUMlQUt:.

— Elle n'est pas sûre, a riposté M. (jcnt le montagnard; un dit qu'il y passe des fabricants de draps d'Elbeuf.

Pendant tout le discours de M. Considérant le citoyen Taschereau avait fait semblant de prendre des notes avec ardeur, comme s'il se disposait à une interruption prolongée. Mais la timidité l'a emporté sur son éloquence, et il s'est tu. — M. Desjobert, ancien homme d'esprit, a cru justifier sa réputation en réfutant M. Considérant par une citation de la théorie des quatre mouvements de Fourier, qui a forcé les dames de sortir. — Il faut reconnaître que le spirituel Desjobert a beaucoup vieilli. — Nous lui préférons 31. Taillefer, ex-troupier d'Afrique, qui, par la brusque franchise avec laquelle il s'est montré susceptible de prendre part à la discussion , mérite tout à fait le nom d'orateur du Danube. M. Taillefer aurait appartenu aux zouaves ingénieux qui confectionnent le rat à trompe dont il a été beaucoup parlé dans les livres de quelques voyageurs, que cela ne nous surprendrait pas. — Il n'y avait qu'un philosophe pour renchérir sur M. Considérant. Comme il n'était que quatre heures, Pierre Leroux a compris tout le parti qu'il pouvait tirer de la fin de la journée ; on n'aura jamais une juste idée du ton avec lequel il s'est écrié : « Citoyens , je suis certain que vous trouvez la séance d'aujourd'hui mal employée, eh bien ! je vous en supplie , permettez-moi de jouir du reste ! » Qui donc se serait permis d'affliger par un refus un Triadin aussi inspiré que Pierre Leroux paraissait l'être? A peine lui a-t-on fait signe de parler, qu'il est parti tenant ses lunettes d'une main , son mouchoir à carreaux de l'autre, les cheveux tombant sur le nez avec une abondance , avec un balancement et des couacs qui expliquent comment il passe pour grand orateur à la barrière du Maine. Au dessert, Pierre Leroux ne doit pas avoir son pareil; c'est vraiment l'éloquence de la poire et du fromage , — s'il est permis de s'exprimer ainsi. — Le tout, accompagné de larmes tombant dans les verres, d'une transpiration ruisselante et parfois aussi d'élans admirables, a produit de l'effet, même sur les auditeurs qui avaient le plus envie de rire. — Mais qu'est-ce que cela prouve?

16 avril.

Séanae de jour et, de nuli. — Demande de crédit pour rexpèdiiion d'Italie. — UrfSnos. — Commission. — Rapport Pavre — Vote du crédit.

Notons la date, cejourd'hui 16 avril, — avec toute la solennité que la circonstance comportait : cravate blanche, notes graves et la main dans le gilet, — Odilon Barrot a enjoint à l'Assemblée de lui exprimer, par le vote d'un crédit de douze cent mille francs, son sentiment sur l'envoi à Civila-^ ecchia d une division de l'armée des Alpes. — Ou'allez-\oup faire

LA CU.NSTITliANTi:.— 16AV1UI.. 565

dans les états romains ? — Défendre les principes de la véritable liberté? — Là-dessus on a reconnu l'urgence et interrompu l'ordre du jour pour nommer une commission dans les bureaux. — L'opération a duré deux heures; — après quoi , tandis que les quinze commissaires préparaient leur rapport sur la demande de crédit, une conversation assez suivie s'est engagée entre M. Goudchaux et M. Passy relativement au Inidgel du ministère des finances: je dis suivie, et ce n'est pas sans intention, car elle l'a été réellement d'une réduction de 500,000 francs , dont les receveurs généraux qu'elle touche se consoleront bien difficilcn)ent. — Si l'Assemblée n'avait pas été plus vivement occupée de l'Italie que du budget, il est probable qu'elle n'eût pas laissé échapper l'occasion d'apprécier un orateur dont je citerai le nom dans l'intérêt de l'art : — Goutay — bâtonnier de l'ordre des avocats de la petite ville de Thiers , dont le barreau se compose de deux avoués et d'un avocat, qui est M. Goutay lui-mènic.

Ici la discussion s'arrête subitement ; le président annonce que la commission n'aura pas terminé son rapport avant huit heures du soir.

C'est l'heure à laquelle commence la première représentation du Vropliètcde Meyerbeer, à l'Opéra, s'écrient les dilletfanles.

— Séance de nuit! séance de nuit ! répond le citoyen Monircuil, furieux de n'avoir pu obtenir une stalle , quoiqu'il se soit présenté au bureau de location avec son écharpc.

Montreuil l'emporte, il est soutenu par la jalousie de tous ceux qui veulent empêcher les collègues de profiter de leurs coupons. — On se sépare pour aller dîner. — Au dessert, les bruits les plus étranges étaient accueillis avec faveur : ainsi, par exemple, qu'au moment même où M. Odilon Harrot demandait un crédit de 1,200,000 fr. pour rétablir le pape et les principes de la rcrilabli' liberté à Home , en même temps que les Aulrichiens rétabliront le grand duc, et les principes de la véritable liberté en Toscane, — le czar .Nicolas exigeait de ses boyards un subside de cent millions pour venir rétablir en France Louis-Philippe — et les principes de la la véritable liberté! — Quelle sera la réponse du sénat russe? la même sans doute que celle de la Conshtuanle au gouvernement de la République, puisque les motifs de l'intervention sont également légitimes des deux côtés, et conformes aux principes de la véritable liberté.

Lnfin, à 10 heures , Jules Tavre paraît , tenant en main le rappdri do la commission, dans le sein de laquelle Odilon Barrol s'est rendu pour ()rolcstcr de son dévouement aux principes de la véritable liberté. — Bmmanuel Arago et Ledru-llollin prient le ministre de s'expliquer plus clairement, notam?nent en ce (|ui touche l'article ô de la Gonslilution , |»ar lequel il est défendu de pnrler les armes contre les nalionalilés élran-

56C LASSK.MBI.ÉE iNATIO^ALL CU.VIIQLE.

gères. — Oii'il vous suffise de savoir, répoud-il, que je n'ai point d'autre guide que les principes de la véritable liberté. — Mais si les Romains ne veulent pas rappeler le pape? — les principes de... — s'ils repoussent notre intervention '? — les principes de la véritable liberté !... — On n'a pas pu tirer autre cho.se de notre célèbre OdilonBarrot. — Il parlait depuis une heure , à travers les interruptions , les interrogations et les rappels à l'ordre. Le parti des renoncules le trouvait fort éloquent. Il était minuit , on a mis le crédit aux voix et on l'a voté — en faveur des principes de In véritable liberté. — Voilà une affaire bien expliquée.

Suiie de la discussion du budget, des finanoes.

C'est un beau spectacle pour les amateurs d'exercices d'arithmétique qu'un assaut de financiers ; je n'avais jamais mieux compris qu'aujourd'hui l'usage étonnant qu'on peut faire des quatre règles. Après la lutte entre MM. Passif et Goudchaux, — lutte dédiée aux réductions de passage en cette ville, — quelques calculateurs de bonne volonté ont essayé leurs forces. — On nous a changé notre Dabeaux ! il a maintenant des moustaches qui empêchent de le reconnaître. — Cependant, me disais-je, cette voix ne m'est pas tout à fait étrangère. Il me semble avoir entendu déjà cet organe flatteur de percepteur des contributions I II y a , si je ne me trompe, dans le sein de l'Assemblée un certain Dabeaux qui a beaucoup de rapport avec l'orateur que nous avons en ce moment même le plaisir de ne pas écouter. Mais notre Dabeaux n'a point de moustaches; je l'ai plusieurs fois examiné de près lorsqu'il vient confier ses discours à l'amitié de quelques sténographes qu'il a séduits, et je suis certain qu'il est complètement rasé ; il y a à peine un mois je faisais cette remarque un jour que le vrai Debeaux se plaignait amèrement à cùté de moi de la conspiration ourdie dans les journaux pour ne jamais insérer les morceaux qu'il prononce , et pour toujours rendre compte de sa présence prolongée à la tribune en des termes dérisoires comme ceux-ci ; « Monsieur Dabeaux présente quelques observations. » — Garçon , je vous prie, allez donc demander le nom de ce monsieur à moustaches qui occupe la tribune. — Le garçon est revenu dire que c'était à l'orateur lui-même qu'il s'était adressé et qu'il s'appelait Cbamboran. (le nom de Chamboran n'a inspiré aucune défiance aux sténographes. Tout le monde a pris le discours : j'allais peut-être y être trompé aussi, lorsqu'en sortant je me suis trouvé nez à nez... avec qui? avec le vrai Dabeaux, qui s'est laissé pousser des moustaches pour déjouer la conspiration du silence dont il est victime, en forçant les feuilles assez ingénues pour donner son discours,

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