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Bu^ê^t du ministèrs dîs finances. — QuiDStion de l'impôt des quarante-cinq centimes, — Proposition Ctiavoix. - — Qui est^cequi a proposé la banqueroute le lendemain de février?
Si la session se jii'olongeait, le parti des rcnmicules prendrait certainement une grande importance. Quoiqu'il se rattache plus particulièrement à l'horticulture , le parti des renoncules a la prétention d'être politique. C'est à M. Bixio, autour duquel il s'est groupé et qui le préside avec un arrosoir, que le parti des renoncules doit son titre un peu printanier. Malheureusement les séances vont cesser au moment où il commençait à se mettre en fleurs, et il ne restera de lui que son parfum. La prochaine
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législative découvrira ses traces sur le banc qu'il occupait, à la pénétrante odeur de réséda qu'il y aura laissée.
Le parti des renoncules se compose de cinij membres seulement que nous appellerons oignons j)our nous servir de l'expression technique. Ces cinq oignons sont .MM. Bixio, Pagnerre, Sainl-Hilaire, Pages et Duclerc. On croit que l'ami Altaroche, en sa qualité de tubéreuse , s'v rattache étroitement; mais c'est là une erreur de plate-bande (pi'il faut rectifier; Altaroche n'entretient avec eux que des relatidiis d'amendements et de bon jardinage.
La position des renoncules est tout à fait exceptionnelle. Ils brillent par leur isolement. Afin de n'être point confondus avec les autres bouquets dont l'Assemblée est émaillée, ils ont eu soin de se planter tous les cinci dans la même jardinière, que les huissiers désignent maintenant sous le nom de banc des renoncules. On a mis le questeur Lebreton de faction au pied pour que personne n'y touche ; Lamartine vient quelquefois s'asseoir délicatement à côté; il les respire et s en va bien vite, de crainte du mal de tète.
Les renoncules étaient tous les cinq des oignons de la veille; ils ne sont pas encore passés à l'état de fleurs du lendemain ; on ne sait pas précisément ce qu'ils sont. Ils forment , quant à présent , une petite réunion intermédiaire d'hommes d'Klat qu'on aimerait à mettre sous cloche pour la faire parvenir à maturité et en obtenir de la graine. Qui sait? grâce aux bienfaits de la culture, ces plantes grasses se changeraient peut-être en légumes.
Où va le parti des renoncules? personne n'est capable de le deviner.
— Il est probable qu il espère arriver à tout. On sait que .M. Duclerc, lorsqu'il était ministre des finances , avait un secret qu'il tenait de M. Garnier-Pagès ; il a quitté les afljiires sans l'avoir fait connaître ; probablement il le gardait pour ses amis : c'est ce secrel-là qui fait leur force.
— Mystère , discrétion et bonne odeur! — telle est la devise du parti des renoncules.
Chaque fois pourtant qu'on procède au scrutin , on espère que les renoncules déposeront leur secret dans l'urne ; et qu'on le découvrira au dépouillement; mais le secret a disparu; l'on s'aperçoit seulement a\ec surprise que les renoncules ont mieux aimé voter a\ec les gens dont ils déclarent à qui les veut entendre ne point partager l'opinion , que de donner leurs mùx à leurs anciens amis, (l'est vraiment très-fort.
Le fonds du système des renoncules, autant toutefois qu'il est permis de prêter un système à des politi(pies de serre chaude, c'est d'être en colère contre tout le monde, et particulièrement contre j)lusieurs de leurs
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camarades de février, aux dépens desquels ils ne sont pas fâchés de se faire une réputation de vertu. Le parti des renoncules représente cette fraction du gouvernement provisoire qui croit avoir seule quelques droits à la reconnaissance de sa patrie ; elle représente encore cette fraction de la commission executive qui n'a point pardonné au général Cavaignac d'avoir pris sa place en juin ; elle représente surtout quatre ou cinq hommes qui, s'étant hrouillésavec leurs amis, et même avec leurs ennemis, — ce qui est plus beau , — prennent toutes les peines du monde pour se donner aux yeux des populations une importance qu'ils n'ont pas.
Bixio, — un charmant jardinier, trop préoccupé des tulipes pour songer sérieusement à la politique, — ne tient, en réalité, au parti des renoncules qu'à cause de la promesse que Pagnerre lui a faite d'éditer avec luxe son prochain traité sur la fonction des dahlias dans l'état. — Pages ne com- |)rend pas que le gouvernement se passe du seul financier romanesque (jue nous possédions. — Duclerc est l'élève de Pages: il le complote par la
connaissance qu'il a de la tenue des livres à l'iuslar d'Amsterdam, et il
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If représente comme secrétaire général , ou ministre au besoin , à l'Iiùlet des finances ; — Barthélémy Sainl-Hilairc pense depuis longtemps qu'il a autant de droits que tous les autres maîtres d'école à devenir ministre de 1 instruction publique: — quant à Pagncrre, un sentiment de légitime orgueil l'empêche de jamais oublier qu'il a occupé, un moment, cinq jonctions à la fois, et que la veille du 10 décembre, on a placardé dans la rue de Seine , où il demeure, une aflichc ainsi conçue : « Nommons Pagnerre président de la République ! »
Tenant à la fois aux tulipes , aux finances , aux maîtres d'éludés et aux almanaclis en vogue , le parti des renoncules , s'il arrivait au pouvoir, formerait un gouvernement complet. — On peut même espérer que, pour satisfaire les exigences de l'amitié , il enverrait d'Allaroche en ambassade. Tout est donc prévu, même du côté de la di])lomatie.
Aujourd'hui les renoncules s'agitaient d'une façon extraordinaire sur leur tige. Il s'agissait du budget de .M. Passif, et la discussion était tombée sur l'origine de l'impôt des quarante-cinq centimes, que le généreux citoyen Chavoix proposait de restituer aux contribuables , sous |)rétexte que les pauvres seuls en avaient souffert. — .V ces mots, M. Pages a fait des soubresauts. M. Saint-Hilaire , quoique étranger aux chifTres , pâlissait par sympathie; .AI. Pagnerre , qui croit avoir joué un grand rôle dans le gouvernement provisoire , devenait rouge comme un n^illet ; et Duclerc est monté à la tribune. — On pouvait penser que le grand jour était venu où le parti des renoncules dirait son secret. — Mais au moment de satisfaire la curiosité de l'assemblée, M. Duclerc a rélléchi que des raisons d'Etat le forçaient à se taire. .Vprès avoir dit imprudemment que, le lendemain de février, la banqueroute fut proposée à l'Hôtel-de-^ ille, il a eu assez d'empire sur lui-même pour ne pas vouloir avouer par qui , — même à Lcdru-Rollin qui l'en j)riait le poing sur la gorge , même à Flocon, même à ceux qui trou\ aient leur honneur engagé dans cette rélicence; — et pour se laisser soupçonner d'avoir avancé (|uel(jue chose de peu conforme à l'exacte vérité , plutôt que de livrer ce secret étonnant d'où dépend sans doute l'influence du parti des renoncules. — Que les contribuables se ra.ssurent, la proposition Chavoix n'a pas été adoptée.