I.A CONSTITUAMI".. — -IT, MAI
deux cents lieues du département i\e l'Aude, il dépiste les oreilles les plus exercées, mais à la première terminaison en on, il revient à Carcassonne, il s'enfonce dans l'Aude jusqu'au cou. [.'éloquence du citoyen Sarrans jeune est aussi entravée par l'obstacle qui s'oppose à l'essor du citoyen Durrieu. Il a joué à la drogue avec la nature, et il a perdu la partie. Il parle avec trois ou quatre bâtons fendus à cali-
fourcbon sur le nez. Plus il crie, moins on l'entend. Enfin, il se noyé dans les vagues de son style, au sommet desquelles écnment ses métaphores. — Ayant repris pied, par un effort désespéré de rhétorique, le pédagogue mouillé descend en fronçant le sourcil comme s'il allait encore fesser les petits boyards.
La Pologne a déjà été battue trois fois dans cette journée. Dieu merci, il lui vient un défenseur!
Sommes-nous à l'Assemblée nationale de 18i8, ou bien à la tribune du sénat conservateur? .le ne me trompe pas, ce profil saillant, cette mèche historique, cet accent où se l'ait sentir une pointe italienne, cet embonpoint de 1810, oui, tout cela, c'est lui ; il vient, avant de partir pour une nouvelle campagne, faire ses adieux à ses fidèles du sénat; entendez-le, il nous parle de reconstituer la Pologne. Salut à Napoléon empereur!... Non... à Napolécou Honaparte, représentant du peuple français pour le département de la Corse!
Depuis le commencement de la séance. Lamartine était assis à côté du général Cavaignac, cl il s'occupait à méditer son improvisation à l'aide de notes et de liasses de papiers qu'il tirait d'un vaste portefeuille. Il se lève, enfin; il a trempé ses lèvres dans le verre de Bordeaux : une prise de tabac (pleurez, ccurs sensibles, Lamartine prise) a ranimé ses esprits; il parli-... non. il chante encore ! Les dépèches, les correspon-
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dances et les mémorandum s'empreignent de mélodie en passant par ses lèvres. Les fugues diplomatiques se succèdent; c'est l'art de Gluck, l'art de Lulli, l'art des grands maîtres du contrepoint interprété par la voix du premier de nos barytons.
Les variations de Lamartine, sur les motifs du manifeste, ont duré deux heures. Mais combien je préfère à tous ces points d'orgue la plainte sublime du pauvre paysan de Posen : « Si la Pologne n'a point encore été prise en pitié par Dieu, c'est qu'il n'est pas tombé assez de martyrs! » La nuit sombre de M. Wolowski en a été un instant illuminée comme par un éclair.
Vote de l'ordre du jour de M. Drouin de L'huys. — r Lettres des fils de Louis -Philippe.
Les sentinelles sont rares, la garde nationale chercbe l'ombre; la ligne se divertit innocemment dans le jardin du palais. — La mobile est absente. — C'est à peine si nous avons rencontré un officier d'état-major errant par les couloirs; — et enfin l'artillerie accroupie d'un air béat sommeille an fond delà seconde cour, sous la protection d'un militaire presque endormi. — Au dehors l'ardent soleil, au dedans l'ombre mystérieuse et favorable aux discours monotones. — Le dernier mot est donc dit sur la Pologne. La guerre s'est terminée dans des flots d'éloquence. Que la Pologne se batte seule si elle veut la liberté, nous n'avons à lui fournir que des vœux et des paroles; et combien de paroles depuis MM. Thiers et Guizot! Ah! si les paroles valaient des armées!
Pour en finir glorieusement avec ses orateurs, l'Assemblée vote d'acclamation trois lignes qui l'engagent à tout sans l'engager à rien. — « Pacte fraternel avec l'Allemagne, reconstitution de la Pologne, affranchissement de l'Italie. » — M. Drouin de L'huvs — un diplomate de vocation — a employé toute la nuit à préparer cet ordre du jour. — Date à prendre.
Avant-hier, au milieu de la discussion, M. Bûchez a jeté violemment sur le bureau sa sonnette, qui n'en pouvait mais; sa malheureuse sonnette s'est fêlée; elle a perdu la voix dans l'exercice de ses fonctions. Nous avions reconnu la sonnette de M. Bûchez, et il nous avait été facile de prévoir qu'elle ne sonnerait pas trè.s-loin.