I.e jeune homme au lapin ouvrit de grands yeux
— Jeune homme, n'avez-vous donc pas vu le i)rince entrer tout a l'heure à l'Assemblée?
— Ulié! les autres, se mit a crier mon porteni- de cage, voilà u\i bourgeois qui dit que le prince est passé !
A ces mots, un grand homme à favoris, boutonné jusqu'au menton, et (|ni portait un jonc su^perulu à la liontonnière de sa redingote, me lit deux yeux ronds de tambour - major, en m'apostropbant sous le nez de ces nuMuorables paroles : — Je vous ferai ohserver, péliin, (juétaul un ancien de la Loire je suis hmisceplible dc> ne point reconuaitre le petit capoial 1
— (Jui est-ce qui vous parle du petit caporal, ô tambour! Je vous repète que le citoyen l.ouisBouaparte est depuis deux heures sur son banc.
— Snftit. repondit le personnage en me désignant avec mépris à sa
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société, c esl encore un monsieur qui veul nous uiotiler le coup ; mais vous saurez, pékin. ajouta-t-il, qu'on ne m'en conle pas; j'ai trop intirnemcnl connu i'oncio i)0ur nt" |)oinl dévisager le neveu. Suffit..
I.e ^raïul lioniinf pouvait me faire un mauvais parti, je ne perdis pas mon temps a le détromper et j'entrai à rAssemhléc.
Précisément c'était l'instant où le citoyen Louis Bonaparte montait a la tribune un petit discours à la main. Il y avait dans ce papier une demidouzaine de phrases qu'il se mita épeler avec plus encore d'accent allemand <|ue de bonne volonté; puis, quand il eut terminé son compliment, il retourna à sa place, comme M* Avond ou le célèbre Germain Sarrul pourraient le faire; vovant enlin (|ue personm- ne faisait plus atlontion à lui. qu'il était de la niaison et qu'on le traitait aussi familièrement qu'un IJa/c ou qu'un simpleNesin, il ne larda pas à s'en aller incognito et à pied ainsi rpiil était venu. — Je me précipitai sur ses pas et le suivis jusque sui- le pont en criant : — C'est lui, mes amis, r'est liiil — M'entendant ainsi crier, il conipi'it qii ou allait le remarquer, d mil aussitôt ses mains
derrière son dos avec dignilé. — IMais la foule resta indilléreiik'; la redingote boulonnée et les invalides étaient immobiles à leur plate. — Offrez donc votre lapin, fis-je au jeune bonime à ia cage.
— Laissez-moi tranquille, inc répliqua l'éleveur; il paraît que vous en avez bien envie de mon lapin, puisque vous êtes allé cburclier un compère pour me le prendre!
Voilà où en est celte partie intéressante de la population qui s'obstine a séjourner depuis trois jours sur le pont de la Concorde. Il est temps que l'autorité prenne en considération les crampes et les rliumes que ces pauvres gens vont gagner. Le lapin surtout est digne d'un vif intérêt. On ne détrompera pas ces amateurs - là ; ils resteront à la porte de l'Assemblée jusqu'à ce qu'on ait fait passer leur empereur devant eux. Or on atlacberail un écriteau sur le dos du piincc; Louis (|ue cela ne leur prouverait rien , parce qu'ils ont le porlrail dans leur pocbe, et que -M. Louis Bonaparte ne ressemble |)as du tout à son oncle.
Il n'y a donc qu'un moyen, c'est de priei' M. Gobert , le Na|)oléon du Cirque, de vouloir bien traverser demain le pont de la Concorde comnn; s'il se rendait à la séance; on dira aux amateurs que c'est le prince Louis; et, après l'avoir contempléavec attendrissement, les invalides, l'bommeà la redingote et le jeune homme à la cage consentiront à rentierciiez eux.
M. Gobert aura le droit de garder le lapin.
Quant à llaspail — qui ne se nomme pas Bonaparte — il a été décidé que son titre de représentant ne lui donnait pas le droit de sortir de Yincennes.
27 sepleiiibre.
Discussion de ia Consuiuuon. — Rejet de l'amendement Duver^ier. — Une chambre unique. — Discours de Lamartine et de Dupin POUR, d'Odilon Barrot CONTRE.
Il ne faut point dire troj) de mal de l'éloquence, car elle ne réussit pas toujours à faire perdre le sens commun aux auditeurs, lui la prenant comme aimable intermède ou comme concert, l'éloquence a parfois du charme; nous aurons la bonne foi d'avoiiei- (|ue nous avons entendu aujourd'hui une musique oratoire (]ui nous a fait un véritable plaisir. Les exécutants élaient tous les trois des virtuoses dans leurs différentes spécialités : M. Lamartine le théorbe, M. Barrot le basson, et M. Dupin en gros sabots, forment un orchestre complet. Ils ont joué pendant toute la séaiu'e des variations vraiment inimitahles sur \(^tnolif de la Constitution.
Il faut avoir entendu ces trois altistes distingués poui' sa\oii- tout If p;uli qu'un jicul tirer d iiuc salie qui manque d'a(itiisMi|Ui' . ri de
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iltletlanli l)ieii ilélcrmincs à voler suivant la conviction qu'ils se sont l'aile (l'avance, quels que soient les discours mélodieux au moyen desquels on espère l'ébranler.
M. Lamartine a donc 1(! premier fait sa partie en bémol; puis M. Odilon Barrot a attaqué la sienne en faisant ronller les noies graves avec une puissance que nous ne lui connaissions pas; — enlin.M. Dupin a c\écnlc en guise de finale un solo de castagnettes qui n'a pas eu moins de succès qu'une chansonnette de Levassor après un grand airdeBaroilhel.
I/Assemblée ne pouvait pas moins faire que de voter en sortant du concert; aussi a-t-elle déposé dans l'une 530 voix contre l'amendement de M. Favarger de Hauranne. — Nous aurons donc une chambre unique! — M. Odilon Harrot s'en consolera en songeant que si l'amen- (liMuent de son spirituel ami n'a pas réussi, la faute ne saurait en être imputée à son zèle.
28 septembre.
DiEC'jsBion de la Constitution. — Chipitre du suTrage universel. Trois articles adoptés. — Entrée de M Pory Papy, député nègre.
H y a (les personnes qui se plaisent aux amendements, qui aiment à observer comment sur un seul article une vingtaine de représentants peuvent ne pas s'entendre pour proposer chacun de leur côté vingt petits projets qui ont entre eux la différence d'une syllabe au moins; — j'éprouve plus de charme h m'ahsorher dans la contemplation de quelqu'une de ces individualités que la cbambre possède , et que les curieux ne remarquent point de prime abord. Nous man(|uons à l'Asseiublce de cicérones charges de faire aux spectateurs l'explication des représentants ; — la multitude routinière s'obstinera toujours à ne connaître que quelques sommités : les Baze , les Vesin , les Bourixiusson cl autres personnages qui, ciant arrivés avec une réputation extraordinaire, sont l'objet de ralleiition |>articulièrc de la tribune diplomatique. .M*^ .\vond, depuis ces derniers jours, porte tort à ses collègues; on ne regarde plus qui; lui. Croirait-on qu'il y a des femmes — oui, des fâmesl — qui font des bassesses |)our obtenir des cartes afin de venir le voir. — Le beau Poujoulat lui-même souffre cruellement de la vogue; de M^ Avond. L'Avond est véritahlcmcnt trop demandé. .Madame Lafarge n'a peut-être point inspiré une aussi vive curiosité. — On n'entend quo ce chuchollement à tous les rangs de loges : — Où est-il? quel Age a til? — Bloml ou brun? — Maigre et pâle, n'est-ce pas? — L'air intélessanl! — l'oitrinaiie peut-être? pauvre jeune homuH! ! — Maman, va-l-il parler? — Mademoiselle, je vous rappelle à la liiciMire; ri'gardez le président .. ces! un liumme marie.