‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 47 sur 114 · I.A (.ONSTITlIANTi · texte numérisé non relu

I.A (.ONSTITlIANTi

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amené à sa place, il la forcé d'en prendre la moilii-, — ce (|ui paraissait d'ailleurs Irès-désagréable à ce pauvre monsieur de la ^larlinique, qui se laissait faire par politesse; — el enfin il sesl mis à lui parler créole : — Moi, pélil bequé à li... petit blanc, son bon frère... Coco... coco... — A quoi le représentant de la Martinique a répondu : — IMon cber collègue, faites-moi, je vous prie, l'amitié de me parler français, car je le sais aussi bien que vous.

Aces mots, M. Isamberl a contemplé son collègue avec anxiété, craignant qu'il ne fût déguisé; mais, voyant que c'était bien M. Pory-Papy

eu personne, — Hélas! s'est-il écrié avec deux ruisseaux di' larmes, il n'y en a donc plus de véritables!

Pendant celle exclamation, on volait trois articles de la Constilulion, il I oiali'ur Hnuibousson prononçai! le discours suivant sur le suffrage

'Hi I As.si:.Mi!ij;i': .\ \ti<)> ai.i; coMigri;.

innversel : n (jtoyons roprésonlaiits citoyens représoiilants... .

seiilanls — cnlanls — ciloyens rcprcsentanls »

Après quoi le citoyen Bourbousson, avaleiir clo mots, niangenr de syllabes, a regagné sa place en se gargarisant avec qnelqnes consonnes.

20 septembre.

InterpùUation Buvijnipr. — Discussion de la Constitution. — Adoption do l'art. US sur If, suffrage universel.

— Cber citoyen lUnignier, le ministre fies affaires étrangères est absent, le général Cavaignac nest i)oinl arrivé; soyez assez bon ])onr remettre vos interpellations à demain,

— Quousqite tandem....?

— Il n'v a ici personne ponr vous répondic relativement a la question italienne qui paraît vous donner le transport an cerveau.

— Quousqiie tandem abutorc —

— Arrêtez!... pas un mot de |)liis, par égard jionr vos collègues ! Le président ne souffrira j)as <|ue vous abusiez de la supériorité de vos premières études.

— Quousfiuc... Quousque supporterons-nous Fliypocrisie des diplomates?

Disant cela, le citoyen Buvignier s'était drapé dans une attitude que l'Âutricbe naurait pas contemplée sans effroi. Grand, maigre, boulonné jusqu'au menton, il s'élevait au-dessus de la tribune comme un immense parapluie enfermé dans son étui, d'où sortait en guise de cou, un long mancbe terminé par une de ces têtes bizarres que les naïfs sculpteurs du Limousin taillent dans les marrons d'Inde. Les cbeveux ras et eu brosse sur un front de travers, blême, un œil en Fiance, et l'autre à l'étranger; armé d'un nez considérable, qne le patriotisme incline sensiblement du coté de l'Italie , — le citoyen Hiivignier a été doué par la nature de l'un de ces visages que 1 on n'oublie plus après les avoir une fois regardés. Il aurait sans doute les traits fort réguliers si, pendant son enfance, sa nourrice ne s'était assise quelquefois sur lui par mégarde. Autrement, ce grand garçon qui prend des airs terribles, menaçant du poing les tyrans, jetant sur ses adversaires politiques des regards insoutenables, torva Ittens, ce grand Buvignier est un cœur excellent, un patriote sincère, — et ce qui ne gâte rien, un bomme poli cl bien élevé dès qu'il met le pied bors des couloirs. Il appartient à

LA CO N SI I T L A N T K. — 29 S K 1>T V. M H H K. -}.ib

l'école du grognard Deville, à côté duquel il siège sur le sommet de la Montagne.

Bnvignier et Deville n'ont jamais pu entrer dans la salle d(;s séances sans froncer le sourcil, sans changer leur voix , el sans se persuader à eux-mêmes qu'une sourde colère bouillonnait dans leur sein. Ils croient de bonne foi que le salut de la République est à ce prix, el c'est pour servir leur idole qu'ils ont pris le rôle fatigant qu'ils remplissent. Pousser des grognements sourds, frapper du poing sur leur pupitre, se lever tout debout à leur banc, et jeter des défis à la cantonnade, telle est leur principale besogne. Ils espèrent intimider ainsi la réaction , cl je dois avouer qu'ils inspirent une certaine terreur au gros Jiaby. — Sous le nom de gros bab;/, on désigne Ilortensins Saint-Albin, Ivpe grassouillet des enfants gâtés jusqu'à l'âge de quarante-cinq ans.

Bnvignier et Deville ont fait do l'interruption un art véritable. Buvignier trouble l'orateur par vingl-se])t ])rocédés différents dont il a le secret; si les procédés éclioucnl, Deville. qui fait sa partie de basse dans toutes les interruptions, a toujours un moyen d'arrèler court les personnes imperturbables à la tribune; — il imite à lui seul le bruit de la foule, et crie : « A bas les chouans!» dune voix qui semble sortir du principal tuyau de l'orgue de Fribourg. C'est lui aussi qui rappelle le petit père Marrast à la décence, chaque fois que ce président se permet de le rappeler à l'ordre. — l ne fois rentré chez lui , Vofjre Deville dépose sa figure de séance et son organe politique. 11 est bon , il est faible, il parle doucement, il a peur de sa femme, peur d'avoir fait brûler le nMi en s'attardant à ces maudites séances qui n'en finissent jamais et qui sont la mort des ménages; il n'ose |)as , quoique mourant de faim , demander si le dîner est prêt ; l'air piteux de ce pauvre père de famille fait peine à voir; ses petits garçons montent sur ses genoux cl lui tirent les cheveux et les oreilles, tandis que ses petites filles cherchent dans ses poches les interruptions en pain d'épiccs qu'il leur rap|)orle de r.Vssemblée. Quant à bon ami lUivignier, il est connu dans la maison pour ses excellents sucres d'orge. — Kt voilà de nos farouches!

Pour en revenir au Quousque tandem, etc., il faut remarquer que riutcrpellalion est chronique comme la fièvre quarte, liln voyant Buvignier monter à la tribune, ses amis se sont inquiétés de sa santé. La pâleur de ce pauvre jeune homme, sa voix ])risée , l'exaltation do son regard qui embrassait l'univers entier, la violence avec laquelle il battait le rebord de la trii)une, n'étaient pas le fait d'une i)ersonne bien liortnute ; il v avait à coup sur dans son interpcllaliou autant d indisposiiiiiu que de tendresse ponrrilalie. — l.e général L.imnririèrc , le seul

-2-2t; LASSK.MBLKt; NAïlONALi: COMIQLi:.

iiieiiibre tlii cabinet qui fût présent, s'en est bien aperçu; aussi a-l-il donné à Buvi^riicr le sage conseil d'aller se coiicber parce qu'il avait la lièvre... la //èi're scar/oane probablement. Toute l'Assemblée s'est mise à l'épéter en cliœur:a Allez vous couclier, |{uvignier,vous avez la fièvre.» Et Huvignier, commençant à croire quil était malade, s'en est allé se mettre au lit jusqu'à ce que le gouvernement fût prêt à lui répondre. Tout cela n'a pas empêché d'adopter l'article 28 de la Conslitiilion ,

— bien insignifiant en comparaison de Vliypocrixie des diplomates dans les alïaires d'Italie , — puisqu'il est sim|)lcment consacré au suffrage universel dont il proclame le principe et règle l'exercice en France.

Après tout, me direz-vous, le suffrage universel est une affaire de mode!

— Si vous voulez que la mode dure , ne forcez pas l'électeur à aller voter à sept lieues de chez lui, au chef-lieu de canton, — sans compter que les frais de voyage font de votre droit politique un nouvel impôt. — Votez donc à la commune, répondait M. Dufanre, pour ne pas trouver, dans les dix-huit feux qui la composent en plus d'un endroit, un électeur qui sache lire les bulletins et écrire un procès-verbal !

Les amendements sauveront la Constitution , — et c'est en cela que je les compare aux oies du Capilole. H a été décidé par amendement ([lion volerait au chef-lieu de cnntuii, mais (|u'il serait permis de couper le canton en (jualie pour peu qu'il fût tr(i|i grand.

5(1 scplomijro.

Inierpsllîiion de M. Denjoy sur le banquet de Toulouse. Grand œandale.

Précisément en face dii citoyen Buvignier. entre Taschereau et Graudiu d'Elbcuf, dans le voisinage de moussu Base et du grand Vezin, siège un personnage qui se croit Girondin parce qu'il vient de Bordeaux, et dont la secrète pensée est de recueillir l'héritage de Vergniand. On le nomme Denjoy. Cet ambitieux a surtout étudié lu tradition d(! ses illustres prédécesseurs dans les estampes du temps qui les représentent. Les grands airs de tèlc, le sourir(> dédaigneux, rien ne lui a échappé de ce que l'on peut copier à l'aide d'un peigne, et en proparant ses attitudes devant une glace. Jusqu'à présent, M. Denjoy ne s'était fait remarquer que par le soin minutieux de sa toilette, par le nœud de sa cravate, l'éclat de son linge, la coupe de son habit, l'impertinence affectée de sa pose, chaque lois (junu unuilaguard montai! a la Irihuue ; et eiilin jiar les rires indécents axT lrs(|Hi'ls ,1 accueillait

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