‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 48 sur 114 · I. A C UNS T I T U A N ï t:. — 30 S E P T E M B !l i:. i'il · texte numérisé non relu

I. A C UNS T I T U A N ï t:. — 30 S E P T E M B !l i:. i'il

les tiradi's patriotiques. Une des choses qui ont surtout leudu le (jirondiu Denjoy odieux au grognard Deville, c'est le soin oiïensanl qu'il a de toujours dire monsieur, et jamais citoyen. Dans les grandes occasions, lorsqu il se lève en montrant le poing, le braAC Deville s'adresse plus spécialement à Denjoy, qu'il traite de muscadin! — Ce à quoi Denjoy riposte en appelant buveur de sang! le respectable père de famille dont il ne soupçonne guère, sans doute, — le jugeant d'api-ès la hasselaille dont il est doué, — les mœurs patriarcales. Le tort des politiques du jour, c'est de se voir à travers l'histoire, ce qui les expose d'abord à la parodier, et ensuite à être fort injustes les uns vis-à-vis des autres. — Je reviens à mon cadédis. — (îràce à son habit, à ses brclocjues. à ses manières, à ce je ne sais quoi qu'on n'apporte que des bords de la (îaronnc, Denjoy a pris de limportance parmi les célébrités de couloir dont il est entouré. Ainsi Taschereau, ainsi Grandin. le babi/ llortensius, les uUras de la rue de Poitiers, — en un mot, tout le bataillon sacré des politiques marrons, industriels, anciens ventrus, exsatisfaits et autres gentilshommes qui brûlent de relever l'oriflamme, — traitent Denjov comme un personnage. C'est sur lui que l'on compte lorsqu'il s'agira de fédérer les départements.

On sait (|ue le fougueux Denjoy, voulant soustraire la (ii ronde au joug de Paris, avait proposé, avant de quitter Bordeaux, de reconstituer le royaume d'Aquitaine. M. DuTour Dubergier, ancien maire du pays, refusa la coui'oune; c'est ce (|ui lit iniiuqucr le cnui): Dcnjôv est prêt à le recommencer; tout porte à croire (juavec ses deux collègues Desè/e \v lomantique, et llowvn l'enrhumé, il médite une restauration. Href . Denjoy appartient à cett(; espèce de provinciaux terribles i|ui crienl depuis fé'vrier au milieu des |)laces publiques de leur endroit : u Marchons sur Paris! » (\\m réussissent à marcher sur Paris en (pialité de représentants, et (|ui , une fois entrés à Paris, s'arrêtent d'abord chez. Véfour. — a(iu sans doute de payer un juste houimage à la niémoirc de nos excellents alliés, — lesquels pendant leur séjour avaient fait de ce restaurant leur lieu de prédilection. Tel est Denjoy! il ne |)nuvait pas s'en tenir là, il avait besoin de frapper un coup; depuis plusieurs jours il s'exaltait, il tenait lèli; à Ibiviguier. Dans tous les tapages on a entendu sa voix: c'est lui (|iii , au moindre amendeuient difiicile, criait à la .Montagne : Vous voulez relever l'échalaïul ! — Muscadin !... muscadin!., muscadin!... — réj)ondait Deville en fureur. Knliii, la liiniibc \trnl d'éclater. Denjoy est maintiuiaul tout-à-fait posé.

in des procédés à l'aide des(|urls ces i/ie.ss.Vi'r.s ont (|uelquelois la |mi;leiilinu df i.iirr rciuj;ir le» riioiinis . . ■'.•>! rc\lréuir politesse: — .Mou

-1-2H I ; A s s i; M lî I . i: !•: n a i' i c» .n a i . !■; c u m i q u i^:

sieur le iniiiislre de riiilérieur aurait-il l'olilii^eance de nie peruieltre de lui adresser une simple question? — Le président avait hier montré cette jolie phrase à Buvignier pour le l'aire rentrer en lui-mèm(! : Vous voyez, Buvignier, combien nos Dcnjoys sont polis; tâchez de les imiter! — Buvignier haussa simplement les épaules et inleipclla à sa laoon, — Les ganis blancs de monsieur Denjov nous promettaient d'autres arguments; ce n'est pas sans jilaisir qu'on a vu ce joli homme se présenter à la tribune comme un premier garçon d'honneur qui vient oll'rir la main à la mariée. Mais (juelle noce ! on se serait cru dans un salon de cent couverts ! la maison a failli crouler. — Le Denjov commence donc, la bouche en cœur, avec des phrases à l'eau de Portugal et des questions relevées de mouches assassines, — le tout à roccasion d'un certain haïKjuet patriotique de Toulouse , dont Messieurs les Girondins voudraient bien, palsambleu, avoir au juste des nouvelles. — Au mol de banquet, la .Montagne Irémit. — Denjoy voit l'eUet, et continue: — Lst-ce qu'on ne nous délivrera pas bientôt du vcau.^inn paole dlionneur. ça devient inlolé'ubleî — Buvignier, iJeville, Lcdru- Rollin et cent cinquante autres qui, la veille, assistaient au banquet du Chalet , comprennent l'allusion. — Tous ces banquets-là , ajoute Denjoy, excité par un coup d œil de ses preux , — c'est pour rétablir la (juillulmel — l'ar exemple, on ne lui a pas laissé prononcer une syllabe de plus. Il tant avoir assisté à ce tremblement parlementaire : les bias , les hommes, les bancs soulevés, les cris horribles, l'avalancbe roulant sur la plaine, s'anioncelant en un instant autour de la tribune, et Clément Thomas monté sur les épaules de la cohue pour provoquer Denjoy ! La rue de Poitiers accourt; (îrandin agile son bras comme un dra|)eau blanc; Taschereau glapit, et le petit Tbiers, par un mouvement de pudeur naturelle, se cache derrière le grand Maleville. — Odihin Barrot contemplait la mêlée d'un œil stoïque, en se disant à lui-même : — Il n'y a qu'un homme comme moi qui i)uisse sauver ce pays; jient-êlre y consentirai-je si l'on m'en prie l'ortement. — (Juant au héros Denjoy, debout dans la tribune, provoquant encore de la voix, du geste et du regai'd les assaillants, il ne ])ouvaitplus se l'aire entendre, mais il se luisait voir; enfin, au comble de l'exaltation, il tire quelque cliose de sa poche; je craignais que ce ne lût l'oritlamme... c'était un journal de Toulouse, qu'il s'est mis à brandir en criant à tne-léte : « Denjov et Saint-Denis, à la rescousse! » A ce moment, les huissiers ont été obligés de lui l'aire un rem- [)art de leurs cor[)s. Buvignier s'était cependant introduit dans l'escalier ; le ])résident voyant cela s'est couveit. — Odilon Barrot, toujours impassible, (■(unnieiuail à penser ([uc le jx'lil Denjov avait de.; (jualiles cl

Page 1