I.A (.(iNSri IIAN I 1. — 7 N(i\ r.Miu; !.. i'.r
r,il(i'iiliiiii lie la |Mis((Mil('' en a|i|i(irt:iiil avec Imilc la soieiinih' i-(in\rnalik', au nom dr la (.oiiiiiiissidii des r('rriiuiiiics, le |)riij;i amiiii' de la l'KTE DE I.A (ioNSTiTi TioN ([iii scia ('('•li'lin'i' ic 12 iiiivcmlirc à ikmiT liciiit'S (lu malin.
7 iiiivriiilil'c.
laterpailauono dc; M, B-uvel. — Réponse du mmu'.re dec alidires sirangeroc. — i-r^poimn de prorogalion de l'Assemblée parM.Marihal, rejetée. — Suiie de la disoucsion du budgel de la justioa.
Le cilovcii Boiivft L'^t viaiiiHMit li()|) ciniraj^cux. OiK)i(|iie iIoiild'une CNtinclion dc voix C(iin|)lt'l(; cl |)crmaii(Milc . il a encore en le |)a- Iriolisnic dc inoiilcr a la liiliiiiic. ('.(iniiiic il \ clail dc|Miis (|ii( l(|iic tenijis. et {in'oii n a\ail pas ciilcadii iin seul nuit sorlir dc ;a Imhk Iw, rAsscmbléc s csl ccricc : — On(; lailcs-voiis i\iu\c la, M. lioinel? — 1,'oraleni- a rcdonhié de gestes; il a rcninc ses lèvres avec nnc noii\(dlc aciivili- pour l'aire eoinprendie qnil prononçait un diseonrs. On a prêté pendant qnel(|nes inslans la pins vive; attention , mais anenn s(ni linmain n'a troiil)l<'' le silence dn monnmenl. (iependani M. lionvct , encouragé par la laMMir dc ses collègues. ((Millniiall lonjuiirs sa liarangne énei'gif|ne — et mnelle. La situation devenait cmharrassaute ; (ui vovait i)ien (|ne l'orateur dc\ail cire inicricnrcment lorl ido(|ncnl. et cola l'aisail regretter davantage de ne pas pouvoir surprendre nue; sciih,' syllabe di; sou discours. Nous avons rarement assisté à nu spectacle i)areil. On se sérail cru a r()p(''ra, un soir de haliel. VA noiez liien (|ue M.Houvel ri'avail point, comme (^'rrilo, la ressource du rcuid de jambes <|ni siguilie tant d(! elioses. Kmpriscmné juscjuà mi-corps dans la Iribuiie , (|ui lie permet aucun dihcloppement et m; laisse pas nu'ine la place d'un jeté-battu on d'un simple! entrecbal , il en était niliiil ;ni\ jeux de pbysioiiomie cl aux mouvements de ra\ant-bias pour exprimer sa pons(';e. Malgré ce désavaiitagi'. la paiiloniime était parlante; il ne lui mau<|nail i|iriin peu de voix jiniir être comprise de tout li' monde. Néaiimoins. coiihik! parmi les représenlanis bcanconp sont toiit-,i-lail eliangers aux exercices cborégraplii(|ues , et n oui jias même \ii la Fille mal ynrdéf , nous conseillons à M. |{ou\il. la procliaine lois iiu'il paraîtra l'ii sci-iie , rie l'aire distribuer d'avance le li\re| de son discours.
■lilS I. ASSi;\ll',l.i:l. \A ilONAKK CO.MlQLi;.
Je n'inais pas, jjoiir ma jiail, un iiislaiil liésilù siu" le sens de la ])anlomiinc oraloiie de M. iJoiivel. D'ailleurs, rien de jiliis faeile (jue de liie siii' le visage de Xavier J)iirrieu ee qui se déelaniait dans le sein de son collègue. Comment ne point reconnaître, en voyant le ne/ de Diirrien passer incessamment dti Manc an bleu, et du bleu au rouge, dilater ses narines comme pour éternuer, et prendre enlin toutes les attitudes d'un nez vivement préoccupé de choses qui linléressent |)arliculicremenl, comment, dis-je , ne jioinl reconnaître que M. Bouvet traitait une question de polilujue élrangcre, et inteipelhiit le ministre dans des termes que le Cuunicr français n'aurait pas répudiés ! — M. Baslide , (|ue ses l'onclions obligent à ne jamais quitter des yeux un collègue dont la physionomie est le baromètre de la di|)lomalie européenne, n'a point perdu une seule des ])hrases de Torateur Bouvet, et au grand élonnement de l'Assemblée il est venu répondre, tout au long celte l'ois, à l'interpellation, encore énigmaliqne pour les sténographes. Le discours do M. Bastide nous a })lu en ce qu'il ressemble aux meilleurs articles (jue le ministre des alTaires étrangères ait jadis écrils dans \e Aatioital. La i'ermeté, le bon sens cl le lo\al langage du joiirnalisle ne laissent pas (jue de donnei- au protocole un ceilain relie!' (|ue les cliancelleries a])précieronl. M. Bouvet luimême n'était sans doute p,is trop mécontent de la promesse (ju'on venait de lui l'aire d'ariranchir l'Ilalie, car il a répondu a M. Bastide par le geste avec lecjuel M. l'etipa a l'habitude de leinoiguer sa plus vive satisfaction.
Mais que se passe-l-il donc dans la classe? tous les élèves quittent leur banc, et il se l'ait un remue-ménage sans pareil. Ceux-ci sanglent leurs livres , ceux - là achèvent leurs malles. Tous arrivent avec des paquets; qui sa baraque sur le dos, (jui le sac de nuit sous le bras, quelques-uns même emportant jusqu'à des boîtes remplies de ])etils cochons d'Inde. — Oii allez-vous donc, messieurs? s'écrie le petit père Marrast hors de lui. — Petit père MarrasI, nous allons en vacances, répond avec un toupet d'airain l'élève Marchai. — En vacances ! attendez un peu que j'aille à vous, messieurs! En vacances! il n'y a pas de vacances ! Voulez-vous reprendre vos places , s'il vous plaît , et continuer l'étude. Vous, Marchai , je vous flanque en retenue pour vous apprendre à vous tenir tranquille ! — A ces mots tous les élèves ont commencé à bourdonner; le petit père Marrast leur a lancé un œil terrible, alors ils se sont assis, et l'on s'est remis à réciter les leçons. Mais à peine la classe élait-elle lran(|uille (junne vingtaine de grands ont levé
LA (;()^sl I II AN 1 1;. — k .NovKMBiiii:. a;»".)
le (loi^t. — Msieu , m' pennolle il' sortir'? — Allez ! — Après les graïuis vient le loiir des petits. — Eiilin, il n'est bieiitùt plus resté que l;i moitié (les élèves; ce que voyant K; petit père Marrast est entré dans une colère violente; — lienrcnsenient (|ue, pour le calmer, un l'ameux pioclienr, l'élevé Aylies , (jne ses camarades ont surnommé le lieriuin, est monl<'' à la Irilnine et a projjosé spirituellement de créer des primes à limixirlalioii . espérant l'aire ainsi revenir plus vile les représentants qui sont en coni;é.
.s novoiiil)ie.
Fin du Budget, d^ la justice. — BudJ^i du minijterc des affaires étrangères. — Suppression du traitement de l'auditeur de rcte.
Passons du jjndgcl de la justice à celui des alTaires étrangères; il n'y a (ju'une rue t[ui les sépare.
iM. Isnmheii avait deux qucsiions, — une de moins (jue Cadet ilnussid n'a de chev<!ux.
I.a ])rcmière était tombée, il a |)erdii aiijiMirdlini la secontle.
M. Isamherl est maintenant tout à lait chauve; il va éln; obligé, s'il veut se présenter dans la discussion, di; porter perru(jue, un(! bcdie perruque d'amendements.
Les deux questions de M, Isambert é;laienl — noire et blancbe, — ce (|ui lui donnait l'air d'ini mistigris.
Sans elles il seiail nu comme un genou à la tiiiiune.
M. isambert a trop de pudeur pour se monln r (l;ins un panil costume. — l'elit bi''<|ué, allez vile cberclier un troisième cbeveii !
(Jomment parlerait-il ciicoim; des noirs, ce bon .M. Isambert, puis- (|u"ils sont Ions devenus blancs — an iniiral? Ijii-méme il a voulu parlager le sort de ses amis. .liis(|ii"a la rexoluhon il setail consi- «léré comme esclave; mais à la suite du décret de mais, il s'est Inil affrancbir publi(|iirniriil. {.\>[ son piii|ii'i('iairi' ijui a proiéde à la cérémonie
En a|)prenanl celle nouvelle, l'audilenr de rôle a compris qu'il nélail |)as i)lanc. il y a bientôt dix-buit ans que .M. Isamberl est l'ennemi |iersoniiel de l'ainlilenr de rôle. l*our(|uoi i'audileur ne s'esl-il pas i.iil leindri"? .M. Isambr'il l'ciil cp.nj.'nc Te dipbmiale ei^l victime île sa
500 I.' A S S !■: M B L K K \ A i I O N A L K C (» M I (j LI K.
(oulciir; ;i peine a-l-il été aujourd'hui questiou de son Irailemeiit, que
M. Isaiiilu'il a demandé la parole. Aussitôt MM. Pory-Papy, Mazuliiie,
Louisy Malliien cl .M. Scliœlchor d'acconiir vers la liihnne en dansant la bainbola, et en criant avec joie : « Bon maître à li va parler à petits noirs; Congo, Congo! »
Emu jusqu'aux larmes par cis transports nails, M. Isambert n'a pu résister au plaisir de prononcer un discours créole. « Oué qu'on dit d' Tanditeurde rote, petits béqués! li manger poulet rôti, quand pauves noirs manger manioc! Pauves noirs avoir rigoise, et li avoir carrosse. Contîo pas content; Contro s'en aller à g'ande liabitaliou pour voter pour prince l-ouis. si traitement de l'auditeur pas rogné. Oné qu'il est donc, li! que qu'y fait'? pas grande besogne; — à li rigoise, pas gros traitement. Faut rogner tout^ mam'selle, ou bien budget avoir trop gros ventre ! »
Le succès le plus étonnant a Cduronné ci'tte alloculinn. L Assemblée a snpprinu!' l'auditeur de rote. — On supposait dans les cou loirs que c'était ilin de suppi imer M. I>amberl du nirnie rou|i. eu lui otant sa denvieme
i.A co.NSi iri .\M i;. — s .\()Vi;.Miîi{i:. ,-,oi
(|iif'slion, sa question blanche, la seiilo qui piit désormais lui offrir l'occasion de- parler. Oiianl à racliarnenienl de M. Isamberl contre l'andileur, on rcxpliqui^ par la ri\alili' dn célèbre négropliile avec le jiape. Il paraît qne, depuis longtemps déjà, M. Isanibert s'est mis à la lètc d'un cnlte particulier. On assure qu'il a des féticbes chez lui et qu'il adore surtout vilain un serpent sacré qui lui a clé rapporté de la Martinique par un vieux nègre qui jette des sorts. Il est dès lors facile de comprendre que M. Isanibert n'ait pas pu supporter qu'il y eût un auditeur accrédité auprès du pape, taudis (ju'il n'y en avait pas auprès de son serpent.
Dès que l'auditeur de rote a été sui)|)rimé, plusieurs notables du comité des finances, aidés du jiarli Pestel, ont proposé de réaliser de notables économies en réduisant le |iersonneI des affaires étrangères à un ministre et trois commis, — pour éviter les frais de déplacement, i'ourrpioi avoir des agents à Calcutta, à doi'ée et ailleurs? (l'est si loin ! — et puis est-ce que les Anglais ne peuvent pas faire nos affaires en même temps que les leurs?
Knlin qnel(|u"un a signalé le c(tusulat de Yassi comme une piodigalité ; — un économe, ayant entendu Pass\ , se disposait à fli-lrir l'incroyable abus qu'il y a d'entretenir des consuls dans la banlieue de Paris; on lui a fermé la bouclie à temps quoique difficilement, et la parole est restée à iM, Bineau, ipii, plusieurs l'ois déjà, avait quitté son l)anc de l'air dont un loup sort du bois.
Nous avons reconnu aujourd'bni avec une grande satisfaction que M. Bineau se rapprocbe de plus eu plus de l'état sau\age; ses oreilles s'allongent et se couvrent de poil, son lU'/ se dilate eu naseaux, son front devient fuyant, son œil rond; déjà nn"'me il lui jtousse une (jueue. Tout porte à croiie que .M. Bineau appartiendra à la famille des iiwiuisrrivores ruminaiils dont on ne trouve plus de traces (pie dans la llaute- Kgypte.
Alleution, ciloyeu Hiueau ! je V(uis signale — sous le n" il o7 des |)élitiotis — un linaiicier (|ui [hiussc les économies ])Ius loin (jue vous, c'est « le sieur Cdi'biucliud, a l'aiis, (jui demande la suppression des exi'-cnteurs des liaulcs-oin res, et i\\\i- lonle exécution delà peine de nnut soit déférée a un delarlieuirnl ilc la ^aide iialiiwiale, qui fusillerait le condamné. »
Plus lard, quami la civilisation aura entièrement disparu, les Biueaux sau\ages et les (locbiuclords babiteronl les nuMues ((Miiers.
i.assI':mi5I,i;k naiionai.i: coMigii:.
0 II ov ombre.
Lois d'intérêt loaal. — Déoret Ceyras ; secou's aux invalides des campagnes. — Suite du budget des affaires étrangères. — Rapport de M. Marrast relatif aux lois organiques.
Nous voici cnhcP dans mie série de pcliles réunions donccs el familières qu'on peut désigner sous le lili'e de séituccs d'amis. Effeclivement on voit dans la salle nne cinquantaine de membres (jui lisent tranquillement leur journal ; ils ont mieux aimé venir à la chambre que d'aller au cabinet de lecture. Ces membres habitent Paris ou demeurent si l(tin qu'ils n'auraient pas le tiMups de se rendre chez eux en vacances; aussi n'ont-ils pas demandé de congé. C'est pour les occuper un peu au milieu de la journée que le petit père Marrasl tient sa classe. 11 ne
règne point une bien grande discipline ihins ces séances de pure lormalilé; chacun emploie son temps à peu près comme il le veut. Celui-là monte à la tribune et s'exerce à parler; celui-ci dessine un amende ment ; un autre s'établit dans la buvette et apprend au limonadier la véritable manière de faire le grog à l'américaine. — Quand le grog a été préparé, on a appelé M. Flocon et on l'a prié de le goûter. 11 l'a, ma loi, trouvé fort bon.
Pendant la leçon de grog, il est arrivé de la promenade quelques nouveaux représentants. Ces messieurs S(! sont répandus dans toute la salle cl sont allés souhaiter le bonjour à leurs amis.
LA CONSTITIAN 1 K — 'i NoVI.MUKI.. 7,n
— Coninieiil vous porlc/.-voiis, co inaliji?
— Pas mal ; il fait froid dehors.
— Nous avons chaïui ici.
— Oui, ma foi! il fait liès-bon.
— Savez-vous quelque clioso de neuf?
— Non, je ne sais rien.
— Ni moi non pins... c'esl-ù-dire si... nous cuirons dans une nouvelle lune.
— .\li bah ! je l'avais oublié! vous m'en voyez ravi, car ma femme est en roule cl j'aimo forl quelle ail la lune pour elle... les chemins sont plus sûrs.
— .le parlage votre opinion.
— Les fjens véritablement raisonnables ne sauraient en avoir une autre.
On passe ainsi agréablement une heure polili([ue en visite el en conversation, les uns chez les autres.
Il lallail cependant satisfaire la curiosité du public, que .MM. les questeurs ont, jiar parenthèse, grand tort de laisser entrer en des jours comme celui-ci; quelques représentants se sont prêtés de la meilleure grâce du monde à feindre de commencer la séance et de se livrer aux exercices parlementaires qui piquent toujours si vivcmcn. la curiosité des personnes delà province qui yassislent pour la première fois. — On aurait dit d'une discussion véritable; il ne mancpiait giiire il l'Assemblée que dètre (mi nombie; autrement c'était tout-.'i-fait le spectacle dune séance. On a voté divers projets de loi d'intérêt local; on a voté un million, demandé par le sensible Ccvras j)our les invalides de la campagne; on a prononcé des discours très-bien imités, et qui ont duré piesque aussi longtemps que des vrais. — Bref, il est impossible de mieux jouer à l'Assemblée nalionale. Tous ceux (|ui n <laieut pas prévenus ont dû croire (|U(! ^-a si; faisait pour de bon.
Alin de com|déter l'illusion, .M. Lherbelle a déclamé avec la plus grande vigueur un de ses trois discours, — sou discours sévère contre les dépenses illégales que se permettent .M.M. les uiinislres. — C'est ce discours là qu'on met ordinairement eu parallèle avec ceux de M. Isambcrl, malgré la différence de spécialité, et qui a fait dire à iM. Tliiers que Lherbelle était un Isambert blauc.
Puis M. Payer, natnralisle, scsl fait aussi un devoir, en sa qualitéjjde professeur qui \ il au milieu des piaules exotiques, dexprimcr sa sympathie pour le buflf/cl des a/l'ftires clraiiorns, — car c'est de ce budget-là qu'on faisait semiilaiil de s'occuper.
30i i;assk,mri,ér nationale roMioin:.
M. Éllcnno a donné la répliqnc ;i M. l'aycr avec la verve qu'on pouvait alknilrc d'un oraleur qui porte le i^lorieux surnom de k fils de .faconde, » — en mémoire du charmant opéra-comique de son père.
Enfin, le public a dû être entièrement satisfait, car M. Cliarles Dupin lui-même a bien voulu s'opposer pendant deux heures aux réductions proposées au budget de C imtruclion publique. M. Charles Dnpin est un imposant personnage qui ne le cède en rien à l'aimable savant qui montre un télescope sur h; pont Neuf, — non plus qu'à celui qui fait des expéricmces de machine électrique aux Champs-Elysées. (On tient la chaîne pour un sou.) — I.es amateurs étaient ravis. — Tout-à-coup, ô surprise! il se fait un mouvement; les buissiers dégagent la tribune; les uns crient : Silence! les autres font la haie, et M. de Saint- Marrasl monte lestement. — Palsambleu! qu'il a été galant aujourd'hui, ce cher marquis! Son œil de poudre, son jabot plein de tabac d'Espagne m'ont paru du dernier bon goût; je crois qu'il portait aussi une épée en verrouil. — ba flamberge dans les jambes, le discours dans les dents, il s'est nonchalamment accoudé sur le devant de sa loge, et s'est mis à lire un joli rapport sur les lois organiques, qu'il a bien voulu réduire à neuf seulement, — pour ne pas retenir ses collègues à l'aris plus de deux années, à dater d'aujourd'hui. — Ma foi, le cher Marrast a été aussi affable avec l'Assemblée qn'avant-hier à l'Opéra pour laCerrito, à laquelle il a jeté son bouquet. — Charmant seigneur! Kl dire qu'en outre il est si fori au domino !
Ifl novembre.
Encore le budget du ministère de l'instruction publique. — Discouri de Victor Hugo contre les réductions.
Ainsi que l'empereur Barberousse faisait son entrée dans le Hurg, Victor Hugo a escaladé aujourd'hui le roc. Les expressions nous manquent pour dire de combien de pieds la tête de cet orateur s'élève au-dessus du niveau de la mer. — Vu sur la plate-forme oratoire, on le prendrait ]»our les colonnes d'Hercule. Vacquerie, qui s'était introduit dans la salle sous le costume d'un amendement afin de l'admirer de plus près, n'a pu s'empêcher de crier : « Il est vaste comme un continent! » Ce mot l'a trahi, et on l'a immédiatement expulsé de l'enceinte; c'est alors qu'il aessayéde prendre la voix d'Antony Thouret pour entrer comme représentant par une antre porte; malheureusement il ne s'était pas défait de son nez, qui l'a encore fait reconnaître, et il n'a plus eu d'autre ressource que de se déguiser en nègre atiu d'êtreadmis dans
la tribune diplomalique en ([ualité d'ambassadeur élranger de la connaissance de M. Isainbert.
Vaccjuerie enfin placé, cl le courant magnétique établi entre les deux âmes de poètes, — l'àme du poêle travesti, cU'aulre ànie de poêle qui était à la tribune, — \ictor Hugo a dabord l'ait deux ou trois effets de front majestueux ; ensuite il a commencé à parler avec sa voix des Burgraves, la seule qui fût assez imposante dans cette circonstance : Messieurs ,
Il nj'appartient plus qu'à loul autre de m'occuper du budget de r iiistruclion publique, car ce ministère; me reviendra incessamment, et mon intention esl d'en faire une trilogie. Le prince Louis n'a pu se dispenser de me l'offrir; je l'acceple. Vacquerie a félicité ce matiiv même, dans le journal V In-éneineut, le neveu du grand bomine d'avoir compté sur moi : je ne le désapprouve pas. 11 y a deux noms dans le siècle : le nom de l'empereur elle mien. Il fut le bras, je suis la tète. L'empereur disait à Sainle-llélène : « Si Victor Hugo avait vécu de mon temps, je lui aurais cédé le trône. » Ce mol excuse bien des erreurs. — Jeune liomme (ici l'orateur se tourne vers le prince Louis), jeune liomme, vous voulez renouer la grande tradition cyclopéenne...
— Ya.
— Bien, jeune liomme. bien! vous irez loin , c'est un poète qui vous ledit...
— Va, mciubir Fictor.
— Il serait bmi cependant que vous apprissiez à dire : Victor; — mais ceci esl un (b'-tail. J'arrive au buget de riiistriictiou publiciue. Ouoi ! nous allumons le gaz dans nos rues, el vous voulez éteindre les (juinquets lie l'iiitelligence!...
Ace moment un grand vacarme lombi; des frises ; c'est Vacquerie (|ui, dans un transport (reutliousiasmc, a jeté son masque par dessus s.a lète ; on le cliasse boiiteusiMiient; le discours esl interrompu, el quel(|ues ignares prolitent de l'enlracte pour interpeller Victor Hugo d'une façon indécente à propos de sou antitliése.
— J(! rrt>vais pailerà des |)0('les, réjiond amèrement l'orateur; mais il parait (inii nv a pas un seul ètri- parmi vous qui ail \u Tragaldabas ! Alors commenl osez-vous vous occuper de riustruction |)nbli(|uç? Je v(»i:s considère comme des laupcsl des laiipes ipii fonl la criti(pie du soleil! l'rofuude et ténébreuse dérision! .Messieurs, le penseur esl nu roi ; bunions un piu|)le de penseurs. Le moyen est simple. Il sullil de Iransformcr bs bureaux du journal V liténenicul en un vasie ct)llége. Vat(|uerie ) remplira les ronclions de proviseur; nous appellerons tous
30G LASSKMBLKK .\ Aï I () N A I.K COMIQUi;.
les iioëles a ci(''|>Ioycr leurs ailo?, cl le rayomioinent iiéiiùlrora dans los léïK'brcf (le la cliaiimiè're, Suivez re |)laii. (lent hililiolliiqncs ;i l'aris, quaranle-luiit mille dans les communes, mes œuvres parloul ; les éditeurs font un sacrifice; vous ohlenez les volumes à cinq francs; c'est nue modique dépense de quinze millions! la librairie française est sauvée, et je prouve une fois de plus qu'il n'y a pas un écrivain dont les livres se vendent autant que les miens. iN'oublions pas Tragaldabas ; je le lais adopter par 1 liiiversité, c'est dorénavant un ouvrage de cabinet; de plus on l'offre aux élèves dans les distributions de prix. — Prince, j'ose espérer que vous avez suivi mon raisoniH'menl.
— Ya, j'nfre déjà foulu loir moncbir l)rai;aldabas bour en faire une serge n te.
Le discours de Victor Hugo avait |)roduit un tel efl'et que le rapporleui-
Rineau s'est élancé sur lui avec une férocité croissaulc. D'ailleurs
L A C (> N S 1 I 1 1 A N II-: — I I N ( » V K M It H K. 507
M. IJiiioaii renonce Iniit-à-l'ail an coslnine iriionuiie civilisé; il a paru anjonririiui sons I as[)ecl (i'nn loway, avec un anneau passé dans les narines, nn collier d os de bihiiollièque, une ceinture de plumes, le corps tatoué, et son toniahinv à la main ; il a poussé des sons féroces et gutturaux à la façon des Indiens antluopopliages quand ils dansent autour d'un ennemi rôti. L'Assemblée était épouvantée.
— Fraw. fraw, fiaw ! criait le lovvay Uineau, ponrcjuoi vuulez-vons doiiuer aux faces pâles, (pie \ons appelez des bibliothécaires, le produit de la chasse des peanx-ronges'? !,e lirand-Esprit n'a |)as besoin (lu'on lise dans les livres. Les faces pâles peuvent se nourrir de la chair des animaux sauvages; ils n"ont (pià letir tendre des pièges. Les bibliolli((jues sont pleines de rats, je leur conseille daltiaper les rais et de les dévorei-; le rai est excciienl : un |ieau-rouge mange du rat et s'habille avec des peaux de fouine et de putois; que les faces pâles fassent comme lui, on se passera de bibliothécaires! l'iavv, fraw, fraw!
I/Assemblée. transpoi'tée par ce discours, est devenue |)resqne aussi sauvage que .M. Uiueau; elle a supprimé le traitement des bibliothécaires de la Sorbonne. et réduit ces pauvres savants à vivre dorénavant de rats |>our ne pas mourir de faim.
Id novembre.
Discours de M. Gatien Arnould sur le budget de IINSTRUCTION PUBLIQUE. — M. Lherbelte Eignale la CONSPIRATION DES CONGÉS, et accuse le ministère de comphoité. — La proposition de ne p'.us accorder de oonêés repoussée.
Le parfum d'un discours qui a terujiné la séance d'hier était encore répandu ce matin dans la salle. Ou rcs|)irait j(ï ne sais (juclie odeur de tulipe, de jasmin et d"églauline ; il était évident (|u'uii maintcncur des jeux lloraux avait déclamé par la.
En effet, .M. (iatien Arnoult peut passer pour le véritable type du lidiufuelirr oratoire. C'est un homme c|ui , bien évidemment , a été formé par (ilémcnce Isaiire. Il se place à la tribune avec cette grâce du jauréal accoutumé à con(|uérir les palmes académiques. Tel ou se représente habiluellement le célèbre llignaii, <|ui a \ieilli smis les lauriers, tel on voit .M. (iatien Arnoult. (les mortels sont i boniuMir de leur sexe. Formés dés le jeune âge à s'expiimer devant des dames et a liailer des sujets (|ui n "ont rien de contraire à la pudeur, — venant du choix éclairé<les municipalités elles-mêmes; — IVtrniés, dis-je, aux |)eriphrases eu cour et ;iu\ arguments de cérénmnic, ils sont d'un si parlait bon ton, d iinr Irlle diriiiri' (pi'oii les introduit s, MIS cr.iiiitt> dans les
308 I ■ A SS K M 15 L É V. S A ï I 0 NA I, K (A) M \i) U E.
|)eiisioiiiiuls ijouiuj for L'i'lief, oii ils piolcsscnl ;ivcc un é;;al IjuiiIhmh la géographie et la littéiadue Ira niaise. En un mol, ce ne sont point la des hommes comme d'autres; ce sont presque des anges; ils doivent avoir des ailes grises sous leur hahil, et l'on soupçonne qu'ils sont du neutre. — L'éloquence n'a pas de secrets j)our eux. — Voyez le col rahaltii, voyez les cheveux oudés, la l(Me qui se dégage, touchez les mains moiii'S , écoutez cette déclamation en cadence ; l'orateur se révèle tout entier; sans effort, sans fatigue, laissant tomber de ses lèvres desUeurs île rhétorique que les sous-mailresses, toujours un peu exallées, cachent furtivement dans leur corset — M. Gatien Arnoult ne s'arrête plus ; pendant combien d'heures, de jours ou de mois voulez-vous qu'il parle en faveur des collèges, des académies et des quatre facidtés'? Il est passé maître dans l'arl de prolonger les discours, et comment ne s'en servirait-il pas avec supériorité, lui qui l'enseigne aux autres? Les anciens se contentaient de trois points. M. Gatien Arnoult le premier a obtenu sur ranti(|uité cet avantage de porter les |)oints jusqu'au nombre de sept et de neuf. Dans le temps cela fit presqu'une révolution an Capitole de Toulouse; c'est à cette occasion qu'on décerna exceptionnellement à l'oraleur une abeille d'or, récompense aliégorique qui voulait dire que sa bouche était nue ruche dans laquelle se distillait le miel! — Le lauréat avait apporté hier tous ses |)rix à la tribune pour les lair(î admirer par ses collègues; nous excusons volontiers ce mouvement de légitime orgueil; penl-ètre M. Gatien Arnoult eût-il mieux fait cependant de laisser sa collection sur l'étagère où il l'expose , et de ne point déranger non plus le discours qu'il a prononcé et qui doit faire un si bon effet sons un globe de verre, comme ornement de cheminée. ISemarquez que les noms sont souvent la jiersonnification des hommes qui les portent. M. Lherhetic, par exemple! Ce nom de Lherbette ne donne-t-il pas immédiatement l'idée d'un potage aux herbes où l'oseille domine? Lherbelte ! cela vous fait venir à la bouche le vert et le sûr ! Lherbelte , ri mi qu'à le |)ronoucer les dents sont agacées et les papilles du palais s'aigrissent. — Lh bien , l'orateur est fait à limage de son nom; ses discours sont à l'oseille; s'il eu tombe par hasard une goutte sur le velours de la tribune, l'acide mange l'étoffe.
Depuis qu'un certain nombre de ses collègues ont ouidi la cviixpiratioH des congés et désertent l'Assenihléc en masse, sous mille prétextes spécieux, M. Lherbelte se contenait dillicilcment. Une douzaine de ilemandes, jetées imprudemment aujourd'hui dans le vase, l'ont fait déborder; M. Lheihette s'est lépandu, et les éclaboussures lu discours ont jailli jns(|ue sur le paulalon du i^iMnerncmeiil. M. Fiesloua eu
LA (H)NSrn IIAN TK. — i:, N(tVF, M r.l', E. ôd'l
lioaii rossiiyor font de suite , les laclios y i-laiont. — On comprend comliion il est (lésagréalilc de recevoir ainsi snr ses liahifs. an moment où Ton s'y attend le moins, de la IJierbelle qne rien n'enlève. — Prenez donc qnelqne attention , monsieur, s"est écrié avec vivacité le ministre de rinsirnction pnhliqne , vons nons abîmez! Je ne sonffrirai pas qne vons accnsicz le cabinet d'èlre complice de la conspiration des congés, et denvoyer dans les déparlements des commis voyagenrs dégnisés faire le placement de la candidaliii'e (lavaignac. I.a maison Diifanrc et C"\ dont j'ai l'Iionnenr de faire partie, laisse à ses concurrents le soin d(> colporter leur carie d'écbantillons! — A ces mois, d'acide qu'il était M. IJierbelle est devenu prusiiitjiie , et s'est approcbé jusque sous le nez de M. Freslon, comme s'il le voulait tuer subitement en se faisant respirer.
On a vu le danger (|ue courait le ministre; on s'est pr(''cipilé et l'on a bouche le flacon. Il nélail (]U(^ tiMups. Mais pour si peu que M. Llierbcttc fût resté ouvert, un grand nombre de représentants ont failli être asphyxiés; — puis revenus à eux ils ont demandé , au nombre de trenledciix , la permission d'aller en cong('' achever leur convalescence. — Mlle leur a été accordée an scrutin secret.
lô novpiiilirp.
Encore le budget de rinstruoiion publique. — Li FÉTS DE LA CONSTITUTION.
Il avait elé forlemeni (|nesli(in de faire relâche, mais comme on a décidé ([u^i l'occasion de la fête de la Constitution , célébrée hier dimanche, tous les théâtres joueraient gratis aujourd'hui . l'Assemblée nationale a dû, comme les antres, donner sa re|)résentation. i.e spectacle a été aussi intéressant que possible dans un moment où l'absence des premiers sujets, poui- la plu|)art en congé, ne permet pas de varier le répertoire. On a étéoi)ligéde jouer le lîiuhjcl de I inslnidion publique. (|ui est depuis r|uatre séances déjà sm- iafliche. I,a pièce a cependant lait plaisir aux nombreux gardes nationaux des déparlements (|ui occupaient les tribunes. Navant chez eux f|ne des troupes nomades, ils prennent les doublures parisiennes pour des Talma. — Gardons-nous de les détromper. — Aussi bien qu('l(|ues détails sur II solennité d'hier n'offriront pas moins d lulerèl (pu- la séance.
Jamais un peuple n'a aciopti' iiiu" eonstilution sans célébrer cet événement par une fête pultlique On vit sans doute des mâts de cocagne
310 i;Assi:MBi.f;r, nmio.nm.k comique.
se dresser à Allièiies lorscjii'oii |)ionmljj;ii.\ l.i coiisliliilioii île Solon, el riiisloiro laisse supposer (|iie le jour où celle île Lycurgiie fui mise en vi'i^ueiir ;i l.acéiléinoiie, on ilislrihiia une double ration de hronet noir. Les fêles de la conslilulion de Nunia, qui coulèrent de grandes sommes au conseil municipal de Uome, sont aussi décrites dans Tite-Live. — C'étaient là de beaux exemples; mais ou ne pouvait songer à les imiter à cause du discrédit dans lequel les solennités de notre première révolution, aussi bien que les draps de lit à franges cl autres oripeaux de la tragédie moderne, ont mis les divertissements renouvelés de l'antique. i,e programme de la fête de la Constitution était donc bien dilTicile à rédiger. Comment symboliser la joie qu'un peuple éprouve à voir pro-
mulguei' sa Couslitulion ".' [)ar une grande disliilxition de cervelas a l'ail, par des joutes sur l'eau, ou par le spectacle ordinaire dn combat glorieux de l'armée française contre les Bédouins, sur les Irétanx mimodramatiques du carré Marigny? — toutes démonstrations un |>eu usées et d'une trivialité déjilacée. — S'il se fût agi d'unesimple fctede l'Agiicullure on s'en serait toujours tiré avec un cliar traîné par des bœufs; mais comment songer à mettre la Constitution sur une voiture attelée de bœufs ou même de clievniix blancs, et quelle forTiie allégorique lui donner ?
Instituerait-on des jeux olyni|)i(|ues. tels que saut du tremplin, courses dans des sacs, tir à l'arc ou autres exercices dont le vainqueur recevrait pour prix une timbale d'argent de la main de la... de la main de qui?
i.A coNSïi II AN ri:. — \r, Novc.Miiiii;. jii
delà main tlii jK'lil père .Mariasl? niic!([ues-iiiis jirnposaioiit une procession ilaiiiduiic, dans le genre de celle des Incas. .Mais quel raitnorl entre les Incas et la Constitulion ; ajoutons que la saison coninliciiiail encore les dilTiciillés. En été, les jeunes (illes, vcMues de Manc. et lit;ti^ rant les vierges, sont tonjoursd'un elTel poétique et, an besoin, constitutionnel; mais où trouvci', en hiver, des vierges qui consentent à se décolletei' et à se promener dans la boue avec des souliers de salin? .M. Sénard, le raj)porlenr de la commission, avait songé à une cérénw»ic ioiivcric , mais on lui a dit, avec raison, que cette solennité ressembleraittropà ladistribntion des prix du grand concours, et que la Sorbonne était insuffisante. — Enfin, après de grands eriorls d'imagination , on sétait arrêté à une espèce de programme amphibie, civil cl militaire à la fois, mi-partie de pompe antique et de peinture moderne à la délrem|)e : — Revue des gardes nationales de France, et des troupes de la garnison; statues de Lycurgne, de Solon , de Numa , de Cormenin . de Pierre Leroux, et des autres grands hommes qui ont rédigé des constitutions, formant la baie sur la place de la (ioncorde; l'encens allumé au pied des statues... — 1,'encens, toujours le classique encens. — Soit, remplaçons l'encens par des pastilles du sérail. — ^lainlenani, pour la deuxième partie du programme, M. Sénard avait épuise l()ules les ressources de la direction des beaux - arts et de l'étiquette républicaine: — L'Assemblée, défilant en cortège, sur le boulevard, et précédée de ses huissiers portant de gi'andes appli(|ues eu forme de tables, sur lesquelles la (ionslilution serait peinte ! — Le (juesteur De gouséc aurait bien désiré (jiie le cortège fût suivi d'un clueur d'amendements velus de blanc pour tenir lieu des vierges; mais un a fini jiar lui l'aire comprendre (|ue cette mascarade prêterait à rir<' dans les temps ironiques ou nous vivons, et que, toutan [)lus. pourrait-on se pernu'ttre de faire exécuter, à grand orchestre, par les inslrumeiitisles et les élèves du Conservatoire, le rapport de .M. .Marrast, mis tu vers |)ar .Autony Déchamps, et en niusi(iue par M. Musard.
Toujours est-il {\uc la tète a en lieu hier. a\ee très-peu de modifications dans le |)iogramme : seulement riiisloin^ dira (|ue cett(î matinée pluvieuse a plutôt été la fêle dn ]>résident .Mairast (pu; celle de la (!ouslitulion. Personne n'aurait cru, avant d'eu avoii- été lénu)iu. (|u"un ancien rédacteur du .\alioiial pût biavcr les frimas avec autant de majesté que le petit plire .Marrast. Re|)réseutez-vous-le : tète nue sous la neige qui lui avait fait une supeibe perru(|ue poudrée , et jelaul aulour (le lui des regards assurés qu'il reporlail ensnili- veis le ciel (nuiuie pour
en appelel à l'Ktl c-supléine. l.iMSquau r-i;^Mid du lanou, I A^M'Illbli'e
-,1^2 l/ASSEMBLÉli NATIONALh: COMIQUi:.
s'est mise en marche, il a affecté de se tenir seul de quelques pas en avant de ses collègues, malgré l'apostrophe de Buvignier et de Deville qui lui criaient : « Tu n'es pas encore roi, il reste des Brulus! »
C'était aussi un ht au spectacle que celui des départements représentés sur la place de la Concorde par des détachements de gardes nationaux qui battaient la semelle. Ceux du iMidi, peu habitués à la température de Moscou, avaient profité de l'obligeance des galopins qui les suivaient, pour se débarrasser de leurs fusils et souffler dans leurs doigts tout à leur aise.
Les représentants ayant pris place sur un vaste praticable disposé d'après le plan du décor du quatrième acte des Martyrs, le petit père Marrast s'est avancé au bord de l'estrade entre deux trépieds de carton, au haut desquels on avait adroitement adapté des godets de fer-blanc j)ropres à contenir de l'esprit de vin ; il s'est avancé, dis-je, très-majestuensement, bien qu'il eût le nez rouge, et s'est mis à lire la Constitution d'une voix sonore et avec des inflexions que notre excellent acteur Samson, le professeur de Rachel, avait bien voulu lui indiquer. « En présence de Dieu (levez les yeux au ciel, renflez un peu la voix), l'Assemblée nationale proclame (frisez toujours l'r) la France s'est constituée en république (levez le bras droit élégamment)! En adoptant cette forme définitive de gouvernement (la main gauche sur le cœur), elle s'est proposé pour but de marcher plus lil)rement (renversez votre tête en arrière) dans la voix du progrès et de la civilisation. » (Passez la main dans vos cheveux.) — Malheureusement ce geste, toujours si heureux au théâtre, a dérangé la perruque du petit Marrast et fait tomber la neige qu'il avait dans ses cheveux sur le manuscrit qu'il tenait à la main ; — si bien que le reste de la lecture en a souffert. — Cependant, les mères montraient le président à leurs enfants en disant : « Regardez-le, enfants, c'est le vertueux Marrast , l'inventeur de la Constitution suprême. »
Puis, lorsque le petit père Marrast a eu terminé, et que les représentants se sont levés, on s'est aperçu qu'ils étaient ensevelis jusqu'à mijambe. En rentrant au palais, le cortège avait l'air de sortir de dessous une avalanche; — le défilé a rappelé fort agréablement le passage de la Bérésina.
Mais nous sommes bien loin du budget du ministère de Y Inatruction publique. Revenons-y. Il est trop tard, tout le monde sort. Mais pourquoi celte émotion? pourquoi tant de bruit"? Est-ce que par hasard Deville, Buvignier et les trois Pestel auraient tiré au sort à qui frapperait Maxiniilieii Marrast pour lui fermer le chemin de la tvrannie?