I.' ASS !■; M H LÉ !•: .\ A T I O N A 1. 1; C ( ) M I O l E
Suite du budget du MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR— Réduonors Eoutenues par l'orateur
Besr.ard.
Le public tiendra comple à l'oraleiir Uesiiard de sa conduile. Il sesl posé comme l'un des pensionnaires les plus zélés de l'Assemblée nalionale. Malgré sa douleur légitime de la perte cruelle qu'il vient de faire en la personne du franc Luneau, il n'a pas interrompu son service; dès le commencement de la séance, il est monté à la tribune et il a joué son rôle dans la première discussion. Deslongrais, moins iiéroïque, succombait à son émotion; il a été impossible de l'arracher des bras du restaurateur Pcstel, dans le sein duquel il répandait des torrents de pleurs.
Oiiant à Besiiard , (|uoiqu"il cùl r<i'il sec. ou sentait bien qu'il faisait un violent effort sur hii-mèiue, et tous les spectateurs étaient tentés de lui dire : — Mon ami, retirez-vous, ne parlez pas aujourd'hui, vous devez trop souffrir, nous réduirons sans vous le budget du miiiislère de. rintérieur, quelqu'un de bonne volonté lira votre discours; il y aurait de la cruauté à supporter l'éloquence d"un homme affligé comme vous devez l'èlre. — Mais Bcsnard, quoi(iue vivement louché des égards du public, a fait signe qu'il aurait la force de continuer : — Je sais ce (juc je dois à l'administralion. a-l-il ajonlé par un mouvemeul de lèle sigui-
LA CONSÏlilAM i:. — 18 NOVKMBJ.lv .>25
lic.Uif. — Tant de courage a redoublé rinlérèl quil inspirait, el TAssemblée a pris pour récouler un air de résignation conforme à sa douleur.ÂIors, en voyant une si grande tristesse peinte sur tous les visages, le pauvre orateur n'a plus été maître de lui; un gros sanglot qu'il retenait depuis longtemps s'est changé en hoquet; il a pris le verre d'eau pour se donner une contenance; on a cru qu'il le buvait à petites gorgées: point; il achevait de le remplir de ses larmes. Enfin n'y tenant plus, — Chers collègues, s'esl-il écrié, je fais des efforts inutiles pour triompher de M. le ministre de l'intérieur et obtenir que les sous-préfets, divisés aclnelienient en trois catégories fort coûteuses, soient tous assimilés aux bas-officiers de l'armée et contraints de manger à la gamelle. Je vais plus loin que Bineau , je jette le désordre dans l'administration, je suis capable de faire tomber tous les amendements; les auteurs ne me le pardonneraient pas... Eh bien! permettez-moi de ne point achever la discussion et de prononcer ici l'éloge de mon malheureux ami. (Parlez! parlez ! parlez !)
« Messieurs, c'est quand les hommes politiques sont délinilivement morts que leurs contemporains aiment à leur rendie justice. La consolation véritable du bon citoven est de plaire à la postérité. Aujourd'hui (|ue la tombe s'est fermée sur lui, nous pouvons juger Liineau avec im- |>arlialité. — Souffre, ombre chérie de mon ami, que la voix sévère de l'histoire parle par ma bouche! Vous vous souvenez tous de la circonstance dans laquelle Luneau a perdu la vie; eh bien! chers collègues, il ne méritait pas de niourir ainsi, el je me fais un devoir d'ex|diquer ici un déplorable malentendu. Astaix! Astaix! rentrez en vous-même! Savez-vous quel était celui que vous avez traité de hioijcliard, sous le prétexte qu'il dénonçait le préfet Casavan ? C'était un patriote de la veille... comme vous; un ex-commissaire de Ledruliidliu... comme \ous; un orateur insupportable quelquefois... moins que >ous cependant; enfin c'était un républicain sincère! Tant de vertus n'excusaient- elles pas les légers torts d'un collègue trop sanguin? Accusez le tenipérameiit de I.uneau, mais n'accusez pas son cieur! Que dirai-je de sa vie privée? Sobre, aimable et même un peu naïf, tel fut Luneau dans le commerce de la vie! C'est au milieu de nos innocents dîners que j'ai pu surtout l'apprécier. Qu'il était charn)ant quand un modeste plat de supplément l'avait mis en verve ! — Chers Pcsiels, nous disait-il, combien la politi(|ue est douce entre la poire et le fromage! Ici point de dépenses folles, point de budget exorbitant : la carte csl d'un prix modéré; le restaurateur supporte les réductions avec nue bonne j;r:"ue (|im uiiinque a tous les miuislies; je ne l'orme plus
qu'un souliait, c'est de nous attacher le petit Bineau. Jurons-nous de ne jamais accepter de portefeuille les uns sans les autres. Il faut que le parti Pestel arrive aux affaires comme un seul homme! — El nous échangeâmes ce serment comme des Suisses! — Madame Peslel en reçut le dépôL Qu'elle le transmette en héritage à ses enfants, nous ne le lui redemanderons jamais ! — Pauvre Luneau ! je ne lui ai connu qu'un défaut, celui d'aimer un peu tro|) les marrons; mais Deslongrais le lui a bien faitexpier, car il le lui reprochait tous les jours. — Mon ami, lépondait Luneau en souriant, — un dessert sans marrons est un parterre sans fleurs ! — Mot charmant oii se révèle tonte laménité du caractère de celui que nous avons perdu 1 Astaix! si vous l'aviez mieux connu, quoique vous soyez un homme sauvage, vous l'auriez aimé, vous lui auriez offert l'hospitalité dans vos montagnes... et je suis sur maintenant que vous le pleurerez avec nous... »
.\ ces mots, qui avaient attendri toute rAssemblée, le citoyen Astaix s'est levé au comble de l'émotion ; il allait exprimer ses regrets quand une voix partie du centre gauche sest écriée : — Assez, assez, je suis satisfait!...
— Ombre de la voix de mon ami Luneau, est-ce i)ien toi que j'entends? répond Besnard en tendant ses bias. Cher fantôme, où es-tu'.'
— A mon banc... nu; voilà, parti Peslel, me voilà!. . c'est moi... Luneau qui ne suis pas mort! on a enterré un amendement à ma place... j'avais voulu vous éprouver comme dans le Légataire. Maintenant que je suis ressuscité, allons dîner bien vile... Me reprocherezvous les marrons au dessert, ami Besnard"?
Pendant que le parti Pastel sortait suivi de la multitude, M. Baudel, — orateur chargé des reliques du budget de l'intérieur, — s'est fait adorer à la lin de la séance par les inspecteurs administratifs dont il a défendu les traitements.
20 novembre.
Projet de M. Trouvé-Chauvel relalif au remboursement des bons du trésor et dc-s dépût* de la caisse d'épargne.
Une des plus belles colères de financier dont j aie conservé le souvenir, c'est celle du bon Goudchaux le jour où, dans son désespoir de voir le Trésor manquer à ses engagements vis-à-vis des porteurs de bons et des porteurs de livrets des caisses d'épargnes, il s'écria que les déposants devraient mourir de honte pour avoir réduit leur pays à