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une si fâcheuse exlrémilé. Ce reproche, d'une saisissante naïveté, était celui auquel Ion sattendait le moins. Beaucoup dhonnètes citoyens en furent plus affligés que de ne pas obtenir le remboursement de leur argent. En effet l'argument n'était pas seulement nouveau, il était irrésistible. A qui le Trésor doit-il s'en prendre de cet affront douloureux qu'il a éprouvé de ne pouvoir faire honneur à sa signature? A qui, si ce n'est à ceux-là mêmes qui ont eu le tort de lui confier leur argent? Pourquoi ne le gardaient-ils pas? Que ne le plaçaient-ils ailleurs? Est-ce qne le Trésor aurait jamais été exposé à ne pas rendre l'argent si on ne l'avait pas fourré dans sa poche ? — Répondez à cela, porteurs de bons et porteurs de livrets! — Plutôt que de ré[)ondre, vous avez ajouté une nouvelle injure à votre pi-emier tort, vous avez vendu vos titres à perte. Heureusement, ceux auxquels il restait quelque patiiotisme ont rouiçi pour l'Etat. — et fait ce qui dépendait d'eux afin d'épaigner au Trésor une partie de son humiliation, en gardant précieusement leurs titres et leurs livrets jusqu'au moment où il aurait le moyen de les rembourser intégralement. C'est à ces bons citoyens que la séance a été exclusivement consacrée. Le nouveau ministre des finances, .M. Tronvé- Chanvel, sachant bien qu'il leur devait une réparation , a mis toute son éloquence à leur faire oublier le reproche un peu anur di' M. Goudchaux. Des mathématiciens de distinction, qui ont suivi attentivement le discours de M. ('hauvcl et lait la preuve du projet de remboursement y relaté, aflirmaii-ut en sortant que tous les chiffres étaient fort exacts. — Ah 1 tant mieux. — Il n'y a plus cju'à voter.
Vote du prqjet de 14. Trovivé-Gh^uve'i.
Mais quand ajjrès trois heures de discussion, on a ouvert le scrutin hier soir, on s'est a|)erçu avec rui étonncment naïf que l'Assemblée n'était pas en nombre. — Belle économie, me disais -je, propre à soulager le budget! — Kconomie de quoi? — De vingt-cinq francs par tète d'absent. — Monsieur, vous êtes à ce qu'il paraît étranger aux usages du piquenique |)arlementaire Chaque convive présent ou non louche son écot; c'est en quoi l'.Xsscmbléc nationale diffère des vulgaires banquets par souscription où les absents paient b; leur. Ne trouvez-vous pas cela de bon goût puisque la lti'|iiilili(|ne lait les frais du dîner ?
52(5 L'ASSKMIîLKK N A 1 l(t N A LK COMIQUE.
Donc ce malin encore le scrutin était servi sur le bureau, en guise de déjeuner dînant. Vers deux heures et demie, quand il s'est agi de se mettre à table, le vice-président Lacrosse a sonné la cloche avec
la force d'un homme de mer liahilué à piquer le quart. — Dreling... dreling.,, drcling, din din... — Il n'est guère venu qu'une cinquantaine de représentants de bon appétit. Le scrutin refroidissait ; l'on sait qu'un scrutin froid n'a jamais rien valu. — Allons, s'est écrié le capitaine Lacrosse, mangeons toujours : pendant ce temps je vais envoyer les huissiers cherch(!r nos collègues. — Les huissiers se sont tous mis en campagne; qui dans les bureaux, qui dans les couloirs, qui dans les cours, et chacun ramenait de temps à autre une douzaine de retardataires : Messieurs, l'on vote! messieurs, venez voter! le scrutin est servi, on va le manger sans vous !
Enfin, à trois heuiesles bancs s'étaient garnis ; il ne manquait |dus guère qu'une douzaine de membres. Les premiers venus en étaient déjà au dessert; heureusement on avait eu l'idée de placer le scrutin sur un réchaud, et il s'en exhalait une fumée ap]iétissante. — A table! à table ! répétait de sa voix retentissante le vice- président Lacrosse. tin peu animé par le premier service. — A table! à table ! fredonnaient en choeur tous les convives en battant la mesure avec leurs couteaux.
Encore un bulletin nu deux, et le vote allait être valable !
A ce moment-là on aurait volonliers donné cinquante francs an lieu
LA CONSTITIAM K. — 'li N O V L MB HE. rr27
(le viiigt-ciiK] au ropcr^oiitaiU ([iii aurait conscnli à revenir ile conj^îé pour déposer sa soiivcrainolé dans l'urne.
En clierclianl bien cependant, il était impossible qu'on ne trouvai pas deux ou trois membres dans le palais ; il y en a toujours qui s'endorment dans les coins. Peut-être même en restait-il quelques-uns d'oubliés sous les bancs. Les buissiers allèrent y regarder; ensuite ils fouillèrent les armoires, ils soulevèrent les meubles, et Unirent par découvrir M*Avond sous les paletots. Il parait que ce malbeureux jeune bomme se trouvait dans le vestiaire au moment oii ses collègues accrocbaient leurs gros vêtements. Comme l'endroit est obscur on n'aperçut pas M^Avond; une demi-douzaine de coaclimeu en drap pilote tombèrent sur lui à fois, il se trouva pris sans ])ouvoir crier, et depuis le matin qu'il était enseveli là, il essayait de creuser une mine avec ses ongles pour se sauver, quand les buissiers vinrent l'arracber à une mort certaine.
A peine les huissiers avaient-ils apporté IM'" Avond qu'un représentant s'écria : — Je suis certain d'avoir vu tantôt notre collègue le prince Louis dans la salle desConlérences; allez le chercber, il ne nous manque que lui pour être en nombre. — Le vénérable Duponceau, chef des huissiers, s'élança lui-même et rencontra effectivement le prince qui regardait attentivement les mouches voler. — Monsieur le prince Louis, lui dit-il, pourquoi n'entrez-vous pas?
— Che beux pas, che beux pas... ou m'aflVe oublié dans cette local debuis ce matin... Terteiflle ! che suis empêté, mais che beux bas entrer tutc seule...
— Oui donc vous en empêche, monsieur le prince ? répliqua I)u|)ouceau, les chemins sont ouverts...
— Ya... che les gounais... mais cb'attends le brtulenlc Fieillard... On m'afre voulu décbà faire endrer dedans, maisc'êlre un piéche bour me faire barler.
— Prince, vous avez le droit de garder le silence.
— Va...
— .>L le président ne souffriia pas qu'on vous foic(> de parler...
— Ya...
— Le scrutin vous attend...
— Che le gonnais bas...
— .le veux dire qu'on vous ]irie de voter.
— (^he fote chamais tule seul.
— Kh bien, c'est de la part de !M. Nieillaid (|ue y viens vous ilirrcber.
— ^a!.. oli!... Icrleiflle ! alors clie volais bien ondrcr (Icd.ins
pour iiiollrc li- holilo garte clans le hoîtc.
Grâce à le bctite garle de Monsieur le ciloven prince Louis, la bonne inleiUioii du ministre Trouvé Chauve! pour les porleurs de bonn et de lix^rela esl deveuue une réalité au scrutin.
Mais voici bieu une autre histoire : ncuis sounun^s dans les cancans jusqu'au col. Il parait que le portier du Journal des Débals, qui le tenait du concierge de rAssenibUe nationale, aurait répété an valet de chambre de la Presse que cert;iins membres de lex-commission executive se vantaient d'avoir sur le cœur bien des choses relativement à rinsurreclion de juin ; et que notamment le fameux Pagnerre, ancien libraire du gouvernement provisoire, aurait laissé entendre chez madame Gibou, où il se trouvait à prendre le thé avec M. 15arthélemy-Saint-IIilairc, que son ami Duclerc savait de Garnier-I'agès lui-méuie des détails propres à faire rougir le gouvernement actuel, et qu'il faudrait bien qu'un jour ou l'autre, on s'en expliquât par-ci , on s'en expliquât par là, — vu que lui, Pagnerre, n'était pas homme à supporter comme libraire, et pour l'aire plaisir à M. Cavaignac, les récriminations de la postérité, sur lesquelles Garnler-Pagcs, Duclerc, — et Barthélémy Saint-llilaire, initié à tous leurs secrets puisqu'il est assis à la chauibre entre eux et Pagnerre, — savaient à quoi s'en tenir ! — Ces propos-là étant venus aux oreilles du pouvoir exécutif; le général Cavaiguac, qui peut-être aurait pu à cause de sa position n'y point prendre garde, s'en est offensé et s'est mis en tête de remonter à la source. C'est pourquoi, venant tout de suite au fait, il a sommé, en face de l'Assemblée, Garnier-Pagès de déclarer si c'était lui qui avait autorisé la veuve Gibou à répandre des bruits dont Emile de Girardin tire parti avec sa perfidie ordinaire. Disant cela, le général était fort pâle, ses gros sourcils remuaient, et l'on sentait que, malgré sa modération de style, il n'eût point été fâché peut-être de terminer l'explication par un coup de torchon, comme on dit euAfrique. Vous connaissez Garnier-Pagès, il a une très-haute opinion de luimême, il porte ses cheveux longs comme un homme qui a besoin de se faire remarquer; enfin il joint à des habitudes vulgaires un certain nombre déposes héroïques qui lui donnent une incontestable autorité sur son élève Duclerc, sur Harthéicmy Saint-llilaire, grand admirateur de l'antiquité, sur Pagnerre. qui croit jouer un rôle dans l'Étal, et même sur Allaroche, avec lequel il taisait tous les soirs un cent de piquet avant la révolution. — S'enlendant ainsi publiquement interpeller par le général Cavaignac, Garnier-Pagès s'est aussitôt drapé dans une |)hrase à la Pipelet, (|u'il a ((Mininée eu se disant (ont jn-êl à
l.V (ONSI I I l AM i:. — '2-2 NOVK.M ItUK. .>2'.t
soiilL'iiir \is-a-\is iIl- qiiicoïKjiu; el dans rintôrèl do rL'\-coiniiiiï;si()ii exéculivo les i)ro|»os Iciuis chez madainu tiilnui. On allendia. ponr donner pins de solcnnili' an nnican, le ri'lonr à Paris de MM. I.aniarlinc cl Marie, (jiie le lélégra|)lic va imnicdialemcnt convoquer. Le lélcjjraplie, oomiiie on voit, est tonjoTirs lion à (|nelqne cliosc.
•l-i iioveinliix'.
Budget du ministère du eommerce et. d?. ragriculiure. — M. Laussat ci M. Lherbsiw
Il(i|i!... Iio|)l... Ii(i|)!... serre/ la liolle, liiq)... hop... hop... les pointes en dedans, lernie sur les hanches... hop, iiop... ii(i|)... lâche/ la hride , aile/ dune... hop, hop., hop... an lidl... aile/ donc... hop... chaiip,enient de main !... allez , allez !... — La discussion pialTe, les orateurs hennissent, et le petit père Marrasi, coilTé à l'oiseau royal, tient la clianihrière. Le inani'ge des célehies frères Bouthor n'olTrirait qniin spectacle médiocre en com|)araison des exercices d'éqnitalion auxquels nous allons assister.
On a fait descendre anjoiird"hiii sur le turf les haras., de l'onctiouiiaircs. Le jockey-cinh est là le lorgnon à r(eil ; On l'a placé dans la tribune diplomati(|ne. l'as nu du nos xjwrlincn ne manque à la lèle. Les voici tons : le petit (iodiveau , le laineux éleveur (|ui va tons les jours au iiois sur son incomparahle roussin (jn'on est conv(înn d'appelei' un aiahe pur sang; M. de Saint-I'nlois . connu j)ar la longueur de ses ('perous ; le jeune Clianiouillard , (|ni lit courir lan dciiiier les deux chevaux de carrosse de madame sa mère; Taimahle et prodigue Champignol , (jni se ruine en leçons d'c^juilation ; .M. de (îraiigoulard , (jui a rapporté (IKpsom les Itelle.s habitudes anglaises, et (|ui eiilraiiic chaque année son portier à Tépoque di's courses de ChanlilU ; enlin toute la llenr des écuries (lu boulevard de (îand.
Allenlion, hs jockeis ! vous êtes sous l'ceil des connaisseurs ! \ jx'ine a-t-on ouvert la barrière du huilijcl du ministère de l'agricitllure , (|u une demi-douzaine d'orateurs sont |)artis ventre à terre; avant la (in du premier tenir, les uns étaient tomlx-s dans la tribune, les autres dans le verre d'eau , celui-là s'était dérobe- ; le simiI qui soit nnenn était à califourchon sur le col de son discours en faveur du Irailemeni des infperleurs réiérinaires, cl ne gardait |ilns ré(|uilibii' (pi'en se cramponnant aux oreilles de la bêle.
Apri's celle course malheureuse , nous avinis en un assez hiillanl exercice de bauli' •toIc. M. i.:iussal est arrivé' au |i('lil galiqi avec loiilc
550 L'ASSEMBLÉE NAilONALE CO.M I OU li.
la grâce el la noblesse du vieux l.auient Francoiii, dont il esl le seul rival. M. I.aiissal est véritablement lail jtonr jiorler le grand costume
de rancieiine ('(juitalion IVauçiaisc : la culotte de daim , l'babil l)leu à basques . el le chapeau de général orné de plumes blanches. A la façon dont il arrondit les bras pour prononcer la première phrase de son discours , on reconnaît riiomme qui saurait, au besoin, danser une entrée de chaconne. M. Lanssat a conservé la tradition des mousquetaires de Fontenoy; son style à TéGuyère, sa dignité en selle, en fonl un précieux modèle de Tex-cavalier français, cette gloire oubliée de notre hippodrome national.
11 l'Iait impossible (pie M. Lherbelle se disiiensàt de paraître aujourd'hui sur le lurl'. M. Mierliclle uionle assez mal, mais il est cavalier
LA CONsTITlAM K. — -25 NOVKMBRK. 551
dans rame ; il a fait du cheval sa spécialilé, et tout le monde le connaît comme un de nos amateurs distingués. D'ailleurs, M. Lherbette a une écurie à lui, et s'il parle de nos haras, c'est en maquignon qui sait toutes les ruses du mélier. Qu'on ne lui dise pas que l'avoine est chère, car il répondra qu'on peut nourrir les chevaux de l'Étal avec des légumes.— Voyez les miens , s'écrie-t-il , ils ne mangent que des pommes de terre et des carottes ! en sont-ils moinsgras à cause de cela? au contraire, on les prendrait pour des hœufs ou des vaches suisses tant leur santé est florissante.
Il est de fait que les chevaux de M. Lherhelte ont l'air d'avoir du lait, et qu'ils donnent envie de les traire. Quand on entre chez eux. on se croirait dans une écurie de nourrisseur. M. Lherbetic amhilionne la succession de M. Corne, et il se propose de fournir pour le carnaval prochain un cheval gras eu jjlace du hu'uf, qui est passé de mode maintenant. Il faut dire que M. Lherhelte tire celle magnifique race de coursiers de chez un grand seigneur de ses amis qui lui repasse ses poneys lorsqu'ils sont fourbus. Après s'en être fait honneur lui-même pcuidant quelques années, M. Lherbette consent à les céder à son ami M. Glais- Bizoin, petit amateur de second ordre, mais à la condition qu'il ne s'en défera jamais. C'est ainsi que le sang de ces honorables animaux se conserve dans tonte sa purel(''. Ajoutons (|ne M. Lherhelte, en véritable éleveur qu'il est , traite ses chevaux comme lui-même, ce qui explique leur attachement et leur fidélité. II ne confie point son écurie à des palefreniers, qui mangeraient souvent la moitié de l'avoine; M. Lherbette n'a pour ses chevaux et pour lui qu'un seul domestique, Pierre Leblond , son valet de chambre, qui est aussi cuisinier.
Ainsi, quand M. Lherbclle parle de l'amélioration de la race chevaline et de l'économie qu'on peut apporter dans l'enlrclien des étalons, il nous semble qu'il doit faire autorité.
25 iiovonibro.
Fin do la di:;3U8£ion du bu'ijol du mir.ijlère du commerce. - — M' Favre.
Passons à d'autres exercices de \oltige; nous n'avons vu encore (juniu! faible partie des écuyers. Aux sons d'une musique guerrière la bariière s'ouvre, et l'orateur IVincau |iaraîl en costume de cavalier sauvage pour exéruler la granile chasse indienne aux ini^pecleiirs des haras.
!>",ihiii(l M. KiiiiMii M- IImi- ;i (|ni'h|ncs poses alhlcliqiu's afin de faire
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atlmirer ses lorini's. l,e corps LMiliiTeineiit iiii, sauf iino \c'^i-vc ceiiiliirc (le plimies, le visage laloiié, hraiulissanl de la main droile une massue, agilanl de l'aufre un drapeau sur lequel on lit : « Morl à la race clievaliiic! » il a Imil-à-lail l'air d'un liomme des liois. Pour coiupléler I illusion et répandre la terreur dans l'ànu' des représentants, il pousse des cris gutturaux cuuinie s'il livrait un eoinhal aeliaiiM' a ijuelque ennemi de sa tribu. \ ce moment, on làclie dans le manège nu discours sans selle, sans bride ni mors, un discours à tous crins qui rue, qui se cabre cl qui ressemble bien plutôt à un animal léroce qu'à un cheval apprivoisé. Bineau saisit le discours par la queue, d'un bond il s'élance en croupe; le discours détale. IJineau s'y crauipouue; le voilà collé aux
lianes de la réduction ; bientôt on ne distingue plus l'homme de la bète, leur souille se confond, le cri du sauvage el le hennissement du coursier se mêlent; il n'y a plus de discours, il n'y a plus de cavalier; il n'y a qu'un centaure. Puis, au moment de la course la plus furieuse, l'orateur se détache tout-à-coup du discours et vient tomber sur ses pieds au milieu de l'Assemblée, à laquelle il fait un grand saint d'écuyer respectueux.
Pendant celte scène violente qui plongeait la salle entière dans l'adniiration. il y avait à la galerie un spectateui- qui se tordait, (|ni suait, qui se levait, qui interrompait et qui se faisait remarquer de tous ses voisins. C'était un gros homme à figure débonnaire et naïve, une sorte de cam- Itagnard, (|u'on jiouvail prendre pour un niarcliand de chexaux incapable
i.A (.oNSiiii AN il,. — '25 NovEMuni;. -.r,:,
(lo caclior ses émolinns. A peine IV'eiiyer Biiieau élait-il desceiidn de l,i Irihiine que le gros iioiimie redouble son lapage et commence à interpeller dans son patois les gens du manège — Ohé, olié! dites donc, l'zanlres, j'voiidrions mouler iton, mè, sur Ibiilet; jai pas peur des bêtes, allais.... ^l'sien, xoulaisvons mprèlais vol' cheval?
A ces mots, on rit, on se pousse, tout le monde vtMit voir le naïf montagnard. — iMonlais... montais!... lui crie-t-on avec ironie. Le brave homme ne s'effarouche pas; il lient tète à tout le monde, et linalcnient escalade la balustrade avec des efforts inouïs et tombe dans le manège.
Le petit père Marrast était superbe de sang-froid; la chambrière en main, le sourire aimable ([iioi(|ue un peu moqueur, ainsi qu'il convient à nn professeur d'èquilatiou, il avait presque aussi bon air qneJL Haucher. — Eh bien ! lit-il an campagnard, vous dites donc, mon brave homme, que vous voulez monter à che\al et essaver vos talents devant l'Assemblée.
— Oui, m'sieu.
— Fort bien ! qu'on apporte nn discours à n)onsieur.
— Heu... heu... heu... ricana le brave homme, qu'ea soit |)as nn Irop méchant...
— Nous allons vous donner lePetit-Gris. celui que moulent lialiiliielleinent messieurs les ministres; une bète charmante; seulemenl il ne fini point l'interpeller; vous aurez soin de lui lâcher la bride.
— Kt Ibridon iton.
l n écuyer amena Petit-Gris au milieu delà triltune.
— Kh bien, montez donc, mon ami, dit le petit père MarrasI d'un Ion engageant.
— l'arqué côlai, m'sieu. si c'éiai un elïel de vot' boulai?
— t'ar le (•nt<- (ju'il vous plaira. AMons... une... deu\... li-ois... à iheval...
Kt le brave homme de nuih'r sous le ventre du discours, à la grande salisfa( lion de l'Assembh-e.
— .MIons, reeommen(,-ons «;a... Lni\ . denv... trois. .
C(!lle lois, mon campagnard était en selle. Ou fouette le cheval. — liai... bai... bai... m'sieu, pas si fort... vol' bidel est Irop dur... — Cependant le diseonrs galope. Ndiei l'nraleur (|ui se re(ii<'sse, qui s'afff-rmil petit à petit et qui se met lonl-à-f.iil à son aise. — J' vais m débarrasser de in'n iuinp'lande, crie-l-il. — Aussitôt la honpelande esl à l)as, après la honpelande l'habil. après l'habit nn gilet, puis un autre, puis deux, puis II (lis, puis di\, puis li-eiile gilets (|ui composaieni le gros Neiilre (In l.iiiv ( .'imp.iL.'n.'ird. — Son< le dernier ijilel. resie un excelienl
n34 L'Assi:.Mnij:K l^A^l(^^Al,l: comiquk.
discours collant. On reconnaît M. Tonnct lui-niènu; , ministre dn coniiirrce et de l'agriculture!
Comme ça été bien joué! Qui est-ce qui se serait douté que ce brave homme-là était un véritable écuyer?
Le spectacle allait se terminer sur cette scène assez divertissante, quand W Favre est monté à la tribune : ton doucereux, œil plus vert, figure plus blême que d'ordinaiie. Nous avons compris que M" Favre trouvait la discussion du budget des travaux publics trop douce, et qu'il voulait autant que possible se donner le plaisir de faire s'enlr' égorger quelques-uns de ses anciens amis. M" Favre relève à peine de maladie ; on dit qu'il a été atteint d'une pestilentie aiguë pour avoir respiré imprudemment l'un de ses discours; les médecins lui ont dit qu'il n'achèverait pas de se guérir s'il ne rejetait tout son venin ; c'est pourquoi il a annoncé qu'il interpellerait demain le gouvernement.
24 novembre.
Interpellation de M' Favre sur les intrigues électorales du gouvernement en faveur de la candidature du général Cavaignao. — Budget des travaux publics.
Nos pressentiments ne nous avaient point trompé sur le compte de M° Favre; le beau type d'Yago est retrouvé. La première fois qu'après la lecture des circulaires nous pûmes contempler le visage de leur auteur, nous ne manquâmes point de nous écrier : On peut beaucoup attendre de ce charmant avocat; soyez sûr (]u'au premier chant du coq il reniera ses amis. II y a en lui un excellent fond de méchanceté qui lui tient lieu de convictions. La rancune et le besoin de nuire seront la règle de son honorable conduite. 11 est froid comme le serpent, et il a le sourire de la hyène; la nature et l'étude l'ont doué d'une éloquence particulière; ses lèvres laissent couler en paroles emmiellées le fiel de son cœur, il distille une ambroisie empoisonnée; il suffit de le regarder pour comprendre qu'il ferait condamner à mort avec un grand choix d'expressions, avec une élégance imperturbable, ses plus chers collègues; je crois même qu'il exécuterait la sentence sans rien ])erdre de sa grâce. Oue si l'on paraissait s'en étonner, comme aujourd'hui par exemple, en l'entendant parler de son affection constante pour Ledru-Rollin : — Eh quoi! répondrait-il, on guillotine un ami, sans, pour cela cesser de le chérir tendrement!
C'est surtout en temps de révolution que les hommes de la trempe de
I , A ( ; (» N S 1 II L A N 1 K — -2 i N ( » V K .M 15 15 K. rï3.%
iM'= Favre son! |iréci(;u\. l'oiir [leii (ju'oii ail hcsuin ilc |)(M'|)cliior los ilivisioiis, lie préparer un scaïuiale, treiivenimcr les quorollcs, on les Irouv»^ loujours sous sa main II arrive un moment où cha([ne parti les repousse, mais sen sert; alors ils ont une spéeialité; leur élocjuenee s accroît par la conscience qu'ils ont de la répulsion qnils inspirent, et ils exercent leur métier en artistes. Si M'^ Favre était venu au monde deux ou trois siècles i)lus tôt, on l'eût l'ait piocureiir de la sainte ln(|iiisition. Il pos-
sède l'aménité de lanj,Mj,'e, la douceur de \oix, la placidité di; physionomie (le ces gens qui parlaient avec onction à des auditeurs étendus sur le firil. J'appelais lout-àriieurc M' Favre : lago, cesl (iuheiia qu'il faudrait dire; — (iiihrtla-poison. — Il y a des rcprcscnlanis qui ont dmine a M"^ l'avre le surnom aimnlde de riimjrn vriiin ; mais on penl laire une