‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 79 sur 114 · I.A (.ONSilTUAME. — 10 .IA^VII■.^.. ftt · texte numérisé non relu

I.A (.ONSilTUAME. — 10 .IA^VII■.^.. ftt

Depuis le jour où noire célèbre Odilon Barrot est monlé sur un piédestal, le petit père Brunel n'a ])as cessé de mettre des cravates blanches. — Mon Dieu! se disait-on autour de lui, est-ce qu'il voudrait se marier? cette cravate blanche n'est pas naturelle; nous avons peur que le petit père Brunel ne se déraneje ; il faudra prévenir madame Evrard. — Fort heureusement les cravates blanches ont été explicpiées ces jours-ci à l'avantage du petit père Brunel; c'est en faveur de notre célèbre Odilon Barrot qu'il les porte. On s'est aperçu que le petit père Brunel était le grand ami de Thémis, et qu'il n'avait ])as cru pouvoir se dispenser de lui témoigner par des cravates blanches la ])art bien vive qu'il prenait à son ministère. IVolre célèbre (hlilon, dans la ]»osition où il se trouve, no ])eut plus supporter autiiur do lui fjue des personnes en grande tenue de cérémonie; et !oul nalurellemenl le petit père Brunel, exjiosé par sou amitié à rece^oir iHie partie des honneurs (ju'ou rend au président du conseil sur son passage , s'est vu forcé de mettre conslauunenl des ciavates blanches. Il .serait donc injuste de le soupçonner de l'inlenlinu de se marier avec inie jeune héritière. A son âge ou n'épouse plus que sa gouvei-nantc , à peine d'être un gros ingrat. Disons mieux, tout porte à croire cpie le petit père Ih'unel ne se mariera jamais; je ne craindrais même pas d'aflirmer, d après sou discours d'aujoiu'd'lnii , ipi il dnil a\(iir eu beaucoup à se plaindre de madanu- Kvrard.

Le petit père Brunel est monté à la tribune au moment ou l'on s'\ attendait le moins. La discussion paraissait sérieuse, il s'agissait de In révision rie I art. 17S1 du Code civil. — Permettez, messieurs, s'est écrié le petit jière Brunel, permettez... Je réclame la faveur de parler contre les bonnes. — ^ous^o\('zen moi, a-l-il ajouté, lennemi personnel des domesticpies...

— Oudi, M)us, pelil père lirunel;'

— Oui, messieurs, je suis la xirlime de madame Kvrard.,. Mais je ne sais pas trop si la pudeur me permet d'achever ici la narration des torts que Bosalie s'est permis à mon égard.

— Parlez , parlez !

— Messieurs, tout \i('ul ijuii cnusni ([uClle a\ail dans les cuirassiers ! ... Je dois \ous dire (pie j'a\ais reconnu a\ec chagrin , l'année précédente, qu'un hussard qu'elle m'n\ail présenté counne son frère de lait n'appartenait en rien à sa famille... Mais j'en reviens au cuira.ssier... Où croyezvous, messieurs, (|ue j'aie surpris ri' cuirassier? je l'ai surpris dans ma robe de chambre!... ceci n'est (|u'iui dél,iil, — MosiiMus, \o\e/. , je miu< prie, jusqu'où peut aller l'astuce des bonnes! Hosalie avait (juairr" i-ufanls ! ils me srmt arri\és hier de noiurice tous les (piaire à la fois. Je

revenais de chez mon honorable ami Odilon Hanoi; nous avions parlé politique ; j'étais fort énni mal^a'é ma cravate blanche. — Bon Dieu ! m'écriai-je, à qui sont donc tous ces enfants-là? — Malheureux! il le demande, me répondit Rosalie. — Je crois avoir quelque droit de m'en informer? répliquai-je. — Ah! de s'en informer... ah!... ah!... ah!... — Et là-dessus la malheureuse feint un évanouissement.. aussitôt les quatre enfants se jettent sur moi en poussant des cris horribles. Quoique naturellement doux, je sortis de mon caractère : — Emportez ces enfants-là , m'écriai-je... ah! Rosalie, faites-les disparaître. — .Jamais! me réponditelle. — (jue vous dirai-je? Je me rendis immédiatement chez le commissaire, et je lui déclarai qu'on m'avait apporté quatre enfants chez moi et ({ue je voulais absolument les faire sortir. — C'est fort difficile, me répondit le magistrat. — Comment, difficile? Mais, monsieur, vous ne savez pas qu'il v a un au à peine cette tille a déjà mis un cuirassier... c'est-à-dire le hussard... non, un cuirassier dans ma robe de chambre... et je ne pourrais pas me débarrasser des (|uatre enfants ! — Hum ! fit le commissaire.— Plaît-il, hum? — Heu... heu... vous avez peut-être donné quelques droits à Rosalie? — Des droits! les droits de m'apporter quatre enfants ! une bonne dont j'ignorais même les antécédents ! Ah! voilà qui est trop fort. Je vous prie sérieusement , monsieur le commissaire , de faire votre devoir. — C'est alors qu'aux termes de l'art. 1781 du Code civil , le commissaire me déféra le serment. J'obtins l'enlèvement des enfants. Cependant, que serait-il arrivé sans l'art. 1781, et en s\ipposanl (|ue Rosalie eût eu la permission de déposer dans le sein du tribunal quelque allégation contre moi? je rougis de le supposer 1 Messieurs, continua le petit Brunel, si l'exemple de Rosalie ne vous suffisait pas, j'aurais encore celui de mademoiselle Victoire, mon ancienne bonne, et d'un cocher (jui...

— Cela suffit, cela suffit , s'est alors écriée l'assemblée d'une voix unanime; nous renvoyons la révision de l'article 1781, ainsi que tous les autres projets qui nous ont été soumis, à une seconde délibération.

Aussitôt le petit père Brunel est descendu de la tribune en disant : — Messieurs, je vous remercie: j'espère (|ue celle leçon profitera à Rosalie.

17 janvier.

Rapports de rétitioris — Communication d'à gcùvernsment'

C'inlerèl ([ui s'altaciie aux prennèresdéliliérafious depuis (|ue le règlement en exige trois a\anl le vote délinilif est Ici (|ue , \ers quatre heures,

LA (OiNSTITLAN IK. — 17 JAISMEH. .V21

M. le |)rositli'iil, sentant la nécessité absolut' d'ini orateur, et voyant que [lersonue ne consentait à monter à la tribune, a adressé l'invitation la plus tlatleuse au citoyen AVolowski; mais cet ancien Polonais a saisi l'occasion de ])rendre une revancbe éclatante de tous les mauvais procédés du petit père Marrast à son égard; il a absolument refusé de parler. Alois l'embarras est devenu très-grand. Les tribunes étaient remplies (le monde; les gardes nationaux de service commençaient à piétiner; — on allait bientôt être obligé de faire une annonce. — Les buissiers couraient partout, dans les couloirs, dans les bureaux, demandant à grands cris s il n v aurait pas ])ar basard un orateur qui sût un discoius, et (|ui voulût le réciter pour rendre service à l'adnnnistration. Enfin on a trou\é M. (.barlemagne , M. de Puzy et deux ou trois autres qui avaient des rap|iorts dans leurs pocbes, et à force de sollicitations, on les a déterminés à entrer dans la salle et à les venir déposer sur le bureau. (]ela n'était point tout à fait de rélo(|uencc , mais enlin c'était de la pantomime parlementaire.

Sur ces entrefaites, .M. Pascal Duprat , à (jui son talent permet toujours de conserver la parole pendant une demi-beure, est arrivé de la campagne. Pascal Duprat ne soldait d'abord |)as se faire entendre, sous prétexte (|u'il était en babit de voyage , et qu'il n'avait pas eu le temps de mettre une cbemise blanche; mais sur 1 insistance des buissiers , il a fini par retrouver une vieille paire de gants de chevreau dans ses poches, et par rendre compte de l'élection du département de la Manche. — L'exemple de Pascal l)u|)rat a encounigé M. Tranchant; et notre citoyen Flocon lui-même n'a jioint dédaigné de dire do sa place (|uel(|ues mots charmants (\m ont encore ajouté à reifel de la discussion. Noyant cela, le petit père Marrast se frottait les mains en disant: — ()b ! oh ! avec moi les séances ne manquent jamais d intérêt. — t.e n'est pas tout : au moment oii les rapports commençaient à s'épuiser, les garçons de théâtre ont apporté le piédestid dans la tribune , et le parterre a pu croire qu'à l'occasion de l'anniversaire de Molière, célébré hier a la (.(imédie-l'rançaisc, ou allait loiiiuuner le buste de notre célèbre < hliliin IJarnit.

Oiichpics ixTsonnes avaient, à ce (ju'il parait, exprimé l'iniiniéludc (joe les prévenus de mai ne fussent |)as en |)arfaile sùrelé dans le diinjon de Nincennes; — c'est pour(|uoi notre célèbn" Odilon Harrol n'bésile pas a liemander cpiOn les transporte à Hourges, où ils seront déleinis et jugés aM'c toute I impartialité (|ue |»eut inspirer le (|uarticr-général du ciloven l'iugeaud , commandant en chef de l'armée des Alpes. — (j'Ile proposition a été considéiée généralemetil comme un ciuumeuccmcnl d amni.'^lie.

422 1. .\ssi:mbli;e .wtio.nalk comiqlk.

18juiivl,M-.

Présentation par le gouvernement, d'une liste de trois candidats à la vice-présidenoe de la République.

Le moment était venu de mettre le comble à la félicité parfaite des populations pai- la présentation à l'assemblée , aux termes de la Constitution , d'une liste de trois vice-présidents. Le conseil s'est réimi (•ett(( nuit.

Vu la gravité des circonstances, le comité judiciaire, représenté par M. de (ienoude, le petit Tbiers, elle fameux Katlur, avait été admis aux délibérations. M. Armand Marrast, sentant que sa présence était indispensable, s'était mandé lui-même. Alors cbacun a pris le rang qui lui était assigné dans la cérémonie; M. Buffet s'est rangé contre le mur, le jeune Léon Faucber s'est placé dans un grand cornet, les autres ministres se sont mis modestement sous la table, et notre célèbre Odilon Barrot a dit du haut de son piédestal , situé en face d'une petite colonne Vendôme qu'on avait construite ])our Louis Bonaparte : — ■ Puisque les présidents sont réunis , nous pouvons commencer la séance.

— Flic, flac , s'est écrié aussitôt M. de (ienoude, si nous sommes tous d'accord . frappons-nous les cuisses en signe de sympatbie pour le suffrage à deux degrés, le seul qui soit vraiment universel. Flic, flac, je vois avec plaisir que mes citations de Montesquieu vous ont démontré la nécessité du couronnement dont j'ai l'honneur d'entretenir le public tous les matins. Flic, flac, je propose de faire sacrer le vice-président à Reims.

— Tout en respectant des opinions aussi consciencieuses que libérales, interrompit le président du conseil, je ferai observer à M. de Genoude que s'il continue, je serai obligé de le saisir. Maintenant oserai-jc prier l'honorable citoyen Thiers de vouloir bien exprimer son avis.

— Hi...hi...bi... hi...

— Fort bien, je comprends toute la portée de xos observation; mais l'impartialité me fait un devoir de permettre à MM. les ministres qui sont sous la table de les contredire avec une entière franchise. Allons, messieurs les ministres , parlez... faites-vous entendre.

Connue les ministres ne répondaient rien : — Ils dorment sans doute, ne les réveillons pas, continua notre célèbre Odilon Barrot, je profiterai de ce silence pour interroger M. Baltur, qui représente plus spécialement ici le grand parti modéré.

— Aonnnons Barrot! nommons Banni '.

— Assez, monsieur, assez, \otre acclamation me ilatle , mais je suis

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