‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 80 sur 114 · I.A (.l».\sri 11 AN 1 i;. ISJANVIi:il · texte numérisé non relu

I.A (.l».\sri 11 AN 1 i;. ISJANVIi:il

forcé par des raisons majeures de décliner rinmiiciir (pie le i>ra!id parli modéré veut bien me faire par votre organe, .l'ai pris \is-;i-vis de moimême l'engagement de rester pendant di\ ans à la tèle du niinislére: la France l'exige. \ous conce\ez dès lors qu'il me serait pres(|ue impossiiile d'accepter les fonctions essentiellement Iransitoires de vice-président. Il importe qu'on puisse inscrire plus tard sur mon tombeau celte épilaphe mémorable ; il a fait des vice-prksidknts et \"a poixt voilu i. ktbe. — Ou'en jiensez-Mius, mon lionorable ami Fliicrs ?

— Hi... bi... bi... bi...

— Fort bien. .le suis beureux de voir (|ue \ous m'avez compris. l'assons à un autre. A quoi jiense monsieur le petit |)ère président Marrast?

— Je pense, monsieur le jn'ésident , que nous sommes ici trois présidents , et (juc c'est un des plus beaux spectacles auxquels puissent assister les personnes qui aiment les réunions de présidents.

— Monsieur, vous en êtes un autre, répondit notre Odilon Rarrot en faisant un salut qui prouvait combien il était flatté ; cependant permettezmoi de consulter le jeune Léon Faucher, que je sais doué d'une prudence au-dessus de son âge. O"0''l" •' ''*'* conservé de son ancien état de chenille la mauvaise babitude de se mettre dans un cofbn, c'est un assez joli ministre de l'intérieur. Kb bien, petit Faucber?...

— .le demande un grus bomnie.

— Fort bien ; mais quels sont les gros hommes que nous avons à notre disposition ? Je ne crois pas depuis la mort de Lepeintre jeune en a\oir rencontré de plus gros que l'honorable Boulay de la Meurtbe. Il est d'ailleurs de la plus haute importance politique que le vice-président ne puisse porter aucun ombrage par la su|)ériorité de ses talents à M. le président de la i{épubli((ue. L'honorable Boulay n'ayant point jusqu'tà pré.'^enl d'autre litre de gloire (jue son titre de ; la Meurtbe, me paraît donc rempliiloules les conditions désirables d'endxmpoint et de capacité, (.'est un excellent choix. J'aurai l'Iumneur de l'inscriie le |iremier sur la liste. .Maintenant proposez-moi , je vous prie, jiour la iorme, deux autres candidats. M. Baltur a-l-il <|uelque préférence?

— J'aime assez les militaires, parce qu'ils ne payent f|U(' demi-place.

— Je vous ferai obser\er que la place est entièrement gratuite ; mais nous pourrions rendre hommage à M. Thiers en prenani (|uel(|ue brave (|iii aurait seni sous lui, le général Baraguav, par exem|)le.

— lli... hi... hi... hi...

— Fort bien. Celle approbation me décide. Maintenant , messieurs, signalons-nous par une concession aux opinions avancées.

— Thiers I Thiers! (il une voi\ mui- I;i (^dile.

424 I \ssi:.M[u.i':i; .natmi.nm.i; comiqi i;.

— Il est tio[) l'iirhunié en ce inonu'iit , répondit notre célèbre Odiloii lîarrot. Mais je crois f[iic les républicains de la veille seraient })ien difliciles s'ils n'étaient satisfaits de M. A ivien, qui fut un ministre du lendemain.

Je renonce à décrire l'effet produit sur l'assemblée par la présentation de celte liste de candidats. Un gamin de Paris s'est mis à crier du cintre : Trois pour ini soL Irx rirc-préxulcntsl trm<< pnitr un xo//

19 janvier.

Le traitemeiit du yice-préEident de la République.

— Messieurs , disait dans les couloirs le citoyen Etienne ( fils de Joconde), réfléchissez, je \oiis prie, aux nécessités de la situation. Je comprends parfaitement que s'il s'agissait de choisir pour vice-président un homme considérable, la gloire de ses fonctions put lui suffire. Mais puisque de hautes considérations polilicjues nous forcent de nommer un individu cpii ne se distingue sous aucuns rapports, et qui soit de nature à ne point porter ombrage au premier magistrat de la liépublique, comment nous dispenserions-nous de lui attribuer im traitement propre à le dédommager un peu de son infériorité? hies-vous d'avis qu'il faille adopter le système des sous-préfets gratuits, tel que le proposent aujourd'hui même plusieurs pétitionnaires? ^ion certainement. Eh bien! alors, vous ne pouvez admettre un vice-président sans honoraires? Car, enfin, je vous ferai remarquer que notre collègue lîoulay lui-même, candidat sur lequel la majorité paraît disposée à se réunir, a rempli autrefois des fonctions de ])réfet, qui lui ont valu le litre de la Mcurihc, sous lequel il est généralement connu. A cette époque mémorable de son existence, il n'a point été, que je sache, privé d'appointements ; serait-il juste de lui en refuser aujourd'hui? Permettez-moi de vous dire que ce serait le rabaisser au-dessous des derniers garçons de bureau , et le mettre de pair avec les surn,uméraires.l n ancien préfet n'accepterait jamais une aussi humiliante position. (Juant au chiffre des appointements, je l'abandonne à votre générosité. C'est le ])rincipe que je défends. Après tout, vous savez bien qu'il y a aujourd'hui très-peu de maisons oii les représentants puissent manger des glaces et boire de légers verres de punch; est-ce (ju'il vous serait désagréable de nous ménager quelques soirées pour la fin de la saison ? Le petit pèreMarrast fait très-bien les choses, il a un buiïet recommandable ; mais enfin deux invitations valent toujours mieux qu'une seule , et j'ose affiiiuer (|ue l'honorable Boulay est un homme troj) sobre et trop économe jioiH' vous offrir seulement un verre d'eau sucire, si \(ius ne lui fournissez

LA CU.NSin LA.NTli. — 20 JAN VliiH. 425

[las les inovens d'acquitter la note du limonadier, ^o\uns donc, messieurs, un peu de générosité; que les personnes altérées, que les représentants qui ont des femmes ou des demoiselles à conduire au bal, ne se fassent pas prier; je ne vous demande que soixante mille francs. En vérité, c'est pour rien. Songez que les rafraîchissements seront offerts par le vice-président; >ous n'aurez quele fiacre à payer; — et encore il ne vouscst point défendu d'aller à pied j)ar les temps secs.

Le discours de M. Etienne avait produit le plus grand efl'el quand Antonv Tliourel est monté à la tribune connue un gros Spartiate, pour dire i\nv la bière de Strasbourg était , selon lui , ce (ju'il y a\ait de mieux à oITrir dans les soirées politiques, et que l'assendjlée toute entière pourrait trèsbien aller boire sa chope en fumant la pipe chez le vice-président, à raison d'une trentaine de mille francs par an. — A ce propos, .M. IVrrée , que nous soupçonnons d'être un peu .Vthénien , a demandé à Antony Thouret s'il entendait faire de .M. le vice -président un i'St(i)iiii}rl Mulhotisc ? Fort heureusement, poiu- calmer les j)assions, on a innuétliatoment mis 1(> chiffre du traitement aux \oix. Les demi-glaces l'ont emporté sur la bière; le vice-président recevra quatre mille francs par mois.

Restait une question à ^ide^. Où loger le vice-président? — Dans un palais! — Et les meubles? — Il a d'abord été question de faire un marché au mois avec un tapissier; mais l'on a reconnu bientôt que cela conduirait à des dépenses exorbitantes, .\lors on a laissé le palais de côté, après avoir décidé néanmoins que le vice-président serait logé aux frais de l'Etat. — Tout nous fait espérer (jue ce sera dans un garni de la rue Lamartine (anciennement (>o(|uenards oii les appartements meublés sont, dit-on , fort convenables et à des prix réduits.

Nomir.anon de M. Boulay aux fondions de vioe-préEidoni de la République.

« Mipielipi iiii ;i\ail \\\\ lii-l;iiil ildiilc de l;i Hilciinilr (|ui se iiiéparail, il lui eût suffi de ciiiiIrnipliT les nilniifis huiiiouiiii cl l'oiinelicr dans la salle des l'as-I'erdus pour élre éuui. i'.fs (iru\ lira\i'S , sui\ is d'un grand ndinlire d'autres Cliiilicfls . avant appris (|ii'(in allait ndiiiiiirr anjiuinriiui le viceprésident, s'étaient empressés di- se rendre à I asscndilée pour cire les premiers à lui |irésenler leurs honnnages et à lui retlemander leurs grades, i|u'(in s'obsliiu' à leur refuser, bien cpiils aient ligure dans le cortège du prcsirlenl le jour de sa (tremiére revue, [.es droits de tous ces t.haberis sont uicunlrslaltles , el ils aniaieni tort de néi;ligei une -dil,. (leeasion de les

.V2G i.\ssi:>ii5[.i:i; natiu.nai.i: comique.

faire Aaldir. On comprend il'ailleiirs parlaitemenl qu'après les grands services qu'ils ont rendus en Sibérie , il soit au-dessous d'eux d'accepter de simples débitx de tabac qu'on ne leur offre même pas. C'est pourquoi les Chaberts n'avaient point hésité à se ranger respectueusement sur le passage du vice-président , dans l'intention de solliciter de lui avec une franchise toute militaire les récompenses dont la circonstance semblait faire naître l'aurore à leurs yeux.

Depuis ce matin .AIM. les Chaberts remplissaient les abords du palais. Plusieurs s'étaient déguisés en ^euves de la grande armée pour inspirer plus d'intérêt. .Néanmoins les colonels Dumoulin et Bonnetier se distinguaient du reste de la foule , le premier par une canne qu'il portait suspendue à sa bouton niéie , l(> second par un portefeuille imposant qu'il avait sous le bras. Ajoutons ((ue ces deux ('haberts, pour ue j)oint man- (picr le coche , gnellaii'nt l'arrivée des trois candidats, à chacun (ies(juels Ils axaient la même requête à offrir.

A jieine M. Hoiday a-l-ii paru , (jiic le Chaherl liunnelier l'a abordé en CCS Irrmcs : « Bien certain d'avance du légitime tribut que l'assemblée va |)a\er a mis \ertnsenAous nommant vice-])résidenf, je viens, monseigneur, \(iiis conlier les justes réclamations d'un Chaherl lr(q) longtemps méconnu, l'crmeltez-moi de comi)ler sur. voire indulgence. »

Connue M. Baragua\ arnxail en ce mnmeni même, le fameux Honnelier de se lourner aussili'il \eis lui a\ei> mie l'are présence d'espiil pour dire : << Monseigneur, permellez à un Chalicrl trop hinglenips méconini de ciinller ses justes réclamations à un honnne aux xertus du(|uel je suis cerlain d'axance que l'assendiléi' \a payer un légitime tribut en le nommant \ice-présidenl. »

l'endant ce temps-la, co/o;(r/-Dunioulin , a\i>ant itn personnage à IdoriULie de caudidal, a\ail tiêjà ('(unmeiu'é à lui faire son l'écil : — Bien certain d'axance du légiinue liibul, t'Ic. . . — Mais le persoiuiage I inlerrompit avaiil la lin de la phrase par celle a|)ostrophe xiolenle: — Monsieur, pourriez-\ous me diie à (|nelle cdiispiialKin mius axez apparleiui ;'

— .Monsieur '

— Ap|)renez, monsieur, <|ue j'ai lait partie décent quatorze conspiralions plus bonapartistes les unes (pie les autres, et que je n'ai pas seulement l'honneur de \ous connaître!

('o/o»i'.'/-lUimoulin axait pris par mêgartie pour le candidat \ nicn noire conspiralenr SarruI, f|ui se promenait à grands pas, comme un homme coiixaincti rpi il serait liien digne de rallier tous les suffrages, au <-as oii l'assemblée ne s'accomMio{|''rail d aiiiun des trois noms de la li>le sur iaoïii'llr il iimiiI elc ludilic.

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