L A CO ^ ST 1 T U A N T E. — 2D J A N V 1 1: W
LE TAMBOiR. — Ktiii plan plan, ran plan plan.
M. jouBOis. — Tape tonjonrs, mon honhoninic, lape: il n'est pas juste de laisser dormir les camarades tandis que nous sommes éveillés.
(Il pleut averse; un grand nombre de gardes nationaux entrent au café. Les autres, ayant appris que l'ennemi ne se montre nulle part, sortent en foule de leurs maisons avec l'intention de le découvrir. La panique et l'enthousiasme régnent dans toute la ville. A dix heures le pain devient rare chez les boidangers : on rencontre au milieu de la foule plusieurs garçons de recette qui s'en retournent leurs sacoches vides.)
PREMIER GARÇOX DE RECETTE. (Ju'aS-tU toUChé ?
DEUXIÈME GARÇOX. — Rien , et toi ?
PREMIER GARÇOX. — Ricn. La caisse était fermée partout. i:x crRiEi'x. — Vouscrovez, monsieur, que c'est un coup d'Etat? IX HOMME .MYSTÉRIEUX. — N'en doutcz pas. Je suis prévenu que les Bordelais marchent sur Paris pour proclamer...
— Henri \ peut-être?
— Non , M. Denjoy !
— C'est très-grave! Où allons -nous, monsieur?...
— Monsieur, je n'en sais absolument rien ; dans de pareilles circonstances , les honnêtes gens se voilent la face.
oxzE HEURES DU .MATix. — A iugt mille hommes se nicltonl en bataille sur la place de la Concorde et dans les Champs-Elysées.
uxE HEURE. — Le président monte à cbeAal et parcourt les rangs. On remarque son costume de fantaisie. Plusieurs légions crient : Vive la constitution I à bas le ministère! — Le cheval du président paraît surpris et regagne son hôtel. — Le bruit commence à se répandre que la république est encore une fois sauvée, et que les éternels ennemis de l'ordre public ont été vaincus sans combat. Néanmoins , les gardes nationaux qui se trouvent bien au café y restent. On profite de cette circonstance favorable j)our entourer davantage l'assemblée nationale de canons. Le général Lebreton se di.'Jtingue... par la sévérité de ses consignes. ■ DEUX HEURES. — La séauce commence. — Le petit père Marrast a le teint très-frais. Il annonce à l'assemblée qu'il a passé une excellente nuit, parce qu'on a garni de troupes les abords du palais sans l'en prévenir... pour ne point troubler son sonuneil. Le petit père Marrast ne serait pas un parfait gontilhomnie s'il restait insensible à celte man|iie d'égards. — .Mumnirc llalteur de l'assendjlée, ravie d'apprendre (pie le général (!hangarnier a évité à son président jusqu'au soin de donner les ordres dont la constitution lui assure la |trérr)gati\e.
Noire célèbre (Jdilon llarrot, interrogé sur I élal de la capitale, cl le.^
HO L'ASSEMBLÉE NATIOiN.VLI. COMIQUE.
niolifs véritables du déploiement subit de la force armée , déclare , avec
une modestie qui rehausse encore ses mmIus , qu'il a sauvé la patrie!
— On ne le félicite point de peiu" de le faire rougir.
TROIS HEURES. — Proposition-Uatcau . — Le petit jeune M. Fresneau, — qui est un Denjoy maigre, — prend la parole avec l'embarras affecté d'un séminariste. En regardant bien le petit M. Fresneau, il est impossible de ne point remarquer qu'il est la copie fidèle de l'acteur Laferrière, dont il a toutes les ficelles , toutes les patlcs d'araignée et le pathétique à la fêlure d'oignon. — Un physionomiste du voisinage ajoute que M. Fresneau tire, comme un sansonnet savant , son éloquence d'un petit puits qu'il a dans sa cage. — Peut-être aussi M. Fresneau a-t-il des arguments dans les poches de sa redingote , car il y fourre sans cesse les mains quand il est embarrassé. — Puis , en orateur qui a de l'usage, le petit M. Fresneau sort de la tribune... sans qu'on s'en aperçoive.
QUATRE HEURES. — Pourquoi ne pas le dire? M" Favre a prononcé un remarquable discours; on regrettera seulement qu'il ne soit pas sorti d'une autre bouche , et qu'il ait duré trois heures. Mais la force des arguments a fait oublier l'homme, et le charme du langage le temps qu'on a passé à écouter — la plaidoirie contre Râteau.
11 n'y a eu qu'un succès plus grand que celui de M" Favre, c'est celui du général (.avaignac, qu'on n'a pu voir monter à la tribune sans éprouver un peu de l'émotion que devait inspirer aux Romains Sylla redevenu simple citoyen. Le général, avec une modestie presque théâtrale, et un désintéressement poussé jusqu'à l'affectation , venait interrompre le débat pour rappeler à ses collègues que sa défaite du 10 décembre n'avait altéré ni la sérénité de son àme ni son dévouement au pays ; — ce dont personne ne se serait d'ailleurs permis de douter.
SIX HEURES. — Victor Hugo se présente pour prêter à la proposition Râteau l'appui des antithèses dont l'cibsence avait jusqu'alors été remarquée dans la discussion . Au milieu de son discours le poëte éprouve le besoin d'une interruption. Comme l'interruption se fait attendre , il imite lui-même les murmures de la foule, et saisit cette occasion, qu'on ne lui fournit pas, de s'écrier : Ne croyez pas effrayer par vos violences un homme qui a fait jouer Hcrnani au Théâtre-Français ! — A peine Victor Hu"0 avait-il cessé de parler, que l'on a demandé : L'auteur ! l'auteur \
— Messieurs , a répondu le petit père Marrast , le discours que l'on ^ient d'avoir l'honneur de représenter devant vous aiu'ait beaucoup gagné à être joué par Frederick Lemaître.
SEPT HEURES ET DEMIE. — Tous Ics oratcurs inscrits renoncent à la parole; M. r.ombarel de Leyval seul éprouve le besoin d'apaiser par
LA CONSnillAiMli. — 30 JANVIKU. Vil
<Hiclqucs ])hrases de condoléanco les mânes du dernier discours qu'il a prononcé.
Dès qu il a accompli ce (k'\o)r, le \ote au scrutin secret commence, — et à neuf heures la proposition Hateau est j)rise en considération à cinq voix de majorité.
APRi:S LA SKANCK.
Notre célèbre Odilon Uarrot à .M. I>é(iu rauclicr : — S'il vous est agréable de demander à l'assemblée de décréter (lue j'ai bien mérité de la patrie , je ne m'oppose point à cet hommage.
30 j:invier.
Explications sur la journée du 29 janvier — Projet d'impôt sur les successions et donationc.
F, air était pur, la joie rayonnait sur tous les visages, les boutiques étaient ouvertes ; mais pour fêter la victoire remportée d'une manière presque miraculeuse sur V hydre de lanarchic, les boutiquiers ne vendaient rien faute d'acheteurs, el se contentaient de regarder a^ec attendrissement leurs femmes el leurs enfants, (l'était un bien beau spectacle que celui de Paris fraîchement sauvé ! Il semblait que la nature ellemême vous invitât à faire une promenade dans cette ville heureuse et fière d'avoir échappé à un péril d'autant plus effraynnt (|u'on n'a pas pu encore en découvrir le plus léger indice.
Aussi bien ne savais-je pas ce qui devait se passci- dans le sein de l'assemblée nationale à l'ouverture de la séance. — \ peine les portes s'ouvrent-elles, que lesrejirésenlants arri\enl en foule et se précipitent dans les bras les uns des autres. Les mains (h'^ amis .^e rencontrent et se pressent. — Ouoi ! c'est toi ! — .Moi-même ! — VA vivant ? — \ ivant ! — .Sur mon cœur , ah ! sur mon coeur, tendre collègue I — On est si heureux de se retrouver le lendemain d'un cataclysme, après s'être quittés sans savoir, hélas! si l'on se ie\errail! l'uis l'attendrissement général est mêlé des élans d'une reconnaissance indicible. — Oii esl-il le sauveur de la patrie? où est-il ? Qu'il paraisse, afin (|ue nous puissions dé|)oser sur son front les guirlandes que nous lui avons tressées ! — .Mais (|ui parle d un saineur? un seul sauxcur ne suffirait pas à la reconnaissance de celle assend)lée. Il y a trois sau\eurs: le sauveur Harrot, le .sauveur Faucher, tous les deux à pied ; et Changarnier , sau\eur à cheval. Ouanl aux petits sauveurs de second ordre, ce n'est |)oinl la peine d'y sipiigcr: f|u'ils soient récompensés |iar la j-alisfaction de leui" conscience !
442 l.'ASSEMHLIiL AATIUiNAJ.K COMIQIE.
Eiilin, noire célèbre Odilon Barrot arrive, on détèle les chevaux de son piédestal , on l'enlève et on le porte à son banc. L'ami Baze, M. Vezin de
Macao et les lénfitiniistes de l'assemblée accourent en poussant des : ^ivat ! — Célèbre Odilon Barrot , demande un enthousiaste , puisque les éternels ennemis de l'ordre sont rentrés dans le néant, daignez maintenant nous faire connaître le péril que nous avons couru.
— >'on, répond le sublime mortel, personne ne pourra jamais le savoir ! je garde pour moi ce pénible secret !
— Mais vous, aimable Faucher, peut-être voudriez-vous nous dire?...
— Rien , messieurs , par égard pour les coupables !
A ces mots, la montagne ne peut plus résister à son entraînement. Nous vovons le farouche Buvignier s'élancer à la tribune ; il essuie quelques larmes, et s'écrie d'une voix forte : — C'en est fait, que tout soit oublié en ce jour d'allégresse ! Citoyens, permettez à la montagne de payer aussi son tribut à l'homme étonnant que nous possédons , en vous propo-
sanl (le lui frapper une médaille avec ces mots pour exergue : opilonus B.vROTis s.\Lv.\TOR ! — (Icttc iiiéclaillo sera en bronze comme la colonne ^encl(Jme.
— Je ne l'accepterai pas , répond avec une générosité calculée notre célèbre Odilon Barrot, à moins que vous ne décerniez également une récompense nationale au mémorable Cbangarnier ; — car si une chose m'étonne, c'est d'èlre au premier rang (piand il est au second! — Il nous serait difficile de prouver notre gratitude au général en lui donnant un conmiandement ])lus étendu que celui dont il jouit ; mais je crois que nous pourrions le flatter agréablement en lui offrant un surnom à la manière antique , celui de bergamote , par exemple, qui serait une allusion délicate à son élégance, et au goût que les dames parisiennes ont toujours manifesté pour les officiers de senteur.
Cet excès de grandeur d'âme de notre célèbre Odilon Barrot met le comble aux transports de l'assemblée, qui, ne sacbantplus par quel moyen témoigner sa tendresse au sauveur de la capitale, adopte à l'unanimité et sans discussion la proposition-Bateau , et se dissout sur l'beure en cbargcant le ministère de faire les élections prochaines comme il l'entendra.
Je m'attendais donc en arrivant vers quatre heures — pour la forme — à trouver la séance terminée, et notre célèbre Odilon Barrot occupé à recevoir du haut de son piédestal les derniers adieux de ses collègues, et la médaille du citoyen Buvignier. Quel n'a pas été mon étonnemeut de tomber au milieu d'un incident imprévu; de voir l'assendjlée en tumulte, et d'entendre des ingrats demander compte au ministère du bruit (|u'il a fait faire hier dans les rues par les tami)ours, et de l'arrestation de M. Forestier, le colonel de la sixième légion ! — Sauvez donc la pairie pour être ensuite exposé, après avoir vaincu l'anarchie, à prouver qu'il y avait quelque part des ennemis à combattre!
Noin Urne. — Benvoi à la connuission du yrw'y'i d'inipùt sur les successions cl donalions, (jui a le grand lort , surtout le lendemain du 29 janvier, — d'èlre un peu libéral, presque proportionnel, et même un peu progressif.
31 j;invi('i'.
Rajei de la prop^cilion BilUul relnive à rcxameh du budget des rcicttCE avant ce"ui des df^ponceB — Intorpcllilions 4 rrcpos dss poursuifE contre la Solidarité républicaine.
(,'élail un songe! devrais-je m'occuper d un songe? fiC petit père Marrast était plongé dans les douceurs <bi premier SDiumeil : la Inmpr- d'.-dbnlre éclairiiil f;iiblement de sa lueur xarillanic les
kkï I. ASSK.MOI.KK .NATIUINALE COMIULK.
aiiKiiui )iuiriliis <|iii fulàlreiit au plafond. Morphée s'était posé silencieu-
si-iiiL'iit au clH'\et du mortel chéri des dieux, et répandait sur lui ses
pavots. Pour se conformer aux lois de la mythologie, le bon questeur Degousée avait pris la forme d'un gros hibou perché sur la table de nuit. La tète allanguie et noyée dans les dentelles de l'oreiller , le bras pendant hors du lit , le petit père Marrast ressemblait à Cupidon , ancien dieu des amours , alors que , fatigué d'avoir cueilli des myrtes , ce fds de Vénus venait goûter un repos bienfaisant dans l'endroit le plus retiré du palais que sa mère possédait à Paphos. — Quelques rides politiques et des moustaches grisonnantes trahissaient seules les soucis diurnes de l'enfant badin , et la part qu'il prend aux luttes de l'assemblée depuis qu'on a supprimé Cythère oii il écoulait doucement son immortalité au milieu des ris , des jeux et des premiers-Paris (|ui formaient sa cour avant la
LA (;o^sTlTljAl^ïE. — 31 jaîsvii:h. &4S
révolution. La nuit et le mystère avaient réuni leurs ombres; point un bruit du dehors qui pénétrât à travers les épaisses courtines; le souffle régulier du petit père Marrast troublait seul le silence de la chambre soigneusement close. Bien au loin, à la grille du palais, les sentinelles veillaient, échangeant à de longs intervalles sur le mode ionien ce cri monotone répété par les échos de la Seine : — Laissez dormir le petit père Marrast !
C'est à ce moment faAorable que la j)orte d'ivoire s'ouvrit et qu'un songe heureux s'envola vers le palais de la présidence. Aussitôt le petit père Marrast commença à rêver. Les images les plus riantes embelliront son sommeil. D'abord le songe le ramena aux beaux jours de sa littérature, et au dira» qui est situé à la porte du National. Le petit père Hfarrast se vit assis à la table de marbre, auprès d'une choppe écumante... Il lui sembla qu'il jouait encore vingt-sept parties de domino de suite et qu'il les gagnait toutes! Tout à coup on l'emporte dans les plis d'un drapeau tricolore ; il aperçoit Louis-Philippe qui lui dit en partant : — C'est vous, monsieur Marrast, que j'aurais dû nonnncr ministre de la régence ! — Puis il n'aperçoit plus rien... rien qu'une foule immense acclamantsur son passage ! il s'est fait du drapeau une écharpe flamboyante , et les dames lui jettent leurs bouquets. JLiire de Paris, président de l'assemblée, il obtient tous les honneurs ; le corps de ballet de l'Opéra vient déposer son hommage à ses pieds ; Nestor Roqueplan le compare k Péridès ! Enivré de gloire, il oublie le monde entier, et surtout ses anciens amis; il porte une épée en verrouil et un habit à paillettes. Enfin un généalogiste lui retrouve d'anciens parchemins où il est prouvé qu'il descend en droite ligne des anciens marquis de Saint-Marrast , ce qui lui donne le droit de traiter M. Larochejaquelcin sur le pied do la plus parfaite égalité.
F^e songe le transporte ensuite au milieu de l'assemblée; il est là .sous le regard de tous les diplomates européens et d'un grand nondjre de dames d'Améri(|ue venues e\|)rès ])our le contonqder. Sa sonnette est devenue une s(jnnelle à musi(pie (|ui joue des airs harmonieux dés (uiil la touche. Tous les partis lui font des avances qu'il ne repou.sse point. Il illumine les situations les plus difficiles par des reparties spirituelles. L'empereur de Russie lui écrit une lettre confidentielle pour lui dire qu'il est le seul républicain avec lo(piel il veuille entrer en relations; et enfin Louis l?onaparle n'hésite |)as à lui a\ouor qu'il lui aurait cédé sa place à cause de la manière distinguée dint il a iiroclariié la constilutidn , s'il n'avait été retenu par la crainte qu'il no sût pas monter à cho\,il.
Mais \oici que l.i ligure du pclil porc .M;irni^l s'.imiiir d'i .irdoni
H6 L'ASSEMBLKI': NATIONALE COMIQUE.
guerrière; il rêve que le général Bergamote -Changarnier s'offre à lui en qualité d'aide de camp, et tire respectueusement de ses fontes pour les lui présenter les deux rouleaux d'eau de Cologne qui lui servent habituellement de pistolets.
Au même instant des régiments qui marclient siu- la pointe du pied pour ne faire aucun bruit arrivent de l'Opéra-Comique en chantant à voix basse :
Il dort, ne le réveillons pas!
rhiçons-noHs en silence,
Gardons la présidence, 11 don, ne le réveillons pasi
— A cette heure? qui s'introduit dans ma denieu...re?...
murmure d'une voix entrecoupée le père Marrast.
— Dormez toujours... dormez, mes chères amours, répond le songe; et le petit père Marrast retombe plus profondément dans les bras de 3Iorphée en rêvant qu'U donne le mot d'ordre au général Bergamote , et qu'il obtient de M. Thiers, grâce à ses anciennes relations avec lui, le secret de rétablir l'équilibre dans les finances.
Le petit père Marrast dormait encore au connnencement de la séance ; comment aurions-nous eu la cruauté de troubler son sommeil , que le général Changarnier lui-même a respecté? Etait-ce bien la peine d'ailleurs de l'arracher à un songe agréable pour le faire assister à une discussion pénible, dans laquelle M. Passy, le ministre des finances, s'est montré digne, — en faisant repousser la fameuse proposition Billault , relative au budget, — de changer son nom de Passy en celui de Passif qu'il portera désormais.
Proh pudor ! la demande de mise en accusation du ministère est tombée aujourd'hui dans l'urne, et elle s'y est noyée. — Ce vote a poussé la fierté de M. le président du conseil jusqu'à la plus noble impudence, — si bien que, lorsqu'un certain Martin-Bernard s'est permis de lui demander pourquoi on avait arrêté vingt-sept personnes dans le local de la Solidarité répuhVicainc , il a répondu avec une ironie indicible : « Parce QUE... monsieur, parce que!... » — Bépondez à cela.
1er février.
Rejet du projet d'impùt sur les Eucoessions et donations. — Encore la proposition d'amni?tie repoussée !
L'honorable M. Passif, ministre des finances, connnence à trouver que son nom est plus lourd à porter que ses receltes, et il ne serait pas fâché
LA COMSTITL'ANTK. — 1" Ff.VnlËR. U?
qu'on lui fournît quelque |iotil impdl ponr faire facie à la posifidii brillante dans laquelle se trouve le budget des dépenses — qu'il aura ra\antage de présenter incessamment aiant celtli des recettes que M. Billault a^ait, comme on sait, la prétention d'exahiiner d'abord. — Il est depuis longtemps question d'un certain droit de nuitalion à établir sur les donations et les successions; M. Passif avoue que ce droit lui sourirait assez, et qu'il ouvrirait volontiers sa caisse pour le recevoir. — Le rusé Besnard, a d'abord offert au gouvernement le concours du parti Pestel ; M. Passif s'était empressé d accueillir cette agréable proposition, lorsque, par un déplorable malentendu , des représentants qui n'avaient pas écoulé la discussion ont eu l'imprudence d'iiumilier le rusé Besnard en repoussant un cbillre qu'il venait de présenter.
Le rusé Besnard est la fierté nu'nie. C'est par sa susceptibilité exagérée (|u'il a donné à son parti l'inqiortance dont il jouit. Pour peu qu'on lui serve le rôti brûlé, le rusé Besnard a l'babitude de flanquer inimédiatenuMit sa ser\ ielte à la figure des garçons. Grâce à cette indépendance de caractère, le rusé Besnard est devenu la terreur de tous les cuisiniers du restaurant Pestel : il aurait donc craint de (wnlre quelque chose de son prestige s'il avait sup])orté patiemment aujourd'hui que l'assemblée lui diminuât seulement cinq centinu's de son anuMidement. A peine avait-on voté, qu'il a déclaré qu'il ne remettrait plus les pieds dans le projet d'impôt; qu'il irait dîner dans un endroit où on ne lui supprimerait aucun plat , et que le gouvernement s'arrangerait comme il l'entendrait des chiffres que l'assemblée laissait Iwùler à la broche.
Alors M. Perrée s'est senti ému de pitié. — Rusé Besnard, s'est-il écrié d une voix assez forte jKiur renverser les plus grands obstacles de la discussion, auriez-vous la cruauté d abandonner sous un piétexte futile le restaurateur dont vous êtes le plus lidéle convive? Il est impossible que vous refusiez de manger le pnqet d'impôt sur les dotations , parce qu'il esl trop cuit. Comment rendriez-vous Pestel responsable du tort de .^iiin cuisinier? Faites donc quelque chose pour M. Passif, autrement l'on vous accusera de voidoir ruiner son établissement!
Mais le rusé Besnard. ipii a plus d'entèlK'menl encore que d'appétit, n'a rien entendu ; c est en vain que fous les garçons de recette ont couru après lui , il s'est débarrassé d'eux en se réfugiant dans une compagnie hollandaise avec l'impôt sur les successions. — L'aflliction de M. Passif a été si visible qu'on a pu croire qu'il prenait un zéro de plus.
Après (le pareilles émotions , l'assemldée éprouve toujours le besoin de s'en aller. Mais il y a un homme intraitable (pii ne manque jamais de l'arrêter avec un mol qu'elle semble fatiguée d entendre et qu il ne se
lasse pas de lui répéter : — L'amnistie, citoyens , l'amnistie ! — Cet homme c'est Lagrange. Aiijourdliiii il a fallu l'écouter. Il a parlé avec des larmes dans la voix, avec douceur, avec passion , a^ec prières, et l'on peut dire que, si le cœur suffisait à rendre un homme éloquent , Lagrange aurait été un grand orateur; — mais le scrutin est resté inflexihle, 531 voix ont repoussé l'amnistie.
2 février.
Révélations in'imcs de M. Thiers. — Un million au chemin de fer d'Avignon à Marseille.
Un cercle très-animé s'était formé autour de M. Thiers. — Messieurs, disait le petit homme à ses amis , je ne saurais trop vous affirmer que la société vient d'échapper une fois encore aux horreurs de l'anarchie. L'intérêt véritahle que je porte à la répuhlique et à son président me permet de vous offrir des renseignements nouveaux sur le 29 janvier. .l'ajouterai que mes relations particulières avec le Constitutionnel ne me laissent ionorer aucune trame des factions subversives. Ensuite un merveilleux hasard est venu confirmer mes soupçons. Véron , qui est un lynx , me disait depuis quelques jours que ses inquiétudes augmentaient. Merruau , ajoutait-il, devient triste, il a le premier-Paris difficile, et cela ne lui arrive qu'à l'époque des grandes crises ; de plus, je remarque moi-même que la vente de ma pàte-Regnault se restreint , ce qui n'a jamais lieu qu'à l'approche des révolutions.
— Conjurez le péril par la publicité; faites quelques annonces.
— .Te sens bien , m'objecta Véron , que les annonces seraient inutiles. On fait semblant de n'avoir pas le rhume. C'est une ruse des partis dont je n'ai jamais été dupe. Les conspirateurs toussent en secret ; personne n'ose acheter ma pâte. Hemarquez-vous qu'il n'y a pas eu de froid cet hiver? La chose n'est point naturelle , et je tremble que nous ne soyons à la veille d'un catai'rbe; il faut que la [)harmacie française prenne des mesures énergiques.
A ce moment Merruau sur\int. Il était pâle et défait. — 0» avez-vous ? lui demandai -je. — .l'ai, me répondit-il , une politique d'entrailles qui me fait beaucoups oulïrir ; je crains que les anarchistes n'aient jeté quelque chose de vénéneux dans mon dictionnaire. Toute la prose que je fais au Comtitutionnel depuis ces derniers temps se décompose, et en l'examinant de près, on s'aperçoit qu'elle est gluante, sans alinéas, incolore et qu'elle file comme du macaroni. Il faut que ça finisse, monsieur Thiers; j'ai beau manger de la pâte Regnault à tous mes repas, cela ne me soutient pas; l'estomac est délabré; me voici au bout de mon rouleau: il
LA CO.NSnïL ANIE. — -2 !• liVHlEH. fcW
ne me reste plus une idée, ma lèto se vide, il est temps d'avoir recours il un remède héroïque, sinon je ne crois pas pouvoir m'engager à répandre dorénavant le moindre charme dans mes articles.
^ ous comprenez, messieurs, cpie cette con\ersalion avait fait naître on moi les suppositions les plus aflligeantes , et (|u'il ne me restait aucun doute sur les complots des éternels ennemis de l'ordre et de la civilisation. Les malheureux! pousser la démuralisation au pdint d'empoisonner ce pauvre Merruau ! — En sortant du Constitutionnel je courus immédiatement chez Bergamote. — Général, m'écriai-je , voilà ce qui se passe! je ne vous offrirai pas de monter à cheval, parce que mes jambes se refusent à ce genre d'exercice, et que mes études ont jiris un cours tout diiTérent; mais je confie le secret que je \iens d'apprendre à votre patriotisme. — Je le savais, répliqua Bergamote avec une grande distinction.
Le lendemain matin , dés le premier coup de tambour, j'allai précipilanmient prendre position dans un endroit secret d'où je pouvais tout observer sans le moindre danger. — Il y a des instants où il faut sa>oir risquer sa vie ! — A peine étais-je blotti dans ce couloir, situé précisément au-dessous d'un foyer d'insurrection , qu'un grand bruit se fît au-dessus de ma tète, comme si les conspii'ateurs, dérangés à l'improviste, fu\ aient le lieu de leur conciliabule. Au même moment un pa])ier tombe k mes pieds: je m'en saisis hardiment et je lis... devinez, messieurs , ce que je lis:' .le lis un projet effroyable que \ous avez trouvé dans la Gazette dcx //t^H/fauj / C'est moi qui l'ai conmiunicpié à ce journal! Si quelqu'un d'entre \ous ])ouvait encore conserver desdoutes, après l'indisposition peu naturelle de .M. .Merruau et le déploienuMit de troupes du général Bergamote , sur les dangers que le Constitutionnel , la civilisation et la pâte Kegnault ont courus dans la journée du lundi 29 janvier, je suis tout prêt à vous montrer l'original de la conspiration ! Kb bien , ^ ezin , qu'en pensez-vous ?
— Je pense que l'honneur est satisfait , car il m'est clairement démniilré, par ce plan de l'anarchie dont vous vous êtes emparé, que c'est à l'bonnne poliliciue (pic le citoyen Trélat faisait allusion l'autre jour lorsqu'il vous a dit publicpiement des choses que la diflérence d'opinions peut seule faire supporter.
— .Monsieur Vezin, répondit le |ie(il Tiiicrs , \olre estime et la part que j'ai pri.sc à la mémorable journée de lundi me consolent de bien des insinuations.
L'intérêt rie celle conversation était si grand, (|ue l'assemblée, après avoir Noté l'avance d'un million au cbemiii de fer d'Avignon à Marseille, a ajourné tout le reste de son ordre du jour.
3 février.
Rapport £ur la demande d'enquête relative aux faits du 29 janvier. — Proposition par Louis Perrée d'un ordre du jour motivé contre le ministère.
Covip de théâtre! — Le rapporteur Voirhaye , personnage solennel, se prononce d'une voix caverneuse au nom de la commission dont il est l'interprète contre une enquête demandée par quelques citoyens envieux de la gloire que le gouvernement s'est acquise dans la mémorable journée du 29 janvier. — Aussitôt une scission éclate dans le .sein du journal /(' Siècle. — Louis Perrée, directeur gérant de cettq importante publication , déclare qu'il relire sa confiance au ministère. — Chambolle, le rédacteur en chef, répond, les larmes aux yeux, que rien ne l'empêchera de continuer son concours à Odilon Barrot, son anii d'enfance ; et il oppose un ordre du jour pur et sjpiple à l'ordre du jour niotivé de son gérant. — L'ordre du jour pur et simple est mis aux voix , et repoussé à vingt voix de majorité ! ^- L'attilufk" d'Odilon Barrot devient à Içi fois menaçante et ironique. Les autres ministres lui font un rempart de leurs portefeuilles. — On craint que le coup de théâtre ne se change en coup d'état. — Que se passera-t-il cette nuit? — Rien.
5 février.
Réconciliation. — L'asSEmblée repousse l'ordre du jour de Louis Perrée, et adopte calui du général Oudinot.
Dès le point du jour, un orateur que l'embarras visible qu'il éprouve de n'être point à cheval n'empêche pas d être accueilli très-favorablement, dépose un nouvel ordre dujoiir, — niotivé, mais conciliant, — à côté de celui de Louis Perrée. Chacun se plaît à reconnaître dans cet orateur -^bénévole malgré son organe de caserne, — le général Oudinot, auquel il ne manque qu'un bonnet à poil pour ressemble^' aux grenadiers de Cliariet. J^a question de priorité s'engage. Le jeune Léon Faucher est chargé de la soutenir. Comqient trouvez-vous qu'il la pose? demande M. de Tocqueville à son ami de Beaumont. — Entre nous, répond M. de Rémusat, il parle comme un fftspir émoussé ; il ne tranche pas, il scie.
Le fait est que Léon Faucher, comprenant que la circonstance exigeait du pathétique, faisait — des périls courus par la capitale le 29 janvier, — de l'hydre de l'anarchie, — des clubs incendiaires, — des éternels ennemis de l'ordre, — d'une émeute de trois faux dragons à Dijon, et de la magnanimité (les ministres, un tableau capable d'attendrir des geîifl^rn^es ! . . . J^la fin du
discours, M. Thiers essuyait ouvertement ses larmes; et quand Léon Faucher a mis le dernier trait à son récit , en s'écriant que c'était à son insu qu'étaient partis du mini.stère de l'intérieur certains bulletins injurieux pour l'assemblée , dont Louis Perrée s'est formalisé hier, nous avons bien vu que la majorité é^it vaincue.
C'est en vain que notre citoyen Flocon, le discours sous le bras, est venu avec la dij^nité familière qui cûn\ient au maître de café. — On a cru un instant (|n'il allait serAir lui-même une bouteille de bière à cet insupportable .M. Tascbereau , qui faisait depuis quelques minutes un \acarme borrible , qui frappait sur les tables, qui enfonçait ses genoux dans le dos de ses voisins , qui se levait, gesticulait et demandait la parole du ton dont on appelle le garçon dans un estaminet mal tenu.
M. de Montry, — de Dijon , — ne pouvait pas se dispenser d'apporter
un petit pot de moutarde après l'ordre du jour du général Oudinot.
Il a essayé ({'expliquer que les trois dragons dont Léon Faucber avait parlé étaient confits; que toute l'émeute s'était passée dans un bocal; — di.sant qu'à Dijon , on appelle dragons une espèce particulière de fruits au vinaigre , (jui partagent la renommée des hydres d'anarchie confites. Or, les hydres d'anarchie de Dijon sont tout simplement des câpres.
Enfin )r Dupont ^de Bussac ) a tiré de ses poches plusieurs lettres qui ont toujours j)ro(liiit beaucoup d'effet dans les nonibreux procès où elles ont déjà servi. Tous les ministres ont cru end)arrasser l'orateur en lui donnant des démentis; mais les dénégations de .sa j)artie adverse sont précisément l'upe des grandes ressources de M. Dupont, qui n'a pas manqué de s'écrier avec son à propos ordinaire : que c'était sur les démentis (|u'il fondait la vérité de ses affirmations !
Peine pcrdne cependant ! — pour regagner l'avantage , il a suffi au gélu'ral Ruibicres, — militaire sans moustaches, à la voix tendre, au Acnfre rebondi, un Ferville, — d'in\oqner le léiuoignage du citoyen-éléphant Antony Thouref, — qui, Hatté, (pioi(|ue patriote, de s'entendre adresser la parole en public par un ministre de la guerre, a iniincdialciuent répondu : Oui; avec sa trompe. — Ce n'est pas tout; Antony Thourel, ne croyant pas qu'un homme qui a autant .soulTerl qiu' lui |)ùf se contenter d'une simple pantomime, a déclaré de \ive voix qne son lénioignage était acquis au général; — sur quoi le général se lève à demi, par politesse, et échange a>ec le gros malheureux nn salut du (ivnmase.
Cette scène a terminé la querelle. .M. de Tracy a encore couru quelques bordées, déclamant de sa voix de ((uarl , agitant les bras comme (les vergues, et ouvrant toutes ses voiles an vent (|ni venait de la montagne. Maiii on a pu rnnsidérer ce dernier discours runuue un appreillagc plulùl
que connut' un morceau d'éloquence , et le colonel Cullnmini lui-même, en essayant tle prendre d'assaut le petit père Marrast , qui se défendait J)ravement avec son couteau de bois , n'a pas retardé plus longtemps l'adoption de l'ordre du jour du général Oudinot.
Ceux qui accuseraient là constituante d'insensibilité seraient bien injustes, connue un voit. Odilon Barrot ne lui a\ait pas encore ouvert les bras, qu'elle s'était précipitée dedans.
G février.
Discussion de la proposition Râteau.
M. Râteau s'est fait connaître! le ^rai lUiteau existe; c'est un pépiniériste. Pour un bonime qui ne sort point liabituellenient de sa serre, il a assez bon air : moitié ^ille, moitié campagne, l'babit en queue de morue, et dans tonte son attitude la modestie d'un membre qui ne prend la parole que dans les sociétés d'agriculture. En arrivant à la tribune, M. Kateau tenait une petite serpette à la main, et, sans mot dire, il a greffé avec dextérité son projet sur un amendement Lanjuinais. - — Au dire de FélixPyat," M. Lanjuinais est un Jialcuu modéré; — en ce sens, qu'afin de concilier les égards qu'on doit à la souseraineté de la constituante avec le vif désir de la mettre à la porte , il a eu la politesse de fornnder en termes é(juiAoques la franchise un peu brutale du collègue Râteau. — On peut dire que M. Lanjuinais offre le secours d'une échelle aux représentants que Râteau voulait tout simplement faire sauter par la fenêtre.— Or, comme beaucoup de fiers républicains ne demande;it qu'à s'en aller sans se casser le cou , — trouvant que c'est là une retraite fort honorable déjà, — la proposition Lanjuinais a immédiatement rallié tous les amateurs de moyens termes , indécis ou poltrons , et notamment le citoyen Pagnerre omé de sa crinière, — un des plus beaux produits de l'huile de Macassar. A la façon dont ce personnage se pose, on reconnaît l'ancien cornac de l'Hôtel de ^ille. Il ne lui manque qu'une baguette pour frapper sur le tableau en criant d'une voix retentissante : — « Entrez, entrez, suivez la foule! C'est ici qu'on fait voir une véritable république vivante, prise dans les mers du .\ord, et qui dit : Pa])a Pagnerre, et mon oncle Lanjuinais! » — Au physique, )1. Pagnerre rappelle agréablement la figure de Xa\ier J)urrit'u , duni il pdurrait être le frère aîné ou le père putatif; il ne lui man(|u(' (pi'un iluniic de cer\eau. Ajoutons qu'il savait son discours par cœur; preu\e de rallenlinn avec laquelle il lit les épreuves de sa librairie. Comj)rend-on que I élo(|uence de Jl. Pagnerre ait provoqué le rire de la montagne, qui a si longtemps rédigé les alnianachs de cet éditeur? Dans
LA CONSTITUANTE, —f. FÉVIllER. 453
son indignation, le libraire a écrasé d un seul mot ses interrupteurs: il les a appelés: Messieurs! — a])rès (juoi il a quitté la tribune cimune un hoiunie (jui se flatte d'aMiir excité (pielipies teiupétes: et il a été félicité
— au point de vue oratoire — par M. C.réniieiix.
Ce qui nous donne un attachement véritable pour cette assemblée dont on veut nous prixer, c'est le goût cpielle a du st\l(\ et son respect pour la littérature. Félix Pvat est venu lui dire à bout portant les choses les plus ardentes, les plus terribles, les plus cruelles: et elle les a écoutées dans un silence que l'on n'obtient pas toujours, même à la Porte-Saint-Martin. On aurait cru assister à une représentation du Théâtre-Français. Les oreilles étaient tendues , les yeux grands ou\erts, les poitrines frémissantes: pas un mot <|ui n'ait été senti , pas un effet de ])erdu. La figure calme, p.île et énergi(|ue de l'orateur, sa \oix stridente, son geste simple et puissant rehaussaient merveilleusement la poésie du discours iambique, et quand avec la dernière phrase une dernière menace est tombée , semblable au coup de |)oignard d'un dénoùment de Shakespeare , l'assendilée entière a été sur le point de battre des mains , ainsi que l'eussent fait jadis les Athéniens en plein Agora. — .le ne crois pas cependant que parmi les nond)reux amis de Pyat, il y ait eu im admirateur plus enthousiaste que le général Changarnier. — C'est charmant, c'est adoiable, c'est ravissant, criait tout haut le général; et disant cela il se Unait de sa stalle, et il troublait tout le spectacle pour aller serrer la main de l'auteur. Félix Pyat a très-bien pris cette plaisanterie littéraire, et il a répondu au général : — Messieurs des gardes françaises, vous êtes aussi polis qu'à ronleno\ .
Klait-il possible, après im succès pareil à celui de Pyat, qu'un honune s'abusât au point de croire qu'il xiendrait im|HménuMit poser à la tribune 19 hypothèses en faveur de la ])roposition Lanjuinais? Telle a ceiiendanf été Terreur de ^L Sainf-Hilaire. Ce professeur n'a puint d'autre excuse que sa liaison avec Pagnerre. 11 faut d'ailleurs un bien grand courage pour répandre goutte à goutte connue il l'a fait un fromage à la crème siules malheureux huissiers endormis au pied de la tribune oii leur dexoir les relient.
Le tour du ciloven Sarrans jeune esta la fin xenu! — «Plus résolu que jamais à ne point déserter son poste , |)resque certain de n'être jioint réélu , c'est toujours avec ini nouveau désir de conciliation... » s'écrie l'oraleur. — La seule conciliation possible a\ec le jeune Sarrans, c'est de sortir précipilanmient dès ipi'il prend l;i pande.
A mon reldur, Lamartine descendait de ballon. Le \enl ([ui soufflait de la montagne au moment où le poêle s'élail enlevé , avait changé pendant l'ascension , et l'aérostat était lond)é , après a\oir jeté tout son lest
— en guise de roses, — sur la lèle de l'amendemenl Lanjuinais.
4b4 L'ASSEMBLÉE NATIONALE COMiOUE.
7 février.
Adoption des deux premiers articles de la proposition Lanjuinais (Rateau-modére] .
Léon Faucher ne parvenait pas à contenir les transports de la joie que lui inspirait la tournure de la discussion ; ses voisins en étaient incommodés. — Mon ami, lui dit Odilon Barrot, modérez-vous, et vovez avec quel calme héroïque je supporte les faveurs du sort. La prospérité me trouve imperméable , après que les attaques de mes ennemis ont glissé sur moi comme sur de la toile cirée ! Les grands hommes de l'antiquité étaient tous , ainsi que le dit Plutarque , intérieurement doublés de caoutchouc. Je me suis fait faire un costume semblable au leur en arrivant au ministère; ce qui vous explique pourquoi j'ai bravé les orages avec tant d'insouciance. Aujourd'hui le même manteau m'abrite contre les ravons du soleil ! — Cette suite de métaphores est la seule marque que je me permette de donner de la satisfaction que me cause la conduite de notre assemblée. Puisque toutes les tentatives subreptrices contre mon cher Lanjuinais échouent ; que Sénard et son amendement succombent , que Dufaure est pour nous ; puisque enfin l'assemblée consent à condjier mes vœux en se dissipant, je lui reiidrai justice: elle était fort agréable! peu s'en faut que je ne me reproche l'inexorable injonction que la fierté de mon caractère m'a forcé de lui signifier, et que je ne commence à la regretter un peu au moment où elle va partir. Je m'accoutumais à elle; et d'ailleurs les médecins , qui connaissent mon tempérament pour l'avoir étudié pendant tout le règne de Louis-Philippe , n'hésitent pas à affirmer qu'une opposition soutenue est favorable à ma santé. Je crains que la législative qui va succéder à la constituante ne me fatigue par ses flatteries. Les vers du poète sur ce sujet ne nie sortent pas de la pensée: « ^ils flatteurs... présent le plus funeste qu'ait pu faire à Barrot la colère céleste ! » Je vous le dis en confidence , mon ami ; — acceptez cette épithète familière comme une récompense de votre belle conduite ; — oui , Castor, je te ra\oue dune voix attendrie, ce qui m'épouvante, c'est d'être exposé à obtenir une trop furte majorité dans la prochaine assemblée...
A ces mots , Odilun Barrut répandit une larme dans le sein du jeune Faucher.
— Cher Nisus, continua Euryale eu jetant avec abandon son bras sur l'épaule de son ami , tu lis maintenant au fond de mon cœur. ^ ois mon anxiété ! me voici peut-être condamné à supporter le fardeau du ministère jusqu'à la fin de mes jours; et cependant je n'avais consenti à
i.A co.Nsrn l;.\.m I. — T i i;\iui:u. kbo
faire qu'un sacrifice de dix années ! Lorsque le prince m'a supplié d'accepter le ministère à per])éluilé : — Non, prince, lui ai- je répondu , je ne puis vous donner que dix années. — Et tous mes projets d'avenir vont s'évanouir! (Juand donc trou\erais-je le temps d'écrire mes mémoires, s'il m'est défendu d'aller passer quelque temps dans la retraite comme l'ont fait jusqu'à présentions mes prédécesseurs? Ah! ^i l'assemblée législati\e exige que j'inunole mon reposait service de ma patrie et que je ferme jx^ur jamais par ma présence l'abîme des )é\olutions, fais-moi en ces lieux, ô (lastor, une promesse solennelle ! Engage-toi par un serment formidable dont tu prendras le Styx à témoin , a>ec la iiermissitm du petit pcre MarrasI, (jui régne sur ses boi'ds...
— Je le jui'c, ré|)oiiilil le jeune Léon l'auclici- . conime dans les Petites Dauaïdes.
— Tu jures de ne jamais m'abandduner tout seul à la tète du cabinet, cl de rester fidèlement à d'ilé de mon |iié(leslal dans les ( irconstanees les ]iius rlifficiles...
— Pa-pa,-je-le-jure !
— Tu jures aussi, n'est-ce pas, s'il se formait un parti irrésistible à la |irocbaine session pour me ])orter à rem])ire , ou bien pour me présente!' connne l'héritier légitime de nos i-ois, de mettre un frein aux douces violences de nos royalistes! Tu jures de me faire entendre la voix sévère de la vérité dans les moments où je me laisserais étourdir par l'unanimité des suffrages (pie je vais, liéliis! léunir... \'à [mis, ô Castor, si un jour ia Parque cruelle vient trancher le iil démon ministère... si... je... meurs avant foi, iiKm ami... jure-moi d'accepter ma survivance; jure-moi de cacher mon piédestal et d'empêcher (juc personne ne monte dessus... jure-moi rl'adopter tous les [irojels do réforme que j ai soutenus sous l'ancien gouvernement, cl que la révolution de février ma forcé d'abandonner... Sers-leur de BÙe , à ces pauvres orphelins... dis-leur (pie j'étais très-libéral... (pic j étais un bon républicain... (pic ce pi'est pas i\r ma faute si l'iiii ma mis siii- le lr("iiie... dis-leui'(pie. . . cuii. . . cub. . . ciih. . . ciib...
Les sanglots lui c(iiipérciil la partile: le jeune l'aucher lui-même se décida à picuici-, et ses larmes coulant le long de ses joues en ])archemin, firent le même bruit (pie la pluie sur un lambour. — lui contemplant ce tableau attendrissant, la première légion, aujourd Inii de ser\ic(\ hunieclail silencieusement ses buflleleries.
Oiiaiit à l'assemblée, elle essayait de dissimuler son émotion, en adoplanl les deux premiers articles de la |iroposilion Rnicau-lliodcrc , ([ni ne lui lais^e plii^ (|uc trois Uiois d'exislence en\iniu!
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