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Canaux et chemins

L'Âgout séparait sur une grande partie de son parcours les diocèses de Castres et de Lavaur. Dès le commencement du dix-septième siècle il fut question de le canaliser depuis Saint-Sulpice, où il se jette dans le Tarn, jusqu'à Castres. Henri IV fit faire pour cela la vérification de la rivière en 1604 ; mais ce dessein ne fut pas exécuté. Il fut repris en 1632 par le cardinal de Richelieu qui chargea le sieur de Poytenin de vérifier aussi l'état de la rivière. Ce projet fut encore abandonné, mais il se représenta au "milieu du siècle, « étant véritablement l'œuvre d'un temps de paix, » et en 1662 le sieur d'Escorbiac, conseiller en la Chambre de Tédit de Castres, et des officiers de la navigation visitèrent encore la rivière. C'était le moment où, à la suite de l'ouverture du canal des deux mers, le diocèse d'Albi décidait de canaliser le Tarn au-dessus de Gaillac, et sur leur rapport le roi écrivit aux évêques de Castres et de Lavaur d'exhorter les assiettes de leur diocèse à faire les travaux, pour l'exécution desquels il leur accorderait toutes les facilités nécessaires. Au commencement de l'année 1665, l'évêque de Lavaur fit engager l'assiette de son diocèse à contribuer, conjointement avec le diocèse de Castres, à cette dépense, et à imposer ou emprunter une première somme de 12,500 liv. De son côté, l'assiette de Castres, le 14 avril suivant, décida d'y contribuer par égale part avec le diocèse de Lavaur ; un contrat obligerait les deux diocèses et elle vota une somme égale 12,500 liv. (1).

Cette somme fut empruntée (2); mais l'entreprise fut jugée si considérable que pour soulager les deux diocèses des dé-

(1) Archives de la préfecture. C. n° 1157.

(2) Elle figure en effet parmi les dettes du diocèse. C. n° 1104.

penses qu'elle nécessiterait, un arrêt du conseil, du 13 mai 1666, leur permit de lever à cet effet, pendant dix ans, un droit de 4 deniers sur chaque livre de chair fraîche et salée et 2 deniers sur chaque livre de poisson frais et salé qui se vendraient dans leur étendue, et de lever, de plus, un double droit d'équivalent sur les cabarets. Cet arrêt fut soumis aux Etats et aux assiettes pour en consentir l'exécution ; on fit des difficultés pour admettre le double droit d'équivalent et les 4 deniers sur la livre de chair salée ; l'assiette de Castres, le 4 mai 1667, consentit la levée de 4 deniers par livre prime de viande de boucherie, 2 deniers par livre de chair salée, 2 deniers par livre de poisson frais et salé et 40 sous par pipe de vin : un nouvel arrêt du conseil, du 22 août suivant, autorisa pendant dix ans la levée de cette subvention, dont le produit devait être employé sans divertissement aux travaux de la navigation de l'Agout. Elle se fit dès le commencement de Tannée 1668; Jean Soulage en fut le fermier, et comme il n'avait pas de commis, les consuls devaient en faire eux-mêmes la levée dans leur commune (1).

Les dix années pour lesquelles la subvention avait été consentie ne parurent pas bientôt suffisantes, et, en 1670, elle fut prolongée encore pour seize années, soit jusqu'en décembre 1687. La levée se donna dès lors à l'enchère : en 1671 elle monta, dans le diocèse de Castres, à 16,051 1. ; mais en 1674 elle descendit à 14,500 liv.

Cependant les travaux de canalisation n'avançaient pas ; ils furent mis aux enchères, et le 16 mai 1672 le bail fut passé à Gratien Ricome, de Montpellier, par l'évêque de Castres, l'intendant, les consuls de Castres et de Lavaur et les syndics des deux diocèses : il" fut confirmé par un

(1) Nous avons la signification qui fut faite, le 28 janvier 1668, aux consuls de Montdragon par François Jalibert, archer du prévôt résidant à Castres.

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arrêt du conseil, le 2 juillet suivant, et ratifié par l'assiette de Castres, en avril 1673. Le bail s'élevait à 511,000 1.; il comprenait la construction de dix-neuf écluses et de cinq chaussées ainsi que le creusement d'un canal sur certains points du lit de la rivière, lesquels travaux devaient être terminés le 31 décembre 1679 (1).

Les écluses de Saint-Sulpice, de Saint-Jean-de-Rives et de Saïx étaient faites alors, et Ricome devait construire les autres sur le même modèle. Mais en 1673, Lafeuille, inspecteur des ouvrages de navigation en Languedoc et Guyenne, fit remplacer les portes de ces écluses par des tampes pareilles à celles des écluses du Lot, et ordonna à Ricome d'en faire de semblables aux' écluses qu'il avait à bâtir : le 15 décembre 1673, l'intendant lui enjoignit de se conformer à ces prescriptions que l'assiette de Castres approuva en 1674.

Cependant les travaux ne marchèrent pas rapidement. En mai 1675, l'assiette de Lavaur engagea celle de Castres à se joindre à elle pour forcer l'entrepreneur à les activer, et elle lui demanda de tenir à frais communs un éclusier à Saint-Sulpice et à Saint- Jean. On ne pouvait agir contre l'entrepreneur tant qu'il était dans les délais du bail et l'entretien des écluses le regardait jusqu'à leur réception ; quant aux éclusiers, c'était au diocèse de Lavaur, qui retirait tout le profit de ces écluses, à les payer. Les écluses ne furent pas réparées et les éclusiers n'y furent pas placés* Jean Olier, de Monlauban, syndic de la navigation des rivières du ressort du parlement de Toulouse, s'en plaignit à l'intendant de Guyenne, qui obligea, le 8 novembre 1675, les deux diocèses de Castres et de Lavaur à faire faire au plus tôt les réparations à ces écluses et à y mettre des gardes dans la huitaine ; mais l'assiette de Castres , en

(1) Compayré, Guide du voyageur, p. 24.

mars 1676, en appela de son ordonnance à l'intendant du Languedoc.

Les travaux devaient être terminés au 31 décembre 1679 ; ils ne le furent qu'en 1684, et les commissaires chargés de les recevoir les trouvèrent défectueux : ils proposèrent aux Etats de forcer l'entrepreneur à les réparer et de lui retenir, jusque-là, les fonds provenant de la subvention qui lui étaient encore dus. Il y eut à ce sujet de grandes difficultés et l'intendant fit mettre sous le séquestre les fonds de la subvention. Cet impôt expirait en 1687 et l'évêque de Castres obtint que le diocèse en serait déchargé à l'avenir. L'assiette de 1688 demanda toujours qu'on obligeât l'entrepreneur à tenir ses engagements, ou à payer des dommages et intérêts au diocèse, qui pourrait alors prendre les fonds de la subvention mis sous le séquestre pour rembourser les emprunts faits pour la navigation avant l'établissement de cette subvention.

Les travaux ne furent pas faits, et cette grande entreprise, pour laquelle on avait tant dépensé, échoua complètement : un arrêt du conseil, du 6 mars 1691, permit aux deux diocèses de Castres et de Lavaur de faire démolir les écluses et d'en vendre les matériaux. Cependant elles ne furent pas démolies : en 1699, 1700 et 1702 le diocèse de Castres abandonna à l'abbesse de Vielmur, au marquis d'Ambres, au commandeur de Guitalens et aux sieurs de Castelnau et de La Lagade, celles qui étaient aux chaussées de leur moulin à condition qu'ils les répareraient et entretiendraient en état. L'écluse de Saïx était très-endommagée en 1730 et menaçait de crouler, entraînant avec elle une partie de la chaussée ; le chapitre de Castres, propriétaire du moulin que desservait cette chaussée, somma le diocèse de la réparer au plus tôt ou de lui en abandonner la propriété, et il se chargerait alors de la réparer : le 12 juin, le diocèses n'ayant plus intérêts à la conservation

des écluses, le projet de navigation étant depuis longtemps abandonné,» la lui céda; celui de Lavaurdut prendre une décision semblable, et récluse de Saïx fut abandonnée au chapitre de Castres le 21 mars 1731.

Pendant les guerres de religion, il fut souvent question de réparations aux ponts. En 1596 on nomma une commission pour vérifier leur état, et on consacra à leur entretien une somme annuelle de 900 liv. et même de 1,200 liv. en 1604, à la suite d'une délibération des Etats. En outre le diocèse de Castres payait 439 liv. pour sa part des réparations des ponts à la charge de la sénéchaussée de Carcassonne. Le mattre des ports, ponts et passages se transportait dans les communes pour visiter les ponts. En 1605, pour épargner les frais de déplacement, le syndic du diocèse se fit commissionner pour le remplacer ; le sieur de Jouy, fut aussi commissionné en 1608 pour visiter les ponts, et en 1609 il fut décidé qu'il se transporterait sur les lieux quand le syndic et les consuls le demanderaient.

Les consuls avaient toujours le droit de visiter les ponts et les chemins de la commune. En 1610, l'assiette leur prescrivit de faire leur visite d'une manière régulière et de faire réparer, par les propriétaires riverains , les chemins rompus. En 1612, on se plaignait du mauvais état d'un grand nombre de ponte. En 1620, on décida d'employer annuellement 1,200 liv. pour les réparer, et les communes feraient faire le charroi des matériaux. Une visite générale des ponts fut faite en 1627 par le juge de Castres, le syndic et le greffier du diocèse, et il fut décidé que les travaux de réparation seraient mis aux enchères. La part du diocèse pour les ponts qui étaient à la charge de la sénéchaussée se portait à 790 liv. en 1610 et à 1,276 liv. en 1620 : elle fut fixée par les élus en 1630 à 2,160 liv. Cependant

beaucoups de ponts étaient en ruine, et en 1635 les députés du diocèse aux Etats furent chargés de demander pour les réparer une subvention de 10,000 livres.

Le diocèse était chargé, concurremment avec les communes, de l'entretien des ponts et des chemins; ils y consacraient une somme fixe qui était appelée préciput : elle était de 120 liv. pour les communes les moins importantes, de 240 liv. pour les autres et de 1 ,200 liv. pour le diocèse. Les communes affectaient d'abord aux réparations leur préciput ; quand il ne suffisait pas , le diocèse leur venait en aide sur son préciput, et au delà, la province venait en aide au diocèse, le tout indépendamment des impositions particulières qui pouvaient être faites pour telle ou telle réparation.

En 1679, l'assemblée de la sénéchaussée ordonna la vérification du chemin de Labessonnié passant par Réalmont; le syndic du diocèse se rendit sur les lieux avec le sieur de Tonnac, juge de la baronnie de Montredon, et sur son rapport l'assiette décida que les travaux de réparation seraient mis à l'adjudication et la dépense payée d'abord par la commune et puis par le diocèse jusqu'à concurrence de leur préciput.

La sénéchaussée avait aussi ordonné de vérifier le chemin d'Albi à Castres et à Labastîde sur Saint-Pons , et que les diocèses intéressés y consacreraient chacun leur préciput de 1,200 liv. Castres imposa le sien, en 1680. Il l'imposa aussi, en 1686, pour le chemin de Lacase. On revint ensuite au chemin de Saint-Pons , et la sénéchaussée autorisa l'adjudication des travaux , mais en déclarant qu'elle n'entendait entrer dans la dépense que pour 8,000 liv. : le bail fut passé le 10 février 1691 pour 9,717 liv., et le diocèse de Castres et cinq de ces communes y affectèrent leur préciput. Le 19 janvier 1692 , une .nouvelle partie de ce chemin , dans les diocèses de Cas-

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très et de Lavaur, fut donnée à construire pour 8,900 liv. (1).

D'un autre côté , on s'occupait toujours des ponts ; on imposa, en 1710, pour le pont vieux de Castres, 2,800 liv., et pour le pont de Brassac, 2,640 liv., et on affectait toujours annuellement aux réparations des ponts, 1,200

En 1714 , on donna à réparer le chemin de Castres à TAlbenque sur Toulouse, et en 1716 on y avait dépensé 3,865 liv. Mais la sollicitude des assemblées diocésaines comme celle des Etats allait se porter sur l'amélioration des voies de communication qui devait amener la prospérité publique, et à Castres, en 1720, on nomma le sieur Lagon, architecte, pour inspecter les chemins.

Le 12 août 1720, le grand chemin de Castres à Saïx fut donné à l'entreprise pour 18,120 liv. ; et en 1722, l'entretien en fut mis à l'adjudication. Mais il était inutile d'entretenir les chemins nouvellement réparés , si on n'obligeait les propriétaires riverains à faire et à tenir en état les fossés. Déjà le syndic avait obtenu de l'intendant une ordonnance à ce sujet, et il en eut une nouvelle, le 29 septembre 1724, l'autorisant, si les propriétaires ne faisaient pas les fossés le long des grands chemins, à les faire faire à leurs dépens. Le syndic fit publier cette ordonnance et en envoya une copie aux propriétaires intéressés; mais ceux-ci ne se donnèrent aucun mouvement, et le 18 octobre 1725, l'assiette ordonna au syndic de faire faire ces fossés à leurs frais. Ces travaux furent aussitôt mis aux enchères , et après plusieurs offres , le 27 novembre , Jean Ginestet , de Saïx , se chargea de faire

(1) L'entrepreneur se fit payer 5,000 liv. par le diocèse de Castres, mais il négligea les travaux et le syndic le fit condamner & rendre cette somme; il fut emprisonné à Castres le 26 octobre 1694 , et le diocèse paya 7 liv. 10 sous par mois pour sa nourriture.

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