Agriculture , industrie et commerce
Contrairement à ce qu'on aurait pu croire, les documents manquent presque sur ces questions importantes. Ainsi, pour l'agriculture, nous ne trouvons, dans les procès-verbaux des assemblées, aucun mot sur l'introduction dans le diocèse de la culture de la pomme de terre due à Tinitiative de Ms r de Barrai, évêque de Castres, qui voulait encore y joindre la culture de la betterave (1). Analysons cependant ce que contiennent ces procès-verbaux sur les matières de ce chapitre.
En 1728, l'assiette de Castres, appelée à donner son avis sur un projet de règlement pour la culture du maïs , trouva qu'il serait bon de fixer la quantité de terre à ensemencer à un arpent par paire de labourage, et à demiarpent par homme travaillant à bras, et de défendre d'en semer sur les hauteurs et dans les boulbènes, excepté cependant dans les bas-fonds , le long des rivières et des prairies ; le maïs semé contrairement à ce règlement serait confisqué, moitié au profit du dénonciateur et moitié au profit de l'œuvre de l'église paroissiale. En cas de réci-
(1) On a vu ce grand évéque pendant son long épiscopat , de 1736 à 1773, à la tête de toutes les œuvres vraiment utiles. Ainsi , sous son administration , eurent lieu la reconstruction des hôpitaux de Castres , la fondation de l'établissement des Filles de la Présentation , l'organisation du collège après que la direction en fut enlevée aux Jésuites qu'il avait soutenu de tout son pouvoir , et l'établissement des Frères des écoles chrétiennes qu'il logea à ses frais ; il fut le protecteur de l'agriculture et de l'industrie , et enfin il fit tracer à neuf plusieurs routes : aussi sa mémoire s'est-elle conservée et on ne saurait qu'applaudir au projet d'élever à M» r de Barrai une statue sur une des places publiques de Castres.
dive, il y aurait en plus 100 livres d'amende; tous les officiers de justice connaîtraient des contraventions, et, en cas d'appel , l'intendant j ugerait en dernier ressort et san» frais.
Dès la seconde moitié du dix-septième siècle, le Languedoc faisait un assez grand commerce sur la soie , et l'intendant , le 28 novembre 1687 , invitait à planter des mûriers. Les Etats accordèrent alors une gratification à deux entrepreneurs qui s'étaient chargés d'avoir des pépinières de mûriers , et une de ces pépinières était établie en 1692 dans le diocèse de Castres (1). Plus tard, en 1755, le diocèse de Castres accorda 200 liv. pendant six ans au sieur de Labaume d'Arifat, pour créer une pépinière de trente mille mûriers qu'il donnerait à 7 sous pièce , et en 1757 il voulait forcer les propriétaires riverains des nouveaux chemins à planter des mûriers. L'intendant n'approuva pas cette mesure; mais il fit allouer, en 1761 , au sieur de Labaume , une somme de 2,000 liv. , pour qu'il distribuât gratis huit mille pieds de mûriers aux propriétaires du diocèse que lui désignerait l'évêque.
Cependant, dès 1757, on se plaignait de la mortalité qui sévissait depuis quelques années sur les vers à soie ; l'assiette fit acheter en Dauphiné 115 onces de grains, qui revinrent à 675 liv. : on en revendit 22 onces et on distribua le reste gratuitement. Ajoutons que le 16 février 1746 les Etats avaient décidé qu'une gratification de 750 liv. serait accordée à Claude Cabanis pour l'établissement d'une filature de soie à Castres, et le diocèse lui paya cette somme pendant plusieurs années.
Mais on invitait aussi à planter des mûriers parce qu'ils donnaient du bois à brûler, dont la rareté se faisait sentir d'année en année. On a vu que le diocèse d'Albi, pour pré-
(1) Assemblées du diocèse d'Albi , p. 134.
100 ASSEMBLÉES DIOCÉSAINES.
venir la cherté du bois, avait préconisé remploi, dans certaines industries, du charbon de pierre. Les mines de Gramaux étaient exploitées dès 1702 ; mais en 1752 et 1767 , la concession en fut faite au marquis et au chevalier de Solages pour cinquante ans. Le chevalier prétendit alors avoir le droit exclusif de faire exploiter toutes les mines qui se trouveraient dans un rayon de trois lieues à partir d'Albi, et vers 1768 il fit faire des fouilles sur la rive droite du Dadou , pour pénétrer par-dessous la rivière dans la mine de charbon du Gayla , au diocèse de Castres.
Depuis une douzaine d'années, une mine de charbon avait été en effet découverte au Gayla ; le charbon en était de très-bonne qualité, et les forgerons remployaient avec succès. Pour s'opposer aux prétentions du chevalier de Solages , le sieur de Bénevent , seigneur du Gayla , et le sieur de Perrin-Lengari , propriétaire du domaine où était la mine, demandèrent l'autorisation de l'exploiter. Leur demande fut renvoyée au subdélégué de l'intendant , qui la communiqua aux commissaires du diocèse. Ceux-ci, réunis le 21 décembre 1770, et considérant que l'exploitation exclusive dans une seule main de toutes les mines de la contrée aurait pour effet l'augmentation du prix du charbon , qui était déjà très-élevé , s'opposèrent dé toutes leurs forces à ce que la concession de la mine du Cayla fût donnée au chevalier de Solages.
A la suite d'une demande des Etats , un arrêt du Con seil du 29 mai 1725 avait défendu le défrichement des garrigues, landes et bruyères, soit pour y planter de la vigne, soit pour y faire toute autre culture. Un autre arrêt de 1731 défendit encore de planter des vignes sans autorisation, et l'autorisation n'était donnée que sur le rapport d'experts nommés par le subdélégué. Mais bientôt les demandes d'autorisation se multiplièrent , et l'intendant ,
craignant que la valeur du vin ne diminuât, tandis que les grains et les fourrages augmenteraient , écrivit à ses délégués de ne viser aucun rapport, sans être sûrs que le même terrain fût avant planté en vigne et absolument impropre à toute autre culture. Le syndic de Castres écrivit à ce sujet , le 28 avril 1747 , aux consuls de lui dénoncer ceux qui feraient de nouvelles plantations sans permission ou par la complaisance des experts , et de s'opposer aussi au défrichement des landes , garrigues et bruyères , afin de prévenir la rareté du bois et le manque de pâturages pour les troupeaux.
On avait vu aussi une des principales causes de la rareté du bois dans la multiplicité des chèvres , et les Etats avaient demandé, le 6 février 1725, qu'il fût défendu d'avoir de ces animaux. Le Conseil, par un arrêt du 29 mai , avait fait cette défense , tout en laissant à l'intendant le pouvoir d'accorder des permissions pour les lieux où il pourrait en être tenus, sans dommages pour les bois et pour les récoltes. Cet arrêt fut publié dans toutes les communes du diocèse ; il souleva plusieurs réclamations, et, le 10 janvier 1727, l'intendant permit d'avoir quelques chèvres dans les communes de Vabre , Montredon et Castanet (1). D'autres permissions furent accordées dans la suite. Ainsi, en 1763, quelques habitants de Mou* layrès demandèrent à être autorisés à tenir des chèvres sur leurs propriétés , et en 1774 Guillaume Peyramen , juge de Brassac , put en avoir sur son domaine de Balbieu , à la condition de ne les mener que dans les lieux marqués pour cela.
Mais presque tous les habitants des communes des deux Brassac tenaient des chèvres et les menaient indifféremment dans les forêts et les garrigues ; ils avaient
(1) Savoir : 60 chèvres à Vabre, 6 à Montredon et 12 à Castanet.
102 ASSEMBLÉES DIOCÉSAINES.
plus de deux cents chèvres , et le préjudice porté aux bois était considérable ; les consuls durent leur enjoindre de vendre ces chèvres; mais le 5 mars 1779, ils demandèrent à l'intendant que les habitants les plus pauvres pussent en avoir jusqu'à quarante, en ne les menant paître que dans les communaux. Les commissaires du diocèse prièrent au contraire l'intendant de leur faire vendre ces chèvres dans le délai d'un mois , avec ordre à la maréchaussée de faire ensuite des perquisitions et de couper les jarrets aux chèvres qu'ils trouveraient. Les chèvres furent alors vendues , mais à des personnes des communes voisines , et en 1781 les plaintes étaient générales à Castelnau-de-Brassac, Vabre, Le Bès-de-Belfortès , Ferrières, Burlats et Gambonnès.
Les habitant de Saint-Geniès avaient été autorisés, en 1779, à avoir cent quarante chèvres, mais en les tenant dans les parties des communaux» soigneusement fixées. Cependant , le 28 février 1 785 , à la demande de la marquise d'Arifat , l'intendant ordonna que ces chèvres seraient vendues dans la quinzaine. Le sieur Combes prétendit alors avoir une permission particulière pour en avoir dans trois métairies; ^t « attendu que la conservation des bois était Tunique motif qui faisait proscrire les chèvres, du moment qu'un propriétaire avait une étendue de terrain assez considérable inculte et éloignée des bois, on ne pouvait l'empêcher d'en tenir, » les commissaires du diocèse furent d'avis, le 29 novembre 1786 , que Combes fût autorisé à avoir quinze chèvres.
Il était aussi défendu de défricher les bois sans autorisation , et les commissaires du diocèse donnaient leur avis
à ce sujet.
Les Etats , dans le double but de favoriser l'élevage des chevaux et des mulets et l'amélioration de l'espèce , accordaient un encouragement aux personnes qui avaient des
DIOCÈSB DE CASTRES. 103
haras. Ils en avaient accordé en 1771 pour le haras établi au château de Ledoux, au diocèse d'Albi, par le vicomte de Puységur. Peu après, le sieur de La Gapelle-Sénégas eut un haras à Berlats, et les Etats lui prescrivirent, en 1777, de se conformer au règlement de police observé à Ledoux, et de faire remettre au syndic du diocèse le nom des propriétaires qui avaient amené leurs juments à ses étalons. Le sieur de La Gapelle ne se conforma pas à ces instructions , et les commissaires du diocèse s'opposèrent à ce qu'une indemnité lui fût accordée,
A la même époque , le sieur Ducros , de Castres , avait établi au Gorporal, près les faubourgs de la porte Tolosane, un haras de deux chevaux et six baudets ; il se proposait d'avoir jusqu'à vingt étalons, et il demanda aux Etats un secours de 1,200 liv. et de 150 liv. en sus par étalon qu'il aurait au delà des huit , et ce pendant dix ans , indépendamment de la paie que'les règlements lui permettaient de prendre par jument saillie; si les Etats lui donnaient 300 liv. par étalon, il ne prendrait que 24 sous par jument ; il demandait encore un secours pour la construction des bâtiments, et que son garde-étalon et "ses palefreniers fussent exempts de la milice. Les commissaires du diocèse appuyèrent la demande de 300 liv. par étalon , en ne prenant que 24 sous par jument, « les paysans les amenant plus tôt à l'étalon le meilleur marché , sans se préoccuper s'il était mal fait, trop âgé, trop jeune ou épuisé; » mais les Etats s'en tinrent à leur première décision de donner un encouragement de 150 liv. par étalon.
En 1779, Ducros avait onze étalons à son haras (quatre chevaux et sept baudets) , et on y amena trois cent quarante et une juments des communes de Mazamet, Labruguière, Verdale et Dourgne; mais les Etats, en lui accordant les 150 liv. par étalon, avaient voulu que les baudets fussent du Poitou et de belle taille. Ducros n'avait que
deux étalons de ce pays, et quoique les autres fussent « bien faits , » il n'eut qu'un secours de 900 liv. Le propriétaire du haras de Berlats s'était alors conformé aux règlements ; il avait six étalons (un cheval et cinq baudets) qui avaient sailli oent trente-trois juments.
L'allocation fut continuée pour les deux haras pendant les années suivantes; cinq cent cinquante-huit juments furent saillies en 1780 et quatre cent quatre-vingt-quatre en 1781. Le nombre de juments données à chaque étalon était trop considérable, et il fut question de le faire fixer par les Etats ; le syndic du diocèse visitait les haras et signalait les étalons qui devaient être changés. Le haras dM Corporal fut vendu en 1782 au sieur Combes, qui l'établit à Aumontel et puis à Lourmariê, près Labessière, dans la vicomte de Lautrec, « dont tous les propriétaires avaient des juments. » En 1786, il avait huit étalons (deux chevaux et six baudets) , et le haras de Berlats six (un cheval et cinq baudets) .
Vers 1770, les bêtes à corne furent atteintes, dans plusieurs communautés des diocèses de Castres et de Lavaur , d'une grave maladie contagieuse. Le sieur Longchamp , ancien maréchal expert du régiment de Jarnac , alors à Castres , combattit très-avantageusement le fléau et sauva un grand nombre de bêtes. C'est l'année suivante que l'assiette projeta d'envoyer un élève à l'Ecole vétérinaire, et on a vu comment ses sacrifices n'eurent pas de résultat satisfaisant. Quelques années après, une maladie épizootique se déclara dans les diocèses voisins; celui de Castres en fut préservé , et comme il était important d'avoir un vétérinaire capable, « ceux du pays n'étant que des paysans ou des maréchaux-ferrants illettrés, y> l'assiette de 1778 proposa de fixer à Castres le vétérinaire Longchamp , en lui accordant une pension annuelle de 600 liv.
Les Etats refusèrent d'autoriser cette pension. Cepen-
DIOCÈSE DE CASTREd. . 1Û5
dant Longchamp continua de résider à Castres et y exerça même gratuitement. En 1783, une épizootie se déclara d'une manière si terrible, que les personnes qui soi- A gnaient les animaux malades étaient exposées à avoir la gangrène ou le charbon pestilentiel. Longchamp et Garrigue , son élève , quoique atteints tous deux au bras du charbon , coururent d'un domaine à l'autre et parvinrent à guérir beaucoup d'animaux; ils ne prirent rien pour leurs visites, et les commissaires du diocèse, le 18 octobre 1783, renouvelèrent la demande d'autorisation, qui fut accordée cette fois, pour une imposition en faveur de Longchamp d'une somme de 600 liv. pendant deux ans. En 1784 , l'épizootie reparut ; Longchamp l'arrêta encore et publia un mémoire sur les soins à donner aux animaux malades et pour préserver les autres, qu'il fit distribuer dans tout l'arrondissement. Aussi l'assiette de 1785 vota pour autres deux ans la prolongation de sa pension de 600 liv.
L'assiette se préoccupa aussi de la destruction des loups. Dans plusieurs communes des Gévennes, les gros propriétaires de troupeaux s'étaient associés pour donner une prime de 24 liv. par tête de loup ; et dans l'espace de neuf mois, dix-huit loups avaient été tués. A Castres , on donna 18 liv. par louve, 12 liv. par loup et 6 liv. par louveteau , et dans l'espace de quatre à cinq mois , il fut tué dans le diocèse cinq louves et deux loups. L'assiette de 1787 continua cette prime, et les Etats approuvèrent sa délibération.
Castres était l'entrepôt des grains pour les communautés de la montagne et pour le bas Languedoc. Aux entraves qui arrêtaient alors le commerce , il faut ajouter les droits de leude et de péage , et encore ceux de coupe que le domaine levait dans l'Albigeois et une partie de la province ; et à cet impôt déjà onéreux par lui-même venaient
106 ASSEMBLÉES DIOCÉSAINES.
se joindre les exigences , le plus souvent injustes , d'un fermier avide. C'est ainsi qu'en 1745 le syndic du diocèse de Castres signala à l'assiette le mode de perception dans Castres du droit de coupe par les commis du fermier. Ce droit n'était dû que sur les grains qui se vendaient à la place pour le dehors ; le fermier le prélevait sur tous les grains qui passaient à Castres pour le bas Languedoc, sur ceux que les boulangers de la ville achetaient dans les localités voisines , sur ceux que les fermiers consommaient pour leur nourriture, et enfin sur ceux que les propriétaires de Castres faisaient apporter de leurs terres hors du consulat. Le syndic fut chargé de poursuivre un règlement qui déterminât sur quels grains le droit de coupe était dû , et si les propriétaires devaient remettre une déclaration au fermier , qui , alors , devait avait avoir un bureau ouvert tous les jours , et dans lequel le règlement et le tarif seraient affichés.
Ce droit de coupe fut fixé à la soixante-quatrième partie des grains étrangers vendus à Castres. Sa perception souleva toujours une foule d'abus et suscita beaucoup de procès. Aussi la ville de Castres délibéra, le 11 avril 1765, d'en demander au roi l'inféodation ; le diocèse avait un grand intérêt à ce qu'elle lui fût donnée , et il décida de payer les deux tiers des frais de cette inféodation.
Une délibération des commissaires , du 7 juillet 1775 , rappelle les accidents du ciel les plus compliqués arrivés à la récolte de cette année. D'abord , dans le mois de novembre 1774, le froid avait détruit en partie le germe des grains ; au commencement d'avril les gelées endommagèrent les vignes, et vers la fin de mai le vent d'est, qui souffla avec force pendant quinze jours , ruina les blés et les vignes ; enfin les 10 , 21 , 29 et 30 juin, la grêle et la pluie détruisirent ce qui restait de la récolte. La grêle, qui était de la grosseur d'un œuf de pigeon et parfois d'un
DIOCÈSE DK CACTUS. 107
œuf de poule , tomba dans trente-sept communes , d'Ambres à Boisseson-de-Matviel , sur 42,500 toises d'étendue, et les eaux ensablèrent les prés et coupèrent les chemins. Les pertes furent énormes , et beaucoup de communes furent ruinées, ou du moins appauvries pour plusieurs années ; encore un nouvel orage , le 26 août , endommagea le maïs et la vigne.
Un des ruisseaux qui causait le plus de ravages lorsqu'il sortait de son lit était le ruisseau de Bagas, près Lautrec. En novembre 1756, le diocèse demanda aux Etats de faire faire par la sénéchaussée les travaux nécessaires pour prévenir ses débordements. Les Etats chargèrent Garipuy, directeur des travaux publics , de vérifier ce ruisseau. Celui-ci se transporta sur les lieux les 26 et 27 mai 1757, avec les commissaires du diocèse, et reconnut que les inondations provenaient des nombreuses sinuosités du ruisseau , du peu de profondeur du lit et des digues des moulins, qui étaient beaucoup plus élevés qu'il n'était prescrit par les règlements. Il évalua ladépenseà 15,000 liv.; et comme la sénéchaussée ne pouvait être obligée à faire ces travaux, les Etats, le 10 janvier 1758, demandèrent au roi un secours pour aider les communes à les faire. En 1760 , le diocèse y affecta 6,000 liv. ; mais les intéressés ne voulant pas y contribuer, il demanda , en 1761 , qu'on les y forçat, que les biens nobles exposés aux inondations contribuassent aux travaux, et que les propriétaires des moulins réduisissent leur chaussée à la hauteur prescrite , savoir 32 pouces au-dessous du niveau des terres. Les travaux ne se firent pas, et en 1770 le ruisseau inonda encore toute la plaine. De nouveau en 1776 il fut question d'y consacrer les 6,000 livres qui y avaient été affectées en 1760. — Les ruisseaux de Merdalou et de Poulobre étaient encore de ceux qui débordaient fréquemment ; et enfin la plaine de Vielmur était souvent inondée par les
108 ASSEMBLÉES DIOCÉSAINES.
débordements des trois ruisseaux qui la traversaient.
Des manufactures de drap étaient établies dans le diocèse dès le seizième siècle. En 1582 le commis du fermier du droit de sceau sur les draps et étoffes de laines de la Sénéchaussée de Garcassonne requit le diocèse de faire établir ce sceau en chaque ville ; mais les Etats avaient prié le roi de retirer son édit, et en attendant sa décision, le diocèse ne pouvait payer le droit demahdé. De cette époque, nous passons au milieu du dix-huitième siècle pour retrouver la mention des manufactures dans le diocèse.
On a vu qu'en 1746 le sieur Cabanis avait établi a Castres une filature de soie et qu'il reçut pendant plusieurs années une subvention de 750. liv. Les manufactures de draps étaient alors au nombre de plus de cent dans le diocèse et étaient très-florissantes. Les frisons , les cordelats, les radices et autres ouvrages grossiers en laine s'expédiaient dans le Canada ; mais la cession de cette province à l'Angleterre porta à nos fabriques un coup mortel; en vain les fabricants envoyèrent leurs produits en Suisse et en Piémont ; ils les placèrent à perte, et des faillites nombreuses furent la suite de cette tentative. On fut forcé de discontinuer un commerce ruineux, et des milliers d'ouvriers, tisserands, cardeurs et fileurs qui travaillaient les matières premières furent réduits à la mendicité (1).
Les manufactures de bas et de bonneterie établies à Castres et à Roquecourbe étaient aussi tombées. L'évêque fit faire dans ces deux villes des essais de toile de coton , des mouchoirs et des siamoises rayés , qui réussirent en partie. Alors les sieurs Bastide père et fils, fabri-
(1) Délibération de 1772. — L'évêque obtint une indemnité de 1,000 livres qu'il distribua, savoir : 600 liv. à Castres et Villegoudou, 100 à Montredon, 60 à Ferrières, 50 à Sénégas, à Roquecourbe et à Lacrouzette, et 30 à Viane, à Lacaze et à Esperausse.
DIOGËSB DE CASTRES. 109
cants de Montpellier, songèrent à fonder à Castres un établissement considérable de toiles de coton, blanches et rayées et mêlées de coton avec du fil et de la soie; ils voulaient le placer dans les fossés de la porte de Villegoudou à celle de Fusiés, que la ville leur céderait et où ils auraient de 200 à 400 métiers ; les foulons et les étendoirs seraient aux bords de la Durenque, et dans les villages voisins ils auraient 4,000 tours, 200 dévidoirs et 1,000 paires de cardes ; leur manufacture serait titrée de royale avec tous les droits et privilèges des manufactures de Narbonne et de Lavaur; et toute personne de condition pourrait , sans déroger s'y intéresser ; les produits seraient exempts de droits de douane et de leude, et la manufacture ne serait pas comprise dans le rôle des vingtièmes de l'industrie. Il fallait pour cet établissement des sommes considérables , et Bastide demandait à la province une gratification de 20,000 liv., et un secours annuel de 2,000 liv. plus 1 sou par aune de toile de coton, 6 sous par douzaine de mouchoirs et 2 sous par aune de velours ; le diocèse lui donnerait aussi pareille somme de 20,000 liv. L'assiette de 1762 donna son assentiment à ce projet et l'appuya auprès des Etats ; mais il ne paraît pas qu'il y fut donné suite.
Au même moment le sieur de Lagenière, inspecteur des manufactures au département de Castres, cherchait à faire rétablir les fabriques de bayettes, sempiternes et schalons qui avaient été abandonnées « faute d'outils propres à donner au fil le degré de perfection nécessaire pour pouvoir soutenir la concurrence avec les Anglais. » Il assembla à cet effet les principaux fabricants, et il fut résolu que si le diocèse voulait faire monter à Castres une filature à l'Anglaise pour y dresser les peigneurs, les cardeurs et les fileuses, et tenir un maître tisseur pour enseigner le travail du grand métier à la navfette anglaise avec un seul
110 ASSEMBLÉES DIOCÉSAINES.
ouvrier, les fabricants feraient construire à leur frais un certain nombre de métiers en grand large et à la navette pour faire les bayettes façon d'Angleterre et les ratines façon de Hollande. Les commissaires du diocèse, le 15 juillet 1763, demandèrent l'autorisation d'imposer 4,000 livres pour favoriser cet établissement.
Le sieur Holker, inspecteur général des manufactures du royaume, vint à Castres en 1764 ; il remarqua que les fabriques étaient languissantes parce que les fabricants « s'attachaient plus à gagner qu'à bien faire ; » cependant les ouvriers étaient nombreux, adroits et laborieux et les eaux abondantes et de bonne qualité : aussi il était facile de perfectionner les manufactures et d'en établir même de nouvelles. Le 2 novembre 1764, les commissaires du diocèse demandèrent à la province de contribuer aux dépenses qu'il fallait pour cela ; ils obtinrent 9,000 liv. pour achat de rouets, métiers et autres outils nécessaires à la fabrication des bayettes, et l'assiette de, 1765 chargea Lagenière de faire placer les rouets, dévidoirs, peignes, et fuseaux, d'acheter des laines et de surveiller les fileuses qui ne devraient travailler que pour les fabricants de Castres. Ces outils furent placés dans beaucoup de localités, notamment à Lautrec, où il fut envoyé, sur la demande du curé, 20 rouets et 2 dévidoirs et une certaine quantité à'étain pour filer. En 1766 le diocèse imposa 2,000 liv. pour couvrir la perte qui pourrait être faite sur les filatures à l'Anglaise. Les fabricants s'étaient engagés" à monter 31 métiers en grand large sur les plans d'Holker et à les occuper pendant 6 années. Les commissaires chargés de la surveillance constatèrent le 9 janvier 1766 qu'ils avaient 16 métiers montés, 6 non montés, mais construits et 5 mon- * tés en battant et bayettes.
Cependant les manufactures ne redevinrent pas florissantes. En 1773, l'impôt sur l'industrie est déclaré « acca-
blant, 3 et l'assiette en demanda la décharge au moins pour un an. On accorda des reprises pour 3,548 liv. sur des fabricants et ouvriers de vingt-neuf communes du diocèse; mais ce n'était pas assez, et l'évêque finit par obtenir une remise du quart pour trois années consécutives. On demanda le maintien de cette remise en 1777, mais elle ne fut pas accordée sous le prétexte que le commerce du diocèse était alors suffisamment rétabli. Il est dit, dans une assemblée du 25 janvier 1783, que les fabriques ne travaillaient plus, et que les tisserands, cardeurs, fileurs et généralement tous les ouvriers étaient sans pain. On a vu qu'en 1746 le dixième de l'industrie était de 14,738 livres. En 1788 et 1789, les deux vingtièmes avec les 4 sols pour livre ne se portaient qu'à 23,441 : Ainsi le commerce était alors bien déchu.
Une papeterie fut établie à Castres vers le milieu du dixseptième siècle par le sieur Brien. En 1778, un de ses descendants, Antoine Brien, forma le projet de remplacer les maillets qui servaient au triturage des pâtes par des cylindres hollandais ; il fit venir un ouvrier de ce pays auquel il assura 1,500 liv. de gages. Ce cylindre fonctionna trèsbien et faisait quatre fois plus de travail dans le même temps et avec un égal volume d'eau, et le papier était d'une qualité supérieure. Ce résultat ne fut obtenu qu'avec de très-grosses dépenses, et en 1782 Brien demanda aux Etats une indemnité et même un secours pour établir encore un ou deux autres cylindres ; les commissaires du diocèse durent appuyer sa demande après vérification du papier.
Terminons ce chapitre par quelques mots sur les messageries et la poste.
Dès 1647, les consuls de Castres avaient chargé Arnaud Barthe du service des messageries de Castres à Toulouse et divers arrêts de la Chambre de redit avaient confirmé Barthe dans cette charge. Jean Varatge voulait l'en dé-*
112 ASSEMBLÉES DIOCÉSAINES.
pouiller en 1673, et alors le diocèse le nomma son messager pour Toulouse ; en 1680 il lui donnait une indemnité de 30 liv. En 1691, l'intendant jugea utile, « pour le service du roi et la commodité du diocèse, » d'établir un messager de Carcassonne à Castres ; le sieur Cavazier, maître du bureau de Carcassonne, fut obligé de faire ce service, et le diocèse de Castres lui accorda une indemnité de 120 liv. et puis de 300 liv. par an.
Le 9 décembre 1759, les commissaires consentirent à l'établissement d'une diligence sur Toulouse passant par Lavaur que Jean Combes se proposait de faire ; ils fixèrent le prix des places et des articles de messagerie (1) et promirent à Combes une gratification annuelle de 700 liv. (2). L'assiette approuva ce traité, que le3 Etats ratifièrent, et Combes commença son service le 1 er février 1760. Mais'dès le mois de septembre, il déclara au syndic du diocèse qu'il abandonnait son entreprise, et comme ses cautions n'étaient pas solvables, le syndic ne voulut pas l'obliger à continuer et il engagea Pierre et Joseph Vincent, rouliers à Lavaur, de se charger de cette voiture; on lui augmenta le prix des places, et la subvention pour les deux diocèses de Castres et de Lavaur fut fixée à 1,000 liv., soit à 600 liv. pour Castres (3). Le bail était fait pour deux ans ; il fut renou^ vêlé en 1762 ; il n'eut pas de preneur en 1764, mais il en eut en 1765 à 400 liv. seulement pour le diocèse de Castres.
(1) La voiture devait avoir six places , dont quatre pour Castres Axées a 6 liv. chaque , et deux pour Lavaur à 3 liv. Chaque voyageur pouvait porter gratis 12 liv. d'effets* Les articles de messageries remis à domicile étaient côtés à six sous s'ils ne dépassaient pas 12 liv. et 6 deniers par livre d'excédant , et moitié moins pour Lavaur.
(2) Le diocèse de Lavaur lui donnait 400 liv.
(3) Le trajet devait être fait en douze heures ; la [voiture partait les lundi
et jeudi et rentrait les mercredi et samedi ; le prix de la place fut fixé à 7 liv* jpour Castres, et au devant de la voiture il devait y avoir un panier pour lç« domestiques des voyageurs, qui pavaient alors en sus 4 liv. par livre;
Le diocèse payait toujours les 300 liv. pour le messager de Garcassonne. En décembre 1770, on lui donna 100 liv. de plus, et en sus la ville de Castres lui donnait encore une subvention. En décembre 1777, les commissaires nommèrent provisoirement , à la place de Berri , porteur de Castres à Garcassonne, qui venait de mourir, Joseph Frésouls et Baptiste Boudet; mais le 21 janvier, l'évêque étant de retour des Etats, ils décidèrent de conserver cette commission aux enfants Berri et autorisèrent sa veuve à faire faire le service par son neveu. En 1786 l'évêque obtint la décharge des 400 liv., qui furent rejetées sur l'administration des postes.
A cette époque Pierre et Joseph Vincent étaient depuis longtemps chargés des dépêches pour Toulouse. Guillaume Nisart, sous-fermier des messageries de Castres, voulait les empêcher de faire le roulage, et il arrêta deux de leurs voitures. La province avait l'entière liberté du roulage pour les voitures publiques et particulières, et avait été, de plus, subrogée en 1687 au privilège accordé au comte d'Armagnac pour l'exploitation des messageries. Aussi, en 1718, 1741 et 1750, chaque fois que les fermiers des messageries avaient voulu empêcher les voituriers du Languedoc de porter, sans leur permission, des personnes ou des ballots, les Etats avaient obtenu des arrêts du conseil qui les maintenaient dans le libre exercice du roulage dans l'intérieur de la province ; enfin, un dernier arrêt, du 5 septembre 1786, autorisait une ordonnance de l'intendant du 9 avril 1785, qui prescrivait à un sous-fermier des messageries de restituer des droits de circulation qu'il avait exigés. Aussi le bureau du diocèse, le 12 juin 1787, prit les frères Vincent sous sa protection, « le public étant d'ailleurs très -satisfait de leurs services, » et écrivit au syndic général de prendre leur défense auprès de l'intendant.
114 ASSEMBLÉES DIOCÉSAINES.