‹ Association du capital et du travail [microforme]Chapitre 6 sur 7 · RÉFUTATION DES OBJECTION · texte numérisé non relu

RÉFUTATION DES OBJECTION

J’admets volontiers que l'application de ce principe présente des difficultés, et qu’on pourra lui susciter des objections: mais ces difficultés naissent toutes de l'égoïsme humain, C’est l'intérêt mal entendu-mal entendu, re-

marquez-le bien-—du capitaliste, qui est la plus grande difficulté. C’est cet intérêt qui soulève toutes les objections. La seule difficulté réelle, c’est d’établir la valeur du travail relativement au capital. Mais de même qu'il faut tant de piastres par jour pour défrayer les dépenses de la machine, de même il faut telle somme de travail pour faire l’opération manufacturière. Quoi de plus facile, pour le capitaliste comme pour l’ouvrier, que d’estimer la valeur du travail. Cette estimation faite, c'est de la considérer comme capital et d’étab'ir la proportion des bénéfices relativement à la somme totale du capital-travail et du capital-argent, respectivement.

Déblayons la voie de cette grande réforme des objections dont elle sera sans doute assaillie,

Justinien dit que la loi doit-être établie sur ces principes : qu’il faut vivre honnêtement, ne faire tort à personne, et rendre à chacun ce qui lui est dû. (Inst., I. 1.3.)

Le mot Loi, dit Blacksbone, dans son sens le plus généralet le plus étendu, signifie règle d’action, ei s'applique indifféremment à toute espèce d’actions, animées ou inaninées, supposant ou non de l'intelligence,

Cicéron à peut-être mieux défini la loi lorsqu'il a dit: Lex est summa ratio insita à naturâ, quæ jubet ea, que facienda sunt, prohibetque contraria. Cic. de leg. bb. à c. 6. C'est-à-dire : La loi est la raison suprême, fondée sur la nature, qui ordonne ce qui doit être fait et prohibe le contraire,

‘ Le motif et l’objet des lois est d'établir ce qui est juste, honorable et convenable,” dit Démosthène.

Me dira-t-on que la loi outre-passera sa limite en réglemantant les relations du capital et du travail. Qu’est-ce

donc que la loi? N'est-ce pas l’expression de la volonté sociale? Or, la volonté sociale n’a-t-elle pas le droit de prédominer par une loi chaque fois que l'intérêt social et l’ordre public sont en jeu ? Qui peut le nier? Par conséquent, qui aurait le droit de repousser le projet d’une loi en ce cas-ci, lorsqu'il est si bien prouvé que l'intérêt social comme l’ordre public requièrent impérieusement cette loi ? Le monopole du capital a donné lieu, parce qu'il est dans l'essence de tout monopole de produire ces résultats— à tous les abus, jusqu’à concurrence de tous les vices, de toutes les misères, de toutes les souffrances, de toutes les pestes, de tous les genres de martyrs domestiques, de toutes les dégradations morales cet intellectuelles, et c’est après une expérience aussi positive qu'elle était inévitable comme conséquence de la cause d’où elle procède, qu’on objecterait à la réforme proposée la limite naturelle de la loi? La loi est le contre-poids de l’abus et dela tyrannie, Là où la loi ne règle pas les rapports des hommes, c’est la volonté du plus fort qui domine, sans frein, sans vergogne, sars limites. La loi doit donc statuer tout ce qui est juste. Les inconvénients sont impossibles, les avartages sont évidents, Comme le disait l’hon. M. Sumner, dans son discours pour soutenir le projet de loi restreignant à un seul terme la présidence des Etats-Unis: C’est un axiôme de la vraie science sociale: “ La Joi, comme moyen de gouvernement, est inconrparablement supérieure i. la volonté arbitraire des hommes.” Bref, une loi qui supprimerait l'inégalité des conditions sociales, la misère, le paupérisme, Pignorance, le niécontement et la révolution, et substituerait à ces maux afireux et déshonorants pour notre époque et pour les classes qui les entretiennent, l'égalité fraternelle, l’aisance,

> contentement, l'éducation, l'élégance des mœurs, une telle loi est-elle utile? N’est-elle pas même indispensable ? N’est-elle pas souverainement juste et chrétienne? Vous, messieurs les capitalistes, qui vous targuez avec raison de ne pas être des révolutionnaires, sans doute par ce que vous avez raison d’être satisfaits de votre sort, comment pouriez-vous vous objecter à une loi qui pr viendrait les révolutions sociales, les plus terribles et celles qui vous concernent de plus près ?

Me dira-t-on que cette loi sent le communisme ? Alors tout industriel qui s'associe à celui qui consent à opérer avec lui, est donc entaché de communisme ? Le communisme mal entendu consiste du reste dans le partage aveugle des richesses. Le communisme bien entendu; consiste à faire partager à ceux qui produisent un article quelconque, le bénéfice réel de leur travail, Il est un troisième communisme, le communisme chrétien, qui consistait, dans les premiers temps de l’ Eglise, à mettre son bien en commun et à vivre à même la masse du bien ou des fruits qu’il rapportait. Pour que ce communisme fût praticable universellement dans une société, il faudrait que le christianisme, c’est-à-dire la perfection même, au moins en autant que l’humanité puisse y atteindre, eut pénétré la presque totalité des hommes. Ce communisme existe dans les communautés religieuses : les Dominicains comme les Shakers le pratiquent. Ce n’est pus tout-à-fait le communisme absolument chrétien que je propose à mon pays, c’est le communisme ou le partage le plus chrétien ou le plus juste qu'il soit possible d’établir dars les circonstances actuelles. Avec le perfectionnement des hommes viendra le perfectionnement des lois, et le moyen d'arriver à la per-

fection à laquelle Dieu pousse sa grande préférée, c’est de réaliser par la loi et la pratique les progrès accomplis par l’esprit humain.

Voici du reste, sur ce point, l’autorité du correspondant de Londres, déjà cité. Après avoir tracé le tableau des contrastes sociaux de Londres, qui réfiète l’état social fait par le capital-monopole, sous ses diverses formes, à toute l'Angleterre, l’auteur conclut en ces termes:

“ Est-ce là un état naturel de société où il y a de si étonnants contrastes ? Jugeant à la lumière de la Parole Divine, on est contraint de dire que non. Toute la tendance du système de Moïse est d'empêcher l’accumulation des grandes propriétés et la formation de ce gouffre même entre les riches et les pauvres; et le Nouveau-Testament fait ressortir d’une manière encore plus frappante l’idée de la fraternité de l’homme et du devoir des riches de distribuer une partie de leur abondance à ceux qui sont dans le besoin. L’un des premiers fruits de la prédication de l'Evangile fut de briser, dans un cercle étroit, il est vrai, mais non moins efficacement, la barrière entre le riche et le pauvre, et tout difficile qu’il puisse paraître d’appliquer ces principes à des sociétés qui ont grandi sur le système de l'Angleterre, il ne peut y avoir de doute que toute intervention législative, tout remède moral, toutes tentatives religieuses, tout projet d'amélioration des logements, toutes mesures sanitaires ayant pour objet l'élévation et l’amélioration du sort du pauvre ouvrier, sont en accord avec l’esprit du Nouveau comme de l’Ancien Testaments.”

Plus loin, l’aute.r ajoute avec non moins d’amertune que de vérité :

‘“ Si les hommes s'étaient donné autant de trouble pour

assujettir la terre à leur bien-être qu’ils s’en sont donné pour s’assujettir les uns les autres, toutes les parties du monde seraient remplies et soumises aujourd’hui à l’influence de la civilisation et de la vertu, et les maux effroyables que nous voyons développés dans ces centres encombrés auraient été évités. En même temps, on doit faire tous les efforts possibles pour amener une distribution plus équitable,” etc.

Entencs-je les précieux et les précieuses faire lamoue à Vidée de se trouver sur un pied d'égalité avec ouvrier ? Je serais plus sensible à leur objection, si elle avait une raison d’être. Je suis pour l'égalité de droit et non pas pour l'égalité de fait, ou, pour mieux dire, non pour l’uniformité de sentiments. Une bonne éducation, l'instruction, l’élégance et la délicatesse des mœurs des riches n’ont rien que je n’approuve parfaitement, et je ne prétends pas ouvrir tous les salons somptueux de l'aristocratie aux ouvriers dont les mœurs primordiales et l'éducation négligée l’y mettraient considérablement à la gêne, à ce point qu'il n’aimerait guère à se prévaloir d’une telle disposition réglementaire. Non, mais remarquez bien ceci: ce que vous exigez de ceux qui ont la prétention de fréquerfter votre société, messieurs les riches, c’est une bonne éducacation et des mœurs douces et délicates : eh bien, la distribu-: tion de la richesse permettra aux classes ouvrières de s’intruire et de se vêtir élégamment, et l'égalité inaugurée légalement dans l’atelier s'étendra naturellement aux relations sociales, Quoi de plus beau que les rares exemples d'ouvriers s’élevant aux hautes positions industrielles, sociales, politiques et même littéraires! N'a-t-on pas vu plusieurs présidents de la République Américaine sortir de la position

infime qu'ils occupaient pour s’élever jusqu’à la suprême magistrature de leur pays? Pourquoi cela s'est il vu plutôt chez nos voisins que dans les pays trans-océaniques ? Par ce que leur travail mieux rétribué leur permettait de se consacrer à l'étude et même de faire un cours collégial. Tels de nos compatriotes aux Etats-Unis sont devenus avocats, notaires ou médecins, grâce à ce que leur travail manuel bien rétribué, leur a permis de faire des épargnes qu’ils ont consacrées à leur instruction. Après une génération ou deux, les exceptions seront devenues la règle générale, Alors on ne se plaindra pas comme aujourd’hui que ‘“ la bonne société” est rare. Ne vous imaginez pas que lopération soit lente. La soudaineté des transformations sociales individuelles donne une juste idée de la spontanéité d’une transformation générale. Ceux-là mêmes qui aideront la transformation auront l’occasion de jouir de la haute situation sociale et intellectuelle qu’elle devra produire.

Me fera-t-on observer que l'exemple des Etats-Unis, s'il prouve ce que la prospérité des classes ouvrières peut produire de bons résultats, démontre aussi l’inutilité de mon système, puisque cette prospérité y existe sans lui. Au contraire, ce qui prouve bien la grande supériorité de ma proposition sur le système du salaire, c’est que, aux Etats- Unis où ce système a été le mieux appliqué, le système de Vassociation du capital et du travail y est jugé si supérieur, qu’on veut à tout prix renoncer au système du salaire pour adopter le système de l’association. Or, aux Etats-Unis on ne rétrograde pas. Chaque démarche industrielle et sociale y est un pas ferme et positif vers la fraternité pratique et le bien-être général.

Par manière d’objection, me donnera-t-on le mérite exclusif d’avoir inventé ce système. Je veux bien qu’on m'accorde de lavoir appris de mon cœur plutôt que dans les livres et les journau£; mais cette intuition ne m’a pas été donnée à moi seul, et je pourrais citer à l’appui de la cause que je défends, les plus grands noms de la pensée littéraire, ou de l’industrie ou de la politique, en France, en Angleterre, en Allemagne, et surtout aux Etats-Unis, où Wendell Phillips est le phare brilliant sur lequel se guide le grand mouvement social de l’association du capital et du travail.

Au reste, tous ne proposent pas le même moyen.

Un ‘ Comité de Travailleurs” en Angleterre a proposé, par l’entremise de M. J. Scott Russell, et de M. Ruskio, deux des maîtresses influences de l’Angleterre, au dire même de la Gazette de Montréal, un programme de la législation que le comité réclame sur les bâses suivantes, reproduites dans la Tribune de New York du 22 Janvier dernier :

1. La délivrance des fmilles ouvrières des ruelles lugubres, des allées encombrées et des taudis malsains de nos villes, et leur transplantation dans l’espace ouverte, où, au milieu d’un jardin, dans une maison détachée, dans un air sain et aux rayons du soleil, elles puissent subsister et croître dans la force, la santé et la pureté, sous l’influence d’une demeure bien ordonnée.

2. Pour l’exécution de ce projet, il faut la création d’une organisation parfaite du gouvernement responsable des comtés, des villes et des villages, avec les pouvoirs nécessaires pour l’acquisition et la cession du sol pour Je bien commun.

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