‹ Assurance, banque et stocks [microforme]Chapitre 10 sur 10 · LE DEVOIR · texte numérisé non relu

LE DEVOIR

Après avoir énuméré toutes les raisons qui doivent militer en faveur du maintien de nos droits nationaux ct de la conservation de nos intérêts les plus chers, il s’agit ici de bien déterminer les devoirs à incombent à tous les canadiens de s'unir pour défendre le patrimoine national contre l'invasion et l'accaparement de l’étranger et de ne pas

rmettre à ce dernier de soutirer insidieusement e plus clair de nos revenus sans nous donner une compensation adéquate,

On nous dira peut-être que nous insistons fortement sur ce sujet, mais il suflira de répondre que si l’on désire planter un clou quelque part il faut frapper à coups de marteau jusqu’à ce que la tête du clou soit au niveau de la pièce de bois dans laquel'e il est enfoncé. Comme mesure de précaution, l’on prend un repoussoir et on le renfonce encore plus avant dans le bois; alors il ne surt plus.

Il en est de même d’un principe ou d’une idée. Pour faire entrer l’une ou l’autre dans l’entendement des intéressés, il faut répéter les arguments maintes et maintes fois et ne jamais les perdre de vue. C’est de cette manière qu’une fois ancrés dans le cerveau iis n’en sortent plus et tiennent l'édifice solide. Voilà la raison qui nous a portés à ces répétitions, sous des formes différentes, persuadés que nous sommes que les arguments invequés au soutien de notre thèse germeront dans l’esprit de nos lecteurs et porteront des fruits qui nous récompenseront amplement de l'effort que nous faisons pour le maintien de nos institutions à l’exclusion des intrus qui nous exploitent sans profit pour le Canada.

Nous avons mis en tête de ce chapitre “Le Devoir”. Il est donc de notre devcir de déterminer la part de chacun dans cette œuvre de patriotisme que nous avons entreprise sans en être autrement sollicités. Mais nous avons té alarmés par les révélations qui viennent d’être faites, sachant fort bien qe ce n’était pas encore le tout et que l’avenir nous réserve des surprises peut-être encore pius stupéfiantes.

11 convient donc de diviser ici en trois catégories les devoirs imposés à chacun des pouvoirs qui régissent nos compagnies nationales: les agents, les compagnies elles-mêmes et le public en général, le plus intéressé à se protéger.

Prenons d’abord les agents :—

Ceux-ci se divisent en deux catégories bien distinctes, et cependant le frottement les a pour ainsi dire assimilés, et à certains points de vue ils ge ressemblent tellement qu’il est difficile de distinguer à laquelle des deux races ils appartiennent. Les agents d’origine anglaise, formant la classe la plus nombreuse, habitués aux affaires dès l’enfance, méthodiques, calculateurs, sont restés fidèles aux traditions et aux lois du “fair play” britannique, c’est-à-dire la loyauté à tous égards; les agents d’origine française qui les coudoient ne leur cèdent en rien pour la largeur de vues et la franchise des procédés.

La mission de ces hommes, dans les circonstances, peut être divisée par deux motifs: Le pe et le plus impérieux, naturellement, est “obligation immédiate de rendre à la compagnie qui les emploie la plus grande somme de dévouement et de service actif et productif de résultats tangibles; le second, une fois ce premier devoir rempli, est de profiter de leur présence sur le champ de l’action pour bien inculquer dans l’esprit de notre peuple la patriotique 1dée que la dépense de nos énergies doit produire le meilleur de notre actif pour protéger notre existence nationale afin de bien exécuter notre devise: “Le Canada pour les Canadiens.” :

Sans aller jusqu’à l'agression contre les agents canadiens des compagnies américaines et avec tout le respect réciproquement dû aux efforts personnels de la lutte pour la vie, ils devraient, il nous semble, agir sans faiblesse pour bien faire comprendre à la clientèle canadienne que, toutes choses étant égales d'ailleurs, il ne saurait y avoir d’hésitation dans leur choix, et la doctrine serait vite comprise : “Le Canada pour les Canadiens.”

Qui sait, si ce programme est fidèlement suivi, si le résultat ne sera pas surprenant dans un avenir très rapproché? Les exemples ne manquent pas, et comme étoile polaire qui éclaire la route conduisant à la vérité, nous n’avons qu’à tourner à demi la tête. En effet, pour n’en citer qu’un seul exemple, il n’y a pas trois-quarts de siècle que nos libertés constitutionnelles étaient conquises au coup de clairon sonné par Papineau: “Le Canada pour les Canadiens”.

Si les agents de nos compagnies nationales youlaient travailler à l’unisson et sincèrement, la mutualité de leur concours et leur esprit de confraternité auraient bien vite pour résultat de forcer les compagnies américaines à rechercher des agents dans leurs propres rangs; et autant les agents canadiens d'assurance travailleraient de conceït pour promouvoir les intérêts de nos propres inscitutions,

on dE maté

boat Lt AREA 2 LR, 2

autant ils assureraient la suprématie de nos com- Pagnies nationales sur les autres. Ils n° perdraient certainement pas, puisqu’en travaillant au développement des ressources du pays ils élargiraient leur champ d’opérations et resteraient fidèles à la noble et nécessaire devise: “Le Canada pour les Canadiens’.

Nous ne voulons pas tomber dans le paradoxe en disant que du mal peut naître le bien; cependant, nous pouvons bien dire, par exemple, que la souffrance endurée jusqu’à notre époque doit être

chacun doit fournir sa part d'activité. Que tous marchent droit devant eux vers le but commun que nous désirons, sans jamais regarder en arrière, et nous finirons bien vite par exécuter cette devise

les sociétés d’assurance ont à jouer le rôle déterminant. De fait, la raison de leur existence, la nécessité d'assurer leur prospérité, et l'obligation toute naturelle de garder pour elles seules le champ du Canada comme terrain de leur exploitation, forment le point pivotal du succès que nous recherchons. Les moyens à la disposition des compagnies sont plutôt de leur compétence, et si nous nous permettons quelques suggestions à cet égard, c’est que l’état de choses toléré jusqu'ici semble indiquer qu’il existe un peu partout trop d’apathie. La politique du laissez-faire a toujours produit des résultats négatifs, puisqu'il est d’axiôme que lorsque l’on n'avance pas, on recule. Au premier chef, il faut placer la nécessité pour nos compagnies de choisir È meilleurs agents qui sont sur la course sans égard au salaire, LR en tout état de cause, doit être généreux. Nous sera-t-il aussi permis de leur dire que le champ d’action de chacun des agents devraït être limité non seulement à sa province natale, respectivement parlant, mais même au district dans lequel il est ‘né, et où son nom, £a personnalité et sa famille inspirent la confiance, car il ne faut pas perdre de vue qu’il existe un sentiment inné chez le peuple: on se méfie de l'étranger et de l'inconnu. C’est, en affaires, l’expérience de tous les jours. L'union, la concorde et Pesprit d’action commune doivent exister entre toutes les compagnies nationales, et de

Rae

cette façon la confraternité des agents entre eux sera nécessairement fortifiée par l’unification dans l’action des compagnies qui les emploient. Sans amoindrir leur émulation personnelle, cet état de choses les rendra plus forts'et plus confiants. Ils iront la main dans la main, chacun servant ses intérêts propres, à la conquête du “Canada pour les Canadiens”.

Pour tout prévoir, il faudrait énumérer un tro grand nombre d’obstacles possibles; cependant, f en est un sur lequel nous ne saurions trop insister, Nous avons dit que l’on devrait exiger du pouvoir législatif une loi qui forcerait les compagnies américaines à se munir d’une charte uniforme, soit du pouvoir fédéral ou du pouvoir impérial. Cette charte, bien qu’identique dans sa forme à celle des autres compagnies opérant dans notre milieu, devrait pourtant contenir les dispositions différentielles que nous avons indiquées quant au taux d’intérêt et à la quotité des dépôts. L'expérience a démontré, malheureussment trop souvent, que les comités de la Chambie, chargés de ces demandes et de l’opportunité de leur octroi, se donnent à peine le soin de se renseigner sur l'utilité ou la nécessité de les accorder, et se donnent encore bien moins le trouble d'étudier la portée de la législation à laquelle ils consentent avec tant d’insouciance. Cela vient naturellement du fait que peu de députés sont exactement renseignés sur des questions techniques qui ne les concernent que de très loin, ou point du tout. Il est donc nécessaire, pour toutes les compagnies auxquelles cet opuscule s’adresse, de constituer un comité de surveillance muni d’aviseurs légaux, et dont le rôle serait d’examiner à chaque session toute législation, demande de nouveaux pouvoirs, création de nouvelles chartes, enquêtes sur le fonctionnement des compagnies d’assurance; et, en résué, ayant commission aussi d’éclairer la députation sur tout sujet soumis à son examen et à son approbation. De cette manière, l'uniformité si désirable dans le fonctionnement des institutions de ce genre s’établirait graduellement, et tous les intéressés y trouveraient leur compte. C’est avec remerciement que messieurs les députés recevraient ces informations et suggestions, et la législation qui en résulterait serait nécessairement plus adéquate, puisqu’elle rencontrerait les vues des assurances nationales unies autour d’une même pensée. Cela ne serait-il pas aussi de nature à inspirer au publie une plus ‘solide confiance, quand il sera constaté que les compagnies agissent en harmonie pour protéger les doubles intérêts de l’assureur et de l'assuré et de réaliser la devise toujours sacrée: “Le Canada pour les Canadiens”?

Finalement nous arrivons aux devoirs du public envers les compagnies, envers les agents et ‘urtout envers lui-même.

Le concours de la bonne volonté populaire et de la prudence du public est bien le facteur le plus important et le plus efficace dans l’œuvre de réaction dont nous cherchons à démontrer la nécessité. Il faut bien se l’avouer, jusqu'à présent les petits assurés, en général, c’est-à-dire la masse, se sont moins occupés de l’origine et du lieu d’affaires de la compagnie qui leur prend leur argent, que de la savante cabale de l'agent plus roué. C’est pour cette raison qu’un opuscule de la nature de celui que nous offrons au public est devenu une nécessité et comble une lacune. Il n’y a pas de doute que le peuple demande à être instruit et renseigné; de plus, il n’est pas, par tempérament, très prodigue de ses capitaux. Quand il sera instruit du véritable état de choses concernant les compagnies américaines, il sera bien difficile pour les agents de ces dernières d’*"trainer nos nationaux à devenir leurs clients. C':st alors qu’il comprendra qu’il doit de préférence confier la garde de son bien à des institutions qui sont les nôtres, dont les bureaux de direction se trouvent à sa portée immédiate, et ainsi il deviendra facile de lui faire comprendre que, tout en se garant contre l’exploitation étrangère il fera son devoir envers son pays en préférant les assurances nationales. Il est facile, en procédant par voie de simple comparaison, de démontrer aux clients sollicités toute la justesse de la proposition que nous soutenons. Le grand principe économique dont l'application assure l’augmentation de la fortune et du bien-être consiste dans la production la plus large possible de la consommation nécessaire plutôt que de l’acheter à l'étranger. Or, si le peuple peut s’assurer dans son pays, quelle pourrait être la raison qui l’entraînerait vers l’étranger et lui ferait oublier la devise immuable: “Le Canada pour les Canadiens” ?

Le devoir du public envers les agents est très facile à définir. Le client sollicité doit recevoir l'agent avec toute la courtoisie possible et que l’on trouve partout chez le peuple, mais il doit demander invariablement si la compagnie qu’il représente a son siège social en dehors du Canada ou de l’Empire Britannique, et, dans l’affirmative il doit im- Pitoyablement couper court à toute négociation; il ne se passera guère de longs jours avant qu’un autre agent lui offre l'opportunité convenable de s’assurer dans une compagnie nationale, et alors étant donné son désir de recourir à ce mode de prévoyance pour sa famille, il pourra y souscrire sans crainte, car ses assurances sont à l’abri de

toute complication internationale et de tout agiotage étranger, et le drapeau de l’Empire Britannique qui le protége le garantit contre toute agression de l’extérieur, de quelque nature qu’elle puisse être. Ce sera encore l’un des meilleurs moyens d’être fidèle à la devise: “Le Canada pour les Canadiens”.

Envers lui-même le peuple a des devoirs encore plus impératifs. “Charité bien ordonnée commence par soi-même”, dit le proverbe, et s’il existe jamais ‘ue occasion favorable de le mettre en pratique, c’est bien lorsqu'il s’agit de sauvegarder les intérèts sacrés de la famille, surtout quand, pour se

rocurer l’aisance dans l’avenir, il faut faire tous es ans des sacrifices en argent. La déception serait bien amère pour l’assuré si, après avoir payé des primes élevées pendant dix, douze, ou quinze ans, il arrivait à constater que le fruit de son travail et de ses sacrifices a fondu dans le creuset de la spéculation véreuse et de la débauche financière qui déshonorent aujourd’hui les Etats-Unis. En s’assurant dans les compagnies canadiennes, même si les taux de prime étaient un peu élevés, il y trouvera encore son profit, puisqu’il garde pour le nation son bien qu’on sollicite pour les étrangers. En cette matière comme en matière commerciale, industrielle et agricole, c’est toujours le même principe qui domine, savoir: produire le nécessaire plutôt que de l’acheter, et, par tous les moyens possibles, c'est le devoir impérieux de tout bon citoyen de travailler à la ruche nationale, de contribuer à la fortune publique, de fournir sans relâche à la patrie chacun sa quote-part des éléments de force. Ceci bien compris, soyons bien sûrs qu’à côté de l’égoïste république qui nous avoisine, notre nation grandira, portant à son drapeau: “Le Canada pour les Canadiens”.

Si l’on applique la règle que nous venons d’émettre sans relâche au cours de cette étude, ce sera la protection de nous-mêmes et de nos intérêts par noc:-mêmes et par nos institutions; on trouvera qu’elle est juste en tout état de cause. travail se protège en combinant ses intérêts et ses efforts; l’industrie en fait autant en exigeant du gouvernement des mesures douanières nour entraver la concurrence étrangère; le capital assure sa conservation en se munissant d’institutions exclusives; l’agriculture est dans le même cas. Où serait le motif de refuser aux compagnies d’assurance nationales l’application de cette règle, qui est la base adoptée dans notre politique administrative, et préconisée par le premier ministre, Sir Wilfrid Laurier, qui prit pour devise: “Le Canada pour les Canadiens”

Page 1