‹ Assurance, banque et stocks [microforme]Chapitre 5 sur 10 · LES VALEURS CANADIENNES · texte numérisé non relu

LES VALEURS CANADIENNES

Les valeurs canadiennes, qui peuvent être acceptées partout sans hésitation et sans crainte, sont multiples et toutes de premier ordre. Elles consistent en obligations garanties par des corporations qui ne peuvent pas faillir, parce qu’elles reposent sur la propriété foncière ou sur des stocks préférentiels et portent une obligation première et privilégiée contre toute hypothèque ou convention entre tierces parties.

En premier lieu, nous trouvons les obligations municipales librement consenties par les contribuables, attendu qu’elles ne peuvent être émises qu’en vertu d’un règlement voté dans ‘une élection publique à laquelle les propriétaires seulement sont admis à prendre part, et la raison organique de cette disposition de la loi est que, du moment que le règlement est adopté, les obligations ayant été signées par le maire et le secrétaire, elles deviennent de facto une hynothèque par premier privilège sur tous les biens-fonds des habitants de la paroisse qui ont voté le règlement au pro rata de la valeur portée au rôle de l’évaluation.

De plus, sur chaque coupon de l'obligation, le montant de l’intérêt et du fonds d’amortissement est spécifié et inaltérable, quelles que soient les fluctuations dans la valeur de la propriété.

Prenons, par exemple, les villes de Joliette, Ber-

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thier, Longueuil, St-Hyacinthe, Hull, Sherbrooke, Trois-Rivières, qui sont toutes florissantes et sur la route du progrès. Dans chacune de ces villes, que nous citons au hasard, des règlements ont été adoptés autorisant l’émission d'obligations variant de 825,000 à #200,000, et dans chaque cas c’était dans un but d'amélioration publique qui ajoutait à la valeur de la garantie des obligations. Nous affirmons sans crainte d'aucune contradiction que dans toutes ces occasions, ces stocks ont été offerts aux compagnies américaines qui les ont invariablement refusés sous le fallacieux prétexte que “c’était trop petit”.

Nous en disons tout autant des obligations consenties par les fabriques pour la construction des églises, autorisées par acte de répartition et portant hypothèque sur les propriétés des francs-tenanciers. (C’est encore “trop petit”.

Et c’est souvent la raison qui oblige les propriétaires et francs-tenanciers à payer 74 d’intérêt parce que ces refus obstinés et intéressés les forcent à courir les comptoirs d’escompte et à diviser leurs obligations. C’est donc le cas de dire que messieurs les américains viennent nous faire la guerre chez nous avec nos propres deniers.

Ceux qui sont chargés de négocier les obligations municipales et autres en savent quelque chose et dans bien des cas ils sont obligés d’imposer des sacrifices à nos gens, toujours étonnés de se voir refuser, non pas des faveurs, mais des prêts garantis par les meilleures hypothèques dans le pays le plus riche du monde, dont le gouvernement trouve le moyen de prélever un budget de $89,600,000 par année sur une population de cinq millions et demi d’habitants et d’obtenir un excédent de recettes de seize millions sur les dépenses.

De plus, en dehors des valeurs que nous venons de mentionner, il existe des obligations canadiennes de premier ordre sous forme de coupons de chemins de fer, de chemins électriques, de compagnies de transportation et de navigation intérieure, de compagnies hydrauliques, de tramways, de fabriques de papier, de pulperies, de télégraphe et de téléphone, d’actions de banques et autres, qui ne sont certes pas à dédaigner et représentent toutes des valeurs désirables ardemment recherchées par les capitalistes sérieux qui les préfèrent aux valeurs américaines.

La raison principale de notre répugnance à accepter les stocks américains ne nous est pas dictée par un chauvinisme qui n’aurait pas sa raison d’être dans des conditions normales, mais elle est basée sur la saine raison, parce que les soubresauts de la finance aux Etats-Unis sont la cause de ces crises financières qui sèment la ruine et le deuil dans un

très grand nombre de familles de l’autre côté des lignes et rejaillissent sur le peuple canadien par contre-coup. Or, survenant Pan de ces cataclysmes que les évènements actuels font même prévoir, quel serait le moyen laissé à notre disposition pour conserver à leur valeur les stocks laissés en garantie pour les fonds déposés entre les mains des compagnies américaines? Si le capital ainsi placé dans les obligations dont nous sommes les dépositaires est englouti dans un krach, où sont nos garanties? Le tout tombe à vau-l’eau et nous n’y sommes plus du tout, tandis que nos propres garanties reposant sur les propriétés foncières par première hypothèque ne peuvent être sujettes à aucune banqueroute.

Si les compagnies américaines refusent de nous donner en garantie des valeurs canadiennes, pourquoi accepterions-nous les leurs? La plus grande partie de nos obligations canadiennes fait prime sur le marché monétaire, et le gouvernement doit être le seul juge des garanties qu’il accepte. Consultez les rapports de la Bourse tous les jours, et vous constaterez facilement la valeur de nos obligations. Prenons, par exemple, la Banque de Montréal, et nous trouvons que ses actions sont cotées à 257, celles du Montreal Street à 239, celles du Montreal Telegraph à 165, celles du Bell Téléphone à 155, et combien d’autres institutions financières dont les stocks sont cotés entre 110 et 150! Les américains pourront nous dire, peutêtre, que nos stocks coûtent cher, mais alors ils seront dans l'erreur, parce que plus ils coûtent plus ils rapportert. Exemple, la Banque d'Epargne de la Cité et de District de Montréal, qui n’a pas de stock sur le marché; cependant il est excessivement cher et ceux qui le détiennent le gardent pour eux-mêmes.

Cet exposé de faits était nécessaire, pour justifier complètement la proposition que nous émettrons ci-après et que nous entendons corroborer à tous les points de vue.

Nous étions à énumérer les moyens législatifs à la disposition du Parlement et de l’Exécutif pour endiguer l'écoulement de notre argent à l'étranger, et nous avons dit « } nous prendrions dans le nombre les plus faciles à appliquer ‘et les plus rationnels. Nous venons d’exposer d’une manière péremptoire, i] nous semble, la supériorité du crédit canadien sur le crédit américain, en autant qu’il soit nécessaire de choisir des garanties se rapprochant le plus près possible de la valeur positive de l'or, et si cette affirmation est vraie, comme nous le prétendons, il est facile de suggérer un remêde qui s'impose et dont l’application n'offre aucune difficulté véritablement insurmontable.

Pour procéder sans violence, il ne s’agira que d’éviter la rétronctivité de la loi devant être édictée pour donner aux compagnies américaines, pendant une période raisonnable, le bénéfice des droits acquis. Si la faute antérieure est irréparable, et si nous sommes obligés de sortir de cette très fausse position et en tirer le meilleur parti possible, il ne s’en suit pas nécessairement'que nous soyions enchaînés pour l’avenir, En prenant la situation actuelle comme point de repère, nous évoquerons l'expérience du passé afin d’éclairer la route que nous aurons à suivre à l’avenir,....“Charité Lien ordonnée commence par soi-même.” Il est à peu près temps d’y songer.

Avant de proposer l’idée d’une législation pouvant couvrir entièrement les trois conditions d’existence que nous devons suggérer pour les compagnies américaines, nous avons cru néce aire d'expliquer minutieusement les raisons que nous étions tenue d’apporter à l’appui d’une proposition lé-

islative qui nous parait juste tout en restant dans es bornes de la Constitution, et si le projet de loi ; que nous nous permettrons d’indiquer peut paraître optimiste aux américains, qu’ils le comparent à leur doctrine Monroe et ils le trouveront encore au-dessous de la marque, si nous voulons mettre us institutions sur un pied d'égalité avec les leurs, parce qu’il est bien certain que si les compaguies américaines se trouvaient placées en face des restrictions que nous suggérons elles jouieraient encore en Canada d’une liberté commerciale bien supérieure à celle que les institutions canadiennes pourraient espérer recevoir aux Etats-Unis.

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