‹ Assurance, banque et stocks [microforme]Chapitre 4 sur 10 · REMEDE AU MAL · texte numérisé non relu

REMEDE AU MAL

En présence de ce problème dont la solution est si importante pour les canadiens, nous devons examiner avec prudence et discrétion les moyens de réagir contre le mal. La sagesse nous impose l'obligation d’agir avec discernement, afin de ne

as sacrifier les droits acquis, ni de mettre en péril es capitaux déjà versés. Cependant, la nécessité qui s’impose le plus violemment est de fermer dès maintenant cette blessure par laquelle s’échappe tnus les jours le plus pur de notre sang et de notre ve nationale.

Nous pouvons chercher ces moyens dans deux sources pratiques :—

10. Dans le bon sens du peuple qui se doit à lui-même de conserver ses énergies au bénéfice de la nation;

20. Dans une législation ferme et décisive dont VPobjet sera de protéger sans ambiguité les assurances canadiennes et anglaises contre les assurances américaines, Nous incluons à dessein les assurances anglaises, parce qu’il serait impronre de chercher à leur appliquer une loi différentielle dans un pays qui, en somme, forme une partie intégrante de l’Empire Britannique.

Eclairer le peuple, c’est travailler à le rendre plus heureux et plus prospère. Le tirer de son indifférence, c’est éveiller chez lui le sentiment de son intérêt, et il nous semble assez facile de lui démontrer que c’est en gardant chez lui l'argent produit par son labeur qu’il accumule sa fortune tout en contribuant à la richesse publique.

T’assuré, en géncral, qui prend une police dans une compagr.e américaine, a-t-il jamais réalisé qu’il contribuait à son propre appauvrissement et laissait échapper goutte à goutte le sang si nécessaire à sa force et à son existence? C’est donc un véritable apostolat pour les agents des assurances canadiennes de bien faire comprendre aux clients dont ils sollicitent le patronage qu’ils doivent s’assurer dans nos institutions, ou ne pas s’assurer du tout, plutôt que d’envoyer leur argent aux Etats-Unis.

Que dirait le premier homme d’affaires venu s’il voyait un cultivateur négliger l’exploitation de sa propre ferme pour acheter le grain de son voisin ? C’est le cas de l’assuré canadien qui envoie son argent aux Etats-Unis, d’où il ne rement pas, au lieu de le faire servir à la prospérité de nos compagnies.

Le deuxième moyen d’enrayer le mal est entre les mains du gouvernement. L'expérience nous a démontré dans ce pays, comme aux Etats-Unis, d’ailleurs, que c’est au moyen d’une législation douanière que l’on a pu développer nos anciennes industries et en créer un grand nombre de nouvelles. L'objet primordial des lois protectrices d’un pays est de conserver sur place le capital producteur afin d’en forcer le placement d’une manière utile au pays. C’est de là que sortent le travail de l’ouvrier et l’augmentation de la richesse nationale,

On nous objectera peut-être que nos assurances ne sauraient être protégées par une loi douanière. Fort bien, mais la comparaison n’en est pas moins juste car il existe des moyens similaires produisant les mêmes résultats. Ces moyens sont à la disposition du Parlement. Ce serait appliquer en pratique la doctrine Monroe en vigueur aux Etats-Unis.

Et pourquoi pas?

Les différentes méthodes à suivre sont trop nom-

breuses pour les exposer l’une après l’autre dans cet opuscule, et il faut de toute nécessité s’arréter à la principale et à la plus facile, en espérant que les législateurs trouveront la voie la plus sûre pour édicter une loi protectrice contre la concurrence des américains.

Le principe de la protection en faveur de l’industrie est une des clauses du programme de ce

ays; or, si le gouvernement protège le travail et le capital placé dans les usines, dans le commerce général et dans l’agriculture, à plus forte raison doit-il protéger les intérêts de ses administrés en élevant une barrière suffisamment haute pour empêcher nos voisins de venir chercher l’argent canadien sans payer une compensation adéquate. En supposant que le gouvernement fédéral impose une taxe préférentielle en faveur des compagnies canadiennes sur les compagnies américaines, il est évident que de notre côté prrsonne ne songera à s’en plaindre. Quant aux criailleries qui pourront surgir de l’autre côté, cela ne tirera pas à conséquence, parce que la quotité des affaires des compagnies canadiennes aux Etats-Unis est insignifiante, et ne peut donner lieu à aucune récrimination de notre part, même si l’on ajoute de nouvelles restrictions à celles qui existent déjà.

En outre, le gouvernement a le droit de forcer les compagnies américaines à se procurer une charte royale identique à celle qui régit les compagnies anglaises, et dont nous parlerons un peu plus loïn, en vertu de laquelle il n’est pas permis aux compagnies d'assurance anglaises de retirer plus d’un intérêt fixe sur leurs placements.

Lorsque messieurs les directeurs des compagnies américaines reçoivent notre argent et même celui de leurs clients américains, ils se livrent à une orgie d’agiotage qui finalement amène la divulgation de scandales comme ceux de l’Equitable, de la Mutual Life de New-York, de la New-York Life, de la Mutual Reserve Fund, et d’autres sociétés d’assurance qui étonnent même les américains qui se trouvent aujourd’hui forcés de les dénoncer. Et Von sait que nos voisins ont la peau dure!

En les obligeant à prendre chez nous des chartes identiques aux chartes royales octroyées aux compagnies anglaises, les compagnies américaines tomberaïent sous le contrôle immédiat et la surveillance effective du département du Trésor qui pourrait, dans ces conditions et en vertu des dites chartes, obtenir tous les mois les renseignements nécessaires pour contrôler efficacement leurs opérations et déterminer leur solvabilité.

Le gouvernement fédéral peut aussi, sans se gêner en aucune façon, demander aux américains de déposer entre les mains du Receveur-Général de

la Puissance des valeurs canadiennes ou de l'or. Nous l’avons déjà dit, mais cn ne saurait le répéter trop souvent; il pourrait même ajouter un pro rata plus considérable à leur dépôt de garantie.

Quelle pourrait bien être d’ailleurs, leur objection à cette proposition? Après tout, nous ne leur demandons qu’une chose très raisonable: de laisser entre les mains de notre gouvernement une portion de notre propre argent. Ou ces Compagnies sont solvables, ou elles ne le sont pas. Si elles le sont, elles doivent s’attendre à contribuer à l'épargne dans ce pays; si elles ne le sont pas, nous aurions bien tort de leur donner notre argent pour leur permettre de faire de l’agiotage aux Etats-Unis. Les scandales qui viennent de se produire dans ce dernier pays sont d’une nature tellement provocante que les américzins n’ont pas eu besoin du concours des canadiens pour les dénoncer, et nous aurions bien tort de sustenter les brasseurs d’affaires quand les américains les chassent d’Etat en Etat.

On nous a débarrassés au moyen de l’extradition, de la présence de certains boodlers bien connus, n’allons pas chercher de nouveaux faiseurs pour les abriter sous les plis du Drapeau Britannique.

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