polices, représentant
dollars d'assurance.
C'est une compagnie purement mutuelle, théoriquement administrée par ses porteurs de polices exclusivement. Ses assures composent son conseil ; quiconque est assuré pour 1 .000 dollars au moins a le droit de voter pour les commissaires. La chambre des commissaires comprend trente-six personnes, divisées en quatre classes égales. Pratiquement, les porteurs de polices ont eu fort peu à voir avec le choix des commissaires ou avec la direction de la compagnie. Il doit y avoir entre 400.000 et 5oo.ooo porteurs de polices ayant le droit de voter pour les commissaires; mais, pendant longtemps, 200 votes seulement ont été recueillis à chaque élection. Ceux qui volent personnellement sont pour la plupart d'anciens employés de la compagnie ou de compagnies subsidiaires. Les porteurs de polices ont le droit de faire voter à leur place; mais, en règle générale, on n'a pas fait usage de ce droit. Pour assurer la continuité de la
direction et se garder contre toute attaque des porteurs de polices, des « procureurs ^), au nombre de 20.000, sinon plus, étaient à la disposition du président Richard Mac Gurdy et du vice-président Robert Grannis ; sauf le cas de révocation, ces procureurs étaient nommés pour dix ans, et il est très rare que l'un d'entre eux ait été remercié. Du reste, les chefs n'ont pas jugé à propos de se servir de ces auxiliaires, aucune élection n'ayant été contestée. Mais, grâce à eux, les officiers exécutifs ont pu choisir les membres du conseil des commissaires, par qui ils ont à leur tour été maintenus dans leurs fonctions. De là une autocratie qui n'a presque jamais été attaquée; tous les efforts dirigés contre elle ont échoué.
M. Mac Gurdy a été président de lacompa-
gnie pendant vingi ans, après en avoir été le vice-président pendant vingt ans. M. Grannis en a été le premier vice-président pendant vingtans; il en avait étéantérieurementsecond vice-président pendant de longues crises. Les autres « officiers » avaient été choisis d'après le procédé indiqué ci-dessus.
Le règlement favorise la concentration du pouvoir. La section 2 de ce règlement, par exemple, porte que « le président aura la direction générale des affaires et des « officiers » de la compagnie, qu'il établira des règles pour la conduite des affaires et pour la direction des officiers ; il a le droit de suspendre ou de révoquer à son gré un agent quelconque, et tous les employés et agents doivent exécuter ses ordres et instructions ». La section 10 dit que « les vice-présidenls devront aider le président suivant ses instructions ».
Une paraît pas que les « commissaires» aient exercé sur la direction le moindre contrôle efTectif. Ces commissaires étaient partagés en six commissions : commissions des finances, des agences, des assurances, des réclamations pour cause de mort, des dépenses et des «auditions». A part la commission des finances, ces groupements ne se sont pas sérieusement occupés des questions qui leur ont été confiées. La commission des agences n'examinait pas les contrats les plus importants de ces agences ; la commission des dépenses autorisait d'importants débours sans documents; la commission des « auditions » négligeait d'entendre les comptes de la compagnie. Contrats et débours, tout était bien moyennant l'approbation des officiers exécutifs.
lôO ASSUREURS AMÉRICAINS ET ASSURÉS FRANÇAIS
Naturellement , rexcreice d'un pouvoir sans responsabilité devait produire des résultats contraires aux intérêts des porteurs de polices. Les appointements furent augmentés dans des proportions énormes. Le traitement du président, qui avait été de 3o.ooo dollars de 1877 à 1880 et de oo.ooo dollars de 1886 à 1892, fut élevé à 75.000 dollars en 1898, à 90.000 en 1890, à 100.000 en 1896 et à loo.ooo en 1901. Le traitement du vice-président, qui était de 20.000 dollars entre 1877 et 1888, devint de 27.000 dollars en 1890, de 3o.ooo en 1892, de 87.500 en 1895, de 40.000 en 1896 et de 00.000 en 1902. Un nouveau vice-président, nommé en 1902, reçut 3o. 000 dollars. Le traitement du second vice-président, qui était de 7.200 dollars en 1877, fut porté à 17.400 en 1899. Le trésorier, qui était payé 14.000 dollars en i885, touchait 40.000 dollars en 1896. Le directeur général, qui avait 20.000 dollars en 1891, en recevait So.ooo depuis 1902.
Ces traitements étaient fixés on ne sait par qui. Il semble qu'il y a une vingtaine d'années un sous-comité des appointements fut nommé par la commission des finances, avec mission de fixer le traitement des officiers exécutifs ; mais on s'arrangea de telle façon que l'augmentation de traitement du président ne fût connue que de deux membres de ce sous-comité !
Les parents des chefs furent hautement favorisés.
Robert Mac Curdy, fils du président, sortit du collège en 1881. Après une année de voyage à l'étranger, il entra dans les bureaux de MM. Raymond et C'\ agents généraux de la compagnie pour le district de New-York ; en i883, il devint , associé de la maison, avec le quart des bénéfices (ce quart devint la moitié au bout de peu de temps). 11 resta dans
la maison jusqu'en 1892, et, après son dépari, continua à toucher sa part de commission sur les affaires précédemment conclues. Voici les sommes qui lui ont été payées de i889 à 1904: