ASTHME DANS LE POST-PARTUM
Des observations que nous avons citées d’asthme pendant la grossesse et pendant le travail, il résulte, d'une façon générale, que les crises se terminent avec la délivrance.
Certes, c’est bien là l'idée qu’il faut se faire de la terminaison de l’asthme puerpérai.
Si ia mort de la mère et celle de l'enfant n’en sont pas les funestes conséquences, si la grossesse est menée à bonne fin, l’asthme ne persistera qu’exceptionnellement jusqu’à la grossesse prochaine.
Il est des exceptions cependant qui, si elles sont rares, n’en sont pas moins importantes à connaitre. Une observation précise de Demelin d’asthme fatal, pendant les suites de couches, nous a inspiré ce chapitre spécial.
OBSERV ATION
Me X..., est une multipare dont les trois derniers accouchements ont été compliqués d’hémorragies au moment de la délivrance. Elle est arthritique, très
RTAUE
asthmatique, avec emphysème pulmonaire. Pendant ses grossesses précédentes, l'asthme disparaissait complètement; mais à chaque époque répondant aux règles, Mre X..…., avait des pertes blanches et des hémorrhoïdes fluentes.
Cette fois les règles, s'étant supprimées, ont été chaque mois remplacées par des pertes blanches, par un flux hémorrhoïdaire et aussi par des crises d’asthme qui, contrairement à ce qui se passait autrefois ont persisté. Très obèse, Me X..., a une paroi abdominale volumineuse et pendante qui rend l'examen très difficile. |
Le 10 août, vers le terme de cinq mois et demi. Mne X..., est prise à la campagne d’une crise d'asthme terrible qui a mis son existence en grand danger, mais qui a bientôt cessé.
Depuis, l’asthme a complètement cessé. La fin de la grossesse se passe sans grande gêne de la respiration.
Le 27 novembre, albuminurie, œdème des jambes, douleur dans le côté gauche de la poitrine, toux quinteuse. La nuit est agitée, mais il n’y a pas de contractions utérines douloureuses.
Le 28 novembre, au matin, accouchement rapide, en une demi-heure, d’une fille de 3370 grammes. Le cordon est gras ; le placenta de couleur et de consistance normales, est très épais, volumineux, il pèse 940 grammes, il ne présente pas d’œdème, pas de caractère spécifique, Il n’y à nulle trace de syphilis dans la famille, mais le mari est lui aussi arthritique, eczémateux. L’excès de volume de ce placenta est intéressant ; en l’absence de toute autre cause, il peut,
être attribuable à l’arthritisme très prononcé de M: et Mr X...
Chr
Pas d’hémorragie de la délivrance; mais la:respiration reste gênée, la toux est quinteuse; il y a des crachats verts et un point de côté à gauche. Le soir, le thermomètre est à 37°.
Les crachats deviennent rouge vif, spumeux ; de petites embolies se sont faites dans le poumon gauche, les caïllots venant de l’aire placentaire, sans infection. Le 29, l'utérus est normal; il v a des râles ronflants dans toute la poitrine, des ràles sibilants et sous-crépitants à gauche et en haut. Les petites hémoptysies continuent. Le soir, le son est obscur à la percussion du côté gauche, les crachats sont toujours rouges. M. Rendu ordonne la potion suivante :
Teinture de digitale. .......... LeOT.
Extrait thébaïque. .............. 0,10 ctg.
ROLE PR etre dan 420 gr
à prendre en quatre fois dans les 24 heures.
Le 30 au matin, les crachats ne sont plus rouges, le thermomètre est à 36°8. L’utérus, normal; mais la malade est somnolente, avec des râles trachéaux, les lèvres cyanosées, la face pâle; la station assise est seule possible, la respiration est très difficile; la malade ne parle pas, le pouls est à 96. Le soir même état, 36°8.
On prescrit de la caféine et des ventouses sèches.
Le 1% décembre au matin, trois ventouses scarifiées, 37°2; l’état est meilleur; le soir, 37°2, agitation nerveuse; le facies est meilleur, rosé, les lèvres ne sont plus cyanosées.
Le 3 décembre, le poumon droit se prend à son tour;
SL PAR les rachats redeviennent rosés, les étouffements se reproduisent. Les lochies sont normales.
Le soir, il y a encore quelques crachats rougeâtres. Le 3 décembre au matin, la malade meurt subitement, probablement d’une embolie plus forte que les précédentes. (Demelin, Obstétrique d'urgence.)
Cette observation nous apprend combien peut être grave l’asthme du post partum, comme il faut être prudent dans le pronostic, comme la mort de la mère peut être inévitable malgré tous les moyens thérapeutiques employés et toute la bonne volonté du praticien forcé de se reconnaître impuissant.