ASTHME PENDANT LE TRAVAIL
Les quelques considérations que nous aurons l’occasion d’énoncer plus loin et les idées que nous admettons d’Audebert, Chambrelent et Pachon, (voir ProNosric), nous permettent &« priori de ne pas faire une étude de l’avortement, puisque nous aurons l'occasion de démontrer qu’il esi absolument exceptionnel. D'emblée, nous nous occuperons de la crise d'asthme se produisant au nioment du travail survenu normalement et à terme.
Nous croyons devoir scinder notre étude en deux parties :
1° Nous avons à considérer les cas où la femme n’a pas eu de crises pendant sa grossesse et chez laquelle la première attaque d'asthme survient seulement au moment du travail;
2° En second lieu il peut se faire qu'une femme qui à eu des crises pendant la grossesse, en ait une nouvelle au moment du travail, et dans ce cas nous
CS PES devons considérer quelle est la nature de cette crise et en quoi elle diffère de celles qui l'ont précédée.
lo Asthme puerpéral se manifestant pour la première fois au moment du travail. — Il peut s'agir de femme n’avant jamais eu de sa vie de manifestations asthmatiques et qui voit survenir la première à l’occasion de son accouchement. Ces faits sont rares, mais Hyde Salter nous en relate une observation cependant non contrôlée par lui.
OBSERVATION
« James H..., homme asthmatique, qui a souffert neuf ans deson affection, dit que l’asthme esthéréditaire dans sa famille du côté de son père, et sa grand’mère paternelle n’eût qu'un seul accès d’asthme, et c'était à la naissance de son père. Elle n'avait jamais eu d’attaque avant son accouchement et n’en a plus eu depuis.»(The Lancet, 1860).
Plus fréquemment, on aura l’occasion d'observer des femmes ayant eu avant leur grossesse des accidents asthmatiques menstruels ou autres et chez iesquels ces accidents aurout complètement cessé au moment de la conception pour ne reparaitre qu’au
ar S00e moment du travail. Nous avons de ces faits les deux observations suivantes de Hyde Salter.
OBSERVATIONS
« C. B..., âgée de 42 ans, mariée, plusieurs enfants, est affectée, depuis l’âge de 16 ans, d’asthme et aussi d’éternüments à un degré tel qu’ils devenaient une véritable maladie. Les attaques d'asthme étaient seulement accidentelles, mais les symptômes devinrent plus apparents quand la menstruation se fit mal. Mais quand elle se maria, son asthme disparut en même temps; les seules fois où elle en ressentit les atteintes, ce fut pendant le travail et à chacune de ses couches. » (The lancet, 1860.)
« Mary H..., 40 ans, a eu des attaques d'asthme régulièrement depuis trois ans, mais dans les années précédentes 1l était occasionné par de curieuses circonstances. — Elle a quatre enfants dont l’aîné à 15 ans ; à chaque couche, elle a eu un accès d'asthme. Jusqu'à ces trois dernières années elle n'avait eu d'asthme que dans ces circonstances; son plus j Jeune enfant a 10 ans. » (The Lancet, 1860.)
2° Asthme puerpéral se manifestant au moment du travail chez une femme qui en a déjà été atteinte pendant sa grossesse. — Il est des cas où la femme est une habituée de l’asthme puerpé-
he ral; elle en a eu à l’occasion de ses grossesses ou de ses accouchements antérieurs; elle en a eu pendant sa grossesse actuelle, il est possible qu’elle en ait pendant son accouchement. Il est remarquable, en effet, que si, comme nous l'avons vu, la crise ne produit pas l’accouchement, elle peutl’accompagner dès qu'a commencé le travail chez les femmes prédisposées
Dans quelles proportions cette crise de l’accouchement se rencontre-t-elle et, d'autre part, se manifeste-t-clle par des signes particuliers ; affectet-elle une malignité ou une bénignité spéciales ?
On ne peut pas dire que la crise soit fréquente à ce moment puisque sur toutes nos observations nous n’en avons qu’une où la crise se soit manifestée nettement au moment de l’accouchement. Nous ferons d’après cette seule observation l'étude de la crise en la comparant aux crises précédentes dont fut affecté le sujet au cours de sa puerpéralité.
C’est dans la fin de l’observation d’Hyde Salter, que nous avons déjà mise à contribution, que nous trouverons les détails sur cette crise de l’accouchement. Elle nous démontre que dans le cas dont il s’agit, la crise survenue au moment de l’accouchement n’atteignit pas une intensité plus grande que celles qui l'avaient précédée et que nulle thérapeutique ne dût être employée puisque la femme fut délivrée de son asthme en même temps que de son placenta.
Dans deux autres intéressantes observations
LE OS d'asthme de la grossesse, malgré des crises très intenses durant la gravidité, nous ne trouvons pas d'attaque pendant le travail comme si tout phénomène bronchique s'était arrêté pendant les manifestations utérines.
La première de ces observations est celle d’Audebert que nous avons déjà cité page 25 et à laquelle nous ne pouvons que renvoyer.
La seconde est celle publiée par Chambrelent (Journal de Gyn.Obst. et Pœd. de Bordeaux 1899) et que voici :
OBSERVATION
« Me S .…., primipare de 38 ans, a eu à plusieurs reprises des crises d'asthme d’une violence extrême.
« Elles ont une durée moyenne de 7 à 8 jours, elles se terminent par une sorte de catarrhe pulmonaire, s’accompagnant d'une toux continuelle.
« M S.. a déjà eu deux débuts de grossesse, interrompues au deuxième et au troisième mois à la suite d’une légère fatigue, ce qui semble montrer une prédisposition particulière de l'utérus à entrer en contraction, sous l’influence d'une excitation extérieure.
« Ces grossesses ne paraissent pas avoir eu d’influence sur les accès d'asthme qui ne se sont jamais montrés pendant leur durée. On ne peut donc en rien
RAA te incriminer cette affection comme cause de l’interruption des deux premières grossesses.
« La grossesse actuelle a débuté dans le courant de juillet, les dernières règles sont survenues le 8 juillet.
«Au début de la grossesse, susceptibilité toute spéciale de l’utérus à se contracter à la suite de la moindre fatigue, qui nous oblige à prescrire le repos au lit pendant les cinq premiers mois ; à partir de cette époque, Me S... put reprendre sa vie habituelle.
« Le lundi 3 avril, dans une sortie en voiture découverte, Me S... prend froid et contracte la grippe.
« Elle est prise dans la soirée de frissons et de toux.
« La température s'élève le lendemain à 38°5.
« Douleurs de tête très violentes et toux persistante.
« Sous l'influence de cet état grippal, une crise d'asthme débute le 6 avril.
« Le 7 avril, préoccupé del’état grave de Me S... qui a la respiration extrêmement gênée et qui est obligée de passer ses journées et ses nuits assise sur son lit, je prie notre confrère le Professeur Arnozan dese joindre à moi pour surveiller l’état de la malade, dont le terme de la grossesse me paraît proche.
« J’ai présent à l'esprit le cas de la malade auprès de laquelle j'avais été appelé l’année dernière et qui succomba au début de l’accouchement.
« Je redoutais que le travail ne se déclare pendant cette crise. Pour cette raison, d'accord avec le D' Arnozan, nous repoussons toute idée de provocation de l’accouchement. La malade est soumise à des inhalations antiasthmatiques et à des injections sous cutanées de morphine, qui amènent un soulagement momentané.
« La crise d'asthme persiste ainsi pendant 8 jours.
« Le 7avril, pendant lanuit, l’asphyxie est telle que notre confrère le D" Villar, appelé en toute hâte auprès de notre malade, est obligé de la couvrir de ventouses pour empêcher une axphyxie imminente.
« Or, malgré cette crise silongue et siintense, — pas : la moindre contraction utérine ne se produisit pendant toute sa durée.
« Les battements du cœur du fœtus continuent à s'entendre normalement, mais Mr S... constate des mouvements actifs beaucoup plus fréquents et beaucoup plus intenses qu'avant sa crise.
« Les symptômes axphyxiques s’amendent peu à peu et, le 13 avril, la crise d'asthme paraît à peu près terminée, laissant seulement une sorte de catarrhe pulmonaire, se traduisant par une toux continuelle amenant l’expulsion de crachats muco-purulents très abondants ; c’est ainsi, du reste, que se terminent toujours les crises chez cette malade.
«L'état s'améliore ainsi progressivementet le21 avril dans la journée, c’est-à-dire environhuit jours aprèsla terminaison de la crise d'asthme arrivée, d’ailleurs, au terme normal de sa grossesse, elle perd spontanément les eaux.
«Le liquideamniotique est abondant et présente une coloration verdâtre indiquant qu’il est mélangé d’une certaine quantité de méconium.
«Dans la soirée les douleurs de l’accouchementcommencent, la partie fœtale qui se présente, la tête, est peu engagée, l'écoulement du liquide est de plus en plus teinté du méconium, les battements du cœur du fœtus sont cependant normaux.
MS
« Dès que la dilation est suffisamment avancée, je prie notre collègue le D’ Villar de chloroformer la malade, et dans l'intérêt de la mère, qui est très fatiguée, autant que dans celui de l'enfant, dont l’expulsion du méconium semble indiquer un état de souffrance, je termine l’accouchement par une SR MOr de forceps en occipito droite postérieure.
«L'application est assez pénible par suite de la résistance de la sangle périnéale. Une grande quantité de méconium s'écoule pendant toute la durée de l’extraction. |
« L'enfant pèse près de 4 kilogr., il est à l’état de mort apparente (asphyxie bleue). Pendant * que le D*' Villar et moi nous nous occupons de la mère, la garde s'occupe de l’enfant, qu’elle arrive à ranimer au bout d’un quart d'heure environ.
« Délivrance normale au bout d’une demi heure.
« Le placenta et les membranes ont une teinte verdâtre.
« Au niveau du placenta, nombreuses poches amniochoriales, dont quelques unes ont le volume d’un œuf de pigeon et sont remplies d’un liquide transparent.
« Suites de couches absolument normales. »
Dans ces deux cas, l’absence de crise au moment du travail est très nette. Pour les deux femmes dont il s’agit, nous voyons cependant qu’il y a eu, à la fin de la grossesse, quelque temps avant l’accouchement, des crises particulièrement violentes.
Ilestà remarquer, encore une fois, que ce n’est
Le pas la crise qui produit l'accouchement, mais qu’elle se termine complètement avant que celui-ci ne commence et que ce sont deux phénomènes absolument distincts.