PATHOGÉNIE
Nous avons déjà cité, àtitre d'indication, dans le chapitre de l’asthme en général, l’idée originale émise par Huchard, au sujet de la pathogénie de l'asthme; nous pensons qu’il est intéressant pour nous de nous arrêter un instant à la discussion de cette idée qui, à priori et seulement avec de légeres modifications, nous semble susceptible d’expliquer d’une façon générale nos cas d'asthme puerpéral.
Huchard (loc. cit.) dit, en effet, que l’asthme vrai, essentiel, nerveux, nocturne, peut être dù à l’intoxication ptomaïnique ; le régime végétarien et lacté amène rapidement la cessation des accès. Il ajoute d’ailleurs : « Je ne saurais dire si l'asthme nerveux est toujours d'origine toxique. J'ai simplement obervé quelques faits qui tendent à le prouver. » |
Développant cette idée de Huchard, nous pouvons admettre qu’à une surproduction de ptomaines ou
MERE (Re de leucomaïnes dans un organisme, pourra correspondre une manifestation asthmatique.
C’est le cas de se demander avec Bouffe de Saint- Blaise si « la grossesse normale est l’origine d’une surproduction de poisons ou de la production de POisons Spéciaux ».
Les auteurs les plus compétents, tout particulièrement Legendre (ir Bouchard. Traité de pathologie générale) et Charrin (Journal de physiologie, janvier 1901) semblent, dans leurs articles, donner la réponse à cette question.
Legendre s'exprime ainsi au sujet des modifica tions nutritives des différents états physiologiques se rapportant aux organes génitaux de la femme. « Pendant les époques menstruelles, il y a lieu de signaler un trouble passager de la nutrition, avec perversion quelquefois assez accusée des échanges ; les sédiments uratiques abondent dans les urines, les acides gras affluent aux émonctoires, viciant parfois l’haleine et communiquant une odeur insolite aux sécrétions de la peau.
« Pendant là menstruation normale, diminution de l'azote total de lurée.
« Chez les sujets dont la nutrition est déjà pervertie à l'ordinaire, souvent l’époque n'enstruelle est l’occasion de quelque spasme ou accès douloureux, coliques hépatiques, migraines, accès d'asthme.
« Pendant la grossesse, il ya généralement impulsion plus vive imprimée aux phénomènes nutritifs, il y a formation de déchets plus abondants. Si
ceux-ci sont incomplètement oxydés ou trop lentement expulsés, l'organisme peut en être intoxiqué, et ses grands appareils gênés dans leur fonction; l'accumulation de la graisse dans les cellules hépatiques ou rénales, l'accumulation des extractifs, des leucomaïnes daps le sang préparent ces grands accidents convulsifs et comateux de l’éclampsie.
« On peut encore citer comme exemple de trouble de la nutrition de la femme enceinte, l’hyperchromie cutanée. La lithiase biliaire est fréquente pendant la grossesse et pendant la lactation ainsi que la tendance à l'obésité. »
Voici l'avis de Charrin sur la même question :
« Chez la femme enceinte, les oxydations sont poussées moins activement, partant les déchets de la nutrition sont plus toxiques.
« La rétention intestinale laisse s’exalter les fermentations putrides du tube digestif.
« En raison de la constipation, en effet, la muqueuse intestinale peut ne pas se trouver dans les conditions physiologiques normales.
« Pour ce qui est de la menstruation dont les femmes enceintes sont privées, son absence est synonyme d'intoxication ;' beaucoup d’auteurs pensent, en effet, que le sang menstruel entraîne au-dehors des matériaux nuisibles ; le sang semble plus toxique la veille que le lendemain des règles ; en outre, au moment où cet écoulement se prépare, on note des céphalées remplacées ordinairement par une sensation de bien-être dès que le flux menstruel a paru. »
AUtr
Comme Charrin, Pinard pense que le sang des règles possède un maximum de toxicité et « que absence des règles pendant la grossesse, constitue une rétention de sécrétions organiques (sécrétions de l’appareil génital), qui exige comme compensation une intégrité absolue des autres sécrétions ».
Supposons que cette intégrité absolue des autres sécrétions n existe pas et nous aurons une véritable intoxication par le sang lui-même, ce que Schmoukle (Arch. Gyn. et Tocol, décembre 1897) et Keïffer (L'Obstétrique, 1897, n° 4), appellent la ménorrhémie.
Avec l'opinion de ces auteurs, la réponse à la question posée par Boufle de Saint-Blaise apparait très nette ; il n’est pas douteux qu’il faille répondre affirmativement. La grossesse normale est bien l’origine d’une surproduction de poisons ou même celle de la production de poisons spéciaux.
Pour les cas qui nous intéressent d'asthme puerpéral, ne négligeons pas de signaler les constatations de Repreff et Nengebauer (Soc. de Méd. de Karkoff, 1896) qui ont trouvé chez la femme enceinte des leucomaïnes plus abondantes qu à l’état normal, constatations qui viennent à l’appui, pour ce qui est de l’asthme, de l’idée émise un an auparavant par Huchard.
Les conclusions que l’on peut tirer de ces faits nous paraissent simples ; l’intoxication gravidique peut produire l’asthme comme elle produit le ptyalisme et les vomissements incoercibles de la gros-
MENT Pat sesse comme elle produit l’éclampsie, tous phénomènes caractéristiques de l’état de gravidité (Audebert, Congrès de Paris, 1900).
La crise d’asthme peut même remplacer ces accidents et se présenter comme la seule manifestation de l’auto-intoxication gravidique. Il est intéressant de constater, en effet, que la plupart des femmes qui font le sujet de nos diverses observations n’ont pas présenté pendant leur grossesse de vomissements. Ce fait semble particulièrement digne d'intérêt si l’on considère que les vomissements de la grossesse sont expliqués d’une façon générale par lPexcitation des branches gastriques du vague. Peut-être doit-on admettre avec Chambrelent que l'excitation portée sur les branches pulmonaires du même nerfet qui produit l'asthme, est une suppléance complète de l’excitation des branches gastriques.
Nous redirons avec Bouffe de Saint-Blaise : « On est incité à penser qu’il existe des matières spéciales qui, lorsque certains organes deviennent insuffisants peuvent donner lieu à des accidents spéciaux, et la multiplicité des accidents pourrait même faire penser que ces poisons sont multiples. »
Dés lors, chez la femme enceinte, de même que certains observateurs ont pu voir se manifester le diabète, ont ne s’étonnera point de voir la crise d'asthme se produire facilement à l’occasion d’un réflexe porté sur l’un queiconque des appareils de l'organisme.
Dans les cas ordinaires d'intoxication banale pto-
maïnique où leucomaïnique, par exemple, ce réflexe
partira le plus souvent de l’appareil respiratoire.
Pour l’intoxication gravidique, nous le verrons plutôt apparaitre dans l'appareil génital.