‹ Asthme et troubles vaso-moteursChapitre 7 sur 34 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L’asthme a fait l’objet d’un nombre considérable de travaux ; ceux des dernières années ont surtout eu pour but d’en dégager la pathogénie. Il semble que nous ayons bien pénétré maintenant le mécanisme de la crise d'asthme, Celui-ci nous apparaît d’une extrême complexité et surtout d’une diversité telle que jamais plus que pour l’asthme laphorisme : « Il n'existe pas de malades mais des maladies » n’a été plus vrai. En effet il n’y a pas un asthme mais des asthmatiques ; et lon s’en rend bien compte lorsqu'on entreprend de traiter ces malades. Jamais thérapeutique univoque n’a élé si peu de mise, L’asthmatique doit être étudié à fond, et il faut avant d'entreprendre toute tentative de traitement être complètement renseigné sur les antécédents des malades, sur les circonstances qui président au déclanchement de leurs crises, sur les particularités dé celles-ci, tous ces renseignements étant complétés par ceux qu’apportent la radiologie et le laboratoire.

C’est ainsi que nous procédions, avec M. le D' André Jacquelin tant à la Consultation d’asthmatiques du service de M. le Pr Bezançon à St-Antoine, qu’à la consultation de médecine de l'hôpital Ambroise Paré.

En étudiant les très nombreux malades qui se présentaient à nous, nous avons constaté que, pour ainsi dire jamais, la crise d'asthme ne résumait la pathologie de l’asthmatique. En plus de ses crises pour lesquelles il vient consulter, l’asthmatique présente en effet toute une série de manifestations très diverses, mais qu’il est cependant banal de trouver chez ces malades. Ce sont des migraines, de la goutte, du rhumatisme chronique, de l’urticaire de l’eczéma, de l’acrocyanose, du dermographisme, parfois des crises d’épilepsie.

Déjà les anciens auteurs avaient été frappés par ces faits, — on parlait de « goutte remontée » par exemple, — mais c’est M. le P' Bezançon qui montrant que toutes ces manifestations relevant d’un même trouble humoral, on devait les considérer comme de véritables parentés morbides de l’asthme. Ce qui caractérise en effet le terrain de l’asthmatique, c'est cette tendance aux poussées congestives, à ces « métastases », à ces « fluxions » qui intéressent tantôt le système cutané, tantôt les viscères. Par ailleurs l’asthmatique présente habituellement une nutrition ralentie avec les divers troubles qui en sont la conséquence : lithiase hépatique ou. rénale. C’est enfin un « nerveux » et très souvent un bradytrophique, la taille de ces malades étant en moyenne nettement au-dessous de la normale. Bref se sont des arthritiques et nous usons à dessein de ce mot pourtant si critiqué d’«arthritisme », parce qu’il nous paraît définir en les résumant ces différents caractères du terrain de l’asthmatique.

Parmi les parentés morbides que nous relevions

PEACE 1 ASE

dans les antécédents de nos malades, certaines nous ont paru revenir avec une fréquence particulière. Ce sont la migraine, l’urticaire et les troubles circulatoires cutanés en général. Nous avons donc été amené à porter une attention toute particulière aux perturbations circulatoires bronchio-alvéolaires dans l'asthme et nous nous sommes demandé si ces troubles vaso-mateurs locaux n'étaient pas ce lien qui nous permettrait de rapprocher et d'expliquer la fréquence de certaines de ces parentés morbides » auxquelles nous avons fait allusion.

D'ailleurs si l’on considère que l’asthmatique présente de façon constante un déréglement du système végétatif on ne saurait a priori s'étonner de l’importance de ces troubles vaso-moteurs. Notre but, dans ce travail, est d’en prouver la réalité, et nous espérons y réussir en apportant trois séries de faits :

1° des constatations anatomo-pathologiques tant au point de vue macroscopique qu'histologique ;

2° des observations cliniques et thérapeutiques ;

3° des arguments d'ordre expérimental.

Et de cette étude des troubles vaso-moteurs dans la crise d’asthme, nous verrons qu’on peut tirer, tant au point de vue pathogénique que ciinique, des déductions qui peut-être nous permettront d'avancer ::

Que d’une part la démarcation entre l’asthme et le pseudo-asthme n’est pas aussi absolue qu’il est habituel de le considérer — que d’autre part asthme et pseudo-asthme présentent dans le mécanisme de leur production des analogies avec d’autres manifestations broncho-pulmonaires paroxystiques telles que’certaines

A (res

hémoptysies et certaines formes d’œdème pulmonaire.

Mais avant de montrer ce lien vaso-moteur qui, selon nous, permet de rapprocher l’asthme de certaines de ses parentés morbides au point de vue de leur mécanisme, nous étudierons les équivalents de l’asthme : le coryza périodique, la trachéo-bronchite dans lesquels l'élément circulatoire est plus nettement apparent.

Les bases anatomiques de ce travail nous ont été fournies : <

1° Par l’étude d’une série de coupes histologiques du poumon que nous avons faite dans le musée anatomopathologique créé par M. le P* Letulle à hôpital Boucicaul ; -

2° Par des constatations nécropsiques faites par différents auteurs chez des asthmatiques morts en état de crise.

Les faits cliniques ont été tirés de l’étude des rombreux asthmatiques que nous avons eu l’occasion d’observer tant à l’hôpital St-Antoine qu’à lhôpital Ambroise Paré. L'examen de chaque malade comportait :

1° Un interrogatoire complet concernant les antécédents personnels, collatéraux et héréditaires, — la crise elle-même au point de vue des circonstances d’apparilion, des symplômes la précédant ou l’accompagnant, sa durée, sa fréquence ;

2 Une double radiographie des poumons : en inspiration et en expiration;

3° L'étude du système endocrino-végétatif par l'éta: blissement du métabolisme basal, la recherche du réflexe oculo-cardiaque et du réflexe solaire;

4° L'examen des crachats ;

5° L'examen du sang : pourcentage leucocylaire, dosage de la cholestérine, de l’acide urique, du calcium et du phosphore.

De plus nous avons fait état de quelques observations de différents auteurs qui nous ont frappé au cours de nos lectures et nous ont paru apporter de nouveaux arguments pour notre travail.

6° Enfin nous signalerons certaines recherches expérimentales concernant la circulation pulmonaire et surtout bronchique, en particulier le retentissement sur cette circulation des substances médicamenteuses habituellement employées dans la crise d'asthme.

B£&RTRAND 2

Page 1