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Astoria [microforme]

Dans le cours de divers voyages que je fis au Canada , il ya bien des années, je me liai intimement avec quelques uns des principaux Partners de la Compagniedes fourrures du Nord-ouest. À cette époque, ils habitaient Montréal , et leur splendide maison était ouverte à presque tous les étrangers. Je rencontrais quelquefois à leur table hospitalière des Partners, des Clercs , de hardis collecteurs de fourrures, venus des postes intérieurs : hommes qui avaient passé des années loin de toute société civilisée , qui avaient vécu parmi des tribus sauvages, qui avaient des mer-

2 INTRODI'CTION.

veilles à raconter de leurs pérégrinations fatigantes , de leurs exploits de chasseurs , de leurs périlleuses aventures parmi les Indiens. J’étais à un âge où l'imagination prête à toute chose ses brillantes couleurs, et le récit de ces nouveaux Sindbads me faisait regarder la vie d’un trappeur et d’un collecteur de fourrures comme un véritable roman. J'avais même projeté une visite aux postes les plus reculés de la Compagnie, et j'étais invité par undes Partners à profiter des bateaux qui remontent annuellement les Lacs et les Rivières. Depuis, j'ai toujours regretté que les circonstances m'aient empêché d'exécuter mon projet. Grâce à ces premières impressions, les entreprises des grandes Compagnies de fourrures et la vie errante et hasardeuse de leurs employés dans notre immense continent ont toujours excité ma curiosité, et j'ai toujours recherché avec le plus vif intérêt les détails de leurs expéditions lointaines parmi les peuplades sauvages de nos déserts.

Me trouvant, il y a environ deux années, avec mou ami M. John-Jacob Astor, peu de temps

après mon retour d’une excursion dans les prairies

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de l'Ouest, je causais avec lui de ces régions lointaines, et des hardis aventuriers qui étendent leur périlleux commerce jusqu'a Santa-Fé, jusqu'à la Colombia. Cela l’amena à parler d’une grande entreprise qu'il avait tentée, une vingtaine d'années auparavant, et qui avait pour objet de porter le commerce des fourrures au dela des Montagnes Rocheuses et sur toute la côte américaine de l'Océan Pacifique.

Voyant que ce sujet m'intéressait , il exprima le regret que le caractère important et national de son entreprise n’eût jamais été bien compris ; enfin , il témoigna le désir que je me chargeasse d'en rendre compte. Cette suggestion frappait la corde de mes anciens souvenirs, déjà vibrante dans mon esprit. Je crus qu’un ouvrage de cette espèce pourraitcomprendrec !:; détails, aussi variés qu'intéressants, des expéditior:; romanesques auxquelles l’aventureux commerce des pelleteries donne naissance; et l’histoire des peuples, des tribus, des castes, des individus civilisés et sauvages qui y jouent un rôle. Les journaux et les

lettres des aventuriers employés sur terre et sur

mer par M. Astor dans sa gigantesque entreprise pouvaient jeter quelques lumières sur des por: tions de notre pays entièrement en dehors du cercle ordinaire des voyages, et jusqu'à présent peu connues. Je me sentis donc disposé à entreprendre cette tâche, pourvu qu’on pût me fournir des documents suffisamment étendus et détaillés. Tous les papiers relatifs à l’entreprise me furent en conséquence soumis; il s’y trouvait des lettres, des journaux, remplis de détails sur la vie des Sauvages et des colonisateurs de l'Ouest, et dans lesquels étaient racontés les expéditions maritimes et les voyages terrestres à travers les Montagnes Rocheuses , tant pour aller vers la Colombia que pour en revenir. Avec ces matériaux sous la main, j'entrepris l'ouvrage. Il fallait d’abord feuilleter des papiers d’affaires , rassembler, collationner les faits à travers des détails communs et fatigants : cet ennui me fut épargné par mon neveu Pierre Mac Irving, qui me servit de pionnier, et qui m’a rendu un grand service, en décombrant ma route et en allégeant mon

travail.

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