‹ Astoria [microforme]Chapitre 14 sur 79 · CHAPITRE VE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VE

Hawaïi. — Insulaires sandwichiens. -- Leurs talents nautiques. — Tamaahmaah.—$Sa marine. -— Ses négociations. — Vues de M. Astor sur les îles Sandwich. — Karakakooa. - Monopole royal des cochons. — Description des insulaires. — Plaisirs à terre. — Chroniqueur hawaïien. — Place où le capitaine Cook fut tué. — Le marin John Young, gouverneur. — Son histoire, — Waititi. — Une résidence royale. — Une visite royale. — Grandes cérémonies. — Trafic serré. — Un royal

marchand de pores. — Griefs d’un homme positif.

Owvuee où Hawaï, comme on l'écrit plus exactement, est la plus grande des dix îles qui composent l'archipel Sandwich. Elle a environ 52 lieues de longueur sur 26 de largeur. Elle s'élève graduellement, vers le centre, en trois cimes pyramidales, dont la plus élevée, Mounà- Roa, à 1625 pieds de hauteur, domine lout l'archipel, et s’apercoit au loin de la haute mer. C’est un immense monument, qui rappellera tou-

jours l’entreprenant capitaine Cook, massacré par

les Naturels de Pile.

Lorsque cet archipel fut découvert, ses habitants montrèrent un caractère supérieur à celui de la plupart des Sauvages des iles de l'Océan

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ASTORIA. #3 vertes, leur conduite amicale et libérale, leurs grossières inventions singuliérement ingénieuses.

Le destin tragique du malheureux Cook, qui, pendant quelque temps les fit accuser de férocité, ue fut véritablement que le résultat d'une soudaine exaspération causée par l'enlèvement de ieur chef.

À l’époque où le Tonquin visita ces iles, les imsulaires avaient, à beaucoup d’égards, profité de leurs rapports accidentels avec les Blancs, et avaient montré beaucoup de facilité pour apprendre et cultiver les arts qui convenaient à leur manière de vivre.

Dans l’origine, pour naviguer sur les mers qui les entouraient, ils n'avaient rien de mieux que de légères pirogues, peu capables de résister aux tempêtes du grand Océan. Comme les différentes iles du groupe ne sont pas en vue les unes des autres, elles ne pouvaient avoir que des communications accidentelles. Le trafic avec les Blancs mit les insulaires en possession de vaisseaux plus sohdes ; ils apprirent à les gouverner et firent même quelques progrès grossiers dans l’art de les construire. :

Ces améliorations étaient dues, en grande partie, à l'énergie et à la sagacité d’un seul homme, le fameux Tamaahmaah. 1] n’était originairement qu'un petit Eri, ou chef. Ambitieux et intrépide,

04 ASTORIA, il s'était élevé par degrés au premier rang , et, profitant des avantages de la nouvelle navigation, avait soumis tout l'archipel à ses armes. Lorsque le Tonquin y arriva, Tamaahmaah possédait un

vieux navire américain et environ 40 schooners

de 20 à 30 tonneaux. Avec cette flotte, il dominait, sans contestation, sur ses possessions Insulaires, et entretenait une correspondance régulière avec les chefs ou gouverneurs à qui il avait donné le commandement des différentes iles.

La situation de cet archipel au milieu de l'Océan Pacifique et son abondante fertilité le rendent important comme lieu de relâche pour les vaisseaux qui se rendent à la Chine ou sur la côte Nord-ouest d'Amérique. Les navires employés au commerce des pelleteries y touchent habituellement pour réparer leurs avaries, pour y prendre des provisions, et s’y abritent souvent durant l'hiver.

Les navigateurs anglais ne tardèrent pas à reconnaître l'importance de ces îles, et peu de temps après que Tamaahmaah eut obtenu le souverain empire, le célèbre découvreur Vancouver lai persuada de reconnaitre, pour lui-même et pour ses sujets, la supériorité «a roi de la Grande-Bretagne. Le lecteur se rappelle, sans doute, la visite que la famille royale des iles Sandwich fnt engagée à faire dernièrement à la

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Il entrait dans le vaste plan de M. Astor d’établir des relations amicales entre cet archipel et sa future colonie, qui, pendant quelque temps, pourrait avoir besoin d’en tirer des provisions. [| avait même pensé vaguement à obtenir quelque jour la possession d’une des iles, pour assurer Îles communications de ses établissements commer- CIAUX.

Dans la soirée du 12 février, le Tonquin jeta l'ancre dans la baie de Karakakooa , dans l’ile d'Hawaï. Les rivages environnants sont abrupts et couverts de roches noires d’origine volcanique. Cependant, au delà de celles-ci, la terre est fertile et bien cultivée. On y voyait des enclos d’ignames, de bananiers, de patates ( eonvoloulus batatas, L.), de cannes à sucre et d’autres productions des climats chauds et des terrains riches. Les nombreuses habitations des Naturels étaient agréablement environnées de massifs de cocotiers ou d'arbres à pain , qui leur dommaæment à la fois de l’ombrage et des fruits. Ces jardins et ces bouquets d'arbres entremélés s’élevaient graduellement sur les flancs de la montagne, jusqu'a l'endroit où ilsétaient remplacés par d'épaisses forêts,

dominées a leur tour par une one de rochers

nus et arides, dont les sommets sont toujours couverts de neige.

La royale résidence de Tamaahmaah étant, à cette époque, dans une autre ile nommée Woahoo, Hawaïi était gouvernée par l’un de ses Eris. Celui-ci résidait au village de Tocaigh, situé sur une partie de la côte autre que celle où s’étend la baic de Karakakooa.

Le lendemain , à son arrivée, le vaisseau fut entouré de pirogues et de canots remplis d’insulaires des deux sexes qui apportaient des bananes, des melons d’eau, des ignames, des choux et du taro ( espèce d’igname ).

Le Capitaine désirait acheter des cochons, mais il était impossible d’en avoir. La vente du porc était un monopole royal, et nul sujet du grand Tamaahmaah n’osait s’en mêler. Au contraire, ils apportaient en abondance les provisions qu'il leur était permis de fournir, et durant tout le jour ils eurent avec l'équipage des relations actives, où les femmes jouaient le rôle le plus amical.

Ces insulaires sont d’une belle race, de couleur: cuivrée. Les hommes sont grands et bien faits ; toutes leurs formes révèlent la force et l’activité. Quant aux femmes, leurs traits réguliers, et quelquefois même beaux, ont une expression agacçante, caractéristique de leur tempérament. Le costume était presque le même qu'au temps du capitaine

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L'habit des femmes se nomme pau : c’est une espèce de jupon qui descend jusqu’au genou, et qui est formé d’une pièce de tappa , large d’un mètre, longue de plusieurs, qu’elles roulent autour de leur ceinture. Par-dessus , elles mettent un Ashei plus grand que celui des hommes, et qu’elles placent tantôt sur les deux épaules, comme un châle , tantôt sur une seule, L'un et l’autre sexe portent rarement ce manteau durant les chaleurs, et, quand on n’y est point habitué, leur nudité semble fort choquante à des yeux civilisés.

Vers le soir, plusieurs des Partners descendirent sur le rivage, où ils furent recus et traités d’une manière fort hospitalière. On les régala d'une danse gracieuse, dans laquelle figurèrent dix-neuf jeunes femmes et un homme, chantant en chœur, et marquant par leurs mouvements la cadence de leurs chansons.

Cependant tout ceci n’était rien moins qu’a-

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gréable aux yeux du Capitaine. Frompé dans son espoir d'obtenir du porc ou de bonne eau, il était pressé de repartir ; mais cela n’était point facile. Une fois sur le rivage les passagers, comme d’ordinaire, étaient disposés à profiter de l'occasion. Les Partners av ient une foule d'informations à prendre dans l’île, pour les affaires de la Compagnie; tandis que les jeunes Clercs étaient captivés par les charmes des danseuses.

Pour combler leur satisfaction un vieillard offrit de les conduire à l'endroit où le capitaine Cook avait été tué. Sa proposition fut acceptée avec empressement, et toute la bande entreprit ce pèlerinage. Le vieux insulaire accomplit fidèlement sa promesse et leur montra la place même où l’infortuné navigateur était tombé. Les cocotiers environnants attestaient la véracité de ce récit, car ils portaient encore les marques des balles qui avaient été tirées des bateaux sur les Sauvages. Les pélerins entourèrent le vieillard et lui firent raconter toutes les particularités de ce mémorable événement , tandis que l’honnéte Capitaine se tenait à l'écart, et rongeait ses ongles d’impatience. Pour ajouter à sa mauvaise humeur, nos curieux voyageurs se mirent à couper les écorces des arbres , et à casser les morceaux de rocher, encore marqués par les balles, afin de les emporter au vaisseau comme de précienses reli-

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ques. se crut donc bien heureux lorsqu'il les eut rembarqués avec leurs trésors. Quittant aussitôt cet endroit peu profitable , il se dirigea vers la baie de Tocaigh. Là résidait le Gouverneur de l'ile, et le Capitaine espérait y trouver plus de provisions. Après avoir jeté l'ancre il descendit sur le rivage avec MM. Mac Dougal et Mac Kay, et rendit visite au Gouverneur. Il se trouva que ce dignitaire était un vieux marin, nommé John Young, qui, après avoir été ballotté sur les mers comme un autre Sindbad, avait été élevé, par une fantaisie de la fortune, au gouvernement d’une île sauvage. Il reçut ses hôtes avec plus de familiarité et de cordialité qu’on n’en trouve ordinairement dans un rang si élevé; mais il leur déclara bientôt que les provisions étaient rares à Tocaigh, et qu'il n’y avait pas de bonne eau, car il n’était pas tombé de pluie dans le voisinage depuis trois ans.

Le Capitaine voulait rompre la conférence et prendre congé immédiatement ; mais les Partners n'étaient point disposés à se séparer sitôt du Gouverneur, qui semblait fort communicatif, et dont ils espéraient obtenir quelques utiles informations. Une longue conversation s’ensuivit , dans le cours de laquelle ils firent beaucoup de questions sur les affaires de l’île, sur ses productions naturelles, et sur la possibilité d’en tirer

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parti pour le commerce. Ils ne manquérent pas non plus de s’enquérir de l’histoire personnelle de John Young, et de la manière dont il était devenu Gouverneur, Celui-ci les en instruisit avec grande condescendance, leur racontant toutes ses aventures « à partir du berceau. »

Il était natif de Liverpool, en Angleterre, et avait été sur mer dès son enfance. Grâce à sa bonne conduite, il s'était élevé dans sa profession jusqu’à devenir maitre d'équipage d’un vaisseau américain, nommé l’Eleanor, et commandé par le capitaine Metcalf. En 1789, il avait fait dans ce vaisseau un voyage pour recueillir des pelleteries sur la côte du Nord-ouest. Pendant l’expédition le Capitaine avait laissé à Nootka un petit schooner, nommé le Bel-Américain, dont l’équipage, composé de cinq hommes, était commandé par son propre fils, âgé de dix-huit ans. Ce schooner devait suivre la même route que l’Eleanor.

Au mois de février 1790, le capitaine Metcalf toucha à l’île de Mowee, l’une des Sandwich.

Tandis qu'il ÿ était à l’ancre un bateau de l’Eleanor fut volé, et le marin qui le gardait massacré. Les Naturels désavouèrent généralement cet attentat et rapporterent les débris du bateau, ainsi que le corps du marin. Supposant qu'ils avaient ainsi apaisé la colére du Capitaine, ils vinrent en foule, comme à l'ordinaire, trafiquer autour du

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navire. Cependant le Capitaine Metcalf était déterminé à se venger d’une manière sanglante ; son vaisseau portait dix canons; il les fit charger à mitraille, et les fit tirer sur les Naturels, en même temps que toutes les petites armes à feu de l'équipage. Le massacre fut terrible, et, suivant le récit de Young, plus de cent Indiens furent tués.

Après cet acte exécrable de vengeance, le Capitaine Metcalf mit à la voile et se rendit à l'ile d'Hawaï, où il fut bien reçu par Tamaahmaah.

La fortune de ce chef guerrier était alors ascendante. Après avoir régné seulement sur un ou deux districts de Hawaï, il était parvenu à se rendre maître de l'ile tout entiere.

L’Eleanor y resta quatre jours, pendant lesquels des relations amicales, en apparence, s'établirent entre son équipage et les habitants. Le 17 mars John Young obtint la permission de passer la nuit à terre. Le lendemain matin un coup de canon tiré du vaisseau lui donna le signal d'y revenir.

Il gagna le rivage pour s’embarquer. Tous les canots étaient tirés sur le sable et mis sous un rigoureux tabou ou interdiction. Ilallait en lancer un lui-même, mais il fut informé par Tamaahmaah qu’il serait mis à mort s’il osait le faire.

Young fut obligé de se soumettre. Durant tout

le jour il resta dans une grande perplexité à cause de ce mystérieux tabou. Il craignait que les Sauvages ne projetassent quelques hostilités. Le soir ilen apprit la cause, et sou inquiétude augmenta. La cruelle vengeance du capitaine Metcalf était retombée sur sa propre tête. Le schooner commandé par son fils, et qui voguait dans ses eaux , était tombé entre les mains des Naturels, au midi de la baie de Tocaigh : le jeune Metcalf avait été massacré avec quatre hommes de l’équipage.

En recevant la nouvelle de cet événement, Tamaahmaah avait immédiatement taboué tous les canots et interdit toute communication avec le vaisseau, de peur que le Capitaine n’apprit le destin du schooner et n’en voulût tirer vengeance. Pour la même raison il empêcha Young de rejoindre ses compatriotes. Pendant deux jours les gens de l’Eleanor continuèrent à faire des signaux de temps en temps; puis ils mirent à la voile, concluant sans doute que le maître avait déserté.

Ce fut avec désespoir que John Youug vit son vaisseau s'éloigner, et se trouva abandonné parmi des Sauvages dont le caractère sanguinaire était enflammé par la vengeance. Il fut agréablement surpris toutefois en ne recevant que de bons traitements de Tamaahmaah et de son peuple. Il est vrai qu'on le gardait étroitement lorsqu'un vaisseau venait en vue, dans la craintequ’il ne s’échap-

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ASTORIA. 05 pat et n'allât raconter ce qui s'était passé; mais le reste du temps il était traité avec beaucoup de confiance et de distinction. Il devint le favori, le conseiller intime, l'actif coadjuteur de Tamaahmaah. Il le suivait dans toutes ses excursions, soit d'affaires, soit de plaisir, et l’aidait dans ses entreprises guerrières. Îl s'éleva par degrés au rang de chef, épousa une des beautés de l’île, et se réconcilia avec son nouveau genre de vie, pensant, peut-être, qu’il valait mieux commander à" des Sauvages que de servir des hommes civilisés ; être un chef couronné de plumes qu’un marin enduit de goudron. Sa faveur auprès de Tamaahmaah ne déclina jamais, et quand ce chef habile et entreprenant se fut rendu maitre de tout l’archipel et eut transporté sa résidence à Woahoo, il laissa son fidèle adhérent John Young pour le représenter à Hawaïi.

Telle est l'histoire sommaire du gouverneur Young, d’après son propre récit. Nous regrettons de ne pouvoir donner aucun détail sur la cour de cette illustration maritime, ni sur la manière dont ilremplissait ses hautes fonctions; seulement il nous paraît évident qu’il se conduisait avec la cordiale familiarité d’un marin plutôt qu'avec la dignité d’un gouverneur.

Ces longues conférences étaient d’amères épreuves pour la patience du Capitaine, qui n'avait

aucun respect ni pour le gouverneur, ni pour son île, et qui était fort empressé de s'éloigner pour continuer sa recherche d’eau et de provisions. Aussitôt qu'il eut ramené sur son bord ses inquisitifs compagnons, il leva l’ancre et fit voile pour l'île de Woahoo, résidence royale de Tamaahmrah. (

Cette île est la plus belle de l'archipel des Sandwich. Elle a quinze lieues de longueur sur “huit de largeur. Une chaine de montagnes volcaniques la doiine de ses pics élevés, qui viennent s’unir par des coteaux ondulés à de riches plaines, ornées de bouquets d’arbres verdoyants. Le 21, le Tonquin jeta l’ancre dans une belle baie où s’élève le village de Waiïtiti, résidence de Tamaahmaah. Les cabanes , au nombre d’environ deux cents, étaient entourées chacune d’un bosquet de cocotiers. Elles étaient formées de perches enfoncées dans la terre, attachées ensemble au sommet et recouvertes de gazon. Le palais royal de Tamaahmaah était une grande maison de deux étages : le premier, bâti en pierre, le second, en bois. Autour de ce Louvre veillait une garde du corps composée de vingt-quatre hommes, armés chacun d’un mousquet et vêtus de satin bleu doublé de jaune.

Tant que le vaisseau resta à l'ancre dans cet endroit, des visites cérémonieuses ct de longues

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\STORIA. 9ù conférences eurent lieu entre le potentat de l’archipel et les Partners de la Compagnie. Tamaahmaah, environné d'une pompe royale, vint au navire dans une double pirogue. Il avait entre cinquante et soixante ans. Il était grand, robuste et bien fait, quoique un peu corpulent. Il était vêtu d’un vieil uniforme, avait un sabre à son côté, et paraissait quelque peu embarrassé de sa magnifique toilette. Trois de ses femmes l’accompagnaient. Elles étaient presque aussi grandes et presque aussi corpulentes que lui ; mais elles ne pouvaient pas lui être comparées pour la ma-

jesté du costume, car elles n’en portaient pas

d'autre que le pau. Avec lui vint aussi son grand favori, son conseiller intime Kraimaker, appelé familièrement Billy-Pitt par les Anglais, parce qu'il remplissait un poste équivalent à celui de premier ministre.

Le souverain fut reçu avec un cérémonial convenable : on arhora le pavillon américain, on tira quatre coups de canon. Les Partners se montrèrent avec des habits d’écarlate, et conduisirent leur hôte illustre daus la cabine, où ils le régalèrent de vin. Dans cette entrevue, ils s’efforcèrent de lui faire comprendre toute leur importance et cellede l'association à laquelle ils appartenaient. Ils lui firent savoir qu’ils étaient des Eris d’une grande Compagnie qui allait s'établir sur la côte

du Nord-ouest, et lui parlérent du commerce qu’ils feraient probablement dans l’archipel, et des vaisseaux qu’ils y enverraient de temps en temps. Tout cela était fort intéressant, fort agréable pour le Monarque, car il connaissait les avantages du commerce et désirait établir de fréquentes relations avec les Blancs. Il encourageait les Européens et les Américains à s'établir dans ses domaines et à se marier avec ses sujettes. IL y avait à cette époque vingt ou trente Blancs qui résidaient dans son ile; mais beaucoup d’entre eux étaient des vagabonds qui ne restaient là que dans l'espérance de mener une vie oisive et sensuelle. Tamaahmaah avait pour eux le plus grand mépris, et ceux-là seulement jouissaient de son estime et de sa protection qui étaient sobres , laborieux, et qui connaissaient quelque métier ou quelque art mécanique.

Le lendemain de la visite du Monarque les Partners débarquèrent et se rendirent chez lui, à leur tour. Connaissant l'influence de la représentation sur les Sauvages , et désirant faire une favorable impression comme Eris de la grande Compagnie américaine des Fourrures, quelquesuns d’entre eux avaient revêtu des costumes de montagnards écossais, à la grande admiration des Naturels.

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seule barde de lard. Encore insista-t-il pour être

payé en dollars espagnols, donnant pour raison

qu'il avait besoin d'argent pour acheter une fré-

gate à son frère George , comme il appelait ten-

drement le roi ‘Angleterre.

* D’après le récit de voyageurs plus modernes, il paraît que Tamaahmaah réussit dans son désir d'acquérir un grand vaisseau. Sachant que les marchands étrangers qui trafiquaient avec lui faisaient de grands profits sur le bois de Sandal qu'ils lui achetaient pour le revendre en Chine, il en envoya une cargaison à Canton, dans son nouveau navire. L’équipage qui le con-

| duisait était composé de Naturels, mais les officiers étaient anglais. Le vaisseau accomplit son voyage et revint heureusement

dans l'archipel, le pavillon hawaïien flottant majestueusement

À la fin le marché royal fut conclu, Une provision de cochons fut obtenue, ainsi que plusieurs chèvres, deux moutons, une quantité de volailles et des végétaux en abondance. Les Partners voulurent alors recruter leurs gens parmi les habitants de l'ile. Ils déclarèrent n'avoir jamais vu de bateliers qu'on püût leur comparer, même parmi les Voyageurs du Nord-ouest. En ellet, ces Indiens gouvernent leur petite barque avec une adresse remarquable : ils nagent et plongent comme des poissons. Les Partners étaient donc disposés à en emmener avec eux trente ou quarante, qu'ils auraient employés au service de la Compagnie ; mais le Capitaine objecta qu’il n'y avait pas de place dans son vaisseau pour un aussi

dans les airs. Le Roi se hâta de se rendre à bord, espérant trouver son bois de Sandal métamorphosé en crêpe, en damas, et en autres précieuses marchandises de Chine : mais, à son grand étonnement , il apprit que sa cargaison avait disparu, par un escamotage commercial, et qu’il ne restait à sa place qu’un mémoire de frais montant à 15,000 fr. Il fallut un certain temps pour lui faire comprendre quelques-uns des articles les plus importants de ce mémoire, tels que pilotage, ancrage, droit de douanes; mais quand il découvrit que les États maritimes s« faisaient ainsi de vastes revenus, au grand détriment des marchands : « Eh bien! s’écria-t-il, j'aurai aussi mes droits! » Il les établit en effet. Pilotage, cinq francs par pied de tirant d’eau de chaque vaisseau : ancrage, de 300 à 350 francs. De cette manière il augmenta grandement ses revenus royaux, et tourna à profit sa mauvaise spéculation de Chine.

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\STORIA. oy grand nombre. En conséquence, on enrôla seulement douze Indieus pour le service du vaisseau, et autant pour celui de la Compagnie. Ces derniers s’engageaient pour trois années, pendant lesquelles ils devaient être nourris et vêtus : à la fin de leur engagement ils devaient recevoir cinq cents francs en marchandises.

Ayant embarqué son eau, ses cochons, ses vé= gétaux , ses Indiens , le Capitaine se prépara à mettre à la voile. Une lettre qu’il écrivit de Woahao à M. Astor, et qui contient ses commentaires sur les scènes que nous venons de décrire, montre combien le pauvre homme avait peu compris les goûts et les intentions de ses passagers ; combien il avait souffert de ce qu'il regardait comme des boutades et des extravagances.

(Al serait difficile, écrit il, d'imaginer les folles mascarades que font tous les jours vos Partners.

| Tantôt ils rassemblent autour d’eux une troupe

de Sauvages ignorants, et leur disent qu'ils sont les grands Eris du Nord-ouest, tantôt ils font des

| arrangements pour envoyer ici de la côte trois | ou quatre vaisseaux chargés d’esparres, etc., etc., | quoique les Naturels ne puissent pas même four- | nir un cochon en échange; parfois ils s’habiilent | avec des plaids et des jaquettes écossaises , ou de

quelque autre manière fantasque , et font aux

| Sauvages des présents de rhum, de vin, ou de la

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