CHAPITRE V
Le Tonquin met à la voile. - Un commandant rigide et des
passagers insubordonnés. — Marins d’eau douce en mer. — Ordinaire du vaisseau. — Un vétéran du Labrador. — Clercs
auteurs. — Voyageurs curieux. — Ile de Robinson Crusoé. — Querelles sur le gaillard d’arrière. — Iles Falkland. -- Chasse d’oisons. — Port Egmont. -- Amateurs d’épitaphes. — Le Vieillard des tombeaux. — Chasse aux pingouins. — Chasseurs abandonnés. — ‘Traversée périlleuse. — Nouvelles altercations. — Arrivée à Hawaïi.
Le 8 octobre 1810, le Tonquin mit en mer et tut bientôt rejoint par la frégate la Constitution. Un vent frais soufflant du sud-ouest, le Tonquin cessa bientôt de voir la terre, et se trouva débarrassé de toute crainte d'interruption. La frégate lui donna alors le : Dieu vous aide! et le laissa poursuivre son voyage.
La bonne harmonie, si instamment recommandée par M. Astor à son équipage hétérogène, et qui lui avait été si chaudement promise dans l’enthousiasme des préparatifs, devait être troublée dès le départ,
Le capitaine Thorn était un homme franc et honnête, mais quelque peu tranchant et sec.
Ayant été nourri dans la discipline des vaisseaux de guerre, il semblait croire que la suprématie
des ofliciers était de droit divin, et voulait être maitre absolu sur son bord. Il parait de plus qu'il n'avait jamais eu grande opinion des personuages embarqués avec lui. Il les avait écoutés avec un mépris silencieux tandis qu'ils se vantaient auprès de M. Astor de pouvoir braver toutes les saisons , se contenter de toutes les situations, et même manger du chien avec plaisir quand ou ne pourrait pas se procurer de meilleure nourriture. Le Capitaine les considérait tous comme des fanfarons, comme des marins d’eau douce, et était disposé à les traiter en couséquence. M. Astor était tout à ses yeux. C'était le père de l’entreprise, c'était lui qui fournissait tous les fonds et qui supportait toutes les pertes: les autres n'étaient que de simples agents, des subordonnés qui vivaient à ses dépens. L'honnête marin avait évidemment qu'une idée rétrécie du but et de la nature de l'opération, ne voyant rien au delà de ce qu'il devait faire lui-même. Tout ce qui ne regardait pas son vaisseau était hors de sa sphère, et la moindre chose qui dérangeait la routine de ses devoirs nautiques le mettait en fureur.
D'un autre côté les Partners, élevés au service de la Compagnie du Nord-ouest, avaient une haute idée de l'importance, de la grandeur, de l’autovité d’un Partner. Ils commencaient déjà à se
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ASTORIA. 67 croire les égaux de ces puissants marchands qu'ils étaient habitués à regarder comme les maîtres de la terre, et peut-être étaient-ils disposés à faire légérement sentir leur nouvelle dignité. M. Astor, en leur parlant du Capitaine, le leur avait dépeint comme un loup marin bon pour faire le diable s’il y avait quelques combats à livrer, et cela contribuait peut-être à leur faire prendre un air plus rogue.
Ainsi disposés à se regarder d'un œil pointilleux, les deux partis se trouvèrent bientôt en col-
: lision. Dès le premier jour le Capitaine signala P J P $
son amour pour la discipline militaire en ordonnant que toutes les lumières fussent éteintes à huit heures.
L’orgueil des Partners s’éveilla sur-le champ à cet envahissement insupportable de leurs droits et de leur dignité. Ils étaient embarqués, disaientils, dans leur propre vaisseau, et pouvaient bier
, prendre leurs aises. Mac Dougal se porta pour
leur champion. C'était un petit homme affaire, irritable, glorieux, enflé dans sa propre opinion par la procuration que lui avait donnée M. Astor. Une violente altercation s’ensuivit. Te Capitaine menaca les Partners de les faire mettre aux fers s'ils n’obéissaient pas; et Mac Dougal, saisissant un pistolet, jura de brüler la cervelle du Capi-
taine s’il osait exécuter une menace aussi offen-
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sante. Il s’écoula quelque temps avant que les deux rivaux pussent être pacifiés par les assistants plus modérés.
Tel fut le début du Capitaine avec les Partners. Les Clercs n'étaient pas beaucoup mieux dans ses bonnes grâces. Il semblait regarder tous les passagers embarqués sur son navire comme une sorte de ballots vivants, embarrassants et peu utiles. Les pauvres Voyageurs lirritaient continuellement par leurs habitudes malpropres , si antipathiques aux idées d’un homme accoutumé à la bonne tenue d’un vaisseau de guerre. Ces malheureux marins d’eau douce, si glorieux sur le rivage et presque amphibies sur les lacs et sur les rivières, avaient perdu toute leur vivacité aussitôt qu'ils s'étaient trouvés en mer. Pendant de longues journées ils souflrirent les lentes tortures du mal de mer, restant étendus dans leurs chambres, ou, comme des spectres, sortant par intervalles de dessous les écoutilles. Ils se promenaient en frissonnant sur le pont, avec de grandes capotes, des couvertures, des bonnets de nuit sales, de grandes barbes ébouriffées , des visages pâles , des yeux éteints; et de temps en temps, se trainant vers le bord du vaisseau , ils offraient leur tribut à Neptune, au grand ennui du Capitaine.
Ses lettres à M. Astor sont iout-à-fait carac-
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téristiques et amusantes. Avec l’impatience d'un marin il y répand l’amertume de son âme sur la mauvaise tenue de ceux qui l'entourent. L'honnête Capitaine est plein d'irritation pour son propre compte et de sollicitude pour M. Astor, dont il craint que la propriété ne soit dil:pidée par cette troupe hétérogène et dépensière.
Quant aux Clercs , il affirme que pas un d'eux n'a mis le pied parmi les Indiens, n’a jamais été plus loin au Nord-ouest que Montréal , et n’est d'un rang plus élevé qu’un garçon de billard ou de taverne. Il n’en excepte qu’un seul, qui était maitre d'école, et qu'il déclare emphatiquement être «le pédant le plus sot qui ait jamais existé. »
Pour ce qui est des artisans et des ouvriers qui avaient été amenés du Canada et embarqués à si grands frais, les trois plus respectables, suivant le Capitaine, étaient des délinquants qui s'étaient enfuis du Canada à cause de leurs méfaits : les autres avaient figuré à Montréal comme charretiers, barbiers, garçons de taverne, et étaient les êtres les plus inutiles « qui eussent jamais cassé un biscuit de mer. »
On peut imaginer facilement quelle série de malentendus et de discussions devait s'élever entre un tel équipage et un tel commandant. Le Capñaine , dans son zèle pour la propreté et la santé de son monde, faisait de redoutables visites
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dans « les chenils » des malheureux Voyageurs et de leurs compagnons de misère, les tirait de leurs recoins, les obligeait à aérer, à laver leurs vêtements, et les forçait à se promeuer à grands pas pour faire de l'exercice.
Mais ce fut encore bien pis quand tout le monde fut guéri du mal de mer, et se fut habitué au vaisseau ; car alors éclata une alarmante vigueur d'appétit qui menaçait les provisions d'un terrible échec. Ce qui irritait principalement le Capitaine, c'était la délicatesse de quelques-uns des passagers de la cabine. ils se plaignaient effrontément de la chère du vaisseau, quoique leur table fût garnie de porc frais, de jambons, de langues, de bœuf fumé et de puddings. « Quand ils étaient contrecarrés dans leurs fantaisies de gourmandise , écrivait le Capitaine , ils s’écriaient qu'il était diablement dur pour eux de ne pas pouvoir vivre comme il leur plaisait dans leur propre vaisseau frété de leurs marchandises.
Et voilà, ajoutait-il, voilà les gaillards qui se vantaient si bien d’être prêts à manger du chien.»
Dans son indignation de ce qu’il appelait leur délicatesse, il jurait qu’il ne se chargerait plus d’eux sans avoir le marché de Fly sur sa proue, celui de Covent-Garu n sur sa poupe, et une source vive du Canada au scmmet de sou grand mât.
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Lorsqu'on arriva daus les mers tranquilles et sous le beau ciel des tropiques, d'autres sujets d'ennui vinrent troubler l'esprit du Capitaine. Il avait été tourmenté par l’orgueil irritable d'un des Partners, 1 était maintenant excessivement ennuyé par la bonne humeur d’un autre. C’était Stuart lainé, brave homme d’un caractère facile et jovial, qui avait vu la vie dans le Canada et sur les côtes du Labrador. I avait été pelletier dans lun de ces pays, pécheur dans l'autre , et ayaut fait plusieurs expéditions avec des Voÿageurs, ilétait habitué à leur familiarité envers leurs supérieurs, et à leurs commérages lorsqu'ils se trouvent assis autour du feu d'un bivouac. Stuart n'était jamais si heureux que quand il pouvait s'étendre sur le pont, entouré d'un certain nombre de ces hommes, comme pour un campement. [ls fumaient ensemble en se passant la pipe de bouche en bouche à la manière des Indiens, chantaient de vieilles chansons canadiennes, et racontaient des histoires de fatigues et de dangers. Stuart rivalisait alors avec Sindhad le marin, dans le long récit de ses exploits de pêcheur sur les côtes du Labrador.
Cette familiarité joviale choquait les idées du Capitaine sur la subordination des rangs. Rien ne lui semblait si épouvantable que cette commu-
naute de pipe entire le maitre et les serviteurs, et
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que ces chorus de chansons étrangères qu'ils entonuaient ensemble.
Il y avait encore pour lui une autre source de chagrin fantasque. Quelques-uns des jeunes Clercs, qui faisaient leur premier voyage et pour qui tout était étrange et nouveau, avaient, fort raisonnablement d’ailleurs, l’habitude de prendre des notes et de teuir un journal. C'était là une nouvelle abomination aux yeux de l’honnête Capitaine , qui regardait avec dédain leurs prétentions littéraires. « Ils ne s'occupent, dit-il dans une de ses lettres : M. Astor, ils ne s'occupent qu'à recueillir des matériaux pour faire de longues histoires de leur voyage. »
Nous concevons fort bien la pointilleuse impatience du digne navigateur lorsqu'il voyait ces jeunes gens s’empresser de noter dans leur journal chaque petit événement, tout-à-fait ordinaire à ses yeux, et lorsqu'en parcourant le pont pour donner tous les ordres nécessaires à la conduite du vaisseau, ses regards indignés ne tombaient à droite et à gauche que sur des groupes de fainéants qui chantaient, qui fumaient, qui bavardaient, qui écrivaient , tous occupés uniquement, selon lui, à passer leur temps d’une manicre agréable, au licu de songer au but important du voyage.
Ilest possible qu'en cela 1l eût jusqu’à un cer-
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tain point raison. Quoique quelques-uns des passagers eussent beaucoup à gagner dans l’entreprise, aucun d'eux n’y pouvait rien perdre.
C'étaient, pour la plupart, des jeunes gens dans l’âge où tout amuse, et qui, arrivés sous de belles latitudes, poussés par un bon vent sur une mer tranquille, dans un vaisseau bien approvisionné, se croyaient au pays de Cocagne et étaient disposés à jouir du moment présent. Quelques-uns des Partners et des Clercs avaient exprimé le désir, vaturel chez des esprits jeunes et vifs, de visiter en passant les côtes et les iles célèbres dans l’histoire ou dans la fable. Mais le Capitaine, ne regardant les îles et les côtes que d’un œil professionnel, et n’y rattachant d’autres idées que celles qui uaissaient de ses cartes marines , considérait toute cette curiosité comme un ridicffe enfautillage. « Au commencement du voyage, dit-il dans une de ses lettres, ils voulaient pouvoir dire qu'ils avaient été en Afrique, et ils insistaient pour me faire relâcher au cap Vert. Ensuite ils demandaient à descendre sur la côte de Patagonie pour y voir des géants; puis ils voulaient s'arrêter dans l’île où Robinson Crusoé avait vécu si long-temps ; enfin, ils étaient déterminés à faire connaissance avec les beaux habilauts de l'ile de Pâques. » -
Le Capitaine opposait son impassible velo À
toutes ces demandes , comme « contraires aux sur
instructions ». Alors quelques-uns des Partners port
se laissaient aller à d'inutiles explosions de rage, D
et n'éparguaient pas M. Astor lui-même, qui rati
À avait donné des ordres génants pour la conduite land v du uavire où ils étaient embarqués , au lieu de les vis-à f laisser juges des endroits où il conviendrait de solut | ù F relâcher, et du temps qu'il y faudrait rester. Le remp LA colérique Mac Dougal était le chef de ces émeutes, batea 4 car, Comme on l’a déja observé, il était fier de se Doug jet trouver le représentant de M. Astor. desce FA Cependant le Capitaine n’en devenait que plus gagés poiutilleux et plus obstinément attaché à ses or- débar dres. Sa conduite envers les passagers était raide, se mi péremptoire, et de fréquentes altercations s’en- riosit
suivaient. Il se laissait trop entrainer peut-être étant
par l’impatience avec laquelle un marin regarde de la l'intervention des gens de terre, par ses idées débar exagérées de l'étiquette navale et de la dignité du était r gaillard d’arrière ; mais il attachait évidemment bâtim une importance pleine de prohité aux intérêts Le | de son patron. Il se représentait l'anxiété du père Capita
de l’entreprise, qui en avait fait si magnifique- sur le meut les déboursés, comptant sur le zèle, la fide- rent € lité, les efforts persévérants de ses associés, de reveni ses agents; tandis que ceux-ci, ayant un capita- à la pc liste solide pour les soutenir et nn bon vaisseau rins il:
à leur disposition, semblaient disposés à s'arrêter bout d
res aux ’artners le rage , ne, qui ‘ouduite eu de les drait de ster. Le émeutes, fier de se
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* du père nifique- , la fidébuiés , de 1 capitavaisseau
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sur toutes les côtes et à s'amuser dans tous les ports.
Depuis quelque temps, ou avait été obligé de rationner l’eau, lorsqu'on aperçut les iles Falkland (ou Malouines), qui sont situées presque vis-à-vis le détroit de Magellan. Le Capitaine résolut de jeter l'ancre dans une de ces iles ponr remplir ses barriques, et, à cet effet, envoya un bateau pour reconnaitre une petite baie. MM. Mac Dougal et Mac Kay profitèrent de l’occasion pour descendre sur le rivage. Le Capitaine les avait engagés à ne point retarder le vaisseau, mais une fois débarqués ils s’inquiétèrent peu de ses ordres et se mirent à courir çà et là pour chercher des curiosités. L’ancrage n'étant point bon, et l’eau étant difficile à se procurer, le Capitaine s’écarta de la terre et rappela les hommes qui étaient débarqués, mais, malgré ses signaux répétés, il était neuf heures du soir lorsqu'ils rejoignirent le bâtiment.
Le lendemain matin, le vent étant contraire, le Capitaine vésolut d'envoyer de nouveau un bateau sur le rivage. Les mêmes Partners s’y embarqué. rent encore, mais en promettant d'être prêts à revenir au premier signal. Cependant s'étant mis à la poursuite des oïes sanvages ct des loups marins ils oublièrent de nouveau leur promesse. Au bout de quelque temps le vent devint favorable,
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et des signaux rappelèrent l'embarcation. Une demi-heure s’'écoula, mais aucun bateau ne se détachait de la côte. Le Capitaine l’examina avec sa lunette, et aperçut les trainards en pleine jouissance « de leur chasse d’oisons. » Piqué au vif, il mit immédiatement à la voile. Quand les retardataires virent le vaisseau s'éloigner ils s'embarquèrent en toute hâte, mais il leur fallut faire une rude traversée de près de trois lieues avant de le rejoindre, et encore n’y trouvérent:ils qu'une sombre réception, quoiqu'ils arrivassent chargés des produits de leur chasse.
Deux jours après, le vaisseau mouilla au port Egmont, dans la même ile. On y resta quatre jours pour faire de l’eau et pour réparer quelques avaries. Ce fut une joyeuse relâche pour les passagers. Ils dressèrent une tente sur le rivage. Ils avaient un bateau à leur disposition, et ils passérent gaiement leur temps à errer autour de l’île, à côtoyer les rivages, à tuer des lions mavins, des veaux marins, des reuards, des oies, des canardsetdes pingouins. Aucun n’était plus ardent à leur poursuite que Mac Dougal et David Stuart; celui-ci se croyait encore au temps de ses exploits aquatiques sur les côtes du Labrador, et de ses expéditions chasseresses dans le Nord-ouest.
Pendant ce temps le Capitaine s’occupait sérieu-
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ASTORIA. 77 l'humeur juvénile, les inutiles passe-temps de ses hôtes émancipés, et les avertissant de temps en temps de ne pas pousser leurs excursions hors de la portée des signaux, Ils promirent, comme à l'ordinaire, que le vaisseau ne serait jamais retardé d'un instant à cause d'eux, et comme à l'ordinaire oublièrent leur promesse.
Dans la matinée du 11, toutes les réparations étant achevées et les barriques remplies d’eau, le signal d'embarquer fut donné et l’on commenca à lever l'ancre. En ce moment plusieurs des passasers étaient dispersés dans File et s'amusaient de diverses manières. Quelques jeunes gens avaient trouvé des inscriptions anglaises placées sur la tombe de deux marins qui avaient été enterrés dans cette ile déserte. Comme les lettres en étaient presque ellacées par le temps et par les intempéries de l'air, ils s'occupèrent pieusement à les regraver, jouant ainsi le rôle du Vieillard des tomheaux (OId mortality) de Walter-Scott. Le signal du vaisseau vint les déranger dans leur travail ; ils virent que l’on déployait les voiles et que l'on se disposait à appareïller. Cependant les deux Partners chasseurs, MM. Mac Dougal et David Stuart, s'étaient laissé entrainer au midi de l'ile à la poursuite des pingouins. On ne pouvait pas partir sans eux, car il n’y avait qu'un seul batéau pour tous ceux qui étaient encore à terre.
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Tandis que ce délai avait lieu sur le rivage, le Capitaine tempêtait sur son bord. C’était la troisième fois qu'on dédaiguait ses ordres et que, de gaieté de cœur, le vaisseau était retardé dans sa marche. Il fit mettre toutes voiles dehors et gagner la haute mer, jurant qu’il laisserait les traînards se tirer d'affaire commeils le pourraient. Vainement ceux qui se trouvaient sur le vaisseau lui adressaient des remontrances et des supplications, en lui représentant combien il était horrible d'abandonner des malheureux sur une ile stérile et inhabitée : l’obstiné Capitaine demeurait inflexible.
Pendant ce temps les chasseurs de pingouins avaient rejoint les graveurs de pierre, mais non pas avant le départ du vaisseau. Ils se jetèrent tous, au nombre de huit, daus leur bateau, qui n'avait guère que douze pieds de long, et se mirent à ramer de toutes leurs forces. Pendant trois heures et demie ils se courberent avec effort, avec anxiété, sur leurs rames. Les vagues houleuses de la pleine mer les couvraient quelquefois d’écume, et cependant l’inexorable vaisseau continuait sa route et semblait déterminé à les laisser derricre lui.
Sur le navire était le neveu de David Stuart, jeune homme entreprenant et résolu. Voyant que le Capitaine s’obstinait à abandonner son oncle
et ses
un pa cervel Her vint t temdr raient Nous .
récllen DOUS p dataire bonne tre à M et l’on fe: con torité.
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age, le à troiue, de lans sa ors et ait les raient.
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Stuart, yant que m oncle
et ses compagnons, 1l saisit un pistolet, et dans un paroxysme de rage jura qu'il lui brülerait la cervelle si lon ne mettait pas en travers.
Heureusement pour tous les partis le vent devint tout à coup contraire, et le bateau put atteimdre le navire. Des événements désastreux seraient peut-être arrivés sans cette circonstance. Nous avons peine à croire que le Capitaine eût réellement l’intention d'exécuter ses menaces, et nous pensons plutôt qu'il voulait punir les retardataires par une fatigaute traversée et par une boune frayeur. Cependant il déclare dans sa lettre à M. Astor que ses menaces étaient sérieuses, et l’on ne peut savoir jusqu'où un caractère de fer comme celui-là aurait poussé ses idées d’autorité.
« Si le vent, écrivit-1l, n'avait pas malheureuscment changé peu de temps après que nous eùmes quitté le havre, je les aurais certainement abandonnés; et, en vérité, je ne puis m’empécher de croire que c'eùt été un bonheur pour vous. La première perte dans cette circonstance aurait, dans mon opinion, produit de grands avantages; car ces gens-là ne semblent pas comprendre la valeur de votre cargaison et n’ont aucun égard pour vos intérêts, quoiqu'ils se trouvent joints aux leurs. »
C'était là, 1l faut en convenir, avoir la main
un peu haute, et pousser jusqu'à un dangereux excés la fidélité aux intérêts de l’armateur:. Plusieurs autres discussions s’élevcrent encore entre le Capitaine et les Partners, relativement à certaines parties de marchandises que ceux-ci voulaient distribuer parmi leurs hommes pour les vêtir, ou pour diverses autres causes qu'ils jugeaient essentielles. Mais le Capitaine gardait ses marchandises comme un dogue irrité, grognant et menaçant quand on voulait seulement toucher à une caisse ou à un ballot. « C'était contraire aux instructions : cela ferait annuler l’assurance; c'était hors de toutes les règles. » Vainement les Partners insistaient sur leurs droits comme co-propriétaires agissant pour le bien de l'entreprise; le Capitaine n’en était que plus obstiné. Ses adversaires se consolaient en déclarant qu'ils prétendaient rentrer dans tous leurs droits aussitôt qu'ils toucheraient la terre, et faire du vaisseau et de la cargaison ce qu'il leur plairait. Outre ces divisions entre le Capitaine et les Partners, 1l y avait entre les Partners eux-mêmes des dissensions occasionnées en grande partie par des jalousies de prééminence. Mac Dougal et Mac Kay commençaient à dresser des plans pour le fort et pour les autres bâtiments de l’établissement projeté. Ils s'accordaient très bien quant à l’ensemble et aux dimensions, qui étaient sur
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ASTORIA. ä1 une échelle assez grande. Mais quand ils eir vimrent aux détails, de grandes disputes s’éleverent, et ils se quereilaient pendant des heures sur la distribution des portes et des fenêtres. Dans ces occasions, d’après le récit du Capitaine, ils ne se ménageaient pas les plus grosses injures. Chacun d'eux accusait l’autre de vouloir usurper un pouvoir qui ne lui appartenait point; et alors M. Mac Dougal étalait fièrement la lettre de M. Astor, qui le constituait son représentant. Cependant quelque virulentes que fussent ces querelles, elles étaient courtes, « et au bout de quinze minutes, dit le Capitaine, ils se caressaient comme des enfants. »
Tandis que cet esprit anarchique agitait le petit monde renfermé dans le Tonquin , le bon navire poursuivait heureusement sa route, doublait le cap Horn, le 25 décembre, sillonnait les flots de l'Océan Pacifique, et, le 11 février 18117, voyait les pics neigeux d'Hawaïi s'élever au-dessus de l’horizon.
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