‹ Astoria [microforme]Chapitre 34 sur 79 · L LL · texte numérisé non relu

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Les pigeons remplissaient les bois de leurs bandes voyageuses. Le nombre de ces oiseaux qui inondent les déserts de l'Ouest, semble presque incroyable. Ils forment de véritables nuages qui se meuvent avec une vitesse extraordinaire, au bruit d’une espèce de sifflement produit par leurs ailes. Rien n’est plus agréable à voir que leurs rapides évolutions, leurs cercles, leurs changements soudains de direction, comme s'ils n'avaient qu’un même esprit : rien n’est plus brillant que leurs couleurs qui varient à chaque instant, suivant qu'ils présentent aux spectateurs leur dos, leur poitrine ou la partie inférieure de leurs ailes. Quand ils s’abattent dans la plaine, ils couvrent des acres entières de terrain. Dans les bois, les branches des arbres cassent souvent sous leur multitude. S'ils sont soudainement épouvantés pendant leur repos, le bruit qu’ils font en s'envolant est semblable au mugissement d’une cataracte, ou d’un tonnerre lointain.

Une troupe de ces oiseaux, comme une nuée de sauterelles égyptiennes, dévorent en passant tout ce qui peut servir à leur subsistance. Leur nombre était si grand dans le voisinage du camp, que M. Bradbury, avec son fusil de chasse, en tua trois cents dans une matinée. Il fait un récit curieux , et apparemment fidèle, de espèce de dis-

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220 ASTORMIA.

geous, pour que chacun d’eux puisse se procurer sa nourriture. Comme les premiers rangs trouvent nécessairement la plus grande abondance, et comme l’arrière-garde n’a plus que peu de choses à glaner ; aussitôt qu'un rang se trouve le dernier, il s'élève en l'air, passe par-dessus toute la troupe, et prend place en avant. Le rang suivant en fait autant à son tour, et ainsi les derniers devenant continuellement les premiers, toute la multitude s’assied successivement aux meilleures places du banquet.

La pluie s’étant à la fin apaisée, M, Hunt leva son camp et continua à remonter le Missouri.

La caravane, qui comprenait alors près de soixante personnes, était composée de cinq Partners, d’un Clerc nommé John Reed , de qua rante Voyageurs ou engagés canadiens, et de plusieurs chasseurs. [ls étaient embarqués dans quatre bateaux, qui portaient un pierrier et deux obusiers. Tous étaient fournis de mâts et de voiles, qu'on pouvait employer quand le vent se trouvait assez fort pour vaincre le courant de la rivière. C’est ce qui arriva pendant les quatre ou cinq premiers jours, durant lesquels un bon vent du sud-est favorisa constamment la remonte.

Les campements, quand la nuit arrivait, étaient souvent agréables et pittoresques. On dressait les

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222 \STORIAS

ring, Il était également célébré par des cérémomesigrossièrement plaisantes , pratiquées aux dépéñs des non-initiés, et au nombre desquelles on retrouvait la vieille farce navale de la barbification. Les divinités de la rivière , comme celles de la mer, se laissaient adoucir par un présent, et l'on pouvait éviter leurs désagréables attentions , par un arrangement avec les adeptes.

A l'embouchure de la Platte on remarqua de nouveaux signes du voisinage d’une expédition guerrière. La carcasse d’un canot de peau, dans quel les guerriers avaient traversé la rivière,

sétaitfrestée’sur le hord. Pendant la nuit le ciel, éimbrâsé par le reflet d'immenses conflagrations , faisait voir qu’on avait mis le feu à de grandes portions de prâiries. Or, les chasseurs ne font pas de tels incendies ausélta#ddans'à saison ; on supposait dongüquiilpiélaientroduits par quelque troupe-ertagte de-géémiñété indiens. Ceux-ci, en effet, prerlieswaswtveritla précaution d’enflammef'l@ praiviedértière ex, fin de cacher leurs traces à ‘lemse’ennemis. C’est surtott uand ils ont été .repoussés et craignet d’être inquiétés dans leutetraitesgehuils agissent ainsi. En de telles civécmemtiesstibii bstges #ûr 'inême pour des amisddolalegmentfètisidans leur humeur faroëhépils santsoipéblerdtéte livrer aux outrages lespinsnosdpridietnt:Ces signes qu'une

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ASTORIA, 225 bande de guerriers erraient dans le voisinage inspirèrent donc à nos aventuriers um certain degré de vigilance.

Après avoir passé la Platte, la caravane s'arrêla, pendant vingt-quatre heures, un peu au-dessus de Papillon-Creek, pour prendre une provision de rames et de perches dans un bois épais de frènes, car on n'en trouve plus au-delà de cet endroit. Tandis que les Voyageurs étaient ainsi occupés, les naturalistes erraient aux environs pour recueillir des plantes. Du sommet d’une rangée de hauteurs situées sur le côté opposé de la rivière , ils avaient une de ces vues immenses et magnifiques qui se déploient quelquefois dans ces régions sans bornes. Au-dessous d'eux s’étendait la vallée du Missouri, large d’environ deux lieues et demie, et revêtue de toute la fraiche verdure du printemps, embellie de toutes les couleurs variées des fleurs. Des bouquets de bois, des arbres solitaires s’élevaient çà et là, des deux côtés du bassin où la majestueuse rivière roulait ses flots turbulents et limoneux. L'intérieur du pays présentait un spectacle singulier. L’immense plaine était semée d'innombrables buttes verdoyantes qui n'avaient pas quatre-vingts piedsde haut, mais dont la pente était extrêmement rapide et le sommet très aigu. Une longue ligne de falaises s’étendait pendant plus de dix lieues, parallelemeut

au Missouri. A leur base dormait un lac peu profond , qui était évidemment un ancien lit de la rivière. Une multitude de plantes aquatiques en recouvraient la surface, et sur leurs larges feuilles une quantité de serpents d’eau, attirés par la douce chaleur du printemps, s’étalaient aux rayons du soleil.

Le 2 mai, à l’heure habituelle de l’embarquement , deux chasseurs nommés Harrington, jetcrent quelque confusion dans le camp, en annon:çant qu'ils voulaient quitter l’entreprise et retourner chez eux. L'un d’eux, qui avait déjà chassé sur le Missouri pendant deux années , s’était joint à la caravane l’automne précédent ; l’autre s'était engagé à Saint-Louis, dans le mois de mars suivant, et était venu de là avec M. Hunt. Il déclara alors que sa mère, remplie d’inquiétudes en apprenant de quelle dangereuse entreprise son frere allait faire partie, lui avait ordonné de s’enrôler , mais seulement pour le rejoindre, et pour le déterminer à revenir auprès d’elle.

La perte de deux chasseurs habiles et vigoureux était fort grave, en approchant de la région où on devait s’atteridre à des hostilités avec les Sioux; et durant le reste du voyage même leurs services étaient extrêmement importants, car ou pouvait peu compter sur la valeur des Canadiens,

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en cas d'attaque. M. Hunt s’efforça donc d’ébranler la résolution des deux frères, par des raisonnements et par des prières. Il leur représenta qu'ils étaient à plus de deux cents lieues au-dessus de l'embouchure du Missouri; qu'avant d’atteindre lhabitation d’un homme blanc, ils auraient cent trente lieues à parcourir, et que dans ce trajet ils seraient exposés à toutes sortes de risques, car, s'ils s’obstinaient à l’abandonner et à trahir leurs promesses, il était décidé à ne leur fournir aucune munition. Tout fut inutile; ils persistèrent dans leur résolution, et M. Hunt, incité en partie par son indignation, en partie par la nécessité d'empêcher le reste de son monde d’imiter leur désertion ; exécuta ses menaces, et les laissa regagner les établissements sans avoir, à ce qu’il supposait, une seule charge de poudre.

Pendant plusieurs jours les bateaux continuèrent leur lente et pénible lutte contre le courant de la rivière. Les signes de guerre, qu’on avait récemment rencontrés, forçaient la caravane à beaucoup de vigilance pendant les campements nocturnes. Ce n’était pas sans motifs, car, dans la nuit du 7, on entendit retentir tout-à-coup des hurlements effrayants, et l’on vit onze guerriers sioux, complétement nus et le tomahawk à la main, se précipiter dans le camp. Ils furent à l'instant même entourés et saisis. Leur chef

leur eria de ne commettre aucune violence, et prétendit que ses intentions étaient parfaitement pacifiques. On apprit, cependant, qu'ils faisaient partie de la troupe de guerriers dont on avait trouvé le canot à l'embouchure de la Platte, et dont on avait vu les feux réverbérés dans l'air. Ils avaient été désappointés ou défaits, et dans leur rage, ces onze guerriers avaient dévoué leurs habits à la médecine. C'est un acte de désespoir des braves Indiens, quand ils sont malheureux dans la guerre et qu'ils craignent d’être raillés à leur retour dans ieurs cabanes. Quelquefois, alors. ils jettent leurs habits et leurs ornements, se dévouent au Grand-Esprit, et tentent quelques exploits éclatants pour couvrir leur disgrâce. Malheur aux Blancs sans défense qui tombent dans ce moment entre leurs mains.

Telle fut l'explication que donna Pierre Dorion, l'interprète métis, de cette sauvage intrusion dans le camp. Les Blancs furent si exaspérés en apprenant les intentions sanguinaires des prisonniers, qu’ils voulaient les fusiller sur-le-champ. M. Hunt, cependant, avec sa modération habi-

tuelie, ordonna de les transporter de l’autre côté

de la rivière, après les avoir menacés d’une mort certaine, s’ils étaient repris à commettre le moindre acte d’hostilités.

Le 10 mai, la caravane campa près du village

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Omaha, situé à environ 270 lieues au-dessus de l'embouchure du Missouri. Le village, placé au bas d’une colline et sur le bord de la rivière, était composé d'environ quatre-vingts loges; c'étaient de simples tentes qui avaient à peu près quinze pieds de diamètre. Elles étaient formées par de longues perches inclinées les unes vers les autres, et qui se croisaient à peu près vers la moitié de leur longueur. La partie inférieure était recouverte de peaux de bisons consues ensemble, et si le haut des perches en avait été également revêtu, chaque tente, composée de deux cônes opposés par le sommet, aurait eu exactement la figure d’un sablier.

La forme des loges indiennes est digne d’attention. Chaque tribu ayant une manière différente de les dresser et de les ranger, il est facile, en voyant de loin "1e loge ou un camp, de dire à quelle tribu les habitants appartiennent. Les loges des Omahas ont, à l'extérieur, une apparence fantastique et coquette. Elles sont peintes de bandes ondées rouges et jaunes, ou de visages humains, ressemblant à des pleines lunes et larges de quatre à cinq pieds, ou enfin de grossières représentations de chevaux, de daims et de bisons.

Les Omahas étaient autrefois une des puissantes tribus des Prairies, et rivalisaient de prouesse avec les Sioux, les Pawnees, les Sauks, les Konsas et

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les latans. Cependant, leurs guerres avec les Sioux avaient diminué leurs rangs, et, en 1802, la petitevérole en avait enlevé les deux tiers. A l’époque de la visite de M. Hunt, ils se glorifiaient encore d'environ deux cenis guerriers, mais leur nombre diminue rapidement, et d'ici à peu de temps, comme tant d’autres nations de l'Ouest, ils n’existeront plus que dans les traditions. | Dans la lettre que M. Hunt écrivit de cet endroit à M. Astor, il fait une triste peinture des tribus indiennes qui bordent la rivière. Elles se trouvaient continuellement en guerre les unes avec les autres, et ces hostilités fatigantes ne se composaient pas seulement de combats, d'expéditions passagères, entraînant le sac, l'incendie, le massacre des villages, mais encore d'actes individuels de trahison, de froides cruautés, d’assassinats, exploits orgueilleux de simples guerriers, entrepris pour venger des injures personnelles ou même pour gagner le vain trophée d’un scalp. Le chasseur solitaire, le voyageur égaré, la pauvre squaw coupant du bois ou récoltant du grain, étaient exposés à être surpris et massacrés. Ainsi des tribusentiéres étaient exterminées à la fois, ou graduellement affaiblies, et l'existence des Sauvages se trouvait entourée d’horreurs et d’alarmes continuelles. Il n’est douc nullement surprenant que la race des hommes rouges diminue d'année

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en année, et quil reste si peu de descendants des nombreuses nations qui peuplaient évidemment les vastes régions de l'Ouest. Il faut plutôt s’étonner qu'il en survive encore autant, car la vie d’un Sauvage, dans ce pays, n’est guère qu’une mort prolongée et toujours présente. C’est une sorte de caricature des temps si vantés de la féodalité, c’est la chevalerie errante dans son état grossier et primitif.

Dans leurs jours de prospérité, les Omahas se regardaient comme les mortels les plus puissants et les plus parfoits de la terre. Ils considéraient toutes les choses créées comme destinées à leur usage et à leur bénéfice particulier. C’est de leur chef, le fameux Wash-ing-guh-sah-ba, ou l’Orseau-noir, qu’on raconte tant d'histoires sauvages et romantiques. Il était mort environ dix ans avant l’arrivée de M. Hunt, mais ses peuples se rappelaient encore son nom avec terreur. Parmi les chefs indiens du Missouri il avait été un des premiers à trafiquer avec les Blancs, et il avait montré beaucoup de sagacité en levant ses droits royaux. Quand un marchand arrivait dans son village, il était obligé de porter et d’étaler dans sa loge toutes les marchandises dont il s'était pourvu. Le Chef choisissait alors ce qui convenait à son royal plaisir, couvertures, tabac, whiskey, poudre, balles, grains de verroteries, vermillon.

Il mettait ces articles de côté, sans daigner rien donner en échange ; ensuite, appelant son héraut ou crieur, il lui ordonnait de monter sur le sommet de sa loge, et d’inviter tous les chasseurs de la tribu à apporter leurs pelleteries pour trafiquer avec l’homme blanc. La loge se remplissait d’Indiens chargés de peaux d'ours, de castor, de loutre, et d’autres animaux à fourrures. Personne n’avait la permission de discuter les prix fixés par le marchand blanc, qui prenait soin de s’indemniser cinq ou six fois pour les marchandises que le chef s'était administrées. De cette mauiére, l'Oiseau-noir s’enrichissait tout en enrichissant les Blancs, et il devint excessivement populaire parmi les marchands du Missouri. Ses guerriers, cependant, n'étaient pas également satisfaits d’un système commercial qui leur était si manifestement désavantageux ; et ils commencèrent même à montrer quelques signes de mécontentement.

Dans cette conjoncture, un marchand rusé et sans principes révéla à l’Oiseau-noir un secret à l’aide duquel il pourrait obtenir un pouvoir sans bornes sur ses superstitieux sujets; il l’instruisit des qualités mortelles de l’arsenic, et lui fournit une ample provision de cette drogue homicide. Depuis ce temps l'Oiseau-noir sembla doué du

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disposer de la ie et de la mort de ses guerriers.

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Malheur à celui qui osait mettre eu question son autorité ou résister à ses ordres. L'Oiseau-noir prophétisait qu'il mourrait dans une certaine période, et il avait des moyens secrets d'accomplir sa prophétie. Avant l’époque prédite, le guerrier, attaqué d’un mal étrange et soudain , disparaissait de la surface de la terre. Chacun restait épouvanté de ces exemples multipliés du pouvoir surhumain du chef; chacun craignait de mécontenter un être si puissant et si vindicatif ; et l'Or. seau-noir jouissait d’une autorité incontestée et sans bornes.

Ce n'était pas cepeudant par la terreur seulement qu’il gouvernait sou peuple : l'Oiseau-noir était un grand guerrier, et ses exploits dans les combats servaient de thème favori aux vieux ct aux jeunes. Sa carrière avait commencé au milieu des périls, car dans sa jeunesse il avait été fait prisonuier par les Sioux. Depuis qu'il commandait la tribu des Omabas, elle avait ohtenu une grande renommée militaire. Jamais il ne laissait sans vengeance une insulte faite à quelqu'un des siens. Les républicains pawnees avaient flétri d'une grave injure un des plus braves Omahas , un des favoris du chef. Aussitôt l'Oiseau-noir rassemble ses guerriers, les conduit contre le village des Pawnees , l'attaque avec une furie irrésistible et

l'incendie, après en avoir massacré li plupart des

habitants. Il fit, pendant heaucoup d'années, une guerre terrible et sanglante aux Ottoes, jusqu’à ce que la paix fût Ctablie entre eux par la médiation des Blancs. Sans crainte dans les combats et brülant de se signaler, il électrisait ses partisans par ses actions audacieuses. En attaquant un village kanza , il en fit plusieurs fois le tour, à cheval, chargeant son fusil et le déchargeant sur les habitants, en passant auprès d’eux au galop. Il se vantait aussi de posséder dans la guerre un pouvoir mystérieux et surnaturel. Un jour, suivant les traces d’un parti ennemi à travers la prairie, il déchargea plusieurs fois sa carabine dans les empreintes faites par les sabots des chevaux de ses adversaires, assurant ses guerriers qu’il ralentissait ainsi la vitesse des fugitifs, et qu’il les atteindrait facilement. Il les joignit en effet et les détruisit presque tous : aussi sa victoire fut-elle regardée comme miraculeuse, tant par ses amis que par ses ennemis. C'est par de semblables exploits qu’il devint l’orgueil et l’amour de son peuple, nonobstant ses inévitables prédictions de mort.

Malgré tout ce qu’il y avait de sauvage et de terrible dans son caractere, il était sensible au pouvoir de la beauté, et capable d’aimer constamment. Une troupe de guerriers poncas avaient fait une irruption sur les terres des Omahas et

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avaient enlevé un certain nombre de femmes et de chevaux. L’Oiseau-noir devint furieux et se mit en campagne avec tous ses braves, jurant « de manger la nation des Poncas » ; serment indien qui annonce une guerre d’extermination.

Les Poncas, cruellement pressés, se refugièrent derrière un grossier boulevard de terre; mais l’Oiseau-noir dirigeait sur leur retraite un feu si bien nourri que, suivant toutes les probabilités, il allait être à même d’exécuter sa menace. Dans leur désespoir les Poncas députèrent uv héraut, portant le calumet de paix ; il fut fusillé par ordre de l’Oiseau-noir. Un second messager, envoyé de la même manière, partagea le même destin.

Le chef Ponca, alors, pour tenter une dernière ressource, para. sa charmante fille de ses plus beaux ornements, et l'envoya avec un calumet pour implorer son ennemi. Les charmes de la vierge indienne touchèrent le cœur farouche de l’Oiseau-noir. Il accepta la pipe de ses mains et la fuma. Depuis ce temps la paix se maintint entre les Poncas et les Omahas.

Suivant toutes les apparences, cette belle damoiselle était la femme favorite dont la destinée forme un incident si tragique dans l’histoire de l’Oiseau-noir. Sa jeunesse et sa beauté lui avaient valu un empire absolu sur l’esprit sauvage de son époux, et il la préférait à ses autres femmes.

Cependant l'habitude de satisfaire tous ses sentiments vindicatifs l'avait rendu incapable de maitriser les transports de sa colère. Daus un de ces accès, sa femme chérie eut le malheur de l’ofteuser : il tira sur le champ son couteau, et d’un seul coup l’étendit morte à ses pieds.

À l'instant même sa frénésie fut calmée. Il contempla quelque temps sa victime, dans un silencieux égarement, puis, s’euveloppant la tête de sa robe de bison, il s’assit auprès du cadavre, et demeura absorbé dans la contemplation de son crime et de sa perte. Trois jours s’écouléreut : il continuait à rester immobile et silencieux, ne prenant aucune nourriture, et, en apparence, ne goûtant aucun sommeil. On craignait qu’il ne voulût se laisser mourir de faim. Son peuple l’entourait en tremblant, et le suppliait de découvrir son visage et de se consoler : mais il demeurait immuable. À la fin un des guerriers apporta un petit enfant, et, le posant sur la terre, placa le pied de l’Oiseau-noir sur son cou. Le cœur du farouche Sauvage fut touché par cet appel. I jeta sa robe de côté, fit une harangue sur son action, et depuis ce temps parut avoir déchargé son esprit de tout remords et de tout souci.

Il conservait encore son mystérieux, son fatal secret, el en même temps son terrible pouvoir ;

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ASTORI A. 235

mais, quoique capable de donner la mort à ses euvemis, 11 ne pouvait en garantir ses amis, ni lui-même. Eu 1802, la petite vérole, cette hor-rible peste qui se répandit sur: la terre des Sauvages, comme le feu dans les prairies, fit son apparition dans le village des Omahas. Les pauvres Indiens voyaient avec accablement les ravages de cette maladie affreuse, qui défiait la science de leurs jongleurs. En peu de temps , les deux tiers de la population furent enlevés, et la sentence des survivants semblait irrévocable. Le stoiïcisme des guerriers était vaincu : ils devinrent furieux. Quelques-uns mettaient le feu à leur village, comme un dernier moyen d'éviter la contagion. D'autres, daus une frénésie de désespoir, immolaient leurs femmes et leurs enfants pour leur épargner les lentes agonies d'une mort inévitable, ct pour aller du moins tous ensemble dans une plus heureuse région.

L’horreur ct la stupeur étaient à leur comble, lorsque l’Oiseau-uoir fut frappé par la maladie. Les pauvres Sauvages, en voyant leur chef en danger, oublièrent leurs propres misères et se rassemblérent autour de son lit de mort. Son esprit de domination et son amour pour les hommes blancs se montrérent encore, à ses dernicrs moments, quand il désigna le licu qu’il avait choisi pour sa sépulture, C'était une colline

pyramidale d'environ quatre cents pieds de hauteur, qui domine au loin le cours du Missouri. L'Oiseau-noir avait coutume de s’y asseoir pour guetter les barques des hommes blancs qui venaient trafiquer avec son peuple. La rivière lave la base de ce promontoire, et après avoir fait dans la plaine mille tours et détours, revient passer tout auprès; de sorte que, pendant dix lieues, le voyageur qui navigue à la voile ou à la rame, se trouve toujours » comme par enchantement, en vue de cette pyramide singulière.

L'Oiseau-noir ordonna, en mourant, que sa tombe fût élevée au sommet de cette colline, afin de contempler encore ses anciens domaines, et de voir passer les barques des marchands.

On exécuta fidèlement ses dernières volontés, Son cadavre fut placé au sommet de la colline, à cheval sur son plus beau coursier, et l’on éleva un monticule par-dessus tous les deux. Un bâton, enfoncé dans le tombeau, supportait la bannière du Chef et les scalps qu’il avait enlevés à ses ennemis. Quand M. Hunt visita cet endroit, le bâton subsistait encore avec des fragments de bannière, et les Omahas plaçaient de temps en temps des vivres sur le monticule, suivant leurs coutumes superstitieuses. Ce rite antique est tombé depuis en désuétude, car la tribu est presque éteinte. Cependant la montagne de

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ASTORIA 237 l'Oiseau-noir continue à être un objet de vénération pour le Sauvage errant, un signe indicateur pour le voyageur du Missouri, et lorsqu'un étranger arrive en vue de cette cime enchantée, on lui montre, de loin, le monticule qui renferme le squelette du guerrier indien et de son cheval.

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