‹ Astoria [microforme]Chapitre 5 sur 79 · CHAPITRE JT · texte numérisé non relu

CHAPITRE JT

Commerce des fourrures sur les côtes de l'Océan Pacifique. - Voyages côtiers des Américains. — Entreprises des Russes. — Découverte de la rivière Colombia. — Projet de Carver pour y fonder un établissement. — Expédition de Mackenzie. - Voyage de Lewis et Clarke à travers les Montagnes Rochenses. — Grand projet commercial de M. Astor. —- Sa correspon-

A dance à ce sujet avec M. Jefferson. — Ses négociations avec

la Compagnie du Nord-ouest. — Ses mesures pour exécuter

son projet.

{Il TanDis que les diverses Compagnies dont nous | venons de parler étendaient leurs entreprises D dans les déserts du Canada et le long des grands d cours d’eau de l'Ouest, les aventuriers améridi cains , attirés par le même objet, conduisaient leurs vaisseaux autour de l'Amérique du Sud, p sillonnaient les eaux dangereuses de l'Océan Pacifique et rasaient la côte nord-ouest de l’Amérique. Le dernier voyage du capitaine Cook, ce célèbre et infortuné découvreur, avait fait connaître l'immense quantité de loutres marines qui se trouvent sur ces côtes, et le prix énorme que les Chinois donnent à cette fourrure. Il semblait : | qu’une nouvelle Côte-d'Or eût été découverte. Des individus de toutes les nations s’empressaient de

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jusqu'aux latitudes septentrionales les plus éle-

vées. Ils s’approchaient du rivage, jetaient l'ancre et attendaient que les Naturels vinssent, dans leurs canots, avec des pelleteries. Le commerce épuisé dans un endroit, ils s’arrétaient dans uu autre. Ils employaient l'été de cette manière. Quand l'hiver venait, ils cinglaient vers les iles Sandwich, et hivernaient dans quelque havre abondant en prvisions. L'été suivant ils recommençaient leurs opérations, débutant par la Californie et s’avançant de plus en plus vers le nord Ayant ainsi, dans le cours de deux saisons, rassemblé une cargaison suflisante de pelleteries, ils se rendaient en Chine. Ils y vendaient leurs fourrures, prenaient en place du thé, des nankins et d’autres marchandises, et revenaient à Boston après une absence de deux ou trois ans.

Cependant c’étaient les Russes qui faisaient

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encore le commerce de fourrures le plus étendu, sur les rivages de l’Océan Pacifique. Au lieu d’entreprendre des voyages accidentels, dans des navires qui ne faisaient que passer, ils avaient établi des comptoirs dans les hautes latitudes , tout le long de la côte nord-ouest de l'Amérique , ainsi que sur la chaîne des iles Aleutiennes, situées entre le Kamtchatka et le promontoire d’Alaska. ” Réclamant la souveraineté sur toutes ces terres, comme ayant été découvertes et occupées par ses sujets , le Gouvernement russe, pour protéger et étendre leur commerce, accorda des priviléges exclusifs à une Compagnie dont le capital était de 6,240,000 francs.

Comme la Chine est le meilleur marché pour les fourrures recueillies dans ces contrées, les Russes avaient beaucoup d’avantages sur leurs compétiteurs. Ces derniers étaient obligés de porter leurs pelleteries à Canton, d’où elles étaient distribuées par tout l’Empire, et principalement dans les parties septentrionales où s’en fait la plus grande consommation. Les Russes, au contraire, par un chemin beaucoup plus court, portaient directement leurs fourrures vers le nord de l’empire Céleste, et le prix auquel ils pouvaient les livrer sur le marché se trouvait ains? diminué de tous les frais de transports intérieurs.

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Parmi les vaisseaux américains qui trafiquaient le long de la côte du Nord-ouest, en 1792, se trouvait la Colombia, de Boston, commandée par le capitaine Gray. Dans le cours de son voyage il découvrit l'embouchure d’une large rivière, par 46° 19° de latitude nord. Y étant entré avec quelque difficulté à cause des bancs de sable et des brisants, il jeta l’ancre dans une baie spacieuse. On voyait sur la rive un village indien, vers lequel une chaloupe bien armée fut envoyée. Tous les habitants s'étaient enfuis, excepté les vieillards et les infirmes. La manière humaine dont ils furent traités et les présents qui leur furent faits ayant attiré graduellement les autres Sauvages, des relations amicales s’établirent avec eux. Îls n'avaient jamais vu ni vaisseaux, ni hommes blancs. La première fois qu'ils avaient aperçu la Colombia, ils avaient supposé que c’était une ile flottante ou quelque monstre marin : mais quand ils avaient vu la chaloupe, pleine d’êtres humains, se diriger vers le rivage, ils les avaient pris pour des cannibales envoyés par le Grand Esprit pour ravager la contrée et en dévorer les habitants. Le capitaine Gray ne remonta point la rivière plus loin que la baie où il était entré, et qui continue à porter son nom. Lorsqu'il eut

remis en mer, il rencontra le célebre circumnavigateur Vancouver, auquel il fit part de sa découverte, en lui communiquant une carte qu'il en avait dressée. Vancouver visita la rivière, et son lieutenant Broughton fut chargé de l’explorer. Celui-ci la remonta pendant plus de trente-cinq lieues, et arriva en vue d’une chaîne de mortagnes couvertes de neige, auxquelles il donna le le nom de Hood, qui leur est resté.

L'existence de cette rivière était connue longte:ups avant qu'elle eùt été visitée par Gray ct par Vancouver; mais ce qu’on en savait était vague, et n'avait été recueilli que par l'intermédiaire des Indiens. Les voyageurs qui en parlaient l’appelaient Orégon, ou Grande Rivière de l'Ouest. On disait qu’un vaisseau espagnol avait fait naufrage à son embouchure, et que plusieurs des naufragés avaient vécu, durant quelque temps, parmi les naturels. Cependant la Colombia est regardée comme le premier vaisseau qui l’ait régulièrement découverte, et qui ait mouillé dans ses eaux ; aussi lui a-t-elle donné son nom, généralement adopté depuis.

Dès l’année 1763, trente ans avant cette découverte, et peu de temps après que la Grande- Bretagne eut acquis le Canada, le capitaine Jon than Carver, qui avait servi dans l’armée provinciale anglaise, projeta de gagner les côtes de

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l'Océan Pacifique, en traversant les terres entre le 43° et le 46° degré de latitude septentrionale. Son but était de déterminer la largeur du Continent, et de choisir, sur les bords de l'Océan Pacifique, un endroit où le Gouvernement pourrait établir un poste pour faciliter la découverte d’un passage au Nord-ouest, ou d’une communication entre la baie d’Hiudson et la mer occidendentale. Il pensait qu’il faudrait faire cet établissement aux environs du détroit d’Annian, où il supposait que l’Orégon venait verser ses eaux. C'était aussi son opinion qu’un comptoir situé à cette extrémité de l'Amérique ouvrirait de nouvelles sources de commerce, favoriserait beaucoup d’utiles découvertes, et offrirait, avec la Chine et les établissements anglais des Indes- Orientales, une communication plus directe que le car de Bonne-Espérance ou le détroit de Magellan. Cet entreprenant et intrépide voyageur fut deux fois trompé dans les efforts qu’il faisait individuellement pour accomplir ce grand voyage. En 1774, un membre du Parlement, possesseur d’une grande fortune, Richard Whitworth, se joignit à lui. Leur plan’ était vaste et hardi. Ils devaient prendre avec eux cinquante ou soixante hommes, artisans et marins, remonter l’une des branches du Missouri, explorer les Montagnes Rocheuse: pour y trouver les sources de la

Rivière de l'Ouest, et la descendre ensuite jusqu’à son embouchure supposée, près du détroit d’Annian. Là, ils devaient bâtir un fort et construire les vaisseaux nécessaires pour continuer par mer leurs découvertes. Ce plan avait la sanction du Gouvernement anglais, et les préliminaires en étaient presque terminés quand la révolution américaine vint à éclater, et anéantit l’entreprise.

L'expédition de sir Alexandre Mackenzie, en 1793, ayant traversé le Continent et atteint l'Océan Pacifique, par 52° 20° 48” de latitude nord , montra encore la possibilité d’unir le commerce des deux rivages du Continent. Par 52° 5o’ de latitude il avait descendu, durant quelque temps, une rivière qui coulait vers le midi, et que les naturels nommaient Tacoutche- Tesse. Il supposait à tort que c'était la Colombia. On sut ensuite que la rivière dont il s’agit se jette dans l’Océan par 49° de latitude, tandis que l’embouchure de la Colombia est d’environ trois degrés plus méridionale.

Quand Mackenzie publia quelques années plus tard un récit de ses expéditions, il suggéra l’utilité d'établir des relations entre les rivages de l'Atlantique et ceux de l'Océan Pacifique, en formant des établissements réguliers de l’une à l'autre extrémité du Continent, aussi bien que

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le long des côtes et dans les iles. Par ce moyen, observait-il, on pourrait s'emparer de tout le commerce des pelleteries depuis le 48° degré de latitude nord jusqu’au pôle, en exceptant toutefois les portions dont les Russes jouissaient. Quant aux aventuriers américains, qui avaient jusqu'alors trafiqué le long de la côte du Nord-ouest, ils disparaitraient immédiatement devant un commerce régulier. Mais, ajoutait-il, une entreprise de cette espèce était trop vaste et trop hasardeuse pour être tentée par des individus. Elle ne pouvait convenir qu'à une compagnie sous la protection d’un gouvernement. Or, des discussions auraient pu avoir lieu entre la Compagnie de la baie d'Hudson et la Compagnie du Nord-ouest, l’une pouvant invoquer sa charte constitutive, l’autre son droit de possession ; il proposait donc de les réunir toutes les deux pour cette grande opération.

Malgré les avantages de ce conseil, les anciennes jalousies des deux Compagnies étaient trop profondément enracinées pour leur permettre de le suivre.

Cependant l'attention du Gouvernement américain était attirée sur ce sujet, et la mémorable expédition de MM. Lewis et Clarke avait lieu par ses ordres. Ils accomplirent ainsi, en 1804, l’entreprise qui avait été projetée en 1774 par

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