me
Soit un total de sept mille étoiles environ, visibles à l'œil nu. Nos lectrices pourront remarquer que chaque série est à peu près trois fois plus peuplée que la série précédente, et que, par conséquent, en multipliant par trois le nombre de telle ou telle classe, on a approximativement le nombre des étoiles qui composent la suivante.
Sept mille étoiles, c'est déjà un beau chiffre lorsque l'on songe que tous ces points lumineux sont des soleils énormes aussi puissants, aussi ardents que le nôtre (lequel est plus d'un million de fois supérieur à la Terre en volume), lointains foyers de lumière et de chaleur, exerçant leur action sur des systèmes inconnus. Pourtant, on s'imagine, en général, voir des millions d'étoiles •dans les profondeurs du firmament : c'est une illusion ; en réalité, les meilleures vues ne distinguent pas d'étoiles inférieures à la sixième grau-
deur, et les vues ordinaires sont loin de les découvrir toutes.
Notons que sept mille étoiles pour le ciel entier, ce n'est que trois mille cinq cents pour la moitié du ciel. Or, nous ne pouvons voir qu'un hémisphère céleste à la fois. De plus, vers l'horizon, les brumes de l'atmosphère voilent les petites étoiles de la sixième grandeur. En réalité, nous ne voyons pas, en un moment quelconque, plus de trois mille étoiles. Ce nombre est inférieur à celui de la population d'une petite ville.
Mais l'espace céleste est sans bornes, et il ne faudrait pas nous imaginer que ces sept mille étoiles, qui charment notre contemplation et embellissent notre ciel, et sans lesquelles nos nuits seraient noires vides et lugubres (*), renferment la création entière. Elles ne représentent que le vestibule du temple. Là où s'arrête notre regard, un œil plus large, plus puissant, qui grandit de siècle en siècle, plonge dans les immensités son
* Remarquons, en passant, que les étoiles pourraient être beaucoup plus éloignées qu'elles ne le sont, et invisibles pour nos yeux, ce qui donnerait au ciel l'aspect d'un espace absolument vide. La lune et les planètes resteraient seules.
regard analysateur et rapporte, à l'avide curiosité des savants, la lumière d'innombrables soleils découverts par lui. Cet œil, c'est la lentille des instruments d'optique. Les jumelles de théâtre nous révèlent déjà les étoiles de septième grandeur. Une petite lunette astronomique pénètre jusqu'à la huitième et la neuvième. Des instruments plus puissants atteignent la dixième. Progressivement, devant les yeux de l'astronome, le ciel se transforme, et nous ne tardons pas à compter par centaines de mille les astres de la nuit. Puis, le progrès continue encore, le pouvoir de l'optique se développe, et l'on découvre successivement les étoiles de la onzième et de la douzième grandeur qui, réunies, atteignent quatre millions! Ensuite viennent la treizième, la quatorzième, la quinzième grandeur. En voici la progression :
7me grandeur
gme
gme
10me —
Urne
12 me
13me —
14me —
l5me
On le voit, les plus puissants télescopes de nos jours, auxquels s'ajoute maintenant la photogra-
phie céleste, jettent, sous nos yeux, un ruissellement de plus de cent vingt millions d'étoiles.
La carte photographique du Ciel, en cours d'exécution, comprend les quatorze premières grandeurs et donnera les positions précises de quarante millions d'étoiles environ, réparties sur 22,054 feuilles, formant une sphère de 3m,44 de rayon.
L'imagination la plus hardie est anéantie par ces nombres, et ne peut se représenter ces millions de soleils, globes formidables et brûlants qui roulent dans l'espace, en entraînant leurs systèmes de mondes ! Quelle fournaise que le Ciel ! Quelle vie inconnue ! Quelle immensité !
Mais, aussi, quelle ne doit pas être l'étendue des distances qui séparent les étoiles et leur permettent d'évoluer librement dans l'éther !
A quelles profondeurs, à quel éioignement de notre atome terrestre ces soleils magnifiques et éclatants suivent-ils les routes que le destin leur a tracées?
Si toutes les étoiles avaient une lumière égale, on pourrait calculer leurs distances en se basant sur ce principe — qu'un objet paraît d'autant plus petit qu'il est plus éloigné. Mais cette égalité
n'existe pas. Les soleils n'ont pas tous été fondus dans le même moule.
En réalité, les étoiles sont très différentes de volume et d'éclat, et les distances que l'on a mesurées montrent que les plus brillantes ne sont pas les plus proches. Elles sont disséminées dans l'immensité, à toutes les profondeurs.
Parmi les étoiles les plus rapprochées, dont la distance a pu être calculée, on en remarque de quatrième, de cinquième, de sixième, de septième, de huitième et même de neuvième grandeurs, ce qui prouve que les plus éclatantes ne sont pas toujours les moins éloignées.
Cependant, parmi les belles et étincelantes étoiles dont nous avons fait la connaissance au chapitre précédent, nous pouvons citer : Sirius, qui, à une distance de 83 trillions de kilomètres d'ici, nous éblouit encore de ses feux ardents; Procyon, ou Alpha du Petit Chien, éloignée de nous à 93 trillions de kilomètres ; Altaïr de l'Aigle, à 134 trillions de kilomètres ; la blanche Véga, à 237 trillions de kilomètres; Capella, à 385, et l'Étoile Polaire à 440 trillions de kilomètres. La lumière qui vole dans l'espace à raison de trois cent mille kilomètres par seconde» emploie quarante-six ans sept mois à nous venir de ce lointain soleil, c'est-à-dire que le rayon lumineux que nous recevons à présent de l'Étoile du Nord, voyage depuis près d'un demi-siècle l
Longtemps avant votre naissance, mademoiselle, le rayon que vous recevez aujourd'hui de l'Étoile Polaire était déjà parti. Dans la première seconde qui a suivi son départ, il a franchi trois cent mille kilomètres; dans la deuxième seconde, il a continué son vol de trois cent mille kilomètres, ce qui fait déjà six cent mille kilomètres; puis, ajoutez encore trois cent mille kilomètres pendant la troisième seconde, et ainsi de suite pendant plus de quarante-six ans et demi !
Si Ton voulait essayer d'aligner en rangées superposées le nombre 300,000 (qui représente le trajet accompli en une seconde) comme pour une addition, autant de fois qu'il serait nécessaire pour obtenir la distance qui sépare l'Étoile Polaire de notre Terre, on formerait ainsi une opération qui comprendrait un milliard quatre cent soixante-six millions six cent soixante-six mille six cent soixante-six rangs de chiffres : 1,466,666,666 rangs, et la feuille de papier nécessaire pour écrire une telle addition devrait mesurer presque autant que le diamètre de notre globe terrestre, lequel est de 12,742 kilomètres.
N'est-il pas inouï de penser que notre Soleil, avec tout son système, est perdu dans le ciel à un tel éloignement de ses pairs de l'infini? À la distance des étoiles les moins éloignées, il ne serait lui-même qu'une petite étoile.
L'étoile la plus proche de nous est Alpha de la constellation du Centaure, de première grandeur, voisine du pôle Sud, invisible de nos latitudes. Sa distance est de 275,000 rayons de l'orbite terrestre, c'est-à-dire de 275,000 fois 149 raillions de kilomètres, ce qui donne 41 trillions, ou 41 mille milliards de kilomètres. Avec la vitesse de trois cent mille kilomètres par seconde, la lumière emploie quatre ans pour venir de là. C'est une belle étoile double.
L'étoile la plus proche visible à l'œil nu dans notre ciel, est l'éclatant Sirius, dont la distance est, comme nous l'avons dit plus haut, de 83 trillions de kilomètres.
Les belles étoiles Procyon, Altaïr, Véga, Aldébaran, Capella, sont plus éloignées.
Notre système solaire est donc très isolé au sein de l'immensité infinie.
La dernière planète connue de notre système, Neptune, évolue dans l'espace à quatre milliards quatre cent soixante-dix millions de kilomètres de notre Soleil. Cette distance est déjà respectable ! Mais, au delà de ce monde, un gouffre immense, un abîme presque désert, s'étend jusqu'à l'étoile la plus proche, jusqu'à Alpha du
LES ÉTOILES, SOLEILS DE L'iNFJNI 83
Centaure. Entre Neptune et Alpha du Centaure, aucune étoile n'égaie la noire et froide solitude du vide immense. Une ou deux planètes inconnues, de vagabondes comètes, des essaims de météores, traversent, sans doute, ces espaces obscurs, en restant invisibles pour nous.
Nous exposerons, plus loin, les méthodes que l'on a employées pour mesurer toutes ces distances. Continuons notre description.
Maintenant que nous nous formons une idée de la distance des étoiles, nous allons,, avec l'aide du télescope, nous rapprocher d'elles, et les comparer les unes aux autres.
Approchons-nous de Sirius, par exemple: nous admirerons là un soleil plus lourd que le nôtre, plus volumineux aussi, accompagné d'un second soleil, tournant en cinquante ans, autour de lui. Sa lumière est très blanche, et il brille surtout des flammes del'hydrogène, comme Vé ga, comme Altaïr.
Approchons-nous d'Arcturus, de Capella, d'Aldébaran : ce sont des étoiles jaunes, aux rayons d'or, comme notre Soleil, dans lesquelles on remarque les vapeurs du fer, du sodium et d'un grand nombre de métaux. Ces étoiles sont moins chaudes que les premières, et les rougeâtres,
comme Antarès, Bételgeuse, Alpha d'Hercule, sont encore plus froides; plusieurs sont variables et marchent vers l'extinction finale.
Le Ciel nous offre une source intarissable de trésors où le penseur, le poète et l'artiste peuvent trouver d'inénarrables contemplations !
Ce qui frappe le plus, c'est la variété inimaginable qui émaille cette population des cieux, non seulement par les couleurs, les caractères chimiques, physiques et les températures, suivant le degré d'évolution et l'âge, mais encore par les dimensions. La nouvelle méthode interférométrique permet de mesurer le diamètre des étoiles qui se présentent dans les plus grands télescopes sans aucun disque apparent, et nous montre en certains de ces points stellaires des foyers de cent à quatre cents fois plus larges en diamètre, que notre propre Soleil. Tel paraît être le cas de Bételgeuse, Antarès, Arcturus et Aldébaran.
Nous avons déjà parlé des joyaux célestes, des diamants, des rubis, des émeraudes, des saphirs, des topazes, des pierres précieuses de récrin sidéral. Ces merveilles se rencontrent surtout parmi les étoiles doubles.
Notre Soleil, blanc et solitaire, ne peut nous donner aucune idée de l'aspect véritable de certains de ses frères de l'immensité ! Autant de soleils, autant de types différents.
— Il en est, pensez-vous, des étoiles comme
LES ÉTOILES, SOLEILS DE L'iNFINI 85>
des femmes : chacune est caractérisée par des qualités distinctes; on n'en trouverait pas deux qui fussent absolument semblables.
Oui. Cette réflexion est applicable aux étoiles. Tandis que la vanité humaine salue Phébus et le sacre roi des Cieux, d'autres soleils, plus magnifiques, formant des groupes de deux ou trois astres splendides, roulent dans l'espace la prodigieuse combinaison de leurs systèmes doubles» triples ou multiples, et versent, sur les mondes qui les accompagnent, des flots de lumière diversifiée, tantôt bleue, tantôt rouge, tantôt violette, etc..
Oui, dans l'inépuisable variété de la création, il existe des soleils réunis par couples, unis par une même destinée, bercés par la même attraction et souvent colorés des tons les plus délicieux, les plus ravissants que l'on puisse rêver. Là, un rubis éblouissant, dont l'ardente couleur semble verser la joie ; ici, un saphir bleu foncé, d'une lueur plus tranquille ; ailleurs, la plus belle des émeraudes, symbole de l'espérance. Des diamants, d'une blancheur et d'une pureté translucides, jaillissent des profondeurs et rayonnent leur pénétrant éclat dans l'espace immense.
Que de splendeurs répandues à profusion dans le ciel ! Quelles richesses !
A l'œil nu, ces groupes nous apparaissent , comme les étoiles ordinaires, de simples points
lumineux plus ou moins éclatants ; mais le télescope nous révèle bientôt la beauté de ces systèmes : l'étoile se dédouble en deux soleils distincts, très rapprochés l'un de l'autre. Ces groupes de deux ou plusieurs soleils ne sont pas seulement formés par un effet de perspective, c'est-à-dire par la présence de deux ou plusieurs étoiles dans le plan de notre rayon visuel ; ils constituent, pour la plupart, de véritables systèmes physiques, et ces soleils, associés dans leur destinée commune, tournent l'un autour de l'autre dans une période plus ou moins rapide qui varie pour chaque système.
L'une des plus splendides étoiles doubles, et, en même temps, l'une des plus faciles à observer, est l'étoile Zêta de la Grande Ourse, ou Mizar, dont nous avons déjà parlé en décrivant cette constellation. Elle n'offre pas de couleurs de contraste, mais ce sont vraiment là deux diamants admirables que vous ne vous lasserez pas de contempler, même h l'aide d'une toute petite lunette (*).
Les composantes sont de deuxième et quatrième grandeurs, et leur écartement est de 14" (**). On aura une idée de leur aspect dans
* Par exemple dans la petite lunette signalée à la fin de cet Ouvrage.
** 14 secondes d'arc. — Une seconde d'arc est une quantité extrêmement petite. C'est 1 millimètre vu à 206 mètres. 10 secondes, 4>'est 1 millimètre éloigné à 20m,62. Ce sont là des valeurs invisibles -à l'œil nu.
sine petite lunette, par la figure ci-dessous. Un autre couple, très brillant aussi, est celui •de Castor. Grandeurs : deuxième et troisième. Écartement : 5"6. Bien facile à observer.
Fig. 18. — L'étoile double Mizar.
Un autre encore est celui de Gamma de la Vierge : deux diamants splendides, troisièmes grandeurs. Ecartement : 5"0.
Et aussi Gamma du Bélier, de quatrièmes grandeurs. Écartement : 8"9.
En voici, maintenant, de plus curieux encore par leur coloration :
Gamma d'Andromède, composée d'une belle étoile couleur orange et d'une verte émeraude qui a elle-même un petit compagnon bleu très foncé. Ce groupe, vu dans une bonne lunette, est tout à fait ravissant. Grandeurs : deuxième et cinquième. Écartement : 10".
Voici Bêta du Cygne ou Albireo, dont nous avons déjà parlé au chapitre précédent, et que l'on dédouble en deux astres : l'un jaune d'or, et l'autre saphir. Grandeurs : troisième et cinquième. Écartement : 34".
Alpha des Chiens de Chasse, appelée aussi le Cœur de Charles, jaune d'or et lilas. Grandeurs : troisième et cinquième. Écartement : 20" (*).
Alpha d'Hercule roule dans les cieux un rubis et une émeraude splendides; Zêta de la Lyre nous montre une étoile jaune et une verte; Rigel, un soleil électrique et un petit saphir; Antarès : rougeàtre et vert émeraude. L'étoile Eta de Persée se dédouble en un astre rouge ardent et un plus petit bleu sombre, etc., etc.
Ces charmantes étoiles doubles, couples gracieux et splendides, tournent les unes autour
* Ces belles étoiles doubles peuvent être observées à Vaîde des plus petites lunettes. Voir mon Annuaire astronomique.
LES ÉTOILES, SOLEILS DE L'iNFINI 89
des autres, comme en une valse lente au sein de l'immensité étoilée, mariant leurs feux multicolores.
Ici, nous recevons continuellement, de notre ardent foyer, une belle et éclatante lumière blanche, qui renferme, il est vrai, dans son rayon, la puissance de toutes les couleurs imaginables ; mais, quelle ne doit pas être l'illumination fantastique des mondes qui gravitent autour de ces soleils multiples et colorés versant autour d'eux des flots de lumière bleue, rose, rouge ou orangée ! Quels spectacles féeriques doit offrir la vie sur ces terres lointaines !
Imaginons-nous habiter une planète éclairée par deux soleils : l'un bleu, l'autre rouge.
C'est le matin. Le soleil saphir monte lentement dans le ciel, colorant l'atmosphère d'une teinte sombre et plutôt triste. Le disque bleu atteint le zénith et va descendre vers l'Ouest, lorsque l'Orient s'embrase des feux d'un soleil écarlate qui, lui aussi, monte à son tour dans les hauteurs du firmament. L'Occident est plongé dans la pénombre des rayons du soleil bleu, tandis que l'Orient s'allume aux rayons pourpres et ardents du soleil rubis.
Le premier soleil disparait au couchant, lorsqu'un nouveau midi luit pour les habitants de ce monde étrange. Mais le soleil rouge a accompli, lui aussi, la loi du destin. A peine disparaît-il
dans le flamboiement de ses derniers rayons qui rougissent l'Occident, que l'astre bleu renaît ru côté opposé, versant de pâles lueurs azurées sur les mondes qu'il vivifie, et qui ne connaissent pas la nuit. Et c'est ainsi que ces deux soleils fraternisent dans le ciel pour s'unir dans leur œuvre et renouveler mille effets de lumière extraterrestre sur les globes soumis à la variété de leur nature.
Soleils écarlates, verts, indigos, dorés; lunes nacrées et multicolores, ne sont-ce point là des créations féeriques qui éblouissent nos regards condamnés à ne jamais voir ni connaître ici-bas qu'un unique soleil blanc?
Nous avons dit qu'il existe non seulement des étoiles doubles, mais aussi des étoiles triples et multiples.
L'un des systèmes ternaires les plus beaux est celui de l'étoile Gamma d'Andromède, dont nous avons déjà parlé, la grande étoile orange, la seconde verte et la troisième bleue; mais ces deux dernières sont très serrées Tune contre l'autre, et un puissant instrument est nécessaire pour les séparer. Une étoile triple, plus facile à observer, est Ç (Zêta) du Cancer, composée de trois astres de cinquième grandeur, écartés à 1" et 5", les deux premières tournant en cinquante-neuf ans autour de leur centre commun de gravité, et la troisième en plus de trois cents ans. La figure
LES ÉTOILES, SOLEILS DE L'iNFINI 91
suivante montre ce système vu dans une lunette déjà assez forte.
Dans la Lyre, un peu au-dessus de l'éblouis santé Véga, on remarque une étoile de quatrième grandeur, s (Epsilon), qui, à l'œil nu, semble un
Fig. 19. — L'étoile triple Ç du Cancer.
peu allongée, et que certaines vues excellentes peuvent séparer en deux étoiles contiguës. Eh bien ! si vous dirigez une petite lunette vers ce couple ravissant, vous découvrez que chacune de ces étoiles est double elle-même, et qu'il y a là un splendide système quadruple (fig. 20), deux
couples : l'un de cinquième et demie et sixième grandeurs et de 2"4 d'écartement, l'autre de sixième et septième, écartées à 3"2. La distance entre les deux couples est de 207".
En parlant d'Orion, nous avons déjà signalé
Fig. 20. — L'étoile quadruple « de la Lyre.
l'extraordinaire étoile Thêta, située dans la non moins fameuse nébuleuse, au-dessous du Baudrier, et nous savons que cette étoile forme un système sextuple éblouissant, immergé en pleine nébuleuse (fig. 21). Quelle différence avec notre modeste Soleil, qui vogue isolé dans l'espace!
LES ÉTOILES, SOLEILS DE L'iNFINI 93
Remarquons, maintenant, que toutes les étoiles sont animées de mouvements prodigieux qui les projettent dans tous les sens. Il n'y a pas d'étoile fixe. Partout, dans l'infini, Les soleils brûlants, globes énormes, foyers ardents de chaleur
Fig.^21. — L'étoile sextuple de la nébuleuse d'OmoN.
et de vie, volent avec une rapidité vertigineuse vers un but inconnu, en parcourant des millions de kilomètres par jour, franchissant, de siècle en siècle, des étendues inimaginables que nul esprit ne saurait se représenter.
Si les étoiles nous paraissent immobiles, c'est
parce qu'elles sont très éloignées de nous et que ces mouvements inouïs ne se manifestent sur la sphère céleste que par d'imperceptibles déplacements. Mais, en réalité, tous ces soleils s'agitent au fond des cieux, qu'ils animent d'une vie extraordinairement active.
Le résultat de ces mouvements perpétuels et formidables sera de modifier, avec le temps, l'aspect des constellations; mais, ces changements ne s'opéreront que très lentement, et, pendant des milliers et des milliers d'années encore, on verra toujours les héros et les héroïnes de la mythologie conserver leurs places respectives dans le ciel, et régner sans inquiétude sous la voûte étoilée.
L'examen de ces mouvements des étoiles a montré que notre Soleil se précipite avec tout son système (la Terre comprise) vers la constellation d'Hercule. Nous changeons de place à tout instant : dans une heure, nous serons à soixantedix mille kilomètres plus loin qu'en ce moment. Jamais plus le Soleil et la Terre ne repasseront à la place qu'ils viennent de quitter et qu'ils désertent pour toujours...
Ici, nous pourrions faire une pause et parler, un instant, des étoiles variables. Notre Soleil
LES ÉTOILES, SOLEILS DE L'iNFINI 95
constant et uniforme dans sa lumière, n'est pas le type de toutes les étoiles. Il en est un grand nombre de variables, soit périodiquement, par cycles réguliers, soit irrégulièrement.
Nos lectrices connaissent déjà la variabilité d'Algol, dans Persée, due à une éclipse partielle par un globe beaucoup moins lumineux gravitant dans le plan de notre rayon visuel. 11 en est plusieurs autres du même type : ce ne sont pas les étoiles variables en elles-mêmes.
Mais il en est un grand nombre dont la lumière intrinsèque varie réellement.
Pour nous en rendre compte, supposons, un instant, que notre Terre appartienne à l'un de ces soleils, par exemple à une étoile de la constellation australe de la Baleine, qui est désignée sous la lettre Omicron (o) et qui a été surnommée la merveilleuse de la Baleine « Mira Ceti ». Notre nouveau Soleil brille, aujourd'hui, d'une lumière éblouissante et verse, sur la nature et dans nos cœurs, la gaieté de ses rayons joyeux. Pendant deux mois, nous l'admirons, superbe, étincelant dans l'azur illuminé de sa splendeur. Mais voilà que, tout à coup, cette lumière pâlit, diminue d'éclat, le ciel restant pur. Insensiblement, notre beau Soleil s'assombrit, l'atmosphère devient morne et triste, et l'on pourrait croire à une mort universelle. Pendant cinq mois entiers, notre monde est plongé dans une sorte de pé-
nombre; toute la nature est attristée par ce deuil général.
Mais, tandis qu'on se lamente sur la cruauté du sort, voilà que notre cher flambeau semble se ranimer : il augmente lentement d'intensité de lumière. Son éclat va croissant, et enfin, au bout de trois mois, il a retrouvé sa vivacité des beaux jours et darde ses feux ardents sur notre monde, qu'il inonde de joie... Mais, ne nous réjouissons pas trop vite! Cet éclat magnifique ne sera pas de longue durée. L'astre flamboyant pâlira de nouveau pour retomber à son minimum, et se raviver ensuite. Telle est la nature de ce soleil capricieux : il varie en 331 jours, et, de jaune qu'il est à son maximum, il devient rouge à son minimum.
Cette étoile Mira Ceti, qui est un des types les plus curieux de ce genre, varie de la deuxième à la neuvième grandeur et demie : nous la citons comme exemple; nous pourrions en ajouter ici des centaines d'autres.
On le voit, le ciel n'est pas un tableau noir piqué de points huilants, ni un désert vide, monotone et silencieux : c'est un théâtre prodigieux sur lequel se jouent constamment les plus fantastiques des spectacles. Seulement... personne ne le regarde.
Signalons aussi les étoiles temporaires, qui ont resplendi pendant un certain temps, pour
s'éteindre assez vite : celle de Cassiopée, en 1572, dont la lumière surpassait Sirius au point d'être visible en plein jour, qui brilla pendant cinq mois d'un éclat sans pareil, dominant tous les astres de première grandeur, puis s'évanouit graduellement et disparut au bout de dix-sept mois, après avoir effrayé les populations qui y voyaient l'annonce de la fin du monde; celle de 1604, dans la constellation d'Ophiuchus, qui brilla pendant une année ; celle de 1866, dans la Couronne Boréale, de deuxième grandeur, qui ne brilla que quelques semaines; celles de 1876, dans le Cygne; de 1885, dans la nébuleuse d'Andromède; de 1891, dans le Cocher; de 1901, dans Persée; de 1912, dans les Gémeaux, et plus récemment, celles de 1918, dans l'Aigle ; de 1920, dans le Cygne.
Ces étoiles temporaires, apparues spontanément aux observateurs de la Terre pour disparaître bientôt, sont dues sans doute à des rencontres, à des conflagrations, à des cataclysmes célestes. Mais nous ne les voyons que longtemps après l'époque à laquelle les phénomènes se sont produits, des années et des siècles. Ainsi, par exemple, la conflagration que j'ai photographiée, en 1901, dans Persée, a dû se produire sous le règne du roi Henri IV. Le rayon lumineux a employé tout ce temps pour arriver de là-bas jusqu'ici.
Le Ciel est plein de surprimes, que nous ne pouvons ici qu'effleurer trop rapidement. C'est un champ d'une variété infinie.
Qui n'a remarqué la Voie Lactée, cette sorte de ceinture pâle qui traverse le firmament entier (fig. 10, 14, 15, 16, 17), et qui est parfois si lumineuse dans les constellations du Cygne et de la Lyre, pendant les nuits les plus transparentes? C'est un véritable fourmillement d'étoiles. Chacune d'elles est trop petite pour frapper notre rétine; mais, remarque assez curieuse, leur ensemble est parfaitement visible. Une jumelle suffit pour en faire deviner la constitution étoilée; une petite lunette jette sous nos yeux de& émerveillements. Les jauges de William HerscheL ont compté là dix-huit millions d'étoiles.
Eh bien ! cette Voie Lactée est une image, non de l'univers, mais des univers qui se succèdent dans l'immensité jusqu'à l'infini. Notre Soleil est une étoile de la Voie Lactée. Celle-ci nous entoure comme un grand cercle, et si la Terreétait transparente, nous la verrions passer sousnos pieds comme au-dessus de nos têtes. Ellese compose d'une quantité considérable d'amas
LES ÉTOILES, SOLEILS DE L'iNFINI
d'étoiles, très variés d'étendue et de richesse, projetés les uns devant les autres, et dont l'ensemble forme une agglomération.
Parmi les amas d'étoiles, dont nous connaissons déjà plusieurs milliers, signalons ici l'un
Fig. 22. — L'amas cTHeucule.
des plus curieux, l'amas d'Hercule, que Ton distingue, à l'œil nu, entre les étoiles Êta et Zêta de cette constellation. J'en ai pris, à mon observatoire de Juvisy, un grand nombre de photographies, qui montrent là plusieurs milliers d'étoiles, et j'offre ici (fig. 22) l'une d'elles à nos lectrices. N'est-ce pas là un véritable univers?
Remarquons aussi l'un des plus beaux, par sa régularité, celui du Centaure (fig. 23).
Ils affectent souvent, au télescope, les formes les plus extraordinaires, de couronnes, de pois-
Fig. 23. — L'amas du Centaure.
-sons, de crabes, de gueules ouvertes, d'oiseaux aux ailes étendues.
Remarquons encore les nébuleuses gazeuses, les univers en formation, comme la fameuse nébuleuse d'Orion, dont r.ous avons parlé tout à l'heure, à propos de l'étoile sextuple, ainsi que •celle d'Andromède {fig. 24),
LES ÉTOILES, SOLEILS DE L'iNFINI 101
La plus merveilleuse d'entre toutes, est neut-
Fig. 24. — La nébuleuse (TAndromède.
être celle des Chiens de Chasse, qui s'enroule en
gigantesques spirales autour d'un foyer éblouissant, pour aller se perdre dans la nuit infinie. Notre figure 25 en offre une image. Quelles immensités! Sans aller aussi loin, sans pénétrer les profondeurs télescopiques, nos lectrices peuvent, à l'aide d'une petite lunette, d'une jumelle, ou même à l'œil nu, prendre une idée de ces associations stellaires en dirigeant leurs regards vers le charmant groupe des Pléiades, qu'elles connaissent déjà (pages 58 et 65), et en y essayant la portée de leur vue. La petite carte ci-après (fig. 26), servira à les reconnaître et â estimer leurs grandeurs, qui se présentent dans l'ordre suivant :
Alcyone 3,0
Electre 4,5
Atlas 4,6
Maïa 5,0
Mérope 5,5
Taygète 5,8
Pléione 6,3
Celseno 6,5
Astérope 6,8
Les bonnes vues distinguent les six premières; les vues excellentes distinguent les trois autres.
Du temps de l'antiquité grecque, on en comptait sept assez brillantes, et les poètes racontaient que la septième s'était enfuie à l'époque de la guerre de Troie. Ovide ajoute qu'elle a eu
honte de n'avoir pas été embrassée par un dieu,
Fig. 25. — La nébuleuse des Chiens de Chasse.
tandis que les six autres l'avaient été. Il est
probable que les vues excellentes seules distinguaient Pléione, comme aujourd'hui. La distance angulaire d'Atlas à Pléione est de 5'.
La longueur de cette république, d'Atlas et Pléione à Celseno, est de 4 minutes 23 secondes de temps, ou de 1° 6' d'arc"; la largeur, de Mérope à Astérope, est de 36'(*). Dans le quadri-
* A&bèropa
•Taygète.
' \ Cetasno
• Pléione A/ )* Electre
m -—'—■"" Alcyàng /'
ÂtLas v^ .,'"
Mérope Fig. 26. — Les Pléiades.
latère, la longueur, d'Alcyone à Electre, est de 36', et la largeur, de Mérope à Maïa, est de 25'. Il semble que si Ton plaçait la pleine lune devant ce groupe de neuf étoiles, elle le couvrirait entièrement, car elle paraît à l'œil nu beaucoup plus grande que les- Pléiades tout entières. Or il n'en est rien. Elle ne mesure que 31', moins de moitié de la distance d'Atlas a Celseno; elle est à peine plus large que la dis-
* Voir plus loin, au chapitre des Méthodes, l'explication de ce» grandeurs angulaires de degrés, minutes et secondes.
LES ÉTOILES, SOLEILS DE L'iNFINI
tance d'Alcyone à Atlas, et tiendrait tout entière entre Mérope et Taygète sans toucher ces deux étoiles! Il y a là une illusion d'optique constante et bien curieuse. Quand la Lune passe
Fig. 27. — Occultation des Pléiades par la Lune.
devant les Pléiades et ne les occulte que successivement, on a peine à en croire ses yeux.
C'est ce qui est arrivé entr'autres, le 23 juillet 1897, pendant une belle occultation que nous avons eu le plaisir d'observer à mon observatoire de Juvisy (fig. 27).
La photographie découvre là, non pas 6, 9, 12, 15 ou 20 étoiles, mais des centaines, des milliers.
Ce sont là les plus brillantes fleurs du ciel.
Nous ne pouvons ici que jeter sur elles un regard rapide; leur contemplation nous transporte dans les immensités de l'espace, et aussi
Fig. 28. — Cadran stellaire de l'étoile double y de la Vierge.
dans les immensités du temps, car les périodes stellaires mesurées par ces lointains univers écrasent souvent par leurs grandeurs les rapides années qui mesurent nos jours terrestres. Ainsi l'une des étoiles doubles dont nous parlions tout à l'heure, Gamma de la Vierge, voit ses deux composantes, diamants translucides, tourner
autour de leur centre commun de gravité, en 180 ans. Dans une seule année de cette étoile, que d'événements se sont passés en France, par exemple : la Régence, Louis XV, Louis XVI, la Révolution, Napoléon, Louis XVIII, Louis-Philippe, la seconde République, Napoléon III, la guerre franco-allemande, la troisième République... Que de révolutions chez nous pendant une seule année de ce couple radieux !
Mais le spectacle du Ciel est trop vaste, trop prodigieux. Il faut savoir nous arrêter.
Notre Voie Lactée, avec ses millions d'étoiles, ne nous représente qu'une partie de la création. D'autres univers, aussi vastes, aussi grandioses que le nôtre, peuplent le vide sans bornes de l'infini, et se renouvellent en tous sens, à toutes les profondeurs de l'espace, à des distances sans fin. Où est notre minuscule Terre ? Où est notre système solaire ? Des immensités infinies, replions nos ailes et revenons à notre île flottante.