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QUATRIEME LEÇON

Dans l'agitation incessante de la vie quotidienne où nous entraînent les mille besoins superflus de la « civilisation » moderne, on croirait volontiers qu'une existence n'est complète que lorsqu'elle compte, à son actif, un nombre incalculable d'incidents tous plus insignifiants les uns que les autres.

A quoi bon perdre son temps à penser, à rêver ? Non, il faut vivre fiévreusement, s'agiter, s'affoler pour des riens, se créer des désirs et des tourments imaginaires.

L'esprit pensif, ami de la contemplation et admirateur de la sublime nature, se trouve mai à l'aise dans ce tourbillon perpétuel qui engloutit tout : la joie de vivre que Ton n'a pas le temps de savourer, l'amour du beau dont on se détache avec indifférence, tourbillon qui nous cache

perpétuellement la Vérité, toujours oubliée au lond de son puits.

Et pourquoi absorber ainsi sa vie dans les seuls intérêts matériels? Pour satisfaire l'orgueil et la vanité ! Pour se rendre esclaves de chimères ! Si la Lune était habitée, et si ses citoyens pouvaient plonger leurs regards jusqu'à nous pour noter et analyser les détails des existences humaines à la surface de notre planète, il serait curieux, et peut-être un peu humiliant pour nous, de recevoir cette petite statistique.

— Quoi, dirions-nous, c'est là le résumé de notre vie? C'est pour cela que nous luttons, souffrons et mourons? Vraiment, il n'était pas utile de se donner tant de peine !

Et, pourtant, il est une chose bien simple, à la portée de tout le monde, et à laquelle on ne pense pas, justement parce qu'elle semble trop peu compliquée, bien qu'elle ait l'immense avantage de nous éloigner des misères, d'ici-bas pour nous élever vers l'ineffable bonheur que devrait toujours faire naître en nous la connaissance de la vérité : c'est d'ouvrir les yeux pour voir, et «de regarder. Seulement... on n'y songe presque jamais, on préfère se laisser aveugler par l'illusion et la fausseté des apparences.

Que serait-ce de consacrer, chaque jour, une lieure pour s'unir volontairement au chœur harmonieux de la nature, élever ses regards vers

le ciel, participer aux instructions du spectacle de l'univers? Mais non : on n'a pas le temps, pas le temps de vivre intellectuellement, pas le temps de penser, pas le temps de s'attacher à rien, pas le temps d'aimer.

De tous les objets que présente à nos regards l'immense spectacle de la nature, aucun, sans contredit, n'a frappé l'attention et l'admiration des hommes autant que le Soleil, le dieu de la lumière, l'astre fécondateur, sans lequel notre planète et sa vie ne seraient pas sorties du néant, image visible du Dieu invisible, comme le célébraient Cicéron et les poètes de l'antiquité. Mais, chères lectrices, en dehors de vous qui lisez ces pages, combien est-il d'habitants de la Terre qui sachent que ce Soleil est une étoile de la Voie Lactée et que chaque étoile est un soleil? Combien en est-il qui se rendent compte de la réalité et de la grandeur de l'univers? Informez-vous, et vous constaterez, comme nous le remarquions plus haut, que le nombre des personnes qui ont une notion, même très rudimentaire, de la construction de l'univers, est étrangement restreint. L'humanité est satisfaite de végéter à peu près â la façon d'une race de taupes.

Pour nous, dès maintenant, nous savons que nous vivons dans les rayons d'une étoile, que nous appelons Soleil â cause de sa proximité. Pour les habitants des autres systèmes de mondes

notre splendide Soleil n'est qu'un point lumineux plus ou moins brillant, selon que le lieu d'où on l'observe est plus ou moins éloigné. Mais, son importance « terrestre » nous le rend particulièrement cher; nous oublions .toutes les étoiles ses sœurs pour lui, et même les plus ignorants le saluent avec admiration sans savoir au juste quel est son rôle dans l'univers-, simplement parce qu'ils sentent qu'ils dépendent de lui, et que, sans lui, la vie s'éteindrait ici-bas. Oui, ce sont ses rayons bienfaisants qui versent, sur notre Terre, les flots de lumière et de chaleur auxquels la vie doit son existence et sa propagation perpétuelle.

Salut! vaste Soleil, petite étoile dans l'infini, mais, pour nous, gigantesque et important flambeau. Salut, ô divin bienfaiteur! Comment ne t'adorerions-nous pas quand nous te devons l'embrasement de nos chaudes et gaies journées d'été et quand, dans une douce caresse, tes rayons effleurent la tête ondulante des épis qui se dorent à ton contact? C'est toi qui soutiens notre globe dans l'espace et le retiens dans tes rayons par le mystère des liens puissants et délicats de l'attraction. C'est toi que nous respirons aussi dans les fleurs aux corolles embaumées qui élèvent gracieusement vers ta lumière leurs têtes épanouies et réfléchissent ta splendeur. C'est toi qui pétilles dans la mousse du vin joyeux ; c'est

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encore toi qui charmes nos regards lorsqu'aux premiers jours du printemps, tu pares le séjour de l'humanité de toutes les grâces d'une jeunesse verdoyante et fleurie. Partout, nous te retrouvons; partout, nous reconnaissons ton œuvre, qui s'étend de l'infiniment grand â l'infîniment petit. Nous nous inclinons devant ta puissance et admirons ta grandeur. Lorsque, par les tristes soirs d'hiver, nous te voyons disparaître derrière les toits blanchis de neige, il nous semble que tu ne nous reviendras plus jamais, splendide globe de feu qui adoucis nos courtes journées de décembre de tes rayons alanguis. Mais avril te ramène, majestueux et superbe, et notre cœur se remplit d'espérance devant l'illumination des beaux jours ensoleillés...

Notre voyage céleste nous avait transportés bien loin de notre système solaire, et, guidés par l'œil perçant du télescope, nous avons abordé des créations lointaines, si lointaines même que nous avons perdu de vue notre cher flambeau.

Cependant, nous nous souvenons qu'il brille là-bas, au sein de ce nuage cosmique, pâle et blanchâtre, que nous appelons la Voie Lactée. Rapprochons-nous de lui, et, après avoir visité

les îles de lumière de l'océan des cieux, cherchons notre route à travers ces vastes plaine» semées de l'or ardent des soleils de l'infini.

Prenons notre vol sur un rayon de lumière et glissons rapidement jusqu'aux portes de notre univers. Bientôt, nous apercevons un point imperceptible qui scintille timidement au, fond de l'espace, et nous reconnaissons bien vitenôtre quartier céleste. Cette petite étoile, qui brille comme la tête d'une épingle d'or, grossit à mesure que nous avançons. Encore quelques trillions de kilomètres à franchir sur notre coursier rapide, et nous la voyons paraître comme un bel astre de première grandeur. Puis, elle grandit toujours, et nous devinons bientôt, dans son rayonnement, notre humble Terre que nous abordons avec joie.

Maintenant, nous ne sortirons plus de notre province du royaume des cieux, et nous entrerons en relation avec cette famille solaire,' qui nous intéresse d'autant plus qu'elle nous touche de très près.

Le Soleil, qui nous apparaît comme un beau disque blanc, vers midi, rouge sanglant, le- soir, à son coucher, est un globe immense dont les formes colossales surpassent, dans des proportions inimaginables, notre atome terrestre.

En effet, il est, en diamètre, cent huit fois et demie plus large que la Terre, c'est-â-dire que,

si l'on représentait notre planète par un globe de un mètre de diamètre, il faudrait représenter

Fig. 29. — Grandeur comparée du Soleil et de la Terre.

le Soleil par une sphère mesurant cent huit mètres et demi de largeur. On en jugera par cette figure, dont la proportion est exacte.

Notre monde, placé sur le Soleil avec toutes ses magnificences, ses richesses, ses montagnes, ses mers, ses monuments et tous ses habitants, ne serait qu'un point imperceptible. Il tiendrait moins de place, dans l'astre central, qu'un grain dans une grenade. En plaçant la Terre au centre du Soleil et en laissant la Lune tourner à sa distance de 384,000 kilomètres, on n'arriverait encore qu'à la moitié de la distance de la surface solaire !

En volume, le Soleil est 1,300,000 fois plus vaste que notre séjour, et 332,000 fois plus lourd en masse. Si ce géant ne se présente à nous que sous l'aspect d'un petit disque, très brillant il est vrai, c'est à cause de son éloignement. Assurément, ses dimensions apparentes ne nous révèlent pas sa majestueuse puissance.

Si nous l'observons dans un instrument ou si nous le photographions, nous constatons que sa surface n'est pas unie, comme on pourrait le croire, mais granulée, et présente une multitude de points lumineux disséminés sur un fond plus sombre.

Ces granulations ressemblent un peu aux pores de l'écorce d'un beau fruit, d'une orange par exemple, dont la couleur rappelle la nuance du Soleil lorsqu'il s'abaisse, le soir, pour disparaître à l'horizon. Parfois, ces pores s'élargissent sous l'influence de perturbations surve-

nant dans la surface solaire, et donnent naissance à une tache. Pendant bien des siècles, les hommes, savants ou profanes, se refusèrent à admettre l'existence de ces taches, qu'ils considéraient comme une souillure pour le roi des cieux. Le Soleil n'était-il pas l'emblème de la pureté la plus inviolable? Lui trouver un défaut eût été lui faire une profonde injure. L'astre du jour étant incorruptible, ceux qui mettaient en doute sa splendeur immaculée étaient desinsensés. Aussi, lorsque le Père Scheiner, qui fut l'un des premiers à étudier les taches solaires dans une lunette, signala, en l'an 1610, le résultat de ses observations, personne ne voulut croire à ses affirmations.

Cependant, après les observations de Galiléeet des autres astronomes, il fallut bien se rendre a l'évidence, et, remarque plus curieuse encore, reconnaître que ce sont justement ces taches qui nous ont permis de pénétrer dans l'étude de la constitution physique du Soleil.

Elles sont, généralement, de forme arrondie ou ovale, et on observe en elles deux parties distinctes : d'abord, la partie centrale qui est noireet que l'on appelle le noyau ou Y ombre) puis, autour, une région plus claire, demi-teintée, qui a reçu le nom de pénombre. Ces parties sont nettement tranchées dans leurs contours : la pénombre est grise, le noyau paraît noir, relati-

vement à l'éclat éblouissant de la surface solaire mais, en fait, il rayonne une lumière deux

Fig. 30. — Photographie directe du Soleil.

mille fois supérieure en intensité à celle de la pleine lune.

Nos lectrices auront une idée de l'aspect de ces taches par la photographie du Soleil reproduite ici (prise le 8 septembre 1898, à mon observatoire de Juvisy) et par le dessin détaillé

«de la grande tache, qui se montrait quelques jours après (le 13) traversée par un pont et

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Fig. 31. — Aspect télescopique d'une tache solaire.

sillonnée de flammes. En général, d'ailleurs, elles se transforment toutes assez vite.

Ces taches, qui ne présentent aux observateurs de la Terre qu'une faible dimension, sont, en réalité,

absolument gigantesques. On en a mesuré dont le diamètre égalait dix fois la largeur de la Terre, soit cent vingt mille kilomètres.

Certaines de ces taches sont parfois si larges qu'elles sont visibles à l'œil nu (prudemment garanti par un verre noir ou bleu foncé).

Elles ne se forment pas instantanément, mais s'annoncent d'abord par une grande agitation de la surface solaire, par des sortes de vagues lumineuses appelées facules. Dans cette agitation, on voit apparaître une petite tache, généralement ronde, qui s'élargit progressivement, pour atteindre un maximum, et diminue ensuite, en se segmentant assez souvent et en se rapetissant. Les unes ne sont visibles que pendant quelques jours; d'autres durent des mois entiers. Plusieurs d'entre elles n'apparaissent que pour s'enfoncer aussitôt dans le bouillonnement tumultueux de l'astre flamboyant. Parfois aussi, on aperçoit comme des vagues blanches incandescentes qui semblent jeter des ponts lumineux à travers l'ombre centrale. En général, les taches ne sont pas très profondes. Ce sont des sortes d'ouvertures en entonnoirs dont la profondeur n'égale pas le diamètre de la Terre, lequel, nous l'avons vu, est cent huit fois plus petit que celui du Soleil.

Les taches solaires ne sont pas immobiles, et leur mouvement nous a appris que l'astre radieux tourne sur lui-même en vingt-cinq jours environ.

Cette rotation a été déterminée, en 1611, par Galilée, qui précisément, en observant les taches, remarqua qu'elles traversent le disque solaire de l'Est à l'Ouest, en suivant des lignes obliques par rapport au plan de l'écliptique, et qu'elles disparaissent, au bord occidental, quatorze jours après leur arrivée par le bord oriental. Quelquefois, une même tache, après être restée invisible pendant quatorze jours, reparaît sur le bord oriental, où on l'avait déjà vue vingt-huit jours auparavant. Elle s'avance vers le milieu du Soleil, qu'elle atteint sept jours après, disparaît de nouveau à l'Occident, continue sa route sur l'hémisphère opposé au nôtre pour revenir à portée de notre observation au bout de deux semaines, si elle ne s'est pas évanouie dans l'intervalle. Cette observation prouve que le Soleil tourne sur lui-même. La réapparition des taches est de vingt-sept jours en moyenne, parce que la Terre n'est pas immobile et que, dans sa translation autour de l'ardent foyer, mouvement qui s'effectue dans le même sens que la rotation

solaire, elle voit encore les taches deux jours et demi après qu'elles ont disparu du point où elle se trouvait vingt-cinq jours auparavant. En réalité, la rotation du Soleil est de vingt-cinq jours et demi environ; mais, fait curieux, ce globe ne tourne pas tout d'une pièce, comme la Terre; les vitesses de mouvement de la surface solaire vont en diminuant de l'équateur vers les pôles. Cette rotation est de 25 jours à l'équateur, de 26 au vingt-quatrième degré de iatitude Nord ou Sud, de 27 au trente-septième degré, de 28 au quarante-huitième. Les taches se forment, généralement, entre l'équateur et cette latitude, surtout entre dix et trente degrés. On n'en a jamais vu autour des pôles.

Vers les bords du Soleil, on remarque encore des régions très brillantes, très lumineuses, qui environnent généralement les taches, et auxquelles on donne le nom de facules (facula, petit feu). Ces facules, qui occupent souvent une très vaste étendue, semblent être le siège de perturbations formidables qui révolutionnent sans cesse la face de notre souverain, et souvent, comme nous l'avons dit, elles précèdent les taches. On en aperçoit jusqu'aux pôles. Notre Soleil, en apparence si calme et si majestueux, est le siège de conflagrations fantastiques. Les éruptions volcaniques, les orages les plus épouvantables, les cataclysmes les plus terrifiants qui

bouleversent, parfois, notre petit monde, ne sont que doux zéphirs auprès des tempêtes solaires qui soulèvent des nuages de feu capables d'engloutir, d'un seul coup, des globes de la dimension de notre planète.

Comparer les volcans terrestres aux éruptionssolaires, c'est comparer l'humble lueur d'une veilleuse qui consume un moucheron aux flammes de l'incendie qui dévore une ville.

Les taches solaires varient en une période assez régulière, de onze à douze ans. En certaines années, elles sont vastes, nombreuses et fréquentes, par exemple en 1917; en d'autres années, elles sont rares et faibles, par exemple en 1913. On en tient une statistique très attentive. Ainsi, voici la surface solaire tachée exprimée en millionièmes de l'étendue de l'hémisphère solaire visible :

Les années 1889, 1901 et 1913 ont marqué des minima; les années 1893, 1905 et 19J7 desmaxima.

Remarque curieuse : le magnétisme terrestre et les aurores boréales suivent une oscillatioa

parallèle à celle des taches solaires, et il paraît en être de même des températures.

Nous devons regarder notre Soleil comme un globe de gaz en combustion, brûlant à une haute température, et dégageant une quantité prodigieuse de chaleur et de lumière. La surface éblouissante de ce globe a reçu le nom de photosphère (sphère de lumière). Elle est en mouvement perpétuel, comme les flots d'un océan de feu dont les flammes, roses et transparentes, mesurent environ quinze mille kilomètres de hauteur. Cette couche de flammes roses a reçu le nom de chromosphère (sphère colorée). Elle est transparente; on ne la voit pas directement, mais seulement pendant les éclipses totales de Soleil, lorsque la Lune cache entièrement le disque éblouissant, ou à l'aide du spectroscope. Ce que nous voyons du Soleil, c'est sa surface lumineuse, sa photosphère.

De cette surface mouvementée, jaillissent constamment des éruptions gigantesques, d'immenses gerbes de flammes, tourbillons de feu projetés avec une vitesse effroyable à des hauteurs prodigieuses.

Pendant de longues années, les astronomes ont été très perplexes sur la nature de ces masses enflammées appelées protubérances, qui s'élancent comme des feux d'artifice, et qui n'étaient visibles que pendant les éclipses totales de Soleil; mais,

grâce à une découverte très ingénieuse de MM. Janssen et Lockyer, ces éruptions peuvent, maintenant, être observées tous les jours au

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Fig. 32. — Flammes solaires roses de 228,000 kilomètres de hauteur (18 fois le diamètre de la Terre).

spectroscope, et on les enregistre depuis 1868, particulièrement â Rome et à Catane, où la Société des Spectroscopistes a été fondée spécialement

dans ce but et ne manque pas de publier, chaque mois, la statistique de l'état de santé du Soleil.

Ces protubérances, qui revêtent toutes les formes imaginables, ressemblent souvent à certains de nos nuages orageux; elles s'élèvent au-dessus de la chromosphère à une vitesse inconcevable, qui surpasse parfois deux cents kilomètres par seconde, et les porte à des hauteurs fantastiques, à trois cent mille kilomètres !

Ces flammes énormes entourent le Soleil de toutes parts; quelquefois, elles s'élancent dans l'espace comme de splendides panaches roses, gracieusement recourbés; d'autres fois, elles dressent dans le ciel leurs têtes lumineuses qui ressemblent à d'immenses feuilles déchiquetées et légères, de palmiers géants. De même que nous avons reproduit un type de tache solaire remarquable, de même il est intéressant de mettre, sous les yeux de nos lectrices, une observation précise de ces curieuses flammes solaires. Celle que nous reproduisons ici a été observée à Rome, le 30 janvier 1885. Elle mesurait deux cent vingt-huit mille kilomètres de hauteur, dix-huit fois le diamètre de la Terre (représentée à côté dans sa grandeur relative). Il y en a du double de cette hauteur.

On a vu des éruptions solaires monter, en quelques minutes, à plus de cent mille kilomètres de hauteur et retomber, ensuite en pluie

de feu, sur cette sorte d'océan de punch dont 4e feu ne s'éteint jamais.

L'observation, jointe à l'analyse spectrale, a démontré que les protubérances sont causées par de formidables explosions produites dans le corps même du Soleil, et projetant dans l'espace des masses d'hydrogène incandescent avec une force considérable.

Ce n'est pas tout encore. Pendant les éclipses, on remarque, autour du disque noir de la Lune placé devant le Soleil dont il intercepte la lumière, une auréole brillante et rosée d'où se détachent de longs panaches effilés et lumineux que l'on nomme aigrettes, et qui s'élancent fort loin de la surface solaire. Cette auréole, dont la nature nous est encore inconnue, a reçu le nom de couronne. C'est une sorte d'atmosphère immense, extrêmement raréfiée. Notre superbe flambeau est donc un brasier d'une ardeur sans pareille; c'est un globe de gaz, agité de tempêtes phénoménales dont les gerbes enflammées s'étendent au loin. La plus petite de ces flammes est encore si puissante qu'elle engloutirait notre monde d'un seul coup, comme ces bombes lancées par le Vésuve, et retombant dans le cratère.

Mais, quelle est la chaleur véritable de ce foyer incandescent?

Les meilleures recherches conduisent à évaluer à six mille degrés centigrades la température de

la surface du Soleil. La température intérieure doit être beaucoup plus élevée. Un creuset de fonte en fusion versé sur le Soleil serait une douche de neige et de glace.

On peut se former une idée de cette puissance calorifique en établissant quelques comparaisons. Ainsi, la chaleur émise paraît égale à celle que produirait un globe colossal de mêmes dimensions, c'est-à-dire aussi volumineux que treize cent mille globes terrestres, entièrement couvert d'une couche de houille de vingthuit kilomètres d'épaisseur brûlant toute à la fois. La chaleur émise par le Soleil, à chaque seconde, est égale à celle qui résulterait de la combustion de onze quatrillions six cent mille milliards de tonnes de charbon de terre, brûlant ensemble. Cette même chaleur ferait bouillir, par heure, deux trillions neuf cents milliards de kilomètres cubes d'eau à la température de la glace.

Notre petite planète, qui gravite à cent quarante-neuf millions de kilomètres du Soleil, n'arrête au passage et n'utilise que la demi-milliardième partie de ce rayonnement total.

Comment s'entretient cette chaleur? Une des principales causes de la chaleur du Soleil est due à sa condensation. Selon toutes probabilités, le globe solaire nous représente le noyau d'une vaste nébuleuse qui s'étendait, primitivement, au delà de l'orbite de Neptune, et qui, par sa

contraction, a fini par former ce foyer central. En vertu du principe de la transformation du mouvement en chaleur, cette condensation, qui n'est pas encore arrivée à son terme, suffit pour élever ce globe colossal à sa température et à l'entretenir pendant des millions d'années. Ajoutons qu'une formidable quantité de météores y tombe perpétuellement. Cette fournaise est un véritable pandémonium.

Le radium joue là, sans doute, un rôle puissant.

Le Soleil pèse trois cent trente-deux mille fois plus que la Terre, c'est-à-dire dix-neuf cent -quatre-vingt-huit octillons de kilogrammes, ci :

Nous exposerons, dans notre onzième leçon, par quelles méthodes on est parvenu à peser le Soleil et à déterminer exactement sa distance.

Cette causerie, je l'espère, vous a donné une idée de l'importance et de la nature du Soleil, de cet astre formidable aux rayons duquel nos existences sont suspendues. Sa dimension apparente, qui n'est que d'un demi-degré (32') et qui serait cachée à nos yeux, comme celle de la pleine lune, à peu près égale, par le bout de notre petit doigt éloigné à la longueur du bras, représente,

comme nous l'avons vu, une dimension réelle colossale, de 1,391,000 kilomètres de diamètre, à cause de l'immense distance qui nous en sépare. Cette distance de 149 millions de kilomètres est assez difficile à apprécier. Remarquons qu'il faudrait juxtaposer 11,640 globes terrestres pour jeter un pont d'ici au Soleil, tandis que, d'ici à la Lune, trente Terres suffiraient. La Lune est 388 fois plus près de nous que le Soleil. Nous la concevrons peut-être, cette distance, en calculant qu'un train direct, marchant à la vitesse constante de 1 kilomètre par. minute, emploierait 149 millions de minutes, c'est-à-dire 103,472 jours, soit 283 ans, pour franchir la distance qui nous sépare de cet astre. Étant donnée la durée ordinaire de la vie, les voyageurs partis pour le Soleil n'y arriveraient pas, ni leurs enfants, ni leurs petits -enfants : ce ne serait guère que la septième génération qui toucherait le but du voyage, et ce ne serait que la quatorzième qui pourrait nous en rapporter des « nouvelles ».

On assure, Madame, que les enfants demandent quelquefois la Lune à leur maman. Si l'un de ces petits êtres qui s'ouvrent à toutes les curiosités de la vie pouvait étendre le bras assez loin pour aller toucher le Soleil et s'y brûler les doigts, il ne sentirait la brûlure qu'au bout Je 167 ans (ce ne serait plus un bébé), car la sensation nerveuse

se transmet, du bout des doigts au cerveau, à la vitesse de 28 mètres par seconde seulement.

C'est encore long. Un boulet de canon arriverait en dix ans au Soleil. La lumière, flèche rapide qui vole dans l'espace à la vitesse de trois cent mille kilomètres par seconde, ne met que huit minutes dix-sept secondes pour traverser cette distance.

149 millions de kilomètres ! On voit que l'on n'est vraiment pas plus près du Soleil au sommet d'une montagne qu'au fond d'une vallée.

Ce brillant Soleil n'est pas seulement le souverain de la Terre ; il est aussi le chef d'un vaste système planétaire.

Les astres qui circulent autour du Soleil sont des corps opaques, de forme sphérique, qui reçoivent leur lumière et leur chaleur de l'astre central dont ils dépendent absolument. Le nom de planètes qui leur a été donné signifie astres « errants ». Si vous observez le Ciel par une belle nuit étoilée, et si vous connaissez suffisamment les principales étoiles du Zodiaque que nous avons décrites en un chapitre précédent, vous pourrez vous étonner, certains soirs, de

voir la figure d'une constellation zodiacale légèrement modifiée par la présence temporaire d'un astre brillant surpassant parfois, en éclat, les plus belles étoiles de première grandeur.

Si vous suivez cette apparition pendant quelques semaines, et si vous examinez bien sa position par rapport aux étoiles voisines, vous remarquerez qu'elle se déplace plus ou moins lentement sur la voûte des cieux. Ces astres errants, ces planètes, ne brillent pas de leur propre lumière ; c'est le Soleil qui les éclaire.

Les planètes sont, en effet, des corps obscurs comme la Terre, circulant autour du dieu du jour avec une vitesse proportionnée à leur éloignement. Elles sont au nombre de huit principales, et on peut les diviser en deux groupes bien distincts qui nous aideront à les reconnaître : le premier comprend quatre planètes de petites dimensions relativement à celles du second groupe, qui sont si volumineuses que la moins importante d'entre elles est encore plus grosse que ces quatre réunies.

Dans l'ordre des distances au Soleil, nous rencontrons d'abord :

Mercure, Vénus, la Terre et Mars.

Ce sont les mondes les plus proches de l'astre du jour.

Les quatre suivants, beaucoup plus éloignés, sont, toujours dans l'ordre des distances :

Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune.

Ce second groupe est séparé du premier par un vaste espace occupé par toute une petite armée de planètes minuscules, petits corps cosmiques dont les plus gros mesurent quelques centaines de kilomètres seulement de diamètre, et les plus petits, quelques kilomètres seulement.

Les planètes formant ces trois groupes représentent les principaux membres de la famille solaire. Mais, le Soleil est un vieux patriarche, et chacune de ses filles a elle-même ses enfants qui,, tout en subissant l'influence paternelle de l'astre de feu, obéissent aussi au monde qui les gouverne. Ces astres secondaires, nommés satellites, suivent les planètes dans leur destinée et tournent autour d'elles en traçant des ellipses, comme celles-ci tournent autour du Soleil. Tout le monde connaît le satellite de la Terre : la Lune. Or, les autres planètes de notre système ont aussi leurs lunes, et, même, certaines d'entre elles sont plus favorisées que nous à cet égard, car elles en ont plusieurs. Mars en a deux; Jupiterr neuf; Saturne, dix ; Uranus, quatre, et Neptune, un (c'est, du moins, le seul que Ton ait encore pu découvrir).

Pour nous rendre bien compte des rapports qui existent entre ces mondes, apprécions leursdistances en les inscri\ant dans un petit tableau :

Distances en

millions de kilomètres.

; Mercure 57

Vénus 108

La Terre 149

Mars 226

Jupiter 775

Saturne 1.421

Uranus 2.858

Neptune 4.470

Le Soleil est au centre de ce système (ou, pour mieux dire, au foyer, car les planètes décrivent des ellipses) et le gouverne. Neptune est trente fois plus éloigné du Soleil que la Terre. Ces diverses distances amènent une grande différence dans le temps des révolutions des planètes : tandis que la Terre fait le tour du Soleil en un an, Vénus en 224 jours et Mercure en 88, Mars emploie près de deux ans pour accomplir son voyage, Jupiter douze ans, Saturne vingt-neuf, Uranus quatrevingt-quatre et Neptune cent soixante-cinq.

Les planètes et leurs lunes ne représentent pas le patrimoine complet du Soleil. Il est encore, dans la république solaire, certains astres irréguliers et vagabonds qui voyagent à une allure souvent immodérée, et s'approchent parfois du Soleil, non pour s'y brûler, mais, semble-t-il, pour puiser, dans ce foyer radieux, des provisions de forces nécessaires à leurs pérégrinations à travers l'espace. Ce sont les comètes, qui suivent des orbites extrêmement allongées autour du Soleil

Fig. 33. -- Le système solairi.

dont elles sont, parfois, très rapprochées et, parfois, extraordinai rement éloignées.

Et, maintenant, récapitulons nos connaissances sur l'empire du Soleil : D'abord, nous voyons un globe de feu colossal dominant et gouvernant les mondes qui lui appartiennent. Autour de lui sont groupées les planètes, au nombre de huit principales, formées de matière solide et obscure,, et gravitant autour de l'astre central. D'autres astres secondaires., les satellites, tournent autour des planètes qui les retiennent dans le réseau de leur attraction, et, enfin, les comètes, corps célestes irréguliers, sillonnent toute l'étendue occupée par la grande province solaire. Nous pourrions ajouter aussi des tourbillons de météores, sorte de désagrégation des comètes, qui circulent aussi autour du Soleil et donnent naissance aux étoiles filantes lorsqu'elles rencontrent la Terre.

Maintenant que nous avons une idée de l'ensemble de notre céleste famille, et que nous avons apprécié â sa valeur le puissant foyer qui la gouverne, nous allons faire directement connaissance avec chacun des membres qui la composent.

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