NEUVIEME LEÇON
Voici l'heure exquise où toute la Nature se recueille dans le calme tranquille d'une nuit silencieuse.
Le Soleil a jeté son dernier regard d'adieu sur la Terre assoupie. Tout se tait. Et bientôt les étoiles s'allumeront une à une au sein du firmament sombre. A l'opposé du couchant, à l'Orient, la pleine lune s'élève lentement, semblant appeler notre pensée vers les mystères de l'infini, tandis •que sa limpide lumière se répand dans l'espace •comme une céleste rosée.
Dans les bois parfumés, les arbres se détachent ■en silhouettes étranges sur le fond du ciel et semblent étendre leurs longs bras tortueux vers cette beauté céleste. Sur la rivière, unie comme un miroir où la pâle Phébé reflète sa splendeur, les jeunes filles vont, dit-on, chercher l'image
flottante de leur futur époux. Et, pour répondre à leurs vœux, notre belle compagne céleste écarte le voile de nuages qui la cachait à leurs yeux et fait miroiter ses doux rayons sur l'onde endormie.
De tous temps, la Lune a eu le privilège de charmer les regards et d'attirer spécialement l'attention des mortels. Que de pensées ne se sont pas envolées vers son disque à la fois pâle et brillant? Astre du mystère et de la solitude planant sur nos nuits silencieuses, ce céleste flambeau nous apparaît splenclide et triste dans sa clarté glaciale, et son rayon limpide nous pénètre d'une rêverie pleine de charme et de mélancolie. Muette spectatrice des destinées terrestres, cette lumière nocturne veille sur notre planète qu'elle suit dans son cours comme un fidèle satellite.
Le premier regard humain qui s'éleva vers le Ciel fut frappé, tout d'abord, par l'éclat de ce globe solitaire, errant parmi les étoiles. C'est la Lune la première qui offrit une division facile du temps par mois et par semaines, et c'est à Tétude de ses phases que se bornèrent les premières observations astronomiques.
Fille de la Terre, la Lune est née aux limites de la nébuleuse terrestre, lorsque notre monde n'était encore qu'une énorme sphère de gaz, et a été détachée d'elle à une époque critique de formidable marée solaire. Séparée comme
,.. La pleine lune s'élève lentement...
regret de son berceau d'origine, mais rattachée à la Terre par les liens indissolubles de l'attraction, elle tourne autour de nous en un mois, d'Occident en Orient, et ce mouvement la fait retarder chaque jour sur les étoiles. Si nous l'observons de soir en soir, à partir de la nouvelle lune,, nous remarquons qu'ehe est, chaque soii, un peu plus à gauche, ou à l'Est, que la veille. Cette révolution de la Lune autour de notre planète produit les phases et mesure nos mois.
Pendant la durée de son voyage mensuel, elle nous présente toujours la même face. On pourrait croire que la crainte de nous perdre de vue a immobilisé son globe et l'empêche de se retourner. Aussi, nous ne connaissons d'elle que cette vague esquisse de visage humain observée dès les âges antiques.
Il semble, en effet, qu'elle nous regarde du haut des cieux, d'autant plus que les taches principales de son disque rappellent vaguement l'aspect d'un visage. Si nous essayons de la dessiner à l'œil nu, sans le secours d'aucun instrument, nous remarquons des régions sombres et des régions claires que chacun interprète un peu a sa façon. Pour moi, par exemple, la pleine lune offre l'aspect représenté par la figure suivante. Dans mon esprit, ces taches se traduisent, en se résumant, en deux yeux et une esquisse de nez ; résultat : une vague figure humaine, comme elle
est indiquée au petit disque inférieur. D'autres
Fig. 65. — La Lune vue à l'œil nu.
y voient un homme portant un fagot, un lièvre,.
un lion, un chien, un kangourou, une faucille, deux tètes qui s'embrassent, etc. (*) Mais, en
Fig. G6. — La tète d'homme dans la Lune.
général, c'est plutôt une figure humaine que l'on a une tendance a y reconnaître.
Cependant, si Ton précise un peu cet aspect parle dessin, on trouve un profil de tête d'homme
* On trouvera. 58 représentations diverses de l'aspect de la Lune à l'œil nu aux Bulletins mensuels de la Société astronomique de France de l'année 1900, d'après une enquête que j'avais établi* entre les nombreux membres de cette Société.
assez bien esquissé, orné d'une abondante chevelure (fig. 66). D'autres précisent beaucoup plus et dessinent une tête de femme certainement trop marquée, comme l'a fait M. Jean Sardou (fig. 67). D'autres encore, comme' M. Zamboni, laissent