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La tête de femme dans la Lune

apercevoir, derrière le profil d'homme, une image de jeune fille embrassée par le profil masculin (fig. 68). Il y a assurément là un peu d'imagination. Cependant, à la première occasion, regardez notre satellite â la jumelle, quelques jours après le premier quartier, et vous ne manquerez pas d'y reconnaîtie le profil masculin dont je viens de parler, et d'y deviner même « le baiser dans la Lune ».

Fig. 68. — Le baiser dans la LanO.

Ces vagues aspects disparaissent dès que l'on dirige vers la Lune un instrument même très faible, par exemple une petite lunette : les taches se déterminent mieux, et les illusions de la vision indistincte s'évanouissent. Voici, à ce propos,

Fig. 69. — La Lune photographie*.

une photographie directe de la Lune que j'ai prise il y a quelques années : on n'y voit, à vrai dire, ni figure humaine, ni homme, ni chien, ni lièvre, ni fagot, mais seulement des configurations géographiques foncées et, dans la région inférieure,

un point lumineux d'où rayonnent quelques bandes claires dont plusieurs se prolongent assez loin. Cependant, regardée d'un peu loin, n'y retrouve-t-on pas le profil masculin signalé tout à l'heure?

Dès les premières observations astronomiquesà l'aide d'instruments, faites par Galilée en 1609, on chercha à savoir ce que pouvaient représenter ces taches sombres, et on leur donna le nom de mers, parce que l'eau absorbe la lumière, la réfléchit moins que la terre ferme. La Lune ne possède par elle-même aucune lumière propre, pas plus que notre planète, et elle ne brille que par la lumière du Soleil qui l'éclairé. Comme elle tourne autour de la Terre et change constamment déposition relativement au Soleil, nous voyons plus ou moins de son hémisphère éclairé, et il en résulte les phases que tout le monde connaît.

Au commencement de chaque lunaison, la Lune se trouve entre le Soleil et la Terre, et son hémisphère non éclairé est tourné vers nous. C'est la Nouvelle Lune. Nous ne la voyons donc pas ; mais, deux jours plus tard, le fin croissant de Diane verse sur la Terre une douce clarté. Graduellement, le croissant s'élargit. Lorsque la Lune arrive à angle droit avec nous et le Soleil, la moitié de l'hémisphère éclairé se présente à nous. C'est le premier quartier. A

l'époque de la Pleine Lune, celle-ci se trouve juste à l'opposé du Soleil, et nous voyons tout l'hémisphère illuminé. Puis arrive le décours: le

Fig. 79. — Mouvement de la Lune autour de la Terre. Éclairement solaire et phases.

disque brillant est d'abord légèrement entamé; il diminue de jour en jour, et une semaine environ avant la Nouvelle Lune, notre charmante amie

ne se montre plus que de profil, avant de repasse* devant le Soleil : c'est le dernier quartier.

Lorsque la Lune est en croissant, dans les pre miers soirs de la lunaison, et après le demie* quartier, le reste du disque est visible, faiblement éclairé par une pâle clarté. C'est ce qu'or appelle la lumière cendrée. Elle est produite pai le clair de Terre qui réfléchit dans l'espace la lumière reçue du Soleil. Cette lueur est donc le reflet de notre lumière qui nous est renvoyé pai la Lune. C'est le reflet d'un reflet.

Ce mouvement de la Lune autour de la Terre s'accomplit en 27 jours 7 heures 43 minutes 11 secondes; mais comme en même temps la Terre tourne autour du Soleil, lorsque la Lune revient au même point, la Terre s'étant déplacée relativement au Soleil, la Lune doit encore marcher pendant plus de deux jours pour se retrouver entre le Soleil et la Terre, de sorte que le mois lunaire est plus long que la révolution sidérale de la Lune : il est de 29 jours 12 heures 44 minutes 3 secondes. C'est la durée de la succession des phases.

Cette révolution s'effectue à la distance de 384,000 kilomètres. La vitesse de la Lune sur son orbite est de plus d'un kilomètre par seconde. Mais notre planète l'emporte dans l'espace avec une vitesse près de trente fois plus rapide.

Le diamètre de la Lune représente les 273 mil-

liêraes de celui de la Terre, soit 3,480 kilomètres.

Son étendue égale 38 millions de kilomètres carrés, soit un peu plus de la treizième partie de la surface terrestre, qui en mesure 510.

En volume, la Lune est 50 fois plus petite que la Terre. Sa masse ou son poids n'est que le 81* du globe terrestre. Sa densité est de 0,615 relativement à celle de la Terre, soit un peu plus de 3 fois celle de l'eau. La pesanteur à sa surface est très faible : 0,174. Un kilogramme transporté là n'y pèserait plus que 174 grammes.

A la faible distance de 384,000 kilomètres qui nous en sépare (environ 30 fois le diamètre de la Terre), la Lune est un faubourg de notre cité terrestre. Qu'est-ce que cette petite distance ? C'est un pas dans l'univers.

Une dépêche télégraphique y arriverait en une seconde et demie ; le projectile de la poudre volerait pendant 8 jours 5 heures pour l'atteindre; un train express y conduirait en 8 mois et 22 jours. Ce n'est que la 388e partie de l'éloignement qui nous sépare du Soleil, et seulement la cent millionième partie de la distance des étoiles les plus rapprochées de nous ! Bien des hommes ont fait à pied ici-bas, tout le chemin qui nous sépare de la Lune!... Un pont de trente globes

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terrestres suffirait pour relier entre eux les deux mondes.

Cette grande proximité fait que, de toutes les sphères célestes, la Lune est la mieux connue. On a dessiné sa carte géographique (ou pour mieux dire sélénographique ( Sélêne , Lune ) depuis plus de deux siècles, d'abord comme une esquisse vague, ensuite avec plus de détails, aujourd'hui avec une précision comparable à celle de nos cartes géographiques terrestres.

Avant l'invention des lunettes, depuis l'antiquité jusqu'au xvir3 siècle, on se perdait en conjectures sur la nature de cette étrange figure lunaire. On voyait en elle un monde mystérieux, d'autant plus extraordinaire qu'il nous présente toujours la même face. Les uns le comparaient à un immense miroir reflétant l'image de la Terre. D'autres se l'imaginaient comme un astre d'argent, séjour enchanté où tout n'était que bonheur et richesse. Pendant longtemps, il fut de mode, sans qu'on sût jamais pourquoi, de penser que les habitants de la Lune sont quinze fois plus grands que nous...

Cependant, l'invention des lunettes vint mettre un peu d'ordre et un grain de vérité dans ces assertions fantaisistes. Les premières observations de Galilée révolutionnèrent la science, et ses découvertes transportèrent d'enthousiasme les esprits les plus calmes. Dès lors, la Lune devint

notre propriété, un faubourg terrestre où tout le monde se fût volontiers installé si les moyens d'y accéder eussent été aussi rapides que les ailes de l'imagination. C'était alors chose facile de créer mille descriptions enchanteresses des charmes de notre belle amie, et c'est ce dont on ne se priva point. Bientôt, on s'aperçut que la Lune ressemble fort à la Terre au point de vue géologique; sa surface est hérissée de montagnes abruptes s'éclairant comme des points lumineux sous les rayons du soleil; à côté, des parties sombres et ombrées nous annoncent les plaines ; ailleurs, on remarque de larges taches grises que l'on supposa être des mers parce qu'elles réfléchissent moins parfaitement la lumière solaire que les contrées avoisinantes. A cette époque, on ne savait presque rien sur la constitution physique de la Lune, et on se la représentait enveloppée d'une couche atmosphérique analogue à celle au fond de laquelle nous respirons. Aujourd'hui nous savons que ces « mers » sont sans eau, et que si le globe lunaire possède encore une atmosphère, elle ne peut être qu'extrêmement légère.

La Lune devint l'objet de prédilection des astronomes, et les nombreuses observations qu'on en fit apportèrent une connaissance suffisante de sa surface pour permettre de tracer des cartes sélénographiques fort intéressantes. Pour se

reconnaître parmi les mers, plaines et montagnes -qui se partagent le sol lunaire, on sentit l'utilité -de les baptiser. Les mers furent les premières nommées. Elles reçurent des dénominations se rapportant à ses prétendues influences astrologiques. C'est ainsi que nous rencontrons sur la Lune : la mer de la Fécondité, le lac de la Mort, la mer des Humeurs, l'océan des Tempêtes, la mer de la Tranquillité, le marais des Brouillards, le lac des Songes, la mer de la Putréfaction, la presqu'île des Rêveries, la mer des Pluies, etc.

Quant aux parties lumineuses et aux montagnes, on eut d'abord l'idée de leur donner les noms des plus illustres astronomes ; mais la crainte de faire des mécontents retint Hévélius et Riccioli, auteurs des premières cartes lunaires (1647, 1651), qui jugèrent plus prudent de transporter sur la Lune les dénominations des montagnes terrestres. Les Alpes, les Apennins, les Pyrénées, les Karpathes se retrouvent là- haut; toutefois, le vocabulaire des montagnes n'ayant pas été suffisant , les savants reprirent leurs droits, et nous rencontrons sur la Lune : Aristote, Platon, Hipparque, Ptolémée, Copernic, Kepler, Newton, ainsi que plusieurs noms modernes. Ces montagnes lunaires sont toutes des cirques.

L'espace nous manque pour insérer ici une carte générale complète de la Lune (celle que j'ai publiée ne mesure pas moins de un mètre de

hauteur avec la nomenclature); mais la figure ci-dessous en donne un résumé suffisant pour le cadre de ce petit livre. Voici les noms des prin-

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