PREMIÈRE LEÇON
Le soleil vient de plonger dans l'Océan son disque de pourpre. La mer immense se pare des tons ardents de l'astre réfléchis par le ciel et semble un miroir de turquoise et d'émeraude. Les vagues roulent de l'or et de l'argent, et viennent bruyamment se briser sur le rivage déjà tout assombri par la disparition du céleste flambeau.
On le regrette, l'astre du jour qui, tantôt, versait si généreusement ses joyeux rayons dans tant de cœurs ivres de gaieté et de bonheur... On rêve, on contemple le grandiose spectacle, et la rêverie fait oublier les minutes qui, rapidement, s'envolent. Mais, graduellement, l'obscurité augmente et le crépuscule va faire place à la nuit.
L'œil le plus distrait qui assiste au coucher
du soleil descendant sous les flots à l'horizon lointain de la mer ne peut rester indifférent au spectacle de la nature, en cette heure si impressionnante.
Déjà, la clarté du croissant lunaire, qui semble une nacelle lumineuse suspendue dans les cieux, est assez vive pour jeter sur la mer des paillettes d'argent mobiles et scintillantes. Lentement, l'astre du soir descend, lui aussi, vers l'horizon occidental. Un monde étincelant attire nos regards, dominant à son tour le ciel de l'Occident : c'est l'étoile du Berger, c'est Vénus aux translucides rayons. Peu à peu, une à une, apparaissent les étoiles les plus brillantes : voici la blanche Véga, de la Lyre, Tardent Arcturus, les sept étoiles de la Grande Ourse, et toute une population sidérale qui s'allume comme des yeux innombrables ouverts sur l'infini. C'est une vie nouvelle qui se révèle à notre pensée et qui l'invite à s'envoler dans ces mystérieuses profondeurs.
0 Nuit diaprée de feux sans nombre! n'as-tu pas écrit en lettres flamboyantes, dans les constellations, les mots de la grande énigme de l'univers? Ta contemplation nous étonne et nous charme. Combien rapidement tu effaces en nous les regrets que nous laissait le départ de notre soleil aimé... Quelles beautés, quelles richesses ne réserves-tu pas â nos âmes ravies ! Quel esprit
resterait aveugle à ton spectacle et sourd à ton langage !
De quelque côté du ciel que nos regards s'élèvent, les splendeurs de la nuit se révèlent à nos yeux émerveillés... Ces yeux célestes semblent, eux aussi, nous regarder et nous interroger. Ainsi, déjà, ils ont appelé l'attention des esprits pensifs depuis que l'humanité existe en ce monde. Ces étoiles, Homère les a vues, les a chantées. Elles ont brillé sur la succession lente des civilisations aujourd'hui disparues, depuis l'Egypte de l'époque des pyramides, depuis la Grèce du temps de la guerre de Troie, depuis Rome et Carthage, depuis Constantin et Charlemagne, jusqu'à notre vingtième siècle. Les générations sont ensevelies avec la poussière des anciens temples. Les étoiles sont toujours là, symboles de l'éternité.
Le silence des grands cieux étoiles nous effraie peut-être, et l'immensité semble nous anéantir. Mais notre pensée curieuse, emportée par le rêve, s'envole, avide, vers les régions les plus lointaines du visible. Elle se pose sur l'une ou l'autre étoile, comme le papillon sur la fleur. Elle cherche celle qui répondra le mieux à ses aspirations, et il s'établit, entre elles et nous, une sorte de communication que la nature entière paraît protéger par tous ces appels silencieux. Notre sentiment de solitude a disparu. Nous sentons que, quoique minuscules atomes, nous fai-
sons partie de cet immense univers, et ce muet langage de la nuit étoilée est plus éloquent que tous les discours. Chaque étoile devient une amie, une confidente discrète, souvent même une précieuse conseillère, car toutes les pensées qu'elle nous suggère sont pures et élevées.
Est-il un plus beau poème que le livre écrit, en lettres de feu, au tableau du firmament? Non, il n'en est pas de plus idéal. Mais, pourtant, le sentiment poétique que la beauté des cieux éveille en nos âmes, ne doit pas nous voiler la réalité. Celle-ci n'est pas moins merveilleuse que le mystère dont nous étions charmés.
Ici, nous pouvons nous demander combien il y a d'êtres humains, même parmi ceux qui pensent, qui parfois élèvent leurs regards vers le ciel étoile; combien il y a d'hommes et de femmes qui, sincèrement, avec une curiosité non feinte, s'intéressent à ces points étincelants, à ces astres inaccessibles, et désirent vraiment faire plus ample connaissance avec eux ?
Cherchez, causez, informez-vous, dans vos conversations féminines. Vous qui lisez ces pages, qui déjà aimez le ciel, qui déjà le comprenez, qui voulez vous rendre compte de notre existence en ce monde, qui désirez savoir ce qu'est la Terre et ce qu'est le Ciel, vous constaterez que le nombre des curieux de la vérité est si infime qu'on n'ose en parler, tant il est honteux pour
notre race prétendue intelligente ! Et, pourtant, quelles jouissances l'étude de l'univers ne réserve-t-elle pas à nos esprits ! Quelle œuvre pourrait parler plus éloquemment à nos cœurs et à nos âmes ! Et l'immense livre du ciel n'est-il pas ouvert à tous les yeux?
L'Astronomie est la science par excellence. C'est la plus belle et la plus ancienne de toutes, puisqu'elle remonte aux temps indéterminés de la plus haute antiquité. Non seulement elle a pour mission de nous faire connaître ces astres innombrables dont nos nuits sont illuminées, mais encore, c'est grâce à elle que nous savons où nous sommes et ce que nous sommes. Sans elle, nous vivrions en aveugles, dans une ignorance éternelle des conditions mêmes de notre existence terrestre. Sans elle, nous serions encore pénétrés de Terreur naïve qui réduisait l'univers entier à notre minuscule globule, et qui faisait de notre humanité le but de la création, et nous n'aurions aucune idée exacte de l'immense réalité.
Aujourd'hui, grâce au labeur intellectuel de tant de siècles, grâce aussi aux génies immortels des savants qui ont consacré leur vie à la
recherche de ]a vérité : les Copernic, les Galilée, les Kepler, les Newton, le voile de l'ignorance est tombé, laissant entrevoir, à l'œil ébloui du penseur, les merveilles de la création dans leur vérité splendide.
Étudier l'Astronomie, ce n'est pas, comme beaucoup se l'imaginent, se livrer à une torture cérébrale qui supprimerait toute beauté, tout charme, toute grandeur au spectacle de la nature. Des chiffres, rien que des chiffres, ce ne serait guère séduisant, même pour les esprits les plus désireux de s'instruire. Que mes lectrices se rassurent! Nous ne leur proposerons pas de déchiffrer les hiéroglyphes de l'algèbre et de la géométrie. Loin de nous une pareille pensée. D'ailleurs, les chiffres ne sont que des échafaudages, des méthodes, et n'existent pas dans la nature.
Je veux seulement vous prier d'ouvrir les yeux, vous montrer où vous êtes, afin que vous ne vous écartiez plus du chemin de la vérité, qui est aussi celui du bonheur. Lorsque vous y serez entrées, nul n'aura aucune peine à vous y retenir. Et vous aurez l'intime plaisir de savoir que vous pensez juste et qu'il est infiuimcnt plus agréable d'être instruit que d'être ignorant. La réalité est bien au-dessus de tout ce que Ton peut rêver, même dans les songes les plus fantastiques. Les féeries les plus magnifiques de nos.
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Kg. 1. -L'immense livre du Ciel est ouvert à tous les yeux...
meilleurs théâtres, le clinquant tintamarresque de nos revues militaires, les somptuosités les plus extraordinaires dont s'enorgueillit notre race humaine, tout ce que nous admirons, tout ce que nous envions sur la Terre n'est rien auprès des merveilles inouïes répandues dans l'infini. Il y en a tant que l'on ne sait plus où regarder. L'œil, enchanté, voudrait tout saisir à la fois.
Si vous vous donnez le plaisir d'élever vos regards vers les feux étincelants de l'espace, vous ne regretterez pas les trop rapides moments passés dans la contemplation céleste.
Les diamants, les turquoises, les rubis, les émeraudes, toutes les pierres précieuses dont les femmes aiment généralement à se parer, nous les retrouvons plus pures, plus belles, plus splendides, suspendues dans l'immensité des cieux î Nous voyons s'avancer vers nous, dans les champs télescopiques, des armées de soleils majestueux et puissants dont nous n'avons pas à craindre la férocité. Et les vagabondes comètes aux folles chevelures, et les étoiles filantes, et les nébuleuses stellifères, ne sont-ce pas là des tableaux prestigieux? Qu'est-ce que nos romans en comparaison de l'histoire de la nature?
Nous élever vers l'infini, c'est purifier notre âme de toutes les bassesses de ce monde; c'est vouloir devenir meilleur et plus intelligent.
— Mais, d'abord, demandez-vous, qu'est-ce que le Ciel? Cette voûte nous en impose. Nous.n'oserons jamais en commencer l'étude.
Le Ciel, vous répondrai-je, ce n'est pas une voûte, c'est une immensité sans bornes, inimaginable, insondable, qui nous entoure de toutes parts et au sein de laquelle flotte notre globe; le Ciel, c'est tout ce qui existe; c'est tout ce que nous voyons, et même ce que nous ne voyons pas; c'est la Terre où nous sommes, qui nous emporte dans son vol rapide; c'est la lune qui l'accompagne et verse sa douce clarté sur nos nuits silencieuses; c'est ce bon soleil auquel nous devons notre existence; ce sont les étoiles, soleils de l'infini; en deux mots, c'est la création entière.
Oui, notre Terre est un astre du ciel; le ciel est son domaine, et notre soleil, qui brille audessus de nos têtes et féconde nos saisons, est une étoile, aussi bien que les jolis points brillants qui scintillent là-haut, bien loin, et embellissent de leur éclat le calme de nos nuits. Nous sommes tous dans le ciel, vous comme moi, car la Terre, dans sa course à travers l'espace, nous transporte avec elle au sein de l'infini.
Dans le ciel, il n'y a ni haut, ni bas. Ces mots n'existent pas dans le langage céleste, parce qu'ils n'ont qu'une signification relative à. la surface de notre planète. En réalité, pour les habitants de la Terre, le bas, c'est l'intérieur, le centre, du globe, et le haut, c'est ce qui est audessus de nos têtes, tout autour de la Terre. Le ciel, c'est tout ce qui nous environne de toutes parts, à l'infini...
La Terre est, comme ses semblables : Mercure, Ténus, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune, une des planètes de la grande famille solaire.
Le Soleil, son père, la protège, dirige tous ses actes. Elle, en fille reconnaissante, lui obéit aveuglément. Tous voguent en parfaite harmonie sur l'océan des cieux.
— Mais, me direz-vous aussi, sur quoi repose la Terre dans sa navigation éthérée ? ,
Sur rien. — La Terre tourne autour du colossal Soleil, petit globe, relativement léger, isolé de toutes parts dans l'espace; telle une bulle de savon soufflée par le bambin joyeux.
Au-dessus, au-dessous, de tous côtés, des millions de globes semblables à elle, groupés par familles, forment d'autres systèmes de mondes qui évoluent autour des nombreuses et lointaines étoiles peuplant l'infini, soleils plus ou moins analogues à celui qui nous éclaire, et en général (plus volumineux que lui, quoiqu'il soit plus
d'un million de fois supérieur à notre planète.
Dans l'antiquité, avant que l'on connût l'isolement de notre globe dans l'espace et les mouvements qui le déplacent sans cesse, on se représentait la Terre comme la moitié immobile inférieure de l'univers. Le ciel était considéré comme la partie supérieure. Les anciens avaient doté notre monde de supports fantastiques qui se prolongeaient jusqu'aux enfers. Ils ne pouvaient admettre l'isolement de la Terre, parce qu'ils avaient une fausse idée de la pesanteur. Mais, aujourd'hui, nous savons, d'une façon indéniable, que la Terre ne repose absolument sur rien. Les innombrables voyages accomplis autour d'elle dans tous les sens en ont donné la meilleure preuve. Elle ne tient à rien. Comme nous le remarquions tout à l'heure, il n'y a ni haut ni bas dans l'univers. Ce que nous appelons le bas, c'est le centre de la Terre. Celle-ci tourne, d'ailleurs, sur elle-même en vingt-quatre heures. La nuit n'est qu'un phénomène partiel, dû précisément au mouvement de rotation de la planète — mouvement qui ne peut exister qu'à la condition que notre globe soit absolument isolé dans l'espace.
Le Soleil, ne pouvant illuminer à la fois qu'un côté de notre globe, c'est-à-dire un hémisphère, il en résulte que la nuit n'est autre chose que l'état de la partie non éclairée. Comme la Terre
tourne sur elle-même, toutes ses régions exposées successivement au Soleil ont le jour, tandis que ses contrées situées à l'opposé du Soleil, dans le cône d'ombre produit par la Terre elle-même, ont la nuit. Mais, qu'il soit midi ou minuit, les étoiles occupent toujours leurs places dans le ciel, même lorsque, éblouis par l'ardente lumière de l'astre du jour, nous cessons de les voir; et, lorsque nous sommes plongés dans les ténèbres de la nuit, le dieu Phébus continue à verser ses rayons bienfaisants sur les pays tournés de son côté.
La succession de la nuit et du jour est un phénomène qui appartient en propre à la Terre et auquel le reste de l'univers ne participe pas. Il en est de même pour chaque monde illuminé par un soleil, et doué d'un mouvement de rotation. Dans l'espace absolu, il n'y a aucune succession de nuits et de jours.
Soutenue dans l'espace par des forces que nous expliquerons plus loin, notre planète vogue en plein ciel autour du Soleil.
Imaginez un magnifique aérostat qui, légèrement et rapidement, fend l'espace. Entourez-le de huit petits ballons de différentes grosseurs : les plus petits semblables â ceux que l'on vend dans nos squares pour amuser les enfants; les plus gros, pareils à ceux que l'on distribue en primes dans les grands magasins. Représentezvous ce groupe planant dans les airs, et vous
aurez, en miniature, notre système de mondes.
Une faut voir là, toutefois, qu'une image,
qu'une comparaison. Les ballons sont soutenus
par l'atmosphère, dans laquelle ils flottent en
Fig. 2. — La Terre dans l'espace. Solstice de juin, midi.
équilibre. La Terre n'est soutenue par rien de matériel. Ce qui la maintient en équilibre dans le vide éthéré, c'est une force immatérielle, c'est la gravitation. Le Soleil l'attire, et, si elle ne
tournait pas, elle tomberait sur lui; mais, en tournant autour de lui, avec une vitesse de 107,000 kilomètres à l'heure, elle produit une force centrifuge, — telle une pierre dans une fronde — précisément égale et de signe contraire à sa pesanteur vers l'astre central, et ces deux forces équilibrées la maintiennent à la même distance moyenne.
Ce groupe solaire et planétaire n'existe pas seul dans le vide immense qui s'étenc autour de nous indéfiniment. Comme nous le disions plushaut, toutes les étoiles que nous admirons au fond des cieux, vers lesquelles nous élevons nos regards et nos pensées pendant les heures charmantes de la nuit, sont aussi des soleils brillant de leur propre lumière, des chefs de familles plus ou moins nombreuses, qui se renouvellent à toutes les distances dans l'infini. Malgré ces prodigieuses distances entre les soleils-étoiles, l'espace est si vaste et le nombre est si grand que, par un effet de perspective dû précisément à l'éloignement, les apparences nous portent â croire que les étoiles se touchent. Et elles semblent même réellement se toucher dans certaines visions télescopiques et dans certaines photographies célestes.
L'univers est infini. L'espace est sans bornes. Si, entraînés par notre amour pour le ciel, nous avions la fantaisie et surtout le moyen d'entreprendre un voyage qui aurait pour terme la limite des cieux, nous serions bien surpris, en arrivant aux confins de la Voie Lactée, de voir se renouveler, devant nos yeux éblouis, le spectacle grandiose et phénoménal d'un univers nouveau; et si, dans notre course folle, nous franchissions ce nouvel archipel de mondes pour nous lancer à la recherche de la barrière des cieux, nous trouverions toujours éternellement, devant nous, des univers succédant aux univers. Des millions de soleils roulent dans l'espace immense. Partout, de tous côtés, la création se renouvelle en des variations infinies.
Selon toute probabilité, la vie universelle s'est répandue là-bas comme ici et a semé le germe de l'intelligence sur ces mondes lointains que nous devinons dans le voisinage des soleils innombrables qui sillonnent l'éther, car tout nous prouve, sur la Terre, que la vie est le but de la nature. Foyers ardents, sources intarissables de chaleur et de vie, ces soleils variés, multiples,
colorés, versent leurs rayons sur les terres qui leur appartiennent et qu'ils fécondent.
Notre globe n'est pas une exception dans l'univers. Il est, comme nous l'avons vu tout à l'heure, un astre du ciel, nourri, chauffé, éclairé, vivifié par le Soleil qui, lui-même n'est qu'une étoile.
Mondes innombrables ! Nous rêvons à eux. Qui nous dit que leurs habitants inconnus ne songent pas a nous, eux aussi, et que l'espace n'est pastraversé par des vols de pensées comme il l'est par les effluves de la gravitation universelle et de la lumière? N'existe-t-il pas, entre les humanités célestes, dont la Terre n'est qu'un modeste hameau, une immense solidarité, à peine pressentie par nos sens imparfaits?
Élevons nos méditations vers cet infini ! Ne laissons échapper aucune occasion d'employer les meilleures de nos heures, celles du silence et de la paix des nuits enchanteresses, pour permettre à notre esprit de contempler, d'admirer, d'épeler les mots du grand livre des cieux. Laissons notre âme, libre de son essor, s'envoler, rapide et heureuse, vers ces contrées merveilleuses qui lui réservent d'inénarrables joies, et rendons hommage à la première, à la plus belle des sciences, à l'Astronomie, qui répand en nous la lumière de la vérité.
Pour les âmes poétiques, la contemplation du ciel transporte la pensée en des régions supé-
rieures que n'atteindrait aucune autre méditation. Qui ne se souvient des beaux vers de Victor Hugo dans ses Orientales? Qui ne les a lus? Qui ne les a entendus? Ils portent pour titre Extase, et c'est bien là leur nom véritable. On les chante quelquefois, et il semble que la mélodie complète encore leur beauté si pure :
J'étais seul près des flots par une nuit d'étoiles. Pas un nuage aux cieux, sur les mers pas de voiles ; Mes yeux plongeaient plus loin que le monde réel, Et les bois et les monts et toute la nature Semblaient interroger, dans un confus murmure, Les flots des mers, les feux du ciel.
Et les étoiles d'or, légions infinies, A voix haute, à voix basse, avec mille harmonies Disaient, en inclinant leurs couronnes de feu ; Et les flots bleus, que rien ne gouverne et n'arrête, Disaient en recourbant l'écume de leur crête : — C'est le Seigneur, le Seigneur Dieu !
Notre immortel poète était astronome. J'ai eu, plus d'une fois, l'honneur de m'entretenir avec lui des problèmes du ciel étoile. Et je me disais que les astronomes pourraient parfois être poètes.
Il est difficile, en effet, de se défendre d'un sentiment de profonde émotion devant les abimes de l'espace infini, à l'aspect de la multitude innombrable des mondes suspendus sur nos têtes. Nous éprouvons, en cette solitaire contemplation
du ciel, qu'il y a, dans l'univers, autre chose que la matière tangible et visible : des forces, des lois, des destinées. Nos cerveaux de fourmis se reconnaissent bien minuscules sans doute; mais, ils sentent qu'il y a quelque chose de plus grand que la Terre : le ciel ; de plus absolu que le visible : l'invisible; de supérieur aux affaires plus ou moins vulgaires de la vie : le sentiment du beau, du vrai et du bien. On sent qu'un immense mystère plane sur la nature, sur les êtres et sur les choses. Et c'est encore en cela que l'Astronomie surpasse toutes les sciences, qu'elle devient notre souveraine éducatrice, qu'elle est le phare de la philosophie moderne. 0 Nuit mystérieuse, Nuit sublime, Nuit infinie ! tu fais disparaître devant nos yeux le voile que la lumière du jour déployait au-dessus de nos têtes; tu rends au ciel sa transparence, et tu nous montres la réalité prodigieuse, l'écrin scintillant des diamants célestes, les étoiles innombrables se succédant sans fin dans l'incommensurable espace. Sans toi, nous ne saurions rien. Sans toi, nos yeux n'auraient jamais deviné la population sidérale, nos esprits n'auraient jamais perçu l'harmonie des cieux, et nous serions restés les parasites aveugles et sourds d'un monde isolé du reste de l'univers. 0 Nuit sacrée ! Si, d'une part, tu planes, supérieure au jour de toute la hauteur de la Vérité au-dessus de l'illu-
sion, d'autre part, tu verses, du haut de tes urnes invisibles, la paix silencieuse et tranquille, le calme pénétrant, dans nos âmes fatiguées parfois des agitations de la vie, et tu nous fais oublier les luttes, les intrigues, les perfidies, les misères des heures du travail, de l'activité et du bruit, et tous les mensonges conventionnels de la civilisation. Le repos et les rêves sont ton domaine. Nous t'aimons pour cette paix, pour ce calme, pour cette tranquillité. Nous t'aimons parce que tu es vraie. Nous t'aimons parce que tu nous mets en communication avec les autres mondes, parce que tu nous fais pressentir la vie universelle et éternelle, parce que tu nous donnes l'espérance, parce que tu nous proclamescitoyens du ciel.