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DEUXIEME LEÇON

Notre première Leçon nous a montré la Terre suspendue dans l'espace, comme un globe isolé de toutes parts, et entourée, à de vastes distances, par la multitude des étoiles.

Ces feux du ciel sont des soleils comme celui qui nous éclaire. Ils brillent par leur propre lumière : nous le savons avec certitude, parce que leur distance est si grande qu'ils ne pourraient être ni éclairés par le soleil, ni, à plus forte raison, réfléchir sa clarté jusqu'à nous, et parce que, d'autre part, nous avons pu mesurer et analyser leur lumière. Un grand nombre de ces lointains soleils sont simples, isolés ; d'autres sont doubles, triples, multiples; d'autres, associés en groupes de plusieurs centaines, de plusieurs milliers; d'autres se présentent comme centres de systèmes analogues à celui qui gravite autour de

notre soleil, et dont nous faisons partie. Mais cestribus célestes sont éloignées de nous à de telles distances qu'il nous est impossible de distinguer tous les membres de chaque famille en particulier. Des observations délicates en ont seulement révélé quelques-uns. Nous devons nous contenter d'abord, ici, d'admirer les chefs, les soleils-étoiles, globes formidables, flambeaux éclatants répandus à profusion dans l'immensité.

— Mais comment les reconnaître les uns des autres ? Comment les retrouver facilement et lesnommer? Il y en a tant !

Ne nous effrayons pas ; la chose est des plus simples.

Pour étudier la surface de la Terre, nous nous servons de cartes géographiques sur lesquelles sont dessinés, avec un grand soin, les continents et les mers qui la composent. Chaque contrée do notre planète est subdivisée en États, qui portent chacun un nom propre. Nous allons procéder de même dans le ciel, et cela nous sera d'autant plus facile que le grand livre des cieux est constamment ouvert à nos regards. Et notre globe se donne la peine de tourner sur lui-même pour nous le montrer successivement tout entier. Il suffit que l'atmosphère soit pure, et que l'amour de la science et de la vérité stimule un peu notre bonne volonté, pour que la géographie du ciel, «Furanographie», nous soit bientôt aussi

familière que la géographie de notre atome terrestre.

Par une belle nuit d'été, lorsque notre regard s'élève vers la voûte étoilée, il ne remarque, d'abord, qu'une multitude de points étincelants. Les étoiles paraissent disséminées, comme au hasard, dans l'espace; elles sont si nombreuses €t si proches les unes des autres qu'il semblerait téméraire de vouloir les nommer séparément. Cependant, il en est de plus éclatantes qui attirent particulièrement et excitent spécialement notre attention. Au bout d'un moment d'observation, nous remarquons une certaine régularité dans la disposition de ces soleils lointains et nous nous plairions volontiers â dessiner des figures imaginaires sur ces groupes célestes.

C'est ce que firent, avec un but utile, les hommes de l'antiquité. Pour se guider sur les mers, où nul chemin n'est tracé, les premiers navigateurs phéniciens choisirent, dans le ciel, des points de repère invariables auxquels ils pouvaient demander les jalons de leurs routes. Ils découvrirent ainsi la position du pôle immobile et conquirent par là l'empire des mers. Les pasteurs de la Chaldée, les peuples nomades de

l'Orient, associèrent aussi le ciel à leurs migrations. Par des alignements faciles, ils groupèrent en constellations les étoiles les plus brillantes,, et chacune de ces provinces célestes reçut un nom tiré de la Mythologie, de l'Histoire, ou des règnes de la nature. Il serait impossible de déterminer exactement l'époque de cette primitive géographie céleste. Le Centaure Chiron, précepteur de Jason,ala réputation d'avoir, le premier, divisé le ciel sur la sphère des Argonautes. Mais ce souvenir est un peu mythologique ! La Bible nous montre le prophète Job nommant déjà Orion, les Pléiades, les Hyades, il y a trois mille trois cents ans. Les tablettes babyloniennes et les hiéroglyphes égyptiens témoignent d'une astronomie déjà assez avancée en ces époques lointaines. Toutefois, nos constellations actuelles, d'origine babylonienne, sans doute, paraissent avoir été arrangées sous leur forme actuelle par le savant grec Eudoxe de Cnide, vers l'an 360 avant notre ère. Aratus les chanta en un poème didactique vers l'an — 270. C'est Hipparque de Rhodes qui, le premier, nota avec précision les positions astronomiques 130 ans avant notre ère; il classa les étoiles par ordre de grandeurs, selon leur éclat apparent, et son catalogue, conservé dans YAlmageste de Ptolémée, contient 1,022 étoiles distribuées en 48 constellations. Les figures des constellations, tirées presque

toutes de la Fable, ne sont visibles qu'avec les yeux de l'imagination, et là où l'antiquité a placé tel personnage ou tel animal, nous verrons, s'il nous plaît, avec un peu de bonne volonté, tout ce que nous voudrons. Ces figures n'ont rien de réel. Cependant, il est indispensable de bien connaître les constellations pour se retrouver dans l'innombrable armée des étoiles, et nous allons commencer cette étude par la description de la plus populaire, de la plus connue de toutes, de celle qui plane, toutes les nuits, dans notre ciel boréal. Inutile de vous la nommer. Tout le monde la connaît. Vous l'avez dit : c'est la Grande Ourse.

Cette vaste et splendide association de soleils, surnommée aussi le Chariot de David, est une des plus belles constellations du ciel et une des plus anciennes, puisque les Chinois la saluaient comme la divinité du Nord, il y a plus de quatre mille ans.

Si, par hasard, quelques-unes de nos lectrices avaient oublié sa position dans le ciel, voici un moyen bien simple de la reconnaître : Tournezvous vers le Nord, c'est-à-dire à l'opposé du point où le soleil se trouve à midi. Quels que soient la saison de Tannée, le jour du mois ou l'heure de la nuit, vous verrez toujours là, trônant dans les hauteurs du firmament, sept belles étoiles disposées en un quadrilatère suivi

d'une queue de trois étoiles. Cettev magnifique constellation ne se couche jamais pour notre horizon ; nuit et jour, elle veille au-dessus de nous, tournant, en vingt-quatre heures, autour d'une étoile très célèbre que nous connaîtrons bientôt. Dans la figure de la Grande Ourse, les quatre étoiles du quadrilatère se trouvent dans le corps, et les trois de l'extrémité forment la queue. Dans le Chariot de David, les quatre étoiles représentent les roues, et les trois autres les chevaux.

Nos aïeux y ont vu, parfois, sept bœufs, les « bœufs du pâturage céleste », et c'est même de là qu'est dérivé le mot septentrion (seplem Triones : sept bœufs de labour). Quelquefois &ussi, on voit là une charrue, et d'autres, plus vulgaires, appellent cette figure la Casserole. Comme elle tourne autour • du pôle, son aspect varie suivant ses positions.

Il est assez difficile de deviner pour quelle raison cette constellation a reçu le nom d'Ourse. Mais ce nom a eu une certaine influence. Du mot grec Arctos (ourse) est sorti arctique, puis, pour son antipode, antarctique. Du mot latin Trio, bœuf de labour, est sorti septentrion, qui veut dire les sept bœufs. Les étymologies ne sont pas toujours logiques. Est-ce que le mot vénérer ne descend pas de Vénus?

Pour distinguer les étoiles entre elles, on est

convenu de les désigner sous les lettres de l'alphabet grec, car' il eût été impossible de leur donner un nom à chacune, tant leur nombre est. considérable.

Alpha et Bêta marquent les deux premièresétoiles du Chariot; Gamma et Delta les deux suivantes ; Epsilon, Zêta, Éta, les trois du timon (*). Toutes ces étoiles sont de seconde grandeur (nous expliquerons, au chapitre sui-

Mg. 3. — La Grande Ourse ou Le Chariot

vant, le sens intégral de cette expression), excepté la dernière (Delta) du quadrilatère, qui est de troisième.

Notre figure 3 représente l'aspect de cetteconstellation primitive. Comme elle tourne en

* 11 est toujours utile de connaître les lettres grecques, et ce ne sera pas là un exercice difficile pour nos lectrices. Les voici :

o. alpha.

*i êta.

v nu.

x tau.

p bêta.

8 thêta.

Ç xi.

u upsilon.

Y gamma.

t iota.

o omicron.

f phi.

S delta.

« kappa.

n pi.

X ki.

t epsilon.

X lambda.

? rho.

* psi.

Ç zêta.

P mu.

; sigma.

m oméga.

vingt-q'uatre heures autour du pôle, situé dans le prolongement de la ligne menée -de g à a, elle prend toutes les situations possibles, comme si vous tourniez cette page dans tous les sens. Mais la disposition de ces sept étoiles entre elles ne change pas.

Chacune de ces sept étoiles, ne l'oublions pas en les contemplant, est un soleil éblouissant, centre de force et de vie. L'une d'elles est même particulièrement remarquable : c'est Zêta (Ç), appelée Mizar par les Arabes. Les bonnes vues distinguent tout auprès d'elle une minuscule étoile, Alcor, ou le Cavalier, appelée aussi Saïdak par les Arabes, c'est-à-dire l'Épreuve, parce qu'elle sert à éprouver la portée de la vue. Mais, de plus, si vous avez une petite lunette à votre disposition, dirigez-la vers cette belle étoile Mizar : vous serez émerveillées en découvrant là les deux plus admirables diamants que vous puissiez voir et auxquels aucun brillant ne peut être comparé. Il y a, là aussi, plusieurs étoiles doubles, avec lesquelles nous ferons connaissance plus tard.

Mais n'oublions pas notre géographie céleste. La Grande Ourse va nous servir à trouver toutes les constellations voisines.

Si l'on tire (fig. 4) une ligne droite, partant de (3, passant par a, qui forment l'extrémité du carré, * et qu'on la prolonge d'une quantité

égale à la distance d'Alpha à l'extrémité de la queue, on rencontre une étoile de deuxième grandeur qui marque l'extrémité d'une figure toute semblable à la Grande Ourse, mais plus petite, moins brillante et dirigée en sens contraire, C'est la Petite Ourse, composée de sept astres, comme son aînée; l'étoile située au bout

Fig. 4. — Pour trouver I'Étoile Polaire.

de la ligne qui nous a servi â la trouver, est YÉtoile Polaire.

Immobile près du pôle boréal, la Polaire a reçu le don de captiver tous les regards par sa fixité au fond du firmament. Elle est la providence des navigateurs égarés sur l'Océan, auxquels elle montre le Nord, tandis qu'elle sert de pivot à l'immense rotation que toutes les étoiles paraissent accomplir autour d'elle en vingt-quatre heures. C'est donc un personnage très important, et il faut nous empresser de la trouver pour lui rendre

l'hommage qui lui est dû. Ajoutons que son immobilité spéciale, dans le prolongement de l'axe de la Terre, n'est qu'une apparence causée par le mouvement diurne de notre planète. Noslectrices n'ignorent pas que c'est la Terre qui tourne, et non le Ciel. Du reste, nous le démontrerons plus loin. En regardant l'Étoile Polaire,, on a le Sud derrière soi, l'Est à droite, et l'Ouest à gauche.

Entre la Grande Ourse et la Petite Ourse, or* distingue une suite de petites étoiles qui serpentent. Ce sont les étoiles du Dragon.

Nous allons continuer notre grand voyage par Cassiopée, belle constellation située de l'autre côté de la Polaire par rapport à la Grande Ourse, et disposée un peu comme les jambages écartés de la lettre M. On l'appelle aussi la Chaise. En effet, quand la figure se présente avec la ligne a p en bas, la ligne * y forme le siège et Y 8 e le dossier.

En tirant une ligne droite de l'étoile § de la Grande Ourse, et en la prolongeant au delà de l'Étoile Polaire d'une quantité égale à la distance qui sépare ces deux étoiles, on trouvera facilement cette constellation (fig. 5).

Ce groupe, comme les précédents, ne se couche jamais pour nos latitudes, et est toujours visible à l'opposé de la Grande Ourse. Il tourne, en vingtquatre heures, autour de la Polaire, et se trouve

tantôt au-dessus, tantôt au-dessous, tantôt à droite, tantôt à gauche.

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Fig. 5. — Pour trouver Cassiopée.

Maintenant si, prenant comme point de départ les étoiles Alpha et Delta de la Grande Ourse,

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Fig. 6. — Pour trouver Pégase et Andromède.

nous tirons deux lignes qui, se joignant au pôle, se prolongeraient au delà de Cassiopée, nous arriverons au carré de Pégase (fig. 6)i vaste

constellation qui se termine, d'un côté, par un. prolongement de trois étoiles.

Ces trois dernières étoiles appartiennent à Andromède et aboutissent elles-mêmes à Persée. La dernière étoile du carré de Pégase est donc la première d'Andromède.

L'étoile y d'Andromède est une double magnifique dont nous reparlerons au chapitre suivant, c'est-à-dire que le télescope la décompose en deux soleils merveilleux dont l'un est jaune-topaze, et l'autre vert-émeraude. (On en découvre même trois dans les grands instruments.)

Au-dessus de 3, on remarque, près d'une petite étoile, une traînée lumineuse, pâle et blanchâtre : c'est la nébuleuse oblongue d'Andromède, la première dont il soit fait mention dans l'histoire de l'astronomie et l'une des plus belles du ciel, perceptible à l'œil nu parles nuits bien transparentes.

Les étoiles a, 8 et y de Persée forment un arc concave qui va nous servir pour une nouvelle orientation. En le prolongeant du côté de o, on trouve une étoile très brillante de première grandeur : c'est Capella, ou la Chèvre, de la constellation du Cocher (fig. 7).

Si, revenant à l'étoile Delta de Persée, on tire une ligne se dirigeant vers le Sud, on arrive aux Pléiades, ravissant amas d'étoiles, fine poussière

de diamant, qui tremblent sur l'épaule du Taureau, avec lequel nous ferons connaissance tout à l'heure lorsque nous arriverons aux constellations zodiacales.

Non loin de là, brille une étoile très curieuse,. Bêta de Persée ou Algol, qui forme un petit triangle avec deux autres plus petites. Cette*

Fig. 7. — Persée, les Pléiades, la Chèvrb.

étoile offre cette particularité qu'au lieu de garder un éclat fixe, elle varie d'intensité de lumière et est tantôt brillante, tantôt pâle. Elle appartient à la catégorie des étoiles variables que nous étudierons plus tard. Depuis plus de deux centsans qu'on l'observe, toutes les observations concordent pour prouver qu'un astre presque obscur tourne autour de ce soleil, à peu près dans le plan denotre rayon visuel, et produit, en passant devant lui, une éclipse partielle qui le fait des-

cendre, de la deuxième à la quatrième grandeur, tous les 2 jours 20 heures 49 minutes.

A présent, nous allons, si vous le voulez bien, revenir à la Grande Ourse qui, si complaisant ment, nous a servi tout à l'heure, à notre départ pour ces plages lointaines, et nous nous embarquerons de nouveau à la recherche des autres «constellations.

En prolongeant la ligne courbe de la queue

*/ b&rèaie

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