‹ Astronomie des damesChapitre 14 sur 24 · ASTRONOMIE. IO · texte numérisé non relu

ASTRONOMIE. IO

contre le mouvement de la Terre est que les oiseaux en l'air devraient voir la Terre s'enfuir sous leurs pieds , et qu'un boulet de canon qui serait lancé perpendiculairement de bas en haut ne retomberait jamais près de nous, parce que nous serions emportés fort loin pendant que le boulet est en l'air. Mais ce raisonnement est une erreur : il est impossible que des corps terrestres, et l'atmosphère de la Terre, qui depuis tant de siècles tiennent à la Terre et tournent avec elle, n'en aient pas reçu un mouvement commun, une impression et une direction commune : la Terre tourne avec tout ce qui lui appartient , et tout se passe sur la Terre mobile comme si elle était en repos. Il est étonnant que Tycho, le P. Riccioli, et tous ceux qui ont répété le même argument sous tant de formes différentes , n'aient pas su que lorsqu'on jette une pierre du haut du mât d'un vaisseau en mouvement, elle tombe directement au pied du mât, comme quand

le vaisseau est en repos. Ceux qui sont sur le rivage lui voient décrire une ligne oblique, ou la diagonale des deux vitesses; le mouvement du vaisseau est communiqué d'avance au mât , à la pierre , et à tout ce qui existe dans le vaisseau , en sorte que tout arrive dans ce navire comme s'il était immobile : il n'y a que le choc (\es obstacles étrangers qui fait qu'on en aperçoit le mouvement lorsqu'on est dans le navire ; mais comme la Terre ne rencontre aucun obstacle étranger , il n'y a absolument rien dans la nature , ni sur la Terre, qui puisse par sa résistance , par son mouvement ou par son choc , nous faire apei> cevoir le mouvement de la Terre. Ce mouvement est commun à tous les corps terrestres; ils ont beau s'élever en l'air, ils ont reçu d'avance l'impression du mouvement de la Terre , sa direction et sa vitesse; et lors même qu'ils sont au plus haut de l'atmosphère, ils continuent à se mouvoir comme la Terre On a dans les cabi-

nets de physique une petite machine, en forme de chariot , qui en roulant fait partir une balle en Fair; il la reçoit à quelque distance de là, dans la même coquille, où la balle retombe toujours, malgré le mouvement du chariot. Un boulet de canon qui serait lancé bien perpendiculairement vers le zénith retomberait dans la bouche du canon, quoique, pendant le temps que le boulet était en l'air, le canon ait avancé vers l'orient avec la Terre de plusieurs lieues ( il doit faire six lieues et un quart par minute sous l'équateur ) : la raison en est évidente; ce boulet, en s'élevant en Fair, n'a rien perdu de la vitesse que le mouvement de la Terre lui a communiquée : ces deux impressions ne sont point contraires ; il peut faire une lieue vers le haut, pendant qu'il en fait six vers l'orient; son mouvement, dans l'espace absolu, est la diagonale d'un parallélogramme dont un côté a une lieue et l'autre six. Il retombera par sa pesanteur natu-

( »3 ) relie , en suivant une autre diagonale , et il retrouvera le canon qui n'a point cessé d'être situé, aussi bien que le boulet, sur la ligne qui va du centre de la Terre jusqu'au sommet de la ligne où il a été lancé.

Cette expérience est fort difficile à bien faire. Le père Mersenne et M. Petit la firent dans le dernier siècle ; mais ils ne retrouvèrent pas leur boulet. A Strasbourg, on l'a trouvé à 367 toises; mais il eût été à plusieurs lieues si la Terre n'avait pas entraîné le boulet.

Les planètes tournant autour du Soleil, c'est dans le Soleil qu'il faudrait être pour observer les circonstances , les règles ou les lois de leur mouvement. Mais il y a des occasions où la Terre se trouvepîacée de manière que nous pouvons apercevoir les choses comme si nous étions au centre même du Soleil. Par exemple, quand une planète est sur la même ligne que le Soleil et la Terre , soit que la Terre soit entre

( "4) deux , ' et la planète en opposition > soit que la planète paraisse du même côté que le Soleil, c'est-à-dire en conjonction, alors nous voyons la planète au même lieu que si nous pouvions la voir du Soleil.

C'est en profitant de ces circonstances qu'on est parvenu à connaître toutes les lois du mouvement des planètes. Kepler reconnut, i° que les planètes décrivent autour du Soleil, non des cercles, mais des ovales ou ellipses ;

2° Qu'elles vont réellement d'autant plus vite qu'elles sont plus près du Soleil;

3° Que les planètes les plus éloignées sont plus long-temps à faire leur tour dans un rapport qu'il découvrit : ce rapport paraît compliqué ; car il faut multiplier deux fois la distance par elle-même le temps ou la durée de la révolution ; on aura le même rapport pour toutes les planètes; ce qu'on énonce ordinairement en ces termes t les carrés des temps sont

( "5 ) comme les cubes des distances. Jupiter est. cinq fois plus loin du Soleil que la Terre, et il lui faut onze fois plus de temps pour faire son tour. Le nombre n multiplié par lui-même fait 121 ; la distance 3 multipliée deux fois par 5, fait i25, et ce produit est à-peu-prèslemême; on trouve une, égalité parfaite quand on fait le calcul plus rigoureusement.

C'est aussi par des observations rapportées au Soleil que les astronomes ont déterminé les périodes et les inégalités des planètes, et ont fait les tables qui servent à calculer dans les Épliémérides la place où chacune doit se trouvera chaque jour de Tannée.

Le mouvement de la Terre autour du Soleil, et l'immobilité de celui-ci par rapport à nous , n'empêche pas que la totalité de notre système solaire ne puisse être sujet à quelque déplacement. En effet, puisque les étoiles s'attirent de fort loin, il est vraisemblable qu'elles sont dans un

( "6 ) mouvement continuel. Nous les appelons fixes , parce que leur mouvement est insensible pour nous ; mais il y en a quelques-unes dont nous avons déjà observé le mouvement , sur-tout Awturus ; et à l'égard du Soleil, j'ai fait voir que le mouvement de rotation qu'on y observe est inséparable d'un mouvement de translation ou d'un déplacement réel , dans lequel le Soleil entraîne avec lui tout le système, la Terre, les planètes et les comètes, au travers des espaces célestes ; nous ne savons point encore avec quelle vitesse ni dans quelle direction. Quoi qu'il en soit, le Soleil, par rapport à nous, doit être supposé immobile, comme nous l'avons démontré.

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