‹ Astronomie des damesChapitre 2 sur 24 · ASTRONOMIE. I · texte numérisé non relu

ASTRONOMIE. I

Je n'ai donc pu renvoyer ici à mon grand Traité d'Astronomie (en trois volumes in-4°) ni même à Y Abrégé que j'en ai donné en un volume in-8°. Cet Abrégé serait encore trop étendu ; il suppose quelques idées de géométrie et de calcul , et l'on a cru devoir ici les éviter. Peutêtre cependant aurait-il fallu essayer de présenter ici ces premières notions de ma thématiques ; mais l'appareil en aurait semblé trop effrayant pour le plus grand nombre des personnes à qui notre ouvrage est destiné ; quoique ce soient des idées bien simples , elles se présenteraient sous une forme trop imposante, et il nous importe d'attirer, non d'effrayer , à l'abord des sciences.

La Pluralité des Mondes de Fonte nelle , publiée en 168G , et que tout le monde lit encore, aurait pu nous servir de modèle , en en ôtant seulement ce qu'il y a d'hypothétique et de suranné , comme les tourbillons , et en corrigeant

(5 ) les fautes qu'on y remarque, comme l'article des comètes (i); mais cet ouvrage est trop superficiel , il ne va point assez au fond des choses; après l'avoir lu, on n'a point une idée de la constitution du ciel ; et nous espérons de la donner.

D'ailleurs les causes finales que cet auteur imagine sans cesse, et les allusions plaisantes dont il sème ses entretiens , ne sont plus du goût de notre siècle , quoiqu'elles aient fait peut-être la réputation de cet ouvrage dans le siècle passé.

Je suivrai pour les commencemens îa même méthode que dans mon Astronomie , parce qu'après y avoir bien pensé , je n'ai rien pu trouver de plus facile.

Je ne demande aux Dames , à l'exemple

(r) J'en ai donné une édition, avec des notes , en 1801 ; c'est la seule qu'on puisse lire avec confiance.

( 4) de Fontenelle , « que le degré d'appli- » cation qu'il faut donner à la Princesse » de Glèves > si on veut en suivre bien » l'intrigue et en connaître toute la » beauté ; il est vrai que les idées de » ce livre-ci sont moins familières à la » plupart des femmes que celles de la » Princesse de Clèves ; mais elles ne sont » pas plus obscures ; et je suis sûr qu'à » une seconde lecture 3 tout au plus , il » ne leur en sera rien échappé. »

Nous n'avons pas cependant le même projet que lui; il voulait amener l'astronomie à un point -où elle ne fût ni trop sèche pour les gens du monde , ni trop badine pour les savans ; il auroit pu se faire , comme il dit lui-même , qu'en cherchant un milieu, où l'astronomie convînt à tout le monde , on en eût trouvé un où elle ne convînt à personne. Ainsi nous oublierons totalement les savans , pour ne nous occuper que des Dames.

(5) Déjà l'on en connaît plusieurs qui ont donné l'exemple , non-seulement de la curiosité, mais encore du courage dans ce genre : la belle Hypatia fit plusieurs ouvrages : elle professait l'astronomie à Alexandrie lorsqu'elle fut assassinée par le clergé, l'an 4i5. Marie Cunitz , fille d'un médecin de Silésie , publia en i65o des tables d'astronomie. Marie - Claire Eimart Muller , fille et femme d'astronomes connus , fut elle-même astronome.

Jeanne Dumée annonçait en 1680 des entretiens sur le système de Copernic.

La femme d'Hévélius observait avec lui.

Les sœurs de Manfredi calculaient les éphémérides de Bologne ; les trois sœurs de Kirch ont calculé long-temps les éphémérides de Berlin ; sa femme , née Winkelmann , donna , en 17 12 , un ouvrage d'astronomie. La marquise du Châtelet a donné une traduction de Newton. La comtesse de Puzynina a fondé un observatoire en Pologne , et on lui

(6) appliquait ce passage de l'Écriture : Una mulier fecit confusionem genti. Madame Lepaute , morte en 1788 , a calculé plus de dix ans les éphémérides de l'académie , et la veuve d'Edwards travaille en Angleterre au Nautical almanac. Madame du Piery a fait beaucoup de calculs d'éclipsés pour trouver mieux le mouvement de la Lune ; elle est la première qui ait professé l'astronomie à Paris. Miss Caroline Herschel travaille avec son frère. Elle a déjà découvert cinq comètes. Madame la duchesse de Gotha a fait une quantité de calculs , mais elle ne veut pas être citée. Ma nièce , Lefrançais de Lalande , aide à son mari pour ses observations , et en tire des conclusions par le calcul ; elle a réduit dix mille étoiles, elle a donné 3oo pages de tables horaires pour la marine, travail immense pour son âge et pour son sexe. Elles sont dans mon Abrégé de navigation.

Je crois qu'il ne manque aux femmes que les occasions de s'instruire et de prendre de l'émulation ; on en voit assez qui se distinguent , malgré les obstacles de l'éducation et du préjugé , pour croire qu'elles ont autant d'esprit que la plupart des hommes qui acquièrent de la célébrité dans les sciences.

L'utilité de l'astronomie est assez reconnue pour que je n'aie pas besoin d'insister là -dessus : indépendamment du spectacle admirable qu'elle nous offre et auquel tous les gens d'esprit s'intéressent , c'est par son secours que la géographie et la marine réunissent les extrémités du monde; que l'on règle le calendrier et la chronologie, que l'on trace des cadrans solaires , etc.

Le retour des saisons et les prédictions météorologiques pourront devenir quelque jour une application bien importante de l'astronomie ; mais cette partie n'est pas encore assez avancée,

(8) Cependant il y a lieu de croire que les années chaudes et froides , sèches ou humides , reviennent à-peu-près au bout de dix-huit ans , ainsi que les éclipses , et je m'en suis servi avec quelque succès dans le Journal de Paris , pour rassurer le public sur des dérangemens apparens dans les saisons.

On trouve dans l'histoire plusieurs traits des inconvéniens de l'ignorance en astronomie pour des nations entières. Nicias , général des Athéniens , avait résolu de quitter la Sicile avec son armée ; une éclipse de lune, dont il fut frappé , lui fit perdre le moment favorable , et fut cause de la mort du général et de la ruine de son armée ; perte si funeste aux Athéniens , qu'elle fut l'époque de la décadence de leur patrie. Alexandre même, avant la bataille d'Arbelle, fut obligé de rassurer son armée effrayée d'une éclipse de lune. Il fit avertir les astronomes égyptiens; il ordonna des sacrifices au

(9) Soleil, à la Lune et à la Terre , comme aux divinités qui causaient ces éclipses.

On voit au contraire d'autres généraux à qui leurs connaissances en astronomie ne furent pas inutiles : Périclès conduisait la flotte des Athéniens ; il arriva une éclipse de soleil qui causa une épouvante générale ; le pilote même tremblait : Périclès le rassura par une comparaison familière ; il prit le bout de son manteau , et lui en couvrant les yeux , il lui dit : Crois-tu que ce que je fais là soit un signe de malheur ? Non sans doute, dit le pilote. Cependant c'est aussi une éclipse pour toi ; et elle ne diffère de celle que tu as vue , qu'en ce que la Lune étant plus grande que mon manteau , elle cache le Soleil à un plus grand nombre de personnes.

Agatoclès , roi de Syracuse , dans une guerre d'Afrique, voit aussi, dans un jour décisif, la terreur se répandre dans son armée, à la vue d'une éclipse; il se

( io ) présente à ses soldats , il leur en explique les causes , et il dissipe leurs craintes.

Tacite parle d'une éclipse dont Drusus se servit pour apaiser une sédition. On raconte des traits de cette espèce à l'occasion de Sulpitius Gallus, lieutenant de Paul Emile dans la guerre contre Persée, et de Dion , roi de Sicile. Christophe Colomb, à la Jamaïque, profila d'une éclipse de Lune qui devait avoir lieu, pour obliger les sauvages à le délivrer d'une situation très-critique ; et nousmêmes nous nous servons de l'astronomie pour affranchir le public des terreurs que l'astrologie et les comètes n'ont que trop souvent répandues. En 1186, il y eut une conjonction de toutes les planètes. On disait qu'elle causerait des malheurs inouis ; mais cette année se passa comme les autres. Nous avons vu encore, en 177^, tout Paris s'effrayer d'une arrivée de comète qui n'avait aucun fondement , et cette terreur incroya-

ble s'était étendue jusque dans les pays étrangers.

Après avoir donné une idée des avantages de l'astronomie , parions aussi de l'histoire et des progrès de cette- science. L'histoire de l'astronomie doit remonter, suivant M. Bailly (i), à un peuple antédiluvien dont le souvenir s'est perdu, et dont quelques débris de connaissances astronomiques ont échappé à la révolution générale. Mais les autres historiens rapportent aux Egyptiens et ensuite aux Chaldéens l'origine de cette science. C'est en Egypte que Platon et Eudoxe avaient puisé les notions dont ils enrichirent la Grèce 370 ans avant l'ère vulgaire. Céphée et Cassiopée étaient d'Ethiopie : cela reporte au midi de l'Egypte l'origine des constellations ; mais les Egyptiens cachaient soigneusement leurs connaissances ; elles

(1) Histoire de l'Astronomie , 5 vol. ia 40.

devaient se perdre avec le gouvernement, la religion et le langage. C'est chez les Babyloniens qu'Hipparque trouva les plus anciennes observations dont il put faire usage pour déterminer les mouvemens de la Lune. La première de toutes est une éclipse de Lune observée à Babylone 721 ans avant l'ère vulgaire. Ptolémée nous a conservé diverses autres observations faites à Babylone jusqu'à l'an 492 avant notre ère. Alors les rois de Perse , qui devinrent maîtres de Babylone , n'y résidant point , l'émulation s'y ralentit, et la réputation des sciences y diminua.

Les Grecs disent que Thaïes de Milet, environ 600 ans avant notre ère, détermina , le premier , le mouvement du Soleil , et apprit aux Grecs la cause des éclipses ; Hérodote dit même que Thaïes avait prédit une éclipse; mais c'eût été tout au plus par la période de dix-huit ans , qui ramène les éclipses dans le

( *3 ) même ordre ; et cette connaissance ne pouvait venir que de l'Egypte ou de la Chaldée.

Environ 3oo ans avant notre ère, il se fit une révolution dans l'astronomie par la protection des Ptolémées, rois d'Egypte. Les premiers Grecs qui cultivèrent l'astronomie à Alexandrie , furent Timocharis et Aristylle; Ptolémée , dans son Almageste ? assure qu'Hipparque avait employé leurs observations , quoiqu'imparfaites , et qu'il avait reconnu par leur moyen le mouvement des étoiles en longitude. Ptolémée lui-même cite plusieurs de leurs observations : la plus ancienne est de l'année 294 avant l'ère vulgaire. Timocharis vit le bord boréal de la Lune toucher l'étoile boréale au front du Scorpion; cette observation est une des meilleures que nous puissions employer pour connaître le mouvement qu'ont eu les étoiles fixes.

Ptolémée Philadelphe succéda à

( i4) Ptolémée, fils de Lagus, vers l'an 283 ; prince instruit en tout genre de sciences et protecteur déclaré de ceux qui les cultivaient, il attira dans sa capitale des savans tant de la Grèce que d'ailleurs; il les logea dans son palais , leur assigna une subsistance honorable et leur procura les moyens de travailler avec succès dans les sciences. Le muséum ou collège d'Alexandrie est célébré dans Strabon ; l'émulation qui s'éleva pour lors en Egypte , durait encore au temps de l'invasion des Sarrasins, l'an 634 de notre ère, quoique les sciences y eussent beaucoup déchu , même dès le temps de Strabon , qui écrivait sous le règne d'Auguste.

Aristarque de Samos, qui vivait environ 264 ans avant l'ère vulgaire, enseigna le mouvement de la Terre autour du Soleil, dont Philolaùs avait déjà parlé avant lui ; il imagina une méthode ingénieuse pour trouver la distance du

( «5) Soleil à la Terre, en supposant connue celle de la Lune , qui est en effet la plus aisée à connaître.

Eratosthènes , né à Cyrène 276 ans avant l'ère vulgaire , fut appelé d'Athènes à Alexandrie par Ptolémée Evergète ; il fut mis à la tête de la bibliothèque royale d'Alexandrie ; il fit élever dans le portique une armille de bronze , ou un grand cercle en forme d'anneau , incliné comme l'équateur céleste , pour observer le temps où le Soleil se trouvait dans Téquinoxe ; et Hipparque s'en servit dans le siècle suivant , pour faire des observations qui sont encore précieuses auj ourd'hui. Eratosthènes fut aussi le premier qui fit des observations pour mesurer la grandeur de la Terre.

Hipparque parut enfin à Alexandrie vers l'an 160 avant notre ère. Il fut le plus intelligent et le plus laborieux astronome dont on nous ait conservé lamémoire, et la véritable astronomie ne com-

( i6 ) raence qu'à lui. Il rassembla les anciennes observations ; il observa lui-même : il reconnut que les planètes n'avaient pas des mouvemens uniformes, et il détermina même les inégalités , du moins pour le Soleil et pour la Lune; il trouva la vraie longueur de l'année, il rectifia la mesure de la Terre donnée par Eratosthènes.

Il observa une nouvelle étoile qui parut de son temps ; et persuadé que ces phénomènes pouvaient arriver plus souvent, et que les étoiles réputées fixes pouvaient avoir un mouvement, il osa, suivant l'expression de Pline, « par une en- » treprise digne des dieux, donner à la » postérité le dénombrement du ciel, et » en déterminer toutes les parties , avec » des instrumens de son invention, au » moyen desquels il marqua les lieux et » les grandeurs des étoiles. Par4à il don- » nait les moyens de discerner à l'avenir » si les étoiles pouvaient se perdre et re-

( i7 ) » paraître, si elles changeaient de situa- » tion, de grandeur et de lumière. C'est » ainsi qu'il laissa le ciel en héritage à » ceux qui se trouveraient dignes d'en » profiter. »

Ce catalogue d'Hipparque contient 1022 étoiles , avec leur position pour l'année 128 avant l'ère vulgaire. Ce grand ouvrage nous a été heureusement conservé dans le livre de Ptolémée.

Hipparque, en comparant ses observations de l'épi de la Vierge avec celles que Timocharis avait faites un siècle auparavant, aperçut le premier que les étoiles changeaient de position et paraissaient avancer lentement d'occident en orient par rapport aux points équinoxiaux. C'est ce que l'on appelle précession des équinoxes , en vertu de laquelle les signes du zodiaque, ou les points de la révolution annuelle du Soleil, font tout le tour du ciel et des constellations dans l'espace de 25ooo ans.

Depuis les observations et les théories d'Hipparque , on ne trouve rien pour le progrès de l'astronomie , si ce n'est celles de Ptolémée, astronome d'Alexandrie, qui vivait entre les années ia5 et i4i de l'ère vulgaire. Son Almageste est le seul livre important qui nous soit resté de l'astronomie ancienne. Quoique son système et ses observations soient peu estimés , les astronomes sont obligés de recourir à son ouvrage; et si les théories qu'il renferme pour les mouvemens des planètes sont de lui, cet auteur rendit de grands services à l'astronomie.

Cette science fut presque totalement négligée dans les siècles suivans ; on s& bornait à traduire et à commenter le livre de Ptolémée; l'on ne trouve que quelques observations des Arabes, faites sous le. calife Almamon, qui régnait à Bagdad en 8 1 4 ; quelques-unes d'Albategnius , prince arabe qui vivait sur la fin du même siècle, et d'Ulug-Beg, petit-fils du grand

( '9 ) Tamerlan, qui, vers l'an 14^7, régnait dans la Bactriane; ce prince nous a laissé un catalogue d'étoiles qui est encore une chose précieuse.

Mais l'astronomie ne fit aucun progrès remarquable jusqu'au temps de Copernic, né dans la Prusse royale en 1^1. Dès l'an i5o7, il commença à méditer sur l'imperfection et la complication des hypothèses que l'on admettait alors pour expliquer les mouvemens planétaires, et il aperçut qu'on pouvait les simplifier beaucoup en faisant tourner la Terre autour du Soleil ; mais craignant d'annoncer des choses trop extraordinaires, sans en avoir des preuves démonstratives, il voulut examiner chaque planète en particulier, et en déterminer les mouvemens, de manière à construire des tables plus exactes que les tables de Ptolémée; il reconnut alors d'une manière incontestable que toutes les inégalités s'expliquaient parfaitement dans son nouveau système;

( ao ) £1 termina en i53o son fameux ouvrage De revoiutionibus Orbium Cœlestium ; mais il fut long-temps avant que d'oser le publier , et le livre ne parut même que le 24 mai i543 , c'est-à-dire le jour même de la mort de Copernic.

L'on dut à cet auteur et des idées lumineuses et un travail pénible , qui changèrent la face de l'astronomie, et qui préparèrent de nouveaux progrès. Tycho- Brahé , le plus grand observateur qu'il y ait eu, fut le premier qui, par l'exactitude et le grand nombre de ses observations, donna lieu au renouvellement de l'astronomie : toutes les théories , les tables et les découvertes de Kepler furent fondées sur ses observations, et leurs noms, à la suite d'Hipparque et de Copernic , doivent aller à l'immortalité.

Tycho naquit le i3 décembre i546, dans la province de Scanie en Danemarck, d'une famille illustre qui subsiste encore dans la Suède sous le nom de Brahé , et

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qui tient à celle de Lowendal. Tycho alla étudier à Copenhague ; il fut étonné, en voyant l'éclipsé de Soleil du 2 1 août 1 56o arriver suivant la prédiction des astronomes , et dès ce moment il conçut un désir ardent de pouvoir faire à son tour de semblables prédictions,

Frédéric Ier , roi de Danemarck , lui donna l'île d'Huenne , située dans la mer Baltique, vis-à-vis de Copenhague, où, depuis i58a jusqu'en i5o,7 , il fit une multitude immense d'observations.

Il détermina les positions des étoiles ; il observa les réfractions , les inégalités du Soleil ; il découvrit deux nouvelles inégalités dans la Lune , et fournit à Kepler de quoi découvrir les lois du mouvement des planètes , et faire des tables toutes nouvelles.

Kepler acquit encore plus de gloire que Tycho par les conséquences admirables qu'il tira de ces observations, Il naquit en 1571 dans le duché de Wirtem-

berg. C'est lui qui découvrit les lois des mouvemens célestes II fit de nouvelles tables des inouvemens de toutes les planètes, et ces tables ont servi, depuis 1626 jusqu'à la fin du dix-septième siècle, à tous les astronomes.

Lorsqu'on eut découvert les lunettes d'approche en 1609, Galilée s'en servit à Florence pour observer toutes les planètes, et ce fut une source de découvertes toutes nouvelles ; il vit qu'il y avait des montagnes dans la Lune , des taches dans le Soleil , un anneau autour de Saturne ; que Vénus était souvent en croissant comme la Lune ; enfin que Jupiter était accompagné et environné de quatre petites planètes qu'on appelle les satellites de Jupiter.

Hévélius , magistrat de Dantzick , né en 161 1 , fit un nombre immense d'observations depuis 1641 jusqu'en i685 ; il dressa un nouveau catalogue d'étoiles, et ses ouvrages sont encore précieux

(2.3 ) pour ceux qui font des recherches en astronomie ; le volume de ses observations est si rare qu'on ne peut plus le trouver, si ce n'est dans quelques grandes bibliothèques, parce que l'édition entière fut consumée dans un incendie allumé par la scélératesse d'un domestique.

L'académie des sciences de Paris , établie en 1666, forme une des époques les plus mémorables dans l'histoire de l'astronomie comme dans celle des autres sciences qu'elle embrasse : le goût des assemblées littéraires avait commencé en France long-temps auparavant, et avait été le germe des lettres , des sciences et de la philosophie. Bacon , qui mourut en 1626, en parle avec enthousiasme; il y avait en i638 des assemblées de savans formées par le père Mersenne; mais le grand Colbert choisit et rassembla les savans dans tous les genres , et en forma cette fameuse académie , qui s'assembla pour la première fois le 22 décembre 1666.

Toutes les parties de l'astronomie ont été perfectionnées dans le sein de cette compagnie. Parmi les découvertes essentielles qui y ont été faites , nous devons compter ici les satellites de Saturne , la propagation de la lumière, la grandeur et la figure de la Terre , l'application du pendule aux horloges, celle des lunettes aux quarts de cercle , faite en 1668, et celle des micromètres aux lunettes ; les principaux points de l'astronomie y furent tous discutés , et établis; je veux dire la théorie du Soleil et de la Lune , leurs inégalités, leurs diamètres , leurs parallaxes , les réfractions, l'obliquité de réclip tique; les inégalités des satellites de Jupiter.

Huygens , Picard , le célèbre Cassini , appelé à Paris en 1669 , et Lahire, y eurent la principale part.

La société royale de Londres , établie vers le même temps , eut un observateur célèbre, Jean Flamsteed; nous lui devons

( *5) îe plus grand catalogue d'étoiles qui eût jamais été fait, et qui parut en 17 12. Halley, qui lui succéda, est celui à qui Ton doit , entre autres choses , la première prédiction du retour d'une comète, que nous avons vu se vérifier cinquantequatre ans après , c'est-à-dire en 17^9.

Mais toutes les découvertes astronomiques sont, pour ainsi dire, éclipsées par celle de Newton; il découvrit et publia en 1687 ^a ^ol fondamentale de l'univers, c'est-à-dire la loi de l'attraction universelle , qui a fourni l'explication de tous les phénomènes de la nature , des mouvemens planétaires , des inégalités de la Lune, de l'aplatissement de la Terre , du retour des comètes , du flux et du reflux de la mer ; la cause même de la précession des équinoxes, qui était un des phénomènes les plus cachés et les plus difficiles à comprendre.

Newton n'a jamais été mieux célébré que dans cesbeaux vers du premier poète

de notre temps , que l'on verra dans ce poème que le public attend avec tant d'impatience ; il y peint Newton et Voltaire comme deux prodiges qui n'appartiennent pas moins l'un que l'autre à l'imagination.

Non , elle a fait Newton comme elle a fait Voltaire. Pénétrez de Newton l'auguste sanctuaire; Loin d'un monde frivole et de son vain fracas , De tous les vils pensers qui rampent ici-bas , Dans cette vaste mer de feux étincelante, Devant qui notre esprit recule d'épouvante , Newton plonge, il poursuit,il atteint les grands corps Qui, jusqu'à lui, sans lois, sans règles, sans accords, Roulaient désordonnés sous les voûtes profondes. De ces brillaus chaos Newton a fait des mondes. Atlas de tous ces cieux qui reposent sur lui , Il les fait l'un de l'autre et la règle et l'appui; Il fixe leurs grandeurs, leurs masses, leurs distances. C'est en vain qu'égarée en ces déserts immenses La comète espérait éckapper à ses yeux ; Fixes ou vagabonds , il poursuit tous ces feux Qui, suivant de leur cours Fincroycble vitesse , Sans cesse s'attirant, se repoussant sans cesse , Et par deux mouvemens, mais par la même loi , Roulent tous l'un sur l'autre et chacun d'exix sur soi.

0 pouvoir du génie et d'une ame divine ! Ce que Dieu seul a fait , Newton seul l'imagine ; Et chaque astre répète en proclamant leur nom : Gloire au Dieu qui créa les mondes et Newton ! Delille , poème de l 'Imagination.

Depuis Newton Ton a perfectionné toutes les parties de l'astronomie; on a déterminé justement la figure de la Terre, les inégalités de la Lune, des planètes et des satellites de Jupiter ; les petits mouvemens des étoiles; le retour de la comète de 1759; les véritables distances des planètes au Soleil et à la Terre : enfin on a découvert quatre nouvelles planètes dont on n'avait pas même soupçonné l'existence. Tous ces objets seront expliqués dans le petit volume que nous offrons à la curiosité des Dames. Puisse-t-il engager quelques-unes d'entre elles à passer ensuite à un ouvrage un peu plus étendu , pour mieux connaître et admirer le grand spectacle de l'Univers !

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