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CHAPITRE X^II

De l'explication des Fables par le moyen des Etoiles et du Soleil.

V^'est une chose bien propre à exciter la curiosité pour l'astronomie , que de voir l'usage qu'on en a fait chez tous les peuples du monde ; ainsi nous croyons devoir en présenter ici une idée, en faisant voir que les religions payennes , et les fables les plus célèbres , sont des allégories astronomiques , ainsi que l'a démontré Dupuis , de l'académie des inscriptions et belles-lettres.

L'origine des constellations paraît être relative à la vie des anciens pasteurs , et pour ainsi dire un calendrier rural de l'Egypte.

Il y a quatre constellations qui se lèvent

( i?6 ) au temps des moissons , et l'on y trouve en effet une jeune fille qui tient un épi , accompagnée de son père qui tient luimême une faucille ( le Bouvier ) , et qui est précédé d'un ^attelage de bœufs (la grande Ourse ) , et entre eux une gerbe de blé (la chevelure de Bérénice) ; il serait difficile que des figures jetées au hasard eussent entre elles une liaison aussi intime et des rapports si marqués avec la moisson égyptienne à cette époque. De même le Verseau et les Poissons indiquèrent la saison du débordement du Nil et de l'inondation de l'Egypte. Mais ces noms, une fois donnés aux différentes étoiles, occasionnèrent ensuite tous les romans que l'imagination des Orientaux se plut à enfanter. Ainsi le Soleil, considéré comme la force de la nature , et passant successivement dans les douze signes du Zodiaque , fit imaginer les douze travaux d'Hercule dont nous parlerons bientôt; l'histoire d'Adonis répond au

( 177 ) Soleil; l'histoire dePlutonn'a été calquée que sur la constellation du Serpentaire , qui paraît quand le Soleil descend vers le midi, et celle de Proserpine sur celle qu'on appelle aujourd'hui la Couronne.

Celle-ci offre sur-tout un exemple bien singulier de la complication de ces anciens romans. On trouve dans les auteurs de mythologie, que Jupiter, amoureux de Cérès, se métamorphose en taureau ; il en naît Proserpine; Jupiter est ensuite amoureux de Proserpine, et pour s'unir à elle, il se métamorphose en serpent ; enfin de ce nouveau mariage il en naît un taureau. En voici l'explication.

Cérès est la constellation delà Vierge , Proserpine celle de la Couronne ; au printemps, le signe du Taureau se couche au même endroit que celui de la Vierge , dans le temps même que les constellations de la Couronne et du Serpent se lèvent : six mois après, ces constellations se couchent le soir ensemble , dans le temps que

( *78 ) le Taureau commence à se lever ; c'est ainsi que Proserpine et le Serpent donnent naissance au Taureau : ce sont ces générations monstrueuses que l'on n'avait jamais comprises, mais que l'astronomie explique de la manière la plus heureuse et la plus évidente.

L'on a dit que Proserpine était six mois aux enfers et six mois dans le ciel , cela vient de ce que la même constellation qui , par son lever du matin , déterminait le passage du Soleil aux régions australes et à l'hémisphère inférieur , déterminait six mois après , par son lever du soir, le retour de cet astre vers nos régions septentrionales , et annonçait son passage dans les derniers degrés du Bélier , lorsque l'astre du jour ramenait la lumière dans nos climats; alors elle présidait à l'hémisphère supérieur ou boréal , règne de la lumière, c'est-à-dire que Proserpine montait au ciel.

Toute l'histoire de Minerve est une ai-

( *79) lègorie de la lumière, et les constellations voisines du Bélier ont fourni tous les attributs de cette divinité.

Janus, qui présidait à l'année , et qui portaitles clefs du Temps, est l'épi de la Vierge, étoile qui se levait à minuit le premier jour de l'an, et qui ouvrait l'année; voilà pourquoi on faisait de Janus le portier du ciel. On lui donnait quatre visages, parce qu'il répondait aux quatre saisons ; les constellations qui se lèvent en même temps formaient la famille ou les attributs de Janus ; on y remarque le vaisseau qui l'accompagnait toujours; le Bouvier, ou Icare, qui était grand-père de Janus ; la Vierge , ou Erigone , qui était sa mère, suivant Plutarque ; ses frères Faustus et Félix expriment les souhaits de bonne année , dont l'usage subsiste encore. Journal des Savans , janvier

Phaëton est la constellation du Cocher; effrayé par le Scorpion, il tomba dans

( i8o ) l'Éridan, parce que le Cocher se couche le matin avec la constellation de l'Éridan quand le Soleil est dans le signe du Scorpion.

J'ai dit que les douze travaux d'Hercule avaient été imaginés d'après les douze signes du Zodiaque. En effet , le combat d'Hercule contre les Amazones répond an Bélier, parce que quand le Soleil y est , la constellation d'Andromède entre dans les rayons du Soleil, et que celle de la Vierge se couche le matin. De là Hercule partit pour la conquête de la toison d'or , c'est-à-dire que le Soleil entrait dans le Taureau; ou pour la conquête des vaches de Géryon , parce que c'était le lever de la grande Ourse, qu'on appelle aussi les bœufs d'Icare.

Le triomphe d'Hercule sur le chien Cerbère répond à l'entrée du Soleil dans les Gémeaux , qui est le temps où se couche Procyon, ou le petit Chien.

Le voyage d'Hercule en Hespérie ,

( i8i ) c'est-à-dire au couchant, où il fut pour enlever des brebis à la toison d'or, est le temps où se couchait le soir la constellation deCéphée (anciennement on y mettait un berger avec lipi troupeau de brebis); elle est placée sur celle du Dragon, et voilà pourquoi Hercule eut à combattre le dragon qui gardait les Hespérides.

L'entrée du Soleil au signe du Lion répond à la victoire d'Hercule sur le Lion de Némée.

Le coucher de l'Hydre céleste , qui vient après , a fait son triomphe sur l'Hydre de Lerne.

Le combat contre les Centaures exprime le lever du Centaure céleste, qui arrive quand le Soleil est dans la Balance.

Hercule , qui chasse les oiseaux du lac Stymphale, est l'entrée du Soleil dans le Sagittaire, marquée par le lever du Vautour, de l'Aigle et du Cygne, oiseaux célestes. Il nettoie ensuite les étables d'Au-

ASTRONOMIE. ïQ

( i»a ) gias ; c'est le coucher des étoiles du Verseau qui sont sous le Capricorne , ou le Bouc , emblème de la saleté et de l'infection.

Le combat d'Herçgiile contre le taureau de Crète, est l'allégorie du coucher de la constellation du Centaure , moitié homme , moitié taureau.

Enfin il dompte les cavales de Diomède qui vomissaient des feux , parce que quand le Soleil est dans les Poissons, les constellations de Pégase et du petit Cheval se lèvent le matin avant le Soleil ; aussi Hercule les conduisit sur le mont Olympe , comme des chevaux célestes.

Les fables de Pluton , de Sérapis et d'Esculape , sont faites sur la constellation du Serpentaire ou Ophiucus, qui annonçait le passage du Soleil dans les signes inférieurs; le Génie solaire était Jupiter au printemps, et Pluton en hiver. Cerbère, le chien de Pluton, est l'étoile du Chien, qui se couche au lever du Serpen-

( i83 ) taire , et indique la même époque. Nous parlerons du monstre à trois têtes , de chien, de lion et de loup.

En Egypte, le taureau ouïe boeuf Apis était sacré, et il portait toutes les marques de la génération. Pomponius Mélà dit que c'est le Dieu de toutes les nations. Les fêtes de Bacchus étaient les mystères du Taureau. C'est à côté d'un homme qui avait des pieds et des .cornes de taureau , qu'on plaçait l'œuf orphique qui contenait tout et produisait tout.

Au Japon, on plaçait l'œuf entre les cornes du tarreau.

Suivant les Perses , tout est sorti du Taureau ; il est le principe visible de tous les biens. On le place à côté de Mithras»

Dans lTnde , le portier du ciel est représenté avec une tête de taureau , et le bœuf est consacré dans toutes les pagodes indiennes.

Les Juifs adoraient le veau d'or; les Celtes juraient sur leur Taureau d'airain.

Dans les Dionysiaques de Nonnus , Bacchus, ou le Soleil, part du Taureau, et y revient à la fin du poëme ; en sorte que les aventures de Bacchus , contenues dans ce poème de plus de vingt mille vers , ne sont autre chose que le mouvement annuel du Soleil.

Suivant Macrobe , Bacchus passait pour être la force qui meut la matière , l'intelligence qui l'organise, l'ame qui se distribue dans toutes ses parties , la meut et l'anime, et imprime une force harmonique au ciel ou aux sept sphères. L'on aperçoit dans différens auteurs que tous les grands dieux du paganisme se réduisent tous à la seule force motrice de la matière et à l'ame du monde, qu'on exprimait sous des noms, des formes et des attributs différens. Bacchus, ou le Taureau, était tantôt Lion, tantôt Serpent, suivant les diverses constellations vers lesquelles passait le Soleil. Le combat de Jupiter contre le géant Typhon, aux pieds du Serpent,

finit dans le poème de "Nomius, avec l'hiver; l'ordre est rétabli, la paix est rendue à la nature. En effet, le Serpent céleste, Génie de l'hiver, se couche alors le matin; le Taureau se lève avec Crion qui avait péri par la piqûre du Scorpion, autre constellation qui annonce l'hiver.

Le poète nous dit qu'après ie déluge Bacchus nait des foudres de Jupiter; ce déluge était l'image des pluies de l'hiver, auxquelles succédait le règne du feu \ c'està-dire le printemps ; alors Bacchus s'incarnait en Taureau , attribut de ce dieu ; il marchait contre Astréus, général indien, campé sur le bord du fleuve Astacus, qui signifie FEcrevisse; c'était le signe où entrait le Soleil un mois après être sorti du Taureau, et son triomphe était à la plus grande hauteur du Soleil au solstice d'été, c'est-à-dire dans le Lion; il découvrit le lion à l'a«de d'un chien, parce qu'en effet la constellation du Chien

( ï86) annonçait par son lever l'entrée du Soleil dans le Lion.

Dans le solstice d'hiver, on nous représente Bacchus métamorphosé en enfant; aussi les Egyptiens représentaient sous cette forme le Soleil dans le temps où les jours sont les pîlus courts. Dans Péquinoxe d'automne, Bacchus devient le dieu de la vigne, parce que le Soleil la fait mûrir dans cette saison. Icare, père d'Érigone, est celui qui le premier reçoit du vin, parce qu'Érigone,,qùiest la constellation de la Vierge, et Icare, qui est celle du Bouvier, paraissent le soir dans cette saison. Il est ensuite amoureux d'Ariane; c'est l'étoile de la Couronne qui vient après les deux autres, en sorte que l'histoire de Bacchus n'est que la suite des constellations.

L'histoire de Phaëton est également faite d'après le mouvement du Soleil. Ce n'est autre chose que la constellation du Cocher, qui, par son lever héliaque, mar-

( i87 ) quait l'équinoxe du printemps, le retour de la chaleur, le règne de la lumière et du feu; oHa chaleur était l'embrasement général de l'univers pour lés poètes, comme les pluies de l'hiver en étaient le déluge. Phaëton était fils de Climène, qui signifie inondée, parce que cette constellation commençait à paraître après les inondations. Cette nymphe épousa le Soleil, les nymphes de l'Océan prirent soin de Phaëton; toutes les étoiles faisaient la garde autour de son berceau; l'Océan, pour amuser cet enfant, le jetait en l'air et le recevait ensuite dans son sein; devenu plus grand, il se faisait un petit char, auquel il attelait des béliers , et au bout du timon il avait mis une espèce d'étoile qui ressemblait à l'étoile du matin, dont il était lui-même l'image, suivant Nonnus, qui donne aussi à Phaëton le nom de Porte-Lumière. Le lever héliaque de cette constellation arrivait à l'équinoxe, temps

( *88 ) où Ton célébrait en Egypte une fête en mémoire de l'embrasement du globe»

Pendant tout le temps que dure le règne du feu, c'est-à-dire tout l'été, le Cocher se trouve le matin sur l'horizon avec le Soleil, jusqu'à ce qu'enfin le Soleil, après s'être approché le plus près du nord, regagne l'équateur, et arrive à l'équinoxe d'automne vers le Scorpion; c'est le terme de la chaleur et de la course de Phaëton, qui alors se couche le matin , et disparaît sous l'horizon avant le lever du Soleil : c'est précisément la route que suit Phaëton dans la description qu'Ovide nous fait de ses écarts. Il s'avance vers le nord, et brûle de ses feux l'Ourse, le Dragon et le Bouvier, et enfin revient au Scorpion, dont la vue effraie ses chevaux qui se précipitent et s'approchent de la Terre. Le jeune Phaëton, foudroyé, périt et tombe dans PEr'dan. C'est la constellation dont le coucher précède de peu de minutes celui

( i89) de Phaè'ton, ou du Cocher, qui est audessus.

Cette apparence astronomique , ce coucher du Génie du printemps, accompagné de l'Eridan , qui se fait le matin , lorsque le Soleil parcourt les étoiles du Scorpion, ont donné naissance à la fable du jeune fils du Soleil dont on pleurait îa chute en Italie comme on pleurait la mort d'Osiris en Egypte, et d'Hercule en Syrie. Plutarque, qui ignorait la cause d'uu pareil deuil, trouvait cette cérémonie bien singulière. Il est ridicule, dit-il, que des hommes nés tant de siècles après la mort de Phaëton changent de vêtement , et a^iïioncent de la tristesse pour sa perte. Effectivement il serait difficile de rendre raison d'un deuil qui se serait perpétué si long-temps, s'il n'avaitpour origine quelque objet remarquable pour l'univers, consacré par des cérémonies religieuses.

Le coucher de la constellation du Cocher est suivi du lever du Cygne , qui fi-

( 190 ) gure aussi dans l'histoire de Phaëtôn. Le lever du soir des Pléiades se fait dans le même mois que le coucher du matin du Cocher; or les Pléiades étaient soeurs de Phaëton, et c'étaient des nymphes des eaux ; elles pleurèrent sa mort , et furent changées en peupliers, qui sont des arbres aquatiques ; en sorte que l'allégorie des pluies est encore ici soutenue : au reste , le poète ajoute que Jupiter envoya aussitôt des torrens de pluie pour réparer les malheurs de la Terre et en détremper les cendres brûlantes ; que Phaëton fut placé au ciel dans la constellation du Cocher , ou que Jupiter le mit dans les constellations sous le nom et la forme d'un conducteur de char, ainsi que le fleure Eridan^ dans lequel il avait péri.

Le Scorpion, qui figure dans cette fable, est représenté dans un ancien monument de Milhras , dieu des Perses, comme dévorant les testicules du Taureau équinoxial; c'est celui qui fit périr

Orion, qui fît mourir Canopus, étoile du gouvernail du vaisseau d'Osiris , ou allégoriquement pilote du vaisseau. C'est à l'entrée du dix-septième degré du Scorpion que les Égyptiens fixaient l'époque de la mort d'Osiris; c'est lui qui, dans l'Edda, livre sacré des anciens peuples du nord, figure à côté du Serpent et du Loup qui ont pour sœur Héla ( ou la mort ) et dévorent le Soleil. Ainsi tous les accessoires de la fable de Phaëton, et toutes les tHéogonies qui s'y rapportent, indiquent également la fin des chaleurs et de la végétation, ou le deuil de la nature.

Le culte des animaux dans l'antiquité a donné lieu souvent de calomnier les usages anciens, parce qu'on en ignorait l'origine et la signification; c'est encore une des applications curieuses de l'astronomie; on voit évidemment que le Taureau, qui était consacré partout,, n'est autre chose que la constellation de l'équinoxe; le Bélier, l'Agneau de Dieu, est

( *9* ) k symbole de J.-C. Dans V Apocalypse, le triomphe du printemps sur l'hiver, est celui de J.-C. sur le péché, page 198. Le Chien, ou Mercure Anubis, était l'étoile Sirius, qui annonçait les moissons et les chaleurs de l'été. L'étoile du poisson austral, qui servit au même usage, fut encore en plus grande vénération chez les ^Syriens; c'était l'idole de Dagon, dieu des blés et dieu-poisson, qui faisait que les Syriens adoraient une statue de poisson. Plutarque nous dit aussi que les Egyptiens honoraient un poisson sacré qui sortait de la mer au moment du débordement, et dont la vue était pour eux l'annonce agréable d'une crue d'eau qu'ils désiraient. C'est l'étoile du Poisson austral qui se levait alors; elle avait l'avantage de déterminer le solstice par son lever du soir et son coucher du matin le même jour : la durée de son apparition mesurait celle de la plus courte nuit de l'année : elle se levait au moment où le crépuscule affaibli

(.'93 ) permettait aux étoiles de paraître, et se couchait aux premiers rayons du jour* Cette circonstance singulière de la retraite et du retour du génie qui guidait la marche de la nuit donna lieu à la fable du Mercure Oannes , animal amphibie , qui avait des pieds et une voix d'homme, et une queue de poisson. Il venait, nous dit la fable, pendant la nuit à Memphis , et le soir se trouvait encore à la mer Rouge j et répétait tous les jours la même course. Il avait instruit les Egyptiens , et ils tenaient de lui leur astronomie et plusieurs autres sciences. D'après la fonction de génie de l'année, d'étoile du Nil, et d'astre avant-coureur des eaux , il n'est pas étonnant que les Égyptiens lui aient fait honneur de leurs connaissances, comme ils en faisaient honneur à Sirius, leur Mercure Anubis , génie de l'équinoxe du printemps.

Le retour de ce poisson à la mer Rouge,

0 *94 ) vers laquelle il revenait chaque soir, s'explique fort simplement par son retour à l'orient de l'Egypte et à la mer Erythrée, d'où il semblait sortir le soir, après avoir disparu le matin au couchant. Le poisson austral se levait au sud-est de l'Egypte, au même point de l'horizon où l'habitant de Memphis plaçait la mer Rouge. Il serait d'autant plus difficile de donner de la réalité à cette tradition, qu'il n'y a pas de fleuve qui forme une communication entre Memphis et la mer Rouge ; mais l'allégorie est évidente en employant le poisson céleste.

Les principaux points de l'année, les équinoxes et les solstices, étaient exprimés aussi par quatre génies, ou quatre figures symboliques, qui n'étaient autre chose que les constellations; il en est parlé dans Job et saint Clément d'Alexandrie, et l'on s'en est servi pour accompagner les quatre évangélistes, avec lesquels on peint en

( *9$ ) effet le Taureau, le Lion, l'Aigle' et le Verseau sous la figure d'un homme. Page

La Chimère que l'on voit dans la fable de Bellérophon est un monstre ou composé astronomique formé par la Chèvre et le Serpent, dont les levers annonçaient le printemps et l'automne, unis au Lion qui était le signe solsticial.

Le monstre qui avait trois têtes, de chien, de loup et de lion, était un emblème de même espèce , composé des constellations de la route du Soleil dans les signes supérieurs, et annonçait le passage du Soleil dans lès signes inférieurs; aussi il était placé près du génie des enfers ; il marquait les trois principaux points de là sphère; le levant où était le Loup, le couchant où était le Chien, et le méridien où était le Lion solsticial, lorsque îe Soleil se levait en automne. Le chien des erf'ers, Cerbère, avait aussi la tète hériss le serpens, parce que la constellation de

( 19$ ) PHydre se trouve placée au-dessus de celle du Chien ; il figure dans la descente d'Hercule aux enfers , parce que quand le Soleil est dans cette partie du ciel, la constellation d'Hercule approche de l'horizon inférieur, et que même sa massue et son bras sont couchés lorsque le Soleil parcourt les derniers degrés des Gémeaux, ou pendant l'onzième travail d'Hercule.

Tous ces exemples rendent l'explication astronomique- des fables aussi certaine que curieuse. Elle est d'ailleurs indiquée par les anciens : Lucien , dans son Traité de l'Astrologie , nous dit en propres termes que, d'après les ouvrages d'Homère et d'Hésiode, les fables anciennes viennent de l'astrologie, et qu'on n'a pas tiré d'ailleurs l'aventure de Mars surpris avec Vénus. Hésiode appelle lesdieux enfans de la Terre et du Ciel étoile, nés du sein de la nuit , et alimentés par les eaux de l'Océan, où l'on disait en effet que les astres descendaient tous les jours. Jam-

( 197 ) blique nous dit que Cheremdn, prêtf« d'Egypte, et plusieurs autres ne voyaient dans tout ce qu'on disait d'Isis et d'Osiris, et dans toutes les fables sacrées, que les mouvemens du Soleil et des étoiles , les phases de la Lune, l'hémisphère supérieur et inférieur, enfin des choses naturelles, v mais non des* personnages qui eussent existé.

Enfin il paraît que les créateurs des anciennes religions furent les astronomes, et l'on retrouve tous leurs symboles dans les constellations , ou dans les mouvemens du Soleil et les circonstances de l'année.

On trouve également dans les étoiles l'explication de l'Apocalypse, commenté tant de fois, sans que personne l'ait compris ; c'est le sermon mystique de la veille de Pâques, dans les mystères de la lumière : ils se célébraient à Téquinoxe, sous le signe du Bélier, le premier des signes, le chef de l'initiation. On y expliquait la destinée des âmes attendant au

( *9» ) séjour du mal un ëtat plus heureux, et le rétour au séj our de la lumière dont elles étaient émanées. On choisissait le temps où le Soleil triomphe des ténèbres pour rappeler le triomphe de Dieu à la chute de l'ancien monde. Le Bélier était le signe de la régénération mystique, comme il était l'époque de la génération physique : aussi Dieu, assis sur le trône de l'Agneau , s'écrie: Je Vais faire toutes choses nouvelles. Et durant les premiers siècles de l'Eglise, îès fidèles, réunis la veille de Pâques, attendaient la fin du monde, la venue de l'époux, les noces de l'Agneau.

Le nombre sept est employé vingt fois dans l'Apocalypse , le nombre douze quatorze fois, ce qui indique bien l'allégorie astronomique : les sept villes de la Lydie qui y sont nonrmëes étaient comme sept loges de la même société, et chacune était sous l'inspection d'une planète; il paraît que les mystères de cette secte, qui était ^'initiation phrygienne, se céléb raient' à

( *99 ) Pepuzza. Mais Jean s'adresse aux fidèles de Thyatire, où c'était la religion dominante. On y voit le ciel appuyé sur les signes des quatre saisons , le Taureau , le Liony l'Aigle ou la Lyre , qui répondait au Scorpion , et l'homme ou Fange du Verseau , qui occupait le solstice d'hiver; page 195. On y reconnaît aussi les constellations du printemps: le Vaisseau ou l'Arche, qui se lève le soir; la Vierge, que poursuit un serpent, comme on le voit sur le globe céleste; le fleuve de l'Éridan, que le Serpent vomit pour submerger la femme ; ce fleuve est en effet la constellation qui se lève au coucher de la Vierge : l'ange Michel qui terrasse le dragon , comme l'Hercule céleste, remporte la victoire sur la constellation du Dragon, qui descend quand celle d'Hercule monte. Un prince nommé Belîer régnait , suivant Pausanias, quand Python fut tué par Apollon.

On trouve dans l'Apocalypse la Baleine, qui est en effet placée sur le Bélier, tandis »

( ft0° ) qu*au nord monte la tête de Méduse, .autre constellation ; et Ton voit réellement sur le globe que lorsque le Bélier se lève, il est entre la queue de la Baleine plus au midi, et Méduse qui est plus au nord, mais qui monte en même temps : Méduse est près du Génie armé d'une épée, où l'on reconnaît la constellation de Persée , et qui triomphe de la première et de la seconde bête ; on y voit aussi la constellation du Bouvier, qui était à l'occident lorsque Persée était à l'orient, ainsi que le Bélier. Le nombre de la bête dans l'Apocalypse est 666, et c'était le talisman des anciens astronomes ; en sorte qu'on ne peut se refuser à l'explication astronomique de l'Apocalypse.

La constellation de la Vierge est celle qui fournit le plus d'emblèmes , le plus d'allégories , le plus de fables. Elle porte un épi, et l'on en fit Cérès, déesse des moissons. Cérès, s'unissant à Neptune, avait produit un cheval, parce que quand

cette constellation se couche, celle de Pégase se lève. Comme elle est voisine de la Balance, on en fit Thémis; comme elle est près du Vaisseau, on en fit la déesse de la navigation , Isis ; aussi la ville de Paris , qui est la ville d'Isis , avait un vaisseau pour emblème. Au printemps , elle se levait à l'entrée de la nuit; c'était la sibylle qui ouvrait la porte des enfers ; à l'équinoxè, elle ouvrait la porte du jour au solstice d'hiver, elle se levait à minuit c'était Janus qui commençait l'année c'était l'étoile des mages d'orient qui annonçait la naissance de Jésus-Christ.

On représenta l'image du Dieu du jour nouveau né, entre les bras de la constellation sous laquelle il naissait ; et toutes les images de la Vierge céleste , proposées à la vénération des peuples, la représentèrent allaitant l'enfant mystique qui devait détruire le mal, confondre le prince des ténèbres , régénérer la nature , et régner sur l'univers.

J'ai cru ne pouvoir mieux terminer l'astronomie qu'en faisant connaître l'usage qu'on en fit dans les siècles les plus reculés , et le moyen qu'elle fournit pour l'explication de ce qu'on a célébré le plus dans l'antiquité , de ce qu'on célèbre encore , et dont on ne connaissait pas l'origine. On peut voir à ce sujet le Mémoire sur V Origine des Constellations , et le grand ouvrage intitulé : Origine de tous les cuites-, ou Religion universelle , i7C;5? 3 vol. in-4°.

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