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CHAPITRE VI

Des Marées .

Chaque jour , les eaux de la mer , par un mouvement périodique et régulier , s’élèvent et s’abaissent deux fois entre deux retours consécutifs de la Lune au méridien. On a nommé flux ou flot le mouvement ascensionnel , et reflux ou jusan le mouvement contraire qui s’opère environ six heures après. Ces mouvemens ne s’opèrent pas brusquement ; on peut se les représenter

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assez bien de la manière suivante. Si a g diamètre du cercle ad’ g, représente la différence de la haute à la basse mer (fig. 2 3), et si après la première heure le niveau des eaux s’est élevé jusqu’en b”b\ dans l’heure suivante, il s’élèvera jusqu’en c” c\ et l’arc ch* sera égal à l’arc b’ a. La mer continuera à s’élever, de manière que son niveau, à chaque heure, interceptera toujours des arcs ab\ b’c\ cd\ etc., égaux entre eux. Ce mouvement périodique de la mer constitue le phénomène des marées , et l’on appelle marée totale la demi-somme de deux pleines mers consécutives , prise du point où elle est descendue entre les deux marées. Les eaux , à Brest , emploient un temps un peu plus long pour descendre que pour monter. Les marées ne sont pas chaque jour également grandes ; mais elles dépendent des positions respectives du Soleil et de la Lune.

Nous avons déjà vu que si la mer s’élevait partout à la même hauteur au-dessus des terres , et que si elle n’obéissait qu’à la pesanteur , elle finirait par prendre une forme sphérique. Mais en vertu de la rotation diurne, elle s’élèverait encore vers l’équateur, et elle prendrait à la longue une forme constante qui serait celle d’un ellipsoïde aplati. Cette forme demeurerait invariablement la même ; mais il n’en est point ainsi dans la nature , car , à chaque instant , les actions combinées du Soleil et de la Lune conspirent pour

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l'altérer. Afin de nous former une idée exacte de ces altérations , supposons le Soleil placé dans le plan de Féquateur et exerçant son action sur les eaux de la mer. Cet astre attirera plus fortement les particules fluides situées de son côté, que le centre de la Terre dont il est plus éloigné : ces particules, en raison de leur mobilité, se soulèveront ainsi sous l’astre qui les attire et s’éloigneront du centre de la Terre. D’une autre part, le Soleil agira plus puissamment sur le centre de la Terre , que sur les particules fluides diamétralement opposées à cet astre ; conséquement , les particules aussi s’éloigneront du centre de la Terre et paraîtront s’être soulevées comme les premières. On peut donc déjà conclure de là, que la mer se renflerait toujours des deux côtés opposés de la Terre et dans la direction de la droite qui joint les deux astres; à go° des deux points de plus grande élévation , se trouveraient les deux points de plus grand abaissement. Ainsi , en récapitulant ce qui précède, dans l’hypothèse d’une masse d’eau parfaitement mobile , une particule lors du passage supérieur du Soleil , se soulèverait vers cet astre, parce qu’elle se trouverait plus attirée que le centre de la Terre : lors du passage inférieur du Soleil, ce serait le centre de la Terre qui serait plus attiré et la particule s’écartant de ce centre par un autre motif, paraîtrait s’être soulevée encore. On conçoit, du reste, cpe le

renflement de la mer dans deux points diamétralement opposés ne peut se produire que par l’abaissement des eaux dans les points intermédiaires. Or , l’observation nous apprend que ces élévations et abaissemens successifs ont lieu exactement comme la théorie nous l’indique ; elle nous apprend encore que la Lune exerce une action sur les marées trois fois plus forte que celle du Soleil. Cet excès ne doit pas étonner, si l’on considère que le phénomène des marées n’a lieu qu’en vertu de l’inégalité des distances relatives des différens points du globe aux astres qui les influencent. La Lune n’est distante de nous que d’environ 60 rayons de la Terre , on doit donc apercevoir alors très-facilement une inégalité d’actions sur des points qui en sont plus rapprochés ou plus éloignés d’un rayon. Pour le Soleil , quoique sa masse soit incomparablement plus forte que celle de la Lune , l’inégalité d'action est moins sensible , car le Soleil, placé à 24096 rayons de nous, doit agir à-peu-près de la même manière sur des points plus éloignés d’un ou de deux rayons.

II existe donc deux espèces de marées , l une produite par le Soleil et l’autre par la Lune : mais elles se combinent de telle manière que l’on n’en observe qu’une seule qui est le résultat des actions des deux astres. Les marées les plus fortes ont lieu vers les syzygies , c’est-à -dire ,

aux nouvelles et pleines L^nes, lorsque les deux actions conspirent pour soulever les eaux; c’est alors que la mer s’élève et s’abaisse le plus. Lors des quadratures, au contr v e, les actions sollicitantes produisent des maées qui s’entredétruisent en partie , et Faction prédominante de la Lune ne produit plus qu’une marée très-faible.

On conçoit déjà à combien d’inégalités les marées doivent être assujetties, puisque leur intensité dépend de la distance plus ou moins grande du Soleil et de la Lune , des positions relatives de ces astres, de leur éloignement de l’équateur, etc. Cependant, nous n’avons pas encore considéré l’influence des vents , la disposition irrégulière des continens et des îles qui entrecoupent partout la surface des mers , et doivent faire varier considérablement le mouvement des eaux.

La disposition la plus favorable pour augmenter les marées serait celle où le Soleil et la Lune, dans leur plus courte distance à la Terre , arriveraient ensemble à la syzygie et se trouveraient dans le plan de l’équateur. Si les eaux étaient encore favorisées par la direction des vents , il pourrait en résulter des inondations et des malheurs affreux. Qu’on ajoute à cela le spectacle d’une éclipse totale de Soleil ou de Lune , qui serait la suite nécessaire de la position de ces astres , et l’on pourra se faire une idée de Fin-

fluence que ces phénomènes exerceraient sur les esprits. Heureusement quelques-unes de ces conditions seulement peuvent se réaliser pour nous. Ainsi, vers Ff jjinoxe, le Soleil et la Lune peuvent se trouver en conjonction ou en opposition dans le plan de l’équateur, et la Lune peut être de plus à sa plus courte distance de la Terre. C’est ce qui s’est réalisé en partie en 1825. Aussi les eaux, favorisées par les vents, ont produit de terribles catastrophes à Saint- Pétersbourg , en Hollande , dans une partie de la Flandre, et dans d’autres régions encore.

Les marées sont généralement moins fortes aux solstices , et surtout au solstice d’été , parce qu’ alors le Soleil est le plus éloigné du plan de l’équateur. La diminution des marées devient surtout très-sensible par la diminution du diamètre apparent de la Lune. On a trouvé, qu’en général , chaque marée partielle , c’est-à-dire , celle produite par le Soleil ou par la Lune , augmente comme le cube du diamètre apparent de l’astre qui la cause , et qu’elle diminue comme le carré du cosinus de la déclinaison de cet astre. « La comparaison des observations, dit M. de Laplace , m’a fait voir qu’à cent secondes de variation dans le demi-diamètre de la Lune , répond un demi-mètre de variation dans la marée totale , quand la Lune est dans l’équateur ; et ce résultat de l’observation est tellement con-

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